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27/12/2011

Le miroir de Maurice Zundel.

Jamais vous ne pourrez vous voir vous-même dans un miroir. Un miroir peut être utile à votre toilette, voire indispensable, mais ce n'est pas dans un miroir que vous trouverez la révélation de vous-même. Vous ne pouvez pas vous regarder priant dans un miroir, vous ne pouvez pas vous voir comprenant dans un miroir. Votre vie profonde, celle par laquelle vous vous transformez vous-même, c'est une vie qui s'accomplit dans un regard vers l'autre.

    Dès que le regard revient vers soi, tout l'émerveillement reflue et devient impossible. Quand on s'émerveille, c'est qu'on ne se regarde pas. Quand on prie, c'est qu'on est tourné vers un autre ; quand on aime vraiment, c'est qu'on est enraciné dans l'intimité d'un être aimé. Il est donc absolument impossible de se voir dans un miroir autrement que comme une caricature si l'on prétendait y trouver son secret.

    La vie profonde échappe à la réflexion du miroir ; elle ne peut se connaître que dans un autre et pour lui. Quand vous vous oubliez parce que vous êtes devant un paysage qui vous ravit, ou devant une oeuvre d'art qui vous coupe le souffle, ou devant une pensée qui vous illumine, ou devant un sourire d'enfant qui vous émeut, vous sentez bien que vous existez, et c'est même à ces moments-là que votre existence prend tout son relief, mais vous le sentez d'autant plus fort que justement l'événement vous détourne de vous-même. C'est parce que vous ne vous regardez pas que vous vous voyez réellement et spirituellement, en regardant l'autre et en vous perdant en lui. C'est cela le miracle de la connaissance authentique. Dans le mouvement de libération où nous sortons de nous-mêmes, où nous sommes suspendus à un autre, nous éprouvons toute la valeur et toute la puissance de notre existence...

    Dans ce regard vers l'autre, nous naissons à nous-mêmes.



M. Zundel

15:21 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL., MÉDITATIONS. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

07/11/2011

Le vrai problème, c’est d’être vivant aujourd’hui.

Le vrai problème, c’est d’être vivant aujourd’hui.
Tous les problèmes sur l’au-delà sont en porte-à-faux parce que, précisément, on se demande si on sera vivant après la mort au lieu de se demander si on sera vivant avant la mort. Il n’y a aucun sens à postuler quoi que ce soit, à imaginer quoi que ce soit au-delà de la mort, si d’abord on n’a pas vaincu la mort durant sa vie.
 
C’est dans la mesure où on vaincra la mort durant la vie que l’on atteindra à un sommet, d’où l’on pourra entrevoir l’horizon de l’immortalité comme une réalité d’ailleurs intérieure à nous-mêmes car le véritable au-delà est un au-dedans ! Il est donc bien clair que la vraie question, c’est d’être VIVANT AVANT LA MORT.
 
 
Il est bien vrai qu’on n’entre pas dans le ciel comme s’Il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le Ciel, il faut le devenir...Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être. Alors, la mort elle-même, dans cette perspective, cesse d’être une contrainte puisque, tout à l’opposé, elle est simplement, à la charnière du monde visible et du monde invisible, l’envol d’un être qui ne dépend plus de rien parce qu’il est tout entier porté dans l’oblation de son Amour !

Abbé Maurice ZUNDEL.

19:53 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

06/02/2011

LES SILENCES DE MAURICE ZUNDEL.

19:03 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans AMIS ( ES ) SPIRITUELS OU ARTISTES., GUIDE DE VIE SPIRITUELLE., LES BLOGS AMIS., MAURICE ZUNDEL., TÉMOINS DE CE TEMPS. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

25/11/2009

Le capitalisme libéral a volé aux hommes leur humanité.

Appliquons-nous à cette création intérieure.      

 

Début de la 16ème et dernière conférence donnée par M. Zundel à Timadeuc en avril  1973. Quelques paragraphes seulement mais tellement importants. Ne restons pas à la surface de toutes les « choses ».

 

Le capitalisme libéral a volé aux hommes leur humanité. Nous avons à vivre la création intérieure tellement qu'elle rayonne sur le monde entier. Les biens de l'esprit ne se transmettent qu'en étant vécus. ...

 

«  Le plus grand crime que l'on puisse commettre, c'est de voler aux hommes leur humanité, c'est ce qu'a fait le capitalisme libéral, au nom de la liberté-même du contrat, mais c'était une liberté homicide puisque les ouvriers n'avaient pas le choix, et qu'ils devaient accepter des salaires de famine plutôt que de mourir positivement de faim. Alors s'est vérifié ce que nous avons vu si souvent : dans l'indignité du traitement qu'il subit, l'homme a pris conscience de sa dignité. C'est sur ce fondement que Marx s'est appuyé : il a mobilisé le prolétariat contre une situation indigne, mais il était parfaitement incapable de fonder cette dignité.

 Nous l'avons remarqué constamment : il est facile de s'insurger "contre", il est très difficile de deviner la direction dans laquelle se situe le bien que l'on réclame ! et c'est là la situation actuelle : on réclame sans cesse la dignité de l'homme, mais on ne sait pas où la situer, et chacun finalement commet ce crime de voler à l'homme son humanité ! que ce soient les marxistes au nom de leur absolu avec cette "collectivité" qui n'est "personne",  ou bien que ce soit  le monde libre qui ignore lui aussi le sens de la personne, et qui, par prétérition parce qu'il n'en parle jamais, laisse périr dans l'homme son humanité !

La plus grande erreur serait de revendiquer cette (la) création inté­rieure  sans la vivre ! et, si nous avons à intervenir - et nous avons à inter­venir ! - ce ne peut être que sous cette forme : vivre cette création intérieure, tellement qu'elle rayonne sur le monde entier, comme l'a fait Thérèse de Lisieux dans l'obscurité de son couvent, car les biens de l'esprit ne se communiquent qu'en étant vécus. Le plus grand danger que court l'Eglise en ce moment, c'est ce bavardage illimité où l'on se propose toutes sortes de programmes magnifiques, mais sans les vivre !

Les biens de l'esprit ne se transmettent que dans la mesure où ils sont vécus. Mourir le fusil à la main, comme Che Guevara c'est très bien, mais après ?  Quelle découverte l'humanité va-t-elle faire de ces valeurs ?

Gandhi devant l'empire britannique : Qu'est-ce qu'il y avait ? Trois cent mille  anglais ! Trois cent mille anglais qui tenaient en respect cinq cent millions d'hommes ! Il aurait été si facile de massacrer ces anglais ! Mais non : vous ne tou­cherez pas à un de leurs cheveux ! La consigne de Gandhi c'était : il faut les rappeler à leur humanité, eux aussi sont des hommes, ils sont capables d'atteindre à la conscience de la justice ! il faut leur donner cette chance. Nous pourrons certainement, par des mouvements de passivité qui empêcheront le gouvernement britannique d'avoir barre sur nous, nous pourrons d'une cer­taine façon affirmer notre dignité, mais la vie de l'anglais doit nous être sacrée, parce qu'il faut l'amener justement à prendre conscience de l'injus­tice qu'il commet, pour qu'il la répare spontanément.

"Enfonçons-nous donc dans l'épaisseur" (1),  comme dit S.Jean de la Croix, et appliquons-nous à cette création intérieure, c'est par là, c'est par là que nous contribuerons à la naissance de la véritable humanité.

C'est cette création intérieure, dès lors que nous allons contempler dans la très sainte Vierge, qui est à l'origine, précisément de ce monde nouveau, éternellement nouveau, qui jaillit du Coeur de la Sainte Trinité ! car la grande nouveauté, c'est cela, c'est la très sainte Trinité, nouveauté qui ne s'épuise jamais, et qui ne peut que susciter chaque jour un nouvel émerveillement. » 

 Maurice Zundel.

Note (1) : ne restons pas à la surface des "choses" !

 

Ps : Ce texte ainsi que, les autres écrits de Maurice ZUNDEL proviennent du Site essentiel pour bien connaître les profondeurs de la pensée de ce prêtre " atypique " :

10:42 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

01/10/2009

LA JOIE CHRÉTIENNE.

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Maurice Zundel

Article publié dans Foi Vivante, revue des Carmes à Bruxelles en 1964
puis Dans le silence de Dieu, Éd. Anne Sigier


Le grand poète Oscar Wilde écrivit, en prison, que la plus grande bénédiction de sa vie lui advint quand la société lui imposa cette réclusion, qui scellait son déshonneur en le privant à jamais de son foyer et de tous ses biens.  Il lui fallut du temps pour parvenir à cette conviction. Pendant une année il ne connut guère que la révolte et le désespoir.  Le souvenir de l'hommage rendu à sa détresse, le jour de sa condamnation, par le seul ami qui lui fût demeuré fidèle, finit par s'imposer à lui avec la force d'une présence.  Quelqu'un avait cru en lui quand sa déchéance avait paru irrémédiable; quelqu'un s'était incliné devant une valeur qui pouvait encore vivre en lui; quelqu'un, bravant le mépris public qui l'accablait, n'avait pas cessé de l'aimer.
     
C'est dans la lumière de cette amitié qu'il découvrit l'Amour infini qui l'attendait au plus intime de lui-même et auquel il suffisait de consentir pour jouir d'une liberté qu'il n'avait jamais connue et que les murs de sa prison ne pouvaient aucunement restreindre.  Il n'était plus seul dans sa cellule. Un Ami invisible ne cessait de le visiter, en ouvrant à son âme un espace illimité.
     
En des circonstances bien différentes, une femme totalement  paralysée depuis 39 ans et aveugle depuis 30 ans me confiait le  secret de son courage et de sa sérénité:  dans le bonheur d'avoir été épousée avec cette double infirmité par l'homme qui l'avait aimée - avant qu'elle n'en fut atteinte - dans tout l'éclat de sa jeunesse et qui attestait, par cette fidélité, la valeur unique qu'il attachait à sa personne, véritable sanctuaire de la Divinité.

En des conditions peut-être plus tragiques encore, une Française déportée au cours de la dernière guerre, eut la grâce de découvrir Dieu dans le camp de Ravensbruck où elle endurait d'exceptionnelles privations.  Elle en éprouva un tel bienfait que, libérée par la victoire, elle craignit de perdre, dans la dispersion d'une vie dite "normale", la permanence du seul contact qui la pouvait combler.
     
Qui se douterait de la misère matérielle de Mozart en entendant sa musique, où sa foi ingénue anticipait la joie qu'il espérait de la rencontre avec le Seigneur dont son Requiem respire l'attente Qui sentirait autre chose que pure jubilation dans le "Te decet hymnus" du Requiem de Gilles, où toute chair ressuscite dans la gloire de la Jérusalem nouvelle, dont le Gloria de la Messe en si de Bach semble saluer l'avènement.
               
L'amour est plus fort que la mort... Il n'y a pas de douleur qu'il ne puisse transfigurer, pas d'infirmité dont il n'allège la pesanteur. Les aveugles sont les grands voyants du monde sonore et c'est à un sourd que nous devons  l'Hymne à la Joie le plus triomphant.
          
Mais si de grandes âmes ont pu vaincre la souffrance, la pauvreté, la prison, les deuils, les humiliations et rendre grâce au poteau d'exécution, comme d'Estienne d'Orves,  et chanter jusqu'à l'échafaud comme les Carmélites de Compiègne, on ne s'étonnera pas que l'Amour qui les portait confère à toute existence, pourvue du nécessaire sans épreuve héroïque, un surcroît infini de bonheur et de grandeur, dont témoignent, chacun dans son langage tous les génies, tous d'accord pour reconnaître dans cet Amour qui aimante leur recherche:  "La Vie de leur vie."
     
"Pourquoi vouloir être quelque chose quand on peut être quelqu'un?" écrit Flaubert dans son journal, scandalisé par un billet de Baudelaire qui lui demande de pousser sa candidature à  l'Académie Française.  C'est qu'il n'ambitionne, lui, Flaubert, d'autre récompense que d'exprimer toujours mieux, en s'effaçant devant elle, cette "Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle" qui ravissait le coeur de Saint Augustin.  Avec la même humilité Einstein affirmait que "l'homme qui a perdu la faculté de s'émerveiller et d'être frappé de respect est comme s'il était mort", car il n'aspirait qu'à ce dialogue "mystique" avec un univers perçu dans la Pensée créatrice dont la nôtre tire toute sa lumière.  Et qui a mieux chanté "la joie de connaître" que Pierre Termier déchiffrant la genèse de la terre dans le grand Canyon du Colorado?
     
Mais non moins admirable est ce témoignage d'une pauvre bergère illettrée qui n'arrivait jamais au bout de son "Notre Père" parce qu'elle éclatait en sanglots dès les premiers mots, en pensant qu'une chétive créature comme elle jouissait du privilège incroyable d'invoquer Dieu comme son Père.
     
Si le message de Jésus s'achève dans ce testament de Joie: "Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite", c'est que tout l'Evangile est la révélation et la communication personnelle du Dieu-Charité, du Dieu qui n'est qu'Amour et dont le Coeur est le berceau de toute réalité.
     
Ce dimanche rose de "Laetare" oriente nos regards, au milieu du Carême, vers l'univers pascal qui doit fleurir de la Croix, où la création sera ré-engendrée par le Verbe fait chair, en qui l'Amour éternel s'immole pour faire contrepoids à tous nos refus d'amour.
     
La Musique qui est le chant du Silence, par le ministère des grands Artistes qui sont nos hôtes, va nous disposer à entendre selon le mot de Saint Ignace d'Antioche, ce "mystère de clameur accompli dans le silence de Dieu", dont chaque Liturgie renouvelle la présence et l'appel.
          
Il ne suffit pas, en effet, que Dieu se donne pour que sa joie soit en nous.  Seul le consentement de notre amour peut fermer l'anneau d'or des fiançailles qu'Il ne cesse de nous proposer, comme en témoigne Saint Paul aux Corinthiens dans cette parole qui s'adresse à nous:  "Je vous ai fiancés à un Epoux unique pour vous présenter au  Christ comme une vierge pure".
     
Mais comment cela peut-il nous atteindre réellement?  Allons- nous verser dans une sensiblerie pseudo-mystique en nous imaginant favorisés, plus que le commun des hommes, des prédilections divines?
     
Toute illusion à cet égard est écartée par le mandatum qui fait de l'amour effectif envers les hommes le critère exclusif de notre amour envers Dieu.  C'est d'abord dans le jardin d'autrui que doit fleurir, par nos soins, la rose du Laetare.
 
Qu'exige de nous, en famille, au travail et dans toutes nos relations humaines la joie des autres?  Nous verrons, sans tarder, qu'elle réclame une attention si constante. un effacement de nous-même si soutenu, qu'ils sont rigoureusement impossibles sans une permanente reprise de contact avec Dieu.
     
C'est là le noeud des deux préceptes qui n'en font qu'un: l'amour de Dieu et l'amour de l'homme.

L'Evangile  est la bonne nouvelle de l'Emmanuel: "Dieu est avec nous". Mais comment l'apprendra l'homme d'aujourd'hui, si le sourire de notre amitié ne lui rend pas sensible le Visage qu'un coeur humain, ne peut reconnaître qu'à travers un amour humain où il transparaît?

Le Testament de joie est remis entre nos mains, comme le plus urgent appel à notre générosité qui en peut seule assumer  l'accomplissement dans le monde contemporain, au cours du temps  dont chacun de nous dispose pour s'éterniser.

20:44 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

09/09/2009

L'ENGAGEMENT SOCIAL DE MAURICE ZUNDEL.

L'engagement_social_de_Maurice_Zundel[1].pdf

10:32 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

30/04/2009

TOUT OU PRESQUE SUR MAURICE ZUNDEL.

C'est cela notre Dieu.

Non pas une menace,

non pas une limite,

non pas un interdit,

non pas une vengeance,

mais l'Amour agenouillé

qui attend éternellement

le consentement de notre amour

sans lequel le Royaume de Dieu

ne peut se constituer et s'établir...

Tout le contraire de ce que l'on imagine.

Maurice ZUNDEL.

 

Maurice Zundel est né il y a plus de cent ans, le 21 janvier 1897, à Neuchâtel. Prêtre, poète, mystique, théologien, il a laissé une vingtaine d'ouvrages, d'innombrables homélies, conférences, retraites, où il livre une pensée très personnelle, née de son expérience passionnée de l'homme et de Dieu. Nourrie à la sève du personnalisme et de saint François d'Assise, l'œuvre de Zundel connaît aujourd'hui, plus de vingt ans après sa mort en 1975 à Lausanne, un écho grandissant. Le Père Carré, dominicain, membre de l'Académie française, n'hésite pas à y voir une des pensées les plus considérables de ce temps.

La vie et l'œuvre de Maurice Zundel sont si intimement liées qu'il est difficile de les présenter sans les associer.
Ainsi, dans ce document, chaque période de sa vie, présentée chronologiquement, met en lumière un thème, un des aspects de la pensée de celui que le Pape Paul VI a pressenti comme génie, « génie de poète, génie de mystique, écrivain et théologien, et tout cela fondu en un, avec des fulgurations ».

TOUT OU PRESQUE SUR MAURICE ZUNDEL.pdf

18:27 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, catholique, foi, spiritualite |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

La pensée de Maurice Zundel.

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L'apport de la pensée de Maurice Zundel sur mon esprit et sur mon ministère fut comme un printemps théologique et spirituel, comme une bouffée d'air frais, une respiration hors du moule dogmatique dans lequel nous avions été quelque peu enfermés, au temps de notre formation. Ce printemps théologique a inauguré, en moi qui ai fréquenté ce maître, qui l'ai écouté, lu et médité, un véritable retournement de perspective, une libération.


La conception et la pratique du ministère pastoral sont, à l'évidence, fonction directe de l'image que l'on se fait de Dieu et de l'homme - ce couple indissoluble, dans la pensée de Jésus - que, trop souvent, nos discours et même nos liturgies séparent pour mieux, pense-t-on, glorifier Dieu.

Dieu et l'homme furent justement les deux thèmes majeurs de la réflexion et du message de M. Zundel. «Pour la plupart des hommes, affirmait-il, Dieu est plus une interrogation qu'une réponse.» Parmi les chrétiens, beaucoup en sont restés à la conception du Dieu de la Bible, du Dieu d'Israël. Ne serait-ce pas qu'ils aient été plus sacramentalisés qu'évangélisés ? Face à ce constat d'échec tragique, M. Zundel a livré un véritable combat pour nous délivrer des fausses images de Dieu, que les Eglises chrétiennes occidentales n'ont guère tenté d'éradiquer des esprits. Leur «pédagogie» ne fut d'ailleurs pas toujours innocente. Elle visait souvent à culpabiliser les fidèles pour mieux dominer leur conscience. Avant l'incarnation du Fils de Dieu, en Israël comme dans toutes les civilisations païennes, on ne savait pas envisager la grandeur autrement qu'en forme de domination. Les hommes se sont donc construit un Dieu à l'image de la pyramide. Tel un pharaon, un maître absolu, un potentat, Il surplombe tout, Il nous écrase de sa majesté et de sa puissance. Il règne sur une poussière innombrable de sujets, sans dialogue ni relation avec les hommes, sinon celle des rapports de dominant à dominés.

Le nouveau Dieu

Inlassablement, Maurice Zundel nous a montré qu'à la venue de Jésus, nous avons changé de religion, parce que nous avons changé de Dieu. Il a eu ce mot audacieux

«Jésus a évangélisé Dieu». En effet, Jésus nous a fait passer du Dieu tout-puissant, riche de tous les biens, qui se suffit à Lui-même, à qui rien ne résiste et que rien ne peut troubler dans sa félicité, au Dieu pauvre, qu'il révèle en Sa personne : un Dieu qui n'a rien, qui ne peut rien posséder ni prendre, un Dieu qui n'est plus le rival de l'homme, qui n'est jamais une menace, un interdit, une limite, un rouleau compresseur, mais un Dieu partenaire et complice de l'homme ; un Dieu fragile, vulnérable et désarmé que nous pouvons blesser; un Dieu qui est à notre merci, qui s'est remis entre nos mains, nous est confié et nous demande de le protéger, de le défendre et de le sauver du mal en nous-mêmes et dans le coeur des autres ; un Dieu, enfin, dont la grandeur infinie est un amour total et sans frontières, une générosité où seuls comptent le don et l'oubli de soi, qui attend éternellement notre consentement à L'accueillir et à vivre en Lui, qui est la Vie de notre vie.

Une nouveauté radicale, là encore. Jésus nous fait passer du Dieu extérieur à l'univers et à l'humanité, au Dieu intérieur au coeur de l'homme, respectueux de sa liberté et de l'inviolabilité de sa conscience pour engager avec lui un dialogue d'amitié. M. Zundel n'aura de cesse d'évoquer la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, où cette révélation majeure nous est donnée. Ou encore l'expérience mystique de saint Augustin, qui découvre qu'il est lui-même, dans toutes ses dimensions, à l'instant où il rencontre, aux tréfonds de son intimité, le Dieu qui était toujours là, alors que lui était dehors.

J'en tire deux conclusions. Le premier acte du culte de tout homme est de prendre conscience de la Présence intérieure à lui-même, dans laquelle s'enracinent sa dignité et sa valeur. Il me paraît aussi évident, qu'avant de déverser, à longueur de temps, des masses de lois, d'obligations et d'interdits sur les gens, pour les ramener au sein de l'Église et les inciter à mener une conduite morale plus haute, il est de nécessité urgente de leur révéler le vrai visage de Dieu qui les aime, les attend et ne les abandonnera jamais.

Avec l'abbé Zundel, on est aux antipodes du «Dieu-objet» de certains discours théologiques, du «Dieu que l'on met sur la table», qu'on soupèse et analyse, oubliant que le Dieu de Jésus, le Christ, est essentiellement une découverte à faire et une expérience à vivre amoureusement

Un nouveau regard sur l'homme

Le deuxième versant de la pensée de M. Zundel, c'est l'homme, sanctuaire de la Divinité qui fonde - à jamais - à un degré éminent, sa grandeur, sa dignité, son inviolabilité et son respect absolu. M. Zundel, qui a confessé qu'il croyait en Dieu parce qu'il croyait en l'homme, a dû, s'il la connaissait, faire sienne l'affirmation de Marcel Jouhandeau : «Dieu est grand, moi aussi». Il nous demandait toujours d'aller au-devant de l'homme dans le visage même que Jésus a de lui. «Jésus, dira-t-il, a la passion de l'homme. Sa religion, c'est la religion de 1'homme.»

Les pages de l'Evangile où jésus nous révèle la vraie grandeur de l'homme, ce sont d'abord celles où Il s'identifie à l'homme qui est dans le besoin et qui souffre celui qui a faim, c'est Moi; celui qui a soif, c'est Moi ; celui qui est nu, c'est Moi ; celui qui est en prison ou malade, c'est Moi (cf Mt 25). Puis, c'est l'agenouillement de jésus, lavant les pieds de ses disciples, geste qu'Il nous demande de réitérer nous-mêmes. C'est enfin la croix du calvaire qui est, dit M. Zundel, la mesure de la grandeur de l'homme. Aux yeux de Dieu, toute vie humaine, même abîmée par l'âge, les infirmités ou la maladie, a valeur infinie. Parce que Dieu, en son Fils crucifié, a pesé toute vie humaine au poids de sa propre vie divine. L'abbé Zundel aura cette affirmation étonnante et magnifique : «Dans l'émerveillement et l'action de grâce, je crois, mon Dieu, à l'équation sanglante du calvaire où, par le don total de ton Fils, tout homme devient l'égal de Dieu.»

L'homme est sensible au regard de Jésus sur l'homme, cette nouveauté de l'Évangile qui est la glorification de la vie. «La vie, jésus l'a prise, II l'a glorifiée, II l'a transfigurée et lui a donné une dimension infinie, afin que nous puissions la vivre avec un émerveillement continuel et une passion infinie.»

Le quotidien sacralisé

Ainsi, «Jésus a glorifié le travail le plus humble : Il est un ouvrier quia passé la plus grande partie de sa vie dans ces travaux communs, propres aux hommes les plus humbles, estimant qu'Il n'était pas indigne de Sa personne - à la fois pour glorifier Dieu et pour sauver les hommes - de mettre simplement la main à la pâte, de gagner son pain comme tout le monde et de consacrer la presque totalité de son existence au travail manuel, à ce labeur matériel qui donne au monde le visage de l'homme et qui permet à 1'homme de s'incarner, en quelque façon, dans la matière.»

«C'est encore de la même manière que jésus a pris l'amour humain et qu'Il en a fait un sacrement. Cet amour humain, si souvent instinctif et passionnel, cet amour fragile et vulnérable, Jésus n'a pas jugé, pour autant, qu'il fût méprisable et condamnable. Au contraire, en consacrant l'amour humain, Il a voulu révéler à 1 homme et à la femme toute la splendeur du lien qu'ils sont appelés à contracter; Il a voulu diviniser leurs échanges et leurs tendresses. En glorifiant l'amour humain, Il en a fait le signe qui représente et qui réalise le mystère de l'alliance de Dieu avec 1'humanité, le mystère du mariage du Christ et de son Eglise.»


M. Zundel aimait à citer cette réflexion d'un moine : «J'ai autant de dévotion à manger ma soupe qu'à célébrer la messe.» Il voulait dire qu'au réfectoire de sa communauté comme à l'autel, il se sentait et se trouvait à la table du Seigneur. «Ce mot est admirable, parce qu'il nous fait découvrir le côté sacré de la vie la plus humble, la plus commune, la plus quotidienne, la plus banale et le côté sacré de tous les gestes de l'existence.» Dans la religion de jésus, il n'y a pas de possibilité pour un monde profane, parce que l'homme est le sanctuaire de Dieu, l'univers entier son royaume et parce que, partout, nous pouvons être avec le Seigneur. Dans la mesure où tout acte humain, tout geste, toute démarche sont revêtus et habités par cette Présence et la communiquent généreusement aux autres, toute la vie ordinaire est religieuse, toutes les activités humaines sont une liturgie.

L'apostolat

L'abbé Zundel répétait sans trêve «Dieu, on ne Le connaît pas, mais on Le reconnaît toujours.» Il signifiait que l'on reconnaît toujours Dieu en ceux et celles qui L'accueillent en leur intimité, qui en vivent, en témoignent et Le reflètent, parce que justement ils sont devenus transparents à Sa présence. Souvent, il donnait comme pénitence sacramentelle ou faisait répéter aux enfants, dans ses homélies, cette courte, mais essentielle prière

«Seigneur, rends-moi transparent à Ta présence et apprends-moi à être le sourire de Ta bonté.»

Il affirmait volontiers, par voie de conséquence, que la première démarche, auprès de ceux qui cherchent, qui doutent ou qui nous interrogent, n'est pas de leur donner la Bible ou l'Évangile, mais de les faire vivre auprès de quelqu'un, d'un groupe ou d'une communauté qui incarne véritablement l'esprit de l'Évangile. Alors seulement, en lisant la Parole inspirée, ils en vérifieront la vérité, parce qu'elle s'enracine concrètement dans une vie.

«Dieu, on ne Le connaît pas, mais on Le reconnaît toujours.» Cette vérité capitale, qui est la clef de tout apostolat, le seul moyen d'évangélisation acceptable et accepté, me semble souvent oubliée des technocrates de la mission, qui se fatiguent et nous fatiguent dans l'élaboration de plans successifs d'action et de nouvelles planifications ! Cette conception de l'apostolat, M. Zundel l'a maintes fois illustrée, en des pages émouvantes et éclairantes.

Prière et présence

Voici un cas limite : celui d'une femme condamnée au silence absolu en matière d'éducation chrétienne de son fils, qui semble apparemment n'avoir rien transmis, mais qui, en réalité, dépossédée d'elle-même et habitée par Dieu, a livré l'essentiel.

«J'ai eu le privilège de rencontrer, dans mon enfance, une femme, morte octogénaire. Elle n'avait jamais connu ses parents qui étaient décédés peu après sa naissance. Elevée dans un orphelinat, où elle n avait jamais reçu le moindre témoignage d'affection, elle atteignit l'âge du travail avec un coeur affamé d'amour. Elle crut l'avoir trouvé chez un camarade d'atelier qu'elle épousa. Elle ne tarda pas à découvrir qu'il était un ivrogne et elle subit la brutalité effrénée de ses colères. Tous ses rêves de bonheur s'écroulaient sous les coups qui blessaient son âme plus que son corps. C'est alors qu'elle rencontra Dieu, comme une présence cachée en elle, où elle puisa le courage de vivre. Son mari comprit que ce refuge intérieur la soustrayait, d'une certaine manière, à son pouvoir. Il résolut de se venger et, ne pouvant lui arracher sa foi, il lui interdit de la transmettre à l'enfant qu'elle mit au monde dans ce triste foyer. Il se réserva de l'élever selon ses principes, en contrecarrant jalousement l'influence de sa mère, et il en fit un être instable, que l'absence de discipline intérieure livra à tous les désordres."

"Sa mère le gardait dans sa prière et ne pouvait l'atteindre autrement, car il ne la voyait guère que pour lui demander de payer ses dettes et de renouveler sa garde robe. A trente-cinq ans, il avait brûlé sa vie et il lui revint, en proie à une tuberculose jugée si évidemment inguérissable qu'aucun sanatorium ne voulut l'accueillir. «Il a raté sa vie, me dit-elle alors, je ne voudrais pas qu'il rate sa mort."

"Et sa prière se fit plus insistante que jamais, pour lui obtenir cet éclair de grâce qui rendrait Dieu sensible à son coeur: cependant, elle ne laissa rien paraître de ce désir qu'il fît de sa mort un acte de vie. Elle sentait que toute intrusion dans son intimité ne pourrait que l'induire à un refus peut-être définitif, et qu'il fallait, comme le Seigneur au lavement des pieds, s'agenouiller devant le sanctuaire qu'il pouvait encore devenir."

«Je n'ai jamais eu de religion, mais maintenant je veux avoir la religion de ma mère.» Ce fut ainsi qu'il livra, d'un coup, le fruit des réflexions dont il avait gardé le secret, au cours d'une conversation avec un ami auquel il confiait les déboires de sa vie. J'ai assisté à sa première communion quelques semaines avant la Toussaint. Il mourut le jour de cette fête, comme sa mère l'avait souhaité. Mais, dans l'intervalle, il avait pris soin de lui dire

«Maman, si tu m'en avais parlé, jamais je ne l'aurais fait. C'est parce que tu ne m'as rien dit qu'à travers toi j'ai tout découvert.»

"Je n'ai jamais mieux compris la puissance d'une présence humaine, transparente à Dieu, que dans cette conversation d'un fils, dont le visage de sa mère a été son seul évangile" (Quel homme et quel Dieu, Fayard, Paris 1976).

Pastorale des malades et des mourants

Dans la même perspective, l'abbé Zundel nous engageait à porter, avec le Christ, d'une façon continue, le poids de l'humanité à sauver. C'est-à-dire à prier, à participer à l'eucharistie, à communier non pas pour soi et pour son confort spirituel, mais «pour tous les homme avec tous les hommes et au nom tous les hommes». Il lui était inconcevable de séparer les actes religieux, comme la prière, les sacrements et la messe, de l'ouverture au monde, donc de l'esprit missionnaire. «Nous ne pouvons aller à Jésus qu'ensemble, disait-il. Nous ne pouvons L'atteindre qu'ensemble, nous ne pouvons entrer en contact avec la Personne de Jésus qu'en faisant de chacun de nous une présence universelle, qu'en assumant toute l'humanité et même toute la création. Il n'y a pas de liturgie privée, il n'y a pas de communion privée. Cela n'a aucun sens. L'évangile est une mission:  l'eucharistie, la prière, le jeûne, les pèlerinages, concrétisent cette mission. Nous sommes donc toujours et partout envoyés, à tous, à toute créature, parce que chargés du Seigneur dont le coeur est illimité et que nous ne pouvons atteindre que si nous nous faisons universels, à la mesure du Sien.»

S'il y a un retournement radical de perspective à opérer, c'est bien celui de nos attitudes et de nos réactions devant la souffrance humaine. Combien de chrétiens, d'évêques même, continuent d'affirmer - obèses de certitudes - que la maladie, du moins certaines d'entre elles, comme le Sida, aujourd'hui, est une punition de Dieu. Dans un manuel catholique, en avant-propos des prières auprès des malades, on peut lire : «Nous ne connaissons jamais mieux les desseins de Dieu à notre égard que lorsque nous somme malades... Nous devons accepter la maladie avec humilité comme un décret de Dieu, intimement persuadés qu'il agit pour le mieux.» Dans un livre de prières, édité par une Eglise soeur, on retrouve ces phrases insupportables : «Ta main, Seigneur, s'est appesantie sur moi... Tu permets que je souffre... Aide-moi à voir dans mon état tes desseins paternels... Père céleste, rien ne peut m'arriver qui ne soit voulu de toi... Tu me châties, mais j'ai confiance, car tu ne châties que ceux que tu aimes.»

Respect de la conscience

Une telle conception, à l'évidence, met gravement en jeu l'image évangélique du Dieu de Jésus, puisqu'elle donnerait à penser que Dieu est responsable du mal qui nous advient, donc coupable. Ici encore, M. Zundel a pris le contre-pied de telles assertions. Il l'a dit, un jour, en des termes violents, dans une conférence à Londres

«J'enrage quand on dit : "Dieu permet le mal." Mais non ! Dieu ne permet jamais le mal; Il en souffre, Il en meurt, Il en est le premier frappé et, s'il y a un mal, c'est parce que Dieu en est d'abord la victime.»

En des termes incomparables, M. Zundel ne cesse de nous dire la compassion de Dieu et sa totale solidarité avec celui qui vit, qui souffre, qui agonise et qui meurt. Avec un acharnement, qui n'a de justification que son amour de Dieu et de l'homme, il affirme que «Dieu, en son Fils crucifié, assume toute la détresse humaine; que la croix du Christ, c'est justement le cri poussé à la face du monde, pour dire aux hommes de tous les temps, que Dieu a partie liée avec tout homme, qu'Il est flagellé dans nos tortures, qu'Il saigne dans nos blessures, qu'Il transpire dans nos sueurs, qu'Il gémit dans nos solitudes, qu'Il pleure dans nos larmes.» «L'amour de Dieu pour nous, ajoute-t-il, est semblable à l'amour d'une mère. C'est un amour d'identification qui prend la couleur de tous les états de son fils dévoyé.»

L'abbé Zundel, ce maître en spiritualité, demande à ceux qui accompagnent les malades en fin de vie, de les aider à faire de leur mort un acte de vie, c'est-à-dire, à l'exemple de Jésus, un acte de liberté, d'offrande et d'amour; de les aider à entrer vivants dans la mort - la véritable question n'étant pas de savoir si nous serons vivants après la mort, mais avant la mort.

Un point sur lequel M. Zundel attirait l'attention, c'est le respect absolu de la conscience du malade ou du mourant, respect qui interdit toute intrusion forcée dans une âme, toute menace et tout harcèlement. La meilleure intention de faire le bien ne le justifiera jamais. Respecter l'inviolabilité d'une conscience exige que nous nous approchions de tout homme, de tout malade et de tout mourant avec une délicatesse infinie. Celui que nous accompagnons dans son ultime étape est unique : il a un passé, une histoire et une mémoire ; il a vécu mille expériences positives ou négatives qui l'ont marqué profondément, ont façonné son âme, son esprit et sa conception de la vie, ont établi son échelle de valeurs et déterminé la nature de ses rapports avec Dieu et avec l'Église. «Cela aussi est à respecter avec compréhension et indulgence, tant il est probable que sa liberté, souvent, n'a guère eu l'occasion de s'exercer pleinement. A l'instar de la plupart des êtres, il a peut-être subi son existence plus qu'il ne l'a prise en charge et ne l'a orientée.»

Un prêtre Anonyme.

18:03 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite, catholique |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

26/01/2009

Dieu est tout parce qu'il n'a rien.

Dieu est tout parce qu'il n'a rien.
Dieu n'est pas un possesseur,
Il n'est pas un dominateur.
Il n'entre pas en compétition avec nous
et l'on ne saurait imaginer de concurrence
entre sa toute-puissance et notre toute-faiblesse.
Au contraire l'être-amour de Dieu garantit la certitude
que ce n'est pas lui qui dispose de nous,
mais qu'il nous appartient de disposer de nous-mêmes,
parce que nous n'avons rien à craindre de lui.

Dieu Altruisme Subsistant
ne peut pas être un regard posé sur l'homme,
qui le traquerait et le transformerait en objet à manipuler :
Dieu, qui est tout entier la Liberté du Don,
ne peut être que le ferment de la liberté humaine.
Si Dieu a vraiment ce visage de pauvreté -
qui s'identifie avec la charité qu'il est -
et s'il s'agit selon ce qu'il est,
on conçoit que cette pauvreté s'exprime
dans ses rapports avec la création
et qu'il n'ait prise sur nous
- et sur toute réalité à travers nous -
que par cette saisie désappropriée
qui nous meut par la liberté (ou libération)
même qu'elle appelle ou suscite en nous .

On comprend qu'un tel Dieu
ne puisse empiéter sur 'notre domaine',
puisqu'il est incapable de rien posséder.
C'est pourquoi nous pouvons lui échapper
sans qu'il puisse nous contraindre
puisqu'il ne nous réintroduit dans l'intimité de son amour
que par une nouvelle éclosion de notre liberté.
C'est pourquoi il peut éprouver à notre égard,
sans aucune altération en lui même,
cette compassion maternelle
qui n'est que la surabondance de sa générosité,
en sombrant en nous pour nous, par ce don gratuit
qu'il est et qui s'offre à nous tels que nous sommes,
en se conformant à nous pour nous conformer à soi.

Dieu face à l'homme,
c'est un dialogue de Liberté à liberté.
Non pas en raison du bon vouloir de Dieu,
qui conserverait alors une toute-puissance
dont il accepterait de ne point user,
par respect pour l'homme !
Mais un dialogue de libertés
en raison de l'être même de ce Dieu Intérieur et Amour :
l'amour appelle la liberté,
il ne peut s'imposer sans se détruire de facto !
C'est pourquoi Zundel écrit :
''Dieu peut tout ce que peut l'amour,
et ne peut rien de ce que ne peut l'amour''.
En d'autres termes :
''Là où il y a un refus d'amour,
l'Amour qui est Dieu ne peut qu'échouer,
sans évidemment cesser, pour autant,
d'être l'Amour éternellement présent, éternellement offert''.
Ainsi, sous cet aspect,
''Dieu est fragile et désarmé devant le refus
que nous pouvons opposer à un dialogue
qui exclut radicalement toute contrainte.''

Illustrons ces propos par une analogie
que Zundel aime beaucoup.
Dieu, qui est la bonté suprême,
ne saurait être moins bon que le meilleur des hommes.
Il est donc Père plus que tous les pères,
comme il est plus Mère que toutes les mères.
Imaginons alors l'amour indéfectible d'une Mère
pour un fils débauché qui renierait toutes ses valeurs,
jusqu'à être condamné par la justice.
La mère pourrait elle souscrire à ce jugement
sans que son cour saigne?''
Comment voulez-vous qu'une mère condamne son fils ?
La mère ira en prison pour lui.
Elle mettra sa tête sur l'échafaud pour lui.
Elle s'offrira plutôt que de livrer son fils.
Est-ce que Dieu aurait moins d'amour qu'une mère ?
C'est impossible ! C'est pourquoi Dieu se livre sur la Croix,
Dieu meurt pour ceux-là même qui le crucifient,
pour ceux qui refusent obstinément de L'aimer.
C'est ce qu'il fera toujours.
Tel est l'Amour : il ne peut que donner,
toujours davantage puisqu'il s'identifie avec le Don,
puisque telle est la Vie et l'Etre même de la Trinité.
''Un amour refusé n'a pas d'autre ressource,
s'il veut maintenir sa fidélité,
que d'aimer toujours plus généreusement
- dut-il en mourir - l'aimé qui n'aime plus,
pour qu'il puisse découvrir, dans un don absolument gratuit,
de nouvelles raisons d'aimer.''

(...) pour Zundel, Dieu accomplit dans son être
les plus hautes valeurs humaines,
il est le référent, il est la Valeur qui fonde les nôtres.
Ceci n'est donc pas la projection sur Dieu
d'une imagerie humaine, mais, à l'inverse,
la reconnaissance de sa Présence dans notre réalité.
''Cette générosité dont l'amour humain
se montre parfois capable n'est elle pas un reflet de celle de Dieu ?''

Telle est donc la maternité de Dieu,
qui nous dévoile son respect infini
pour chacune de nos libertés, face au choix desquelles
il ne peut rien d'autres que surabonder d'amour.
Telle est l'humilité divine, qui se soumet
en qui se soumet en quelque sorte à ses créatures.
Thomas d'Aquin le pressentit déjà, :
''Il y a là autre chose qui enflamme l'âme à aimer Dieu :
c'est l'humilité divine.
Dieu tout-puissant, en effet, se soumet à chacun des anges
et à chacune des âmes saintes,
comme s'il était pour chacun (ou chacune)
un esclave qui s'achète et que chacun (ou chacune) fût son Dieu.
Cette humilité résulte de l'abondance de la bonté
et de la noblesse divine,
comme un arbre ploie sous l'abondance de ses fruits.''

N'est-ce pas exactement ce que Jésus signifie
au lavement des pieds, en dévoilant un Dieu serviteur,
à genoux devant l'homme comme devant un sanctuaire
dont il ne peut forcer la clôture.
C'est pourquoi la Croix renverse définitivement
la situation du péché originel :
Dieu ''nous épargne la tentation de nous faire dieux,
car c'est lui-même qui veut nous faire dieux .''
Oui, Dieu nous fait dieux,
mais ce n'est plus une promotion
dans une hiérarchie de puissance,
fondée finalement sur l'orgueil :
Dieu nous apprend que le chemin de notre divinisation
passe par le dépouillement, l'humilité, l'oblation,
parce que c'est au bout de cet itinéraire là
que lui même se trouve.

Par conséquent, Dieu n'est pas
''impuissant d'une impuissance mécanique''.
Dieu est impuissant comme l'amour est impuissant
devant une liberté qu'il ne peut contraindre
sans se détruire lui même.
''La plus grande puissance du monde
c'est justement cela : la sympathie, l'amitié, la bonté, l'amour.
Mais c'est une puissance que n'importe qui
peut réduire à l'impuissance. Il suffit de se fermer,
de se boucler en soi-même. Il suffit d'opposer le non au oui.''
En d'autres termes, Dieu ne perd rien de sa capacité
à transformer les racines de notre être, de tout être.
Mais puisqu'il est ''pur dedans'',
puisqu'il est ce Dieu Intérieur de saint Augustin,
que l'on atteint en soi qu'en se libérant de soi,
le changement de notre personne en moi-oblatif
implique un consentement où chacun peut,
à chaque instant, refuser sa propre création.
C'est là notre grandeur et notre misère d'hommes.''

Quelle que soit la grandeur avec laquelle
Dieu s'adresse à nous,
c'est toujours à l'intérieur que s'opère la rencontre,
là où le bruit peut occulter le silence divin,
là où ''notre imperfection peut tenir en échec sa perfection.''
Dieu toujours présent, toujours offert,
ne peut s'imposer : il ne peut être que
''l'action silencieuse de cet amour gratuit et désapproprié
qui nous aimante sans nous contraindre.''

Extraits du livre de François Rouiller,
''Le Scandale du mal et de la souffrance chez Maurice Zundel'',
Editions Saint Augustin, 2002

12:14 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

05/01/2009

LE DROIT DE PROPRIÉTÉ PAR MAURICE ZUNDEL.

            Début de la 15ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

 

                  Le droit de propriété est fondé sur l'esprit de pauvreté. On peut le définir comme un espace de sécurité assuré à chacun qui lui permette de faire de lui-même un espace de générosité.

 

                  J'ai reçu ma plus profonde leçon de sociologie d'une femme pauvre qui me disait : "Je ne demande qu'à prier et à méditer, mais  comment voulez-vous que je le fasse ? j'ai cinq enfants et mes marmites sont vides ! Je peux remettre ma méditation à demain, mais mes enfants quand ils rentrent de l'école, il faut qu'ils trouvent la table mise". J'ai compris que cette femme, d'ailleurs très noble, qui ne demandait précisément qu'à vivre d'une vie intérieure, qui avait le sens des valeurs les plus profondes,  j'ai compris que ce qu'elle réclamait c'était un espace de sécurité qui lui permette de faire d'elle-même un espace de générosité. Et il m'a semblé que je tenais là la formule même du droit de propriété.

L'homme, en effet, est aux prises avec ses besoins organiques, il doit se nourrir, il doit s'abriter, il doit se vêtir ! mais, à la différence des animaux, il peut créer un espace entre lui et ses besoins, et il doit le faire précisément parce qu'il est capable de survoler le temps, il voit au-delà du moment présent, même de sa mort, comme il voit en avant de son origine, il porte en lui une sorte de dimension éternelle, et le pain d'au­jourd'hui lui reste à la bouche s'il est sûr de ne pouvoir manger demain. Il faut donc qu'il crée un espace de sécurité qui l'assure de la satisfaction paisible de ses besoins de telle manière qu'il n'ait plus à y penser.

Mais, si cela est vrai, cela comporte une conséquence infinie ! c'est que le droit de propriété - comme tous les droits, d'ailleurs - est fondé sur l'esprit de pauvreté, en effet, cet espace de générosité que cette femme réclamait pour elle, ce n'est pas autre chose que cet univers  intérieur où l'homme accède en se désappropriant de lui-même. C'est donc pour parvenir à ce don, pour parvenir à cette désappropriation, à cette pauvreté selon l'esprit, que l'homme peut revendiquer un espace de sécurité.

La conséquence qui en résulte immédiatement, c'est que, s'il réclame ce droit ou cet espace de sécurité pour lui-même, il ne peut que le réclamer du même coup pour tous les autres, car les autres se trouvent exactement dans la même situation ! ils ne peuvent devenir un espace de générosité que s'ils sont assurés d'un espace de sécurité.

Il s'ensuit donc finalement que, lorsque l'homme a couvert ses besoins, entendus d'une manière raisonnable - les besoins d'un cosmonaute ou d'un physicien nucléaire ne sont pas les mêmes que ceux d'un cordonnier ! - une fois qu'il a couvert ses besoins raisonnablement, ce qui est en surplus revient en droit aux autres, dans la mesure justement où ils n'ont pas de quoi satisfaire à leurs besoins d'une manière équilibrée et raisonnable, et puisqu'ils ont le même droit à un espace de sécurité, dès que le mien est assuré, je suis tenu de veiller au leur. Il y a donc dans le droit de propriété comme dans tous les droits, un altruisme consubstantiel : le droit de propriété est ouvert sur les autres essentiellement, et si les autres sont concernés par lui, ce n'est pas en vertu d'une charité surérogatoire, c'est en vertu du droit lui-même qui dans son essence, parce qu'il est fondé sur l'esprit de pauvreté, parce qu'il a comme racine première le dépouillement de soi, c'est le droit de propriété lui-même qui requiert cette ouverture aux autres.

Pourquoi cet espace de générosité ? Bien entendu, cet espace de générosité n'a de sens que si, au coeur de l'être humain, réside une valeur, une valeur absolue, une valeur person­nelle, une valeur qui concerne tous les hommes, une valeur identique en tous et en chacun, une valeur qui doit se développer en moi au profit de tous ! et quand on proclame les droits de l'Homme, ou bien on entend couvrir une vie privée où l'on fait ce que l'on veut, où l'on entend couvrir un narcissisme effroyable, où chacun pourra préparer l'assassinat des autres, ou bien on entend couvrir une valeur, un bien commun, un bien universel.

Et bien sûr que par le seul fait que l'on dise : "Les droits de l'Homme", au singulier, on entend par "homme" la qualité d'homme, ce qui fait la dif­férence spécifique de l'homme qui est justement qu'il peut créer dans sa vie la plus secrète, une valeur qui intéresse la vie la plus secrète des autres.

Et nous n'avons pas besoin d'insister, nous savons que cette valeur, précisément, cette valeur qui est "Quelqu'un", cette valeur où nous sommes promus, dans le langage de Flaubert, de quelque chose à quelqu'un, cette valeur, c'est précisément le Dieu Vivant. »

Maurice Zundel.

21:21 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAURICE ZUNDEL. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |