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23/07/2014

Vivre avec nos souffrances.

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Il y a en chacun de nous un besoin sexuel. Certes, il n'est pas du même ordre que le besoin de manger ou de boire. En effet, on peut se passer, être privé de l'exercice de la sexualité, ou la différer, sans cependant mourir; ce qui n'est pas le cas de la nourriture ou de la boisson. Ce besoin sexuel est présent dès le plus jeune âge. L'enfant éprouve de manière diffuse son corps comme une source de plaisir. Il aime être bercé, pris dans les bras, choyé. Il aime être embrassé et embrasser. Ce contact corporel, il est cherché non pas comme pure sensation épidermique, mais comme expression d'une relation intersubjective.

 

Chacun poursuit toujours, d'une manière ou d'une autre, un rêve d'immortalité et de non-souffrance. La poursuite de ce rêve se manifeste dans les mécanismes de défense qui visent à occulter la réalité de la souffrance et à la rejeter hors du champ de la conscience ; on peut la voir, on détourne les yeux, on fait " comme si " elle n'existait pas. Dénier la souffrance de cette manière, c'est se complaire dans l'image idéale de soi et du monde où la finitude et la mort ne sont pas reconnues. Ainsi le sujet peut-il entretenir, inconsciemment sans doute, une sorte de délire d'immortalité. Il se barricade dans un monde imaginaire en estimant que la souffrance et la mort, ce sont toujours celles des autres, mais jamais la sienne. Il se construit ainsi un univers conforme à son besoin de sécurité et de complétude sans faille.

 

Ainsi, par exemple, dans le discours publicitaire, on ne voit jamais que des êtres beaux, jeunes et sains. La souffrance n'y est jamais représentée. Lorsqu'elle l'est, c'est afin de proposer un produit qui en sera le remède miracle. Dans le discours publicitaire, on ne meurt pas...

 

L'éloignement des cimetières, la mise à l'écart des malades, la marginalisation des personnes handicapées, n'est-ce pas aussi pour les sociétés une manière de voiler la souffrance et la perspective de la mort ?

 

Cependant cette illusion d'un monde " hors souffrance " est tôt ou tard brisée. Car la souffrance finit toujours par s'insinuer dans la vie du sujet de manière insistante et persistante. Dans ce cas, malgré tout, on pourra encore tenter de se voiler les yeux. Par exemple, lorsqu'il s'agit de la souffrance des autres, on réagira par l'indifférence. Ainsi face au spectacle de la souffrance que montre la télévision, peut se créer une sorte d'accoutumance où l'on parvient à voir souffrir sans plus s'émouvoir. On acquiert alors un coeur endurci, incapable de compassion. Ou encore, lorsqu'il s'agit de souffrance personnelle, on peut chercher à s'étourdir dans le bruit, la drogue ou l'alcool afin de fuir le mal présent et poursuivre malgré tout son rêve déçu de complétude. Le suicide même peut être une manière ultime d'éviter la souffrance et la perspective de devoir mourir : plutôt mourir vite que de devoir rencontrer la souffrance et la mort. Ainsi n'est-il pas rare de voir des personnes se donner la mort le jour où elles ont appris qu'un mal incurable les tenait. Le suicide dans ce cas est une sorte de précipitation dans la mort du fait qu'on ne l'a jamais acceptée ; ultime tentative pour fuir ce qui vient et ce que l'on a toujours voulu nier ; ultime refuge d'un rêve d'immortalité déçu.

 

Ainsi donc, à force de vouloir dénier la réalité de la souffrance, à force de poursuivre un rêve de complétude sans faille, on est amené à vivre la souffrance, qui vient tôt ou tard, dans la désespérance et la déréliction. La souffrance est alors sans espoir, sans chemin ; horreur aveugle, solitude de l'abandon, détresse suprême où vient s'exténuer un rêve d'immortalité déçu. Ainsi, vivre dans l'imaginaire d'un monde " hors souffrance ", c'est ajouter à la souffrance, lorsqu'elle vient, les traits de la désespérance. Le problème qui se pose est donc de pouvoir vivre l'inévitable expérience de l'altération sans cependant sombrer dans le désespoir. Cela implique le consentement à " vivre avec " la souffrance, non point pour la subir ou s'y complaire, mais pour négocier au mieux l'expérience du " devenir autre ".

 

Dans cette optique, le pas décisif à franchir est l'aveu par le sujet souffrant de la douleur qui le déchire, à un autre qui l'écoute. Le cri, l'appel, la parole adressée à l'autre est, à la fois, le consentement à la réalité de la souffrance et l'inscription de l'espoir au sein de la situation douloureuse elle-même. L'aveu de la souffrance, lui, par la relation qu'il institue, a un effet salutaire, thérapeutique. Le fait de parler à un autre libère de l'angoisse. Ainsi la souffrance comme expérience d'altération devient-elle, par la médiation de la parole, expérience de l'altérité, de la naissance à la rencontre de l'autre. Et cette rencontre de l'autre délivre d'un réel et d'un devenir sans espoir. La rencontre d'autrui dans le creuset de la souffrance neutralise la désespérance, ranime le désir de vie et entraîne donc au combat commun contre la souffrance.

 

Ps : Je dédie cet article à ceux et celles qui vivent de terribles souffrances. Puissent-ils rencontrer des personnes écoutantes qui partagerons leur état afin de donner sens ensemble au combat à mener pour exister holistiquement malgré les infortunes dont le destin les accable, en intégrant ces blessures pour les vivre au mieux.

 

 

 

Bruno LEROY.

13:44 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans CHRONIQUE DE BRUNO LEROY., LA PENSÉE DU JOUR., LA POÉSIE DE LA VIE, LA PRIÈRE DU JOUR., LE REGARD DE BRUNO. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

Commentaires

Bonjour ....

je fais partie de ces personnes qui souffrent et je trouve vos écrits fort justes, et l'amitié, les belles rencontres font beaucoup de bien !!!
et je puis vous assurer que nous sommes entourés de belles âmes, de belles personnes, il faut juste les trouver, les rencontrer et dialoguer ...

mais une fois découvertes ces personnes ont une telle valeur, Dieu fait bien les choses !!!
je n'aurais jamais trouvé ces personnes sans les maladies et la souffrance !!!

Je suis handicapé, malade et alité 24h/24h et condamné (encore entre 2 et 5 ans à vivre... ), je fais des malaises, crises de paralysie, et souvent j'ai trop de douleurs ou fatigue ...etc.. .
Selon les 2 spécialistes de ces maladies très très rares,, les souffrances liées à ces maladies de la moelle épinière et du cerveau engendrent des douleurs équivalentes à celles d'un cancer généralisé en phase terminale !!!

je suis sous très fortes doses de morphines, autres opiacés et toutes sortes de calmants ... c'est ultra douloureux !!!!

SANS AUCUN RÉPIT, JOUR ET NUIT !!!!!

MALADIES AUXQUELLES IL FAUT AJOUTER DES ""A.V.C."" MULTIPLES ET DANGEREUX .... 6 DEPUIS 3 MOIS ...!! et je suis en cours de sortie de ce sixième AVC

Ils s'en sont aperçus lorsqu'ils m'ont refait toutes les IRM il y a 3/4 mois et c'est catastrophique .... dixit les 2 seuls spécialistes syringomyélie et "syndrome du bébé battu"car j'ai été abandonné à l'âge de 3 mois et replacé aussitôt !!

C'est sur ces IRM qu'ils ont discerné que j'avais fait récemment 2 AVC et j'en ai refait 4 en 3 mois, dont un récemment.. et j'en sors en ce moment même ....

alors je me ménage, mais je fatigue de + en + vite et de - en - de forces et temps de clairvoyance ....
mais suis né avec le moral et solides valeurs enracinées en moi ...

DIEU m'a choisi et j'en suis heureux et le prie chaque jour de m'avoir confié cette mission de souffrir et prier pour tous, y compris notre très Saint Père? le Pape François... que j'aime tant..... !!!

J'ai une FOI INÉBRANLABLE et je prie NOTRE SEIGNEUR, LA STE VIERGE MARIE, ST. FRANÇOIS D'ASSISE, STE CLAIRE D'ASSISE, ET TOUS LES SAINTS POUR TOUS CEUX QUE J'AIME.....

de plus je vis en pleine campagne et en bord de mer, au contact de DAME NATURE au milieu de laquelle je trouve paix et repos pour ""mes maladies "" !!!

JE PEUX AINSI PRIER ET RESTER DE LONGS MOMENTS AVEC STE CLAIRE ET ST FRANÇOIS D'ASSISE ET PARLER AVEC EUX DES HUMAINS DONT JE SUIS, ET DE LA NATURE QUE NOUS AVONS TELLEMENT MASSACRÉE..... etc... nous avons tellement de sujets de discussion !!!

Aussi je tiens le coup ne serait ce que pour ma tribu..... et mes amis, avec la force de ma FOI et ma ferveur pour mes deux AMIS d'Assise, Ste Claire et Saint François .... !!!!

bonne fin de journée.... amicalement ...!!

patrick

Écrit par : patrick | 21/07/2014

Mon cœur et mes prières sont avec Toi Patrick, Mon Frère.
Bien Fraternellement,
Ton Frère Bruno en Union de prière.

Écrit par : LEROY Bruno | 26/07/2014

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