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LA JOIE : VISAGE DE DIEU DANS L'HOMME. (05/07/2006)

 L'homme n'est vraiment homme que par la joie, tout comme le ruisseau n'est ruisseau que par la source. Sans doute les méandres lointains du ruisseau n'en ont-ils aucune conscience, ainsi l'homme, dans son errance, a-t-il oublié l'Essentiel. Alors viennent les philosophes, étymologiquement ceux qui " aiment la sagesse ", celle qui scrute la vie, et ils lui remettent en mémoire, d'Aristote l'ancien (IVe s. av. J.-C.) à Bergson l'actuel (XXe s.), que l'homme ne peut pas vivre sans joie, que seul là où il y a la joie, la vie triomphe... Ils ont plongé leur savoir même très loin, jusqu'à la limite du mystère, puisqu'ils nous enseignent que la joie se révèle comme étant la vérité de notre être, qu'elle est le pouls de l'être, le critère de la vérité, et finalement que joie et vérité sont tout un ! Il a fallu les prophètes, ces " haut-parleurs " de Dieu, pour nous révéler la source de toute joie, ce pour quoi l'homme est fait, d'où il vient et où il va :

Il est donc clair que nous avons dans la Joie la trame sous-jacente à toute la Bible : elle est une " Bonne Nouvelle " dès les origines et portera explicitement le titre d'Evangile (en français : " bonne nouvelle "), quand celle-ci éclatera dans sa plénitude par la venue du Messie, qui est le visage même de la joie.

Ainsi tout est épiphanie, manifestation, d'une Présence aimante pour le coeur éveillé. Mais il y a infiniment plus encore, car ce qui donne le vrai poids à cette vie, c'est qu'elle est un don de Celui qui l'habite. En réalité Présence et Don se confondent : Dieu se donne lui-même à travers ce qui nous arrive.

Cependant, quand Dieu se donne, ce n'est jamais passivement : c'est une Présence créatrice, vitale, qui suscite l'homme et ne cesse de le libérer, de le mettre en chemin vers un accomplissement.

TRANSFORMER LA VIE EN UNE NOCE PERPETUELLE

En effet, si la joie peut être permanente, c'est parce qu'elle émane d'une Présence nuptiale, il s'agit de la joie de l'Alliance : l'amour fou de Dieu est celle d'un Époux. Il est présent en tout, et pas seulement dans la nature, mais aussi en tout espace, dans l'air que nous respirons, dans le temps et à l'intérieur de l'événement qu'il véhicule, en toute situation, dans la petite histoire banale et insignifiante, dans sa trame secrète jusqu'au filigrane..., à travers tout Dieu cherche l'homme comme le Fiancé en quête de sa bien-aimée, tout le Cantique des Cantiques en témoigne : Il veut faire de sa vie le lieu même de cette Alliance. De la vie de l'homme, la plus concrète et réaliste, peut-être " profane " à nos yeux de païens, Dieu veut faire une communion avec lui. C'est déjà le royaume des cieux, car, dira Jésus lui-même il est comparable à des noces ! (Mt 22,2) Saint Maxime le Confesseur (Vie s.) a montré admirablement comment l'homme qui se laisse séduire (Jr 20,7) et accepte d'entrer dans une réciprocité amoureuse avec Dieu, devient réellement le prêtre d'une " Liturgie Cosmique ". De moment en moment, là où il se trouve, il reçoit le monde des mains de Dieu et l'offre à nouveau à Dieu dans une infinie reconnaissance. Cette gratitude est le fond de l'amour, c'est une action de grâces continuelle qui transforme sa vie en une Vie en Dieu, en communion. Le Père Schmemann dit que la définition première, fondamentale de l'homme se trouve dans ce sacerdoce : comme prêtre il se tient debout au centre du monde, il lui donne son unité en bénissant Dieu pour tous ses dons et en rendant grâce d'être tout en tous. En perdant cette vie eucharistique, l'homme a perdu la vie de la Vie même et le pouvoir de la transformer en la Vie par la louange. Ayant cessé d'être le prêtre du monde, il en est devenu l'esclave et ne cesse de communier à la mort à travers une vie morte, puisque vide de Dieu (Cf. Alexandre Schmemann, Pour la vie du monde, Desclée de Brouwer.)

LA JOIE : PREMIER ET DERNIER MOT DE L'EVANGILE

Avec l'avènement du Messie, l'histoire du monde bascule des ténèbres dans la lumière et la joie définitives. L'Incarnation de Dieu en Jésus Christ, c'est le temps lui-même qui s'accomplit et entre dans sa plénitude, la création est à son achèvement, la terre-mère enceinte depuis des millénaires enfante Dieu en personne, l'Emmanuel, qui signifie : " Dieu avec nous ". C'est cette Joie indescriptible qui est l'aboutissement de toutes les Écritures et la réalisation des prophéties ancestrales. Bien plus : cet événement est au coeur même de l'aventure cosmique. L'expansion des galaxies, la naissance et la réussite de la vie sur notre planète, l'apparition et l'histoire de l'homme, tout converge vers cet instant : c'est en lui, le Verbe de Dieu, que tout a été créé. L'univers a mis des milliards d'années à composer son Chef d'oeuvre. Depuis, le plus antireligieux des hommes compte les jours et les siècles à partir de cette date unique qui partage l'histoire en deux: " Avant Jésus Christ " et " Après Jésus Christ "! En lui, l'Absolu s'est fait visage, l'ultime réalité a dévoilé son nom en Jésus Christ : DIEU EST JOIE ! On comprend alors pourquoi la joie est le premier et le dernier mot de son Évangile. Dès que l'Ange proclame aux bergers la bonne nouvelle de la naissance du Christ, il dit : Je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple (Lc 2,10). C'est ainsi que tout commence, mais c'est également ainsi que tout se termine dans la vie terrestre du Christ, lorsqu'il se rendra invisible le jour de son Ascension : Les disciples l'adorèrent et retournèrent à Jérusalem avec une grande joie (Lc 24,52).
Ils retournèrent à Jérusalem pour se préparer à leur mission, car, le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint les enverra proclamer cette joie à toute créature jusqu'aux extrémités du monde (Ac 1,8). À l'Ascension, le Christ s'est rendu invisible en Palestine, parce que désormais il est présent universellement, au coeur de chaque homme et de toute l'histoire jusqu'à la fin des temps (Mt 28,20).Comme dit Saint Grégoire de Naziance (IVe s.) : Celui qui est consubstantiel au Père se fait consubstantiel aux hommes, afin que nous devenions ce qu'il est. Donc la Joie qu'est Dieu est devenue par le Christ notre propre substance ! Saint Paul en a fait la trame de sa prédication : Nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous somme transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, car Dieu est celui qui resplendit dans nos coeurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ (2 Co 3,18 ; 4,6). Il faudrait, comme certains Pères du désert, ne vivre pendant des années qu'avec une seule Parole comme celle-là pour que le Feu du Ressuscité se mette à flamber en nous ! " Le disciple du Christ est un être littéralement consumé par la joie pascale qui est désormais le phare de son existence, le son juste de sa vie, " dit Paul Evdokimov. " L'Agneau ressuscité irradie toutes choses, même les casseroles scintillent d'une étrange lumière pour qui sait les regarder... " Sans cette joie le christianisme lui-même, comme tel, est incompréhensible et l'Église inutile. Avec ou sans elle, je peux à chaque instant traduire l'Amour ou le trahir ! C'est pourquoi Jésus demande à ses disciples d'être joyeux de cette grande joie... Peu de chrétiens savent que c'est là même un commandement : Que la joie qui est en moi soit aussi en vous et que votre joie soit parfaite ! (Jn 15,11)
Plus que cela, il n'y a pas de sainteté sans joie, elle est vraiment le test que nous sommes sur le Chemin : Soyez joyeux, devenez parfaits (2 Co 13,11), et saint Paul insiste constamment : Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le répète encore : réjouissez-vous ! Motif : Le Seigneur est proche ! (Ph 4,4) 
  Père Alphonse Goettmann et Le Chemin.

21:45 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spiritualite-de-la-liberation, chritianisme |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg | |  Facebook | | | Pin it! |