20/11/2007

Libérons-nous du regard des autres !

Par Flavia Mazelin Salvi.
Madame Figaro

Amies, amants, parents, enfants, rivales...
Ils nous ont tous à l'oeil. S'il est juste et bienveillant, leur regard stimule. Exigeant, il peut aussi nous pousser à l'échec.

Dans les yeux de papa-maman

Tout part encore de là : chargé de l’histoire consciente et inconsciente du père et de la mère, le regard parental n’est jamais neutre. Oscillant, selon les cas, entre bienveillance et exigence, il est celui qui nous donne notre place dans la famille et qui détermine en grande partie la qualité de notre future vie émotionnelle et relationnelle. Agnès, 41 ans, « plutôt sûre d’elle et bien dans sa peau », a mis des années avant de se libérer du regard paternel « rempli d’exigence » et d’oser faire des choix personnels. « Depuis l’école primaire, je sentais le regard de mon père qui disait : “Vise plus haut, améliore-toi.” » Résultat : la jeune femme multiplie diplômes et concours pour combler les attentes d’un père qui a toujours considéré la réussite sociale comme une priorité.

« Son regard m’a donné confiance en moi. Mais il a aussi étouffé mes désirs personnels. » Louise, 36 ans, a fait l’expérience inverse. Benjamine d’une fratrie de quatre enfants, elle s’est longtemps vécue comme « transparente, sans identité ni rôle vraiment définis ». Il lui a fallu tâtonner longtemps avant de trouver sa place. Un regard parental juste, nécessaire à une bonne construction narcissique, « est un regard qui reconnaît l’enfant comme une personne à part entière et non comme une prolongation de soi, souligne Isabel Korolitski, psychanalyste. C’est aussi un regard qui ne façonne pas mais qui soutient ». Cécile, 38 ans, s’est rendu compte, au cours d’une thérapie entreprise pour comprendre pourquoi elle était abonnée aux échecs amoureux, qu’elle avait intégré le regard d’une mère « profondément anxieuse et pessimiste ». « Elle me voyait comme elle se voyait, c’est-à-dire vulnérable et manquant totalement de confiance en elle, raconte-t-elle. Il m’a fallu des mois et des mois de travail pour que je comprenne que cette personne dépendante et fragile, ce n’était pas moi. »

Attentions aux projections !

« Dans ses yeux, je me sens désirable » ou, au contraire, « Il attend trop de moi » ou encore « Il ne me voit pas comme je suis »... Chaque relation amoureuse se construit avec le regard que l’autre pose sur soi. Réalité et fantasmes s’y mêlent étroitement. Si, dans les premiers temps de la relation, le regard amoureux a tendance à valoriser, à embellir et à renvoyer une image extrêmement positive, il se modifie au fil du temps, à mesure que le réel gagne sur l’imaginaire. Parfois, les désirs, les projections de l’autre sur soi se révèlent trop forts, trop lourds.

« Ma compagne me voyait comme un battant, comme quelqu’un qui assurait dans tous les domaines, témoigne Louis, 43 ans. Mais quand j’ai eu la possibilité de monter ma boîte et que j’y ai renoncé parce que je ne me sentais pas prêt à quitter Paris, j’ai compris que je la décevais. Du superhéros, je devenais M. Tout-le-monde. » Dans ce passage à la réalité, la relation peut gagner en maturité ou perdre de sa force. Accepter de ne pas être conforme aux attentes de son partenaire et lui accorder ce même droit, c’est cela qui fait une relation adulte et constructive. « Ce qui caractérise les relations, qu’elles soient amoureuses, familiales ou professionnelles, c’est la peur de ne plus être aimé », avance Jacques Arènes, psychanalyste.

Chacun se conforme alors aux attentes réelles ou supposées de son partenaire, au prix parfois de grandes souffrances. Cette dépendance, Isabelle, 44 ans, l’a vécue dans son couple. Elle s’est, selon ses termes, littéralement coulée dans l’idéal féminin de son mari. « J’étais Madame Parfaite, toujours disponible, à l’écoute, de bonne humeur, maman et maîtresse dévouée, jusqu’à la mort de ma mère, que j’ai très mal vécue. Là, quelque chose a craqué, et ma belle façade s’est lézardée. Nous avons divorcé deux ans plus tard. » Aujourd’hui, Isabelle vit avec un homme qui l’aime comme elle est, avec ses bons jours et ses mauvais jours. « Nous vivons le règne de la séduction obligatoire, analyse Jacques Arènes. Dans une société marchande où même la relation est devenue un lieu de transaction, on met toute son énergie à peaufiner son image et on devient excessivement dépendant du regard de l’autre. Lorsque ce regard est positif, on a une bonne image de soi; lorsqu’il est négatif, on s’écroule. »

Et moi, et moi, et moi !

D’où la nécessité parfois de bousculer les étiquettes et de passer outre les attentes des autres pour s’affirmer. Laure, 39 ans, a dû batailler ferme pour s’imposer sans faire de concessions. « J’ai été nommée à la tête d’un service qui fonctionnait comme une petite famille. Ce n’était pas du tout ma conception des choses, je sais que je passe encore pour une chef tyrannique, mais tant pis. Je veille à me montrer juste et compréhensive, mais je ne suis pas là pour jouer la“mamma” de service. » Cultiver la saine remise en question, oser affronter la peur de déplaire, de décevoir et parfois même de choquer, c’est la condition nécessaire à une affirmation de soi sereine. « Nous vivons une époque d’hypersensibilité narcissique, constate Jacques Arènes, où la moindre critique est vécue comme une agression. Pour ne pas déplaire, on fait le dos rond et on nourrit rancoeurs et frustrations. Or, on peut critiquer et recevoir la critique, si l’on sent que l’intention de celui qui nous l’adresse est positive, qu’elle cherche à nous faire progresser et non à nous blesser. »

Positifs ou négatifs, certains regards peuvent à la longue être vécus comme un carcan. Ne plus être vu par un seul prisme, si valorisant soit-il, cela devient alors un besoin vital. « Vouloir s’affranchir de la dépendance aux regards des autres pour “accoucher de soi” est une étape indispensable dans
le
processus de maturité , explique Jeanne Simon, psychothérapeute. C’est ce que Jung appelait le processus d’individuation. Il s’agit d’exprimer la part la plus singulière de soi, celle que les rôles sociaux ou familiaux ont pu étouffer. »

Jamais trop tard

Ce n’est pas un hasard si c’est autour de la quarantaine que certains rôles ou que certaines étiquettes deviennent trop lourds à porter. « Cette période de la vie, explique Françoise Millet-Bartoli , psychiatre et psychothérapeute, est propice aux grandes remises en question. » On voudrait laisser plus de place à la vraie personne et moins au personnage. Quelle direction aurais-je pris si j’avais été moins dépendant du regard parental, moins soumis aux attentes de mon conjoint, comment sortir de ce rôle qui m’emprisonne? « Ce sont des interrogations qui reviennent très fréquemment en consultation. » Et pour échapper à ces regards qui renvoient une image trop réductrice de soi, certains en passent par des changements radicaux ou des ruptures brutales. C’est la fameuse crise du milieu de vie.

« Certains regards deviennent insupportables, surtout si on a le sentiment d’avoir fait fausse route dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, poursuit Françoise Millet-Bartoli. On est alors tenté de rendre l’autre responsable de nous avoir empêché de vivre notre vraie vie, de nous avoir coupé les ailes. Or, c’est en s’interrogeant sur ses vrais désirs et ses besoins, en s’accordant le droit et les moyens d’y répondre, que l’on peut justement s’affranchir du regard des autres. » À condition que l’on garde à l’esprit qu’assumer son désir, c’est aussi prendre le risque de bousculer son entourage dans ses habitudes et son confort.

Claire a coupé ses cheveux, que tout son entourage considérait comme sa parure, elle se préfère avec une coupe à la garçonne, qui correspond davantage à sa personnalité. Marianne a abandonné les régimes amaigrissants pour vivre comme une « belle ronde bien dans sa peau ». Agnès, au grand dam de son père, avocat renommé, a quitté la direction d’un service juridique pour créer avec une amie une ligne de vêtements pour enfants. À la clé, toutes ont redécouvert une nouvelle façon de vivre en accord avec soi et ont fait l’expérience d’une liberté nouvelle. « Souvent, on se restreint soi-même en donnant trop d’importance aux regards des autres, témoigne Agnès, et c’est lorsqu’on
se donne les moyens de s’en libérer qu’on se rend compte qu’au fond on a mis soi-même des barreaux à ses fenêtres.
» Ne plus attendre de validation dans le regard des autres, ne plus redouter leur jugement, c’est aussi cela la maturité.

Madame Figaro

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19/10/2007

PSYCHOLOGIE ET SPIRITUALITÉ.


26/06/2007

TIMIDITÉ LA PEUR DE S'AFFIRMER...

Trouble de la personnalité qui nous affecte tous plus ou moins, la timidité est souvent synonyme d’isolement et constitue de ce fait une entrave certaine à notre épanouissement personnel.

Aborder quelqu’un, affronter le regard des autres, prendre la parole en public n'est facile pour personne. Et même si nous parvenons avec le temps à dissiper notre timidité, il est plus difficile de soigner le trouble profond qui la génère : l’angoisse de ne pas être à la hauteur, d’être jugés et finalement mal aimés. Car le timide est réellement obnubilé par l’idée d’être accepté, d'être reconnu, faute de se connaître et de s’aimer suffisamment lui-même. C'est pourquoi il vit essentiellement dans le regard des autres.
Pour lui, prendre la parole constitue donc une véritable prise de risque de sorte qu’il finit bien souvent par fuir les contacts et s’enfermer dans sa torpeur. Et donnant malheureusement à son entourage l’image d’un être résolument replié sur lui-même, indifférent au sort des autres et peu disponible, il génère parfois ce qu’il redoute le plus : le désintérêt d’autrui.


Mais plutôt que vivre en victime d'un monde “hostile”, pourquoi ne prendrait-il pas l'habitude d'oublier un tant soi peu ses sensations et ses propres besoins en s’intéressant réellement aux autres ? Pourquoi ne déciderait-il pas d'aller quotidiennement à la rencontre de l'Autre et sortir ainsi de son ghetto ?
Timides ou non, nous avons tous besoin d’écoute, de reconnaissance, de compréhension, d’échange… Et comme nous recevons toujours à la mesure de ce que nous donnons, pourquoi ne pas prendre le risque de donner à l’autre ce que nous aimerions recevoir ?
Difficile certes puisque nous n'avons pas vraiment confiance en notre potentiel créateur, en cet “être divin” que nous sommes et qui désire aller vers l’Autre et assumer les échecs comme les victoires, bref, vivre !

Qu’est-ce que la timidité sinon une insuffisance d’ouverture au monde, un manque d'incarnation et de conscience de sa propre nature illimitée ? Se connaître, s’aimer et avoir confiance en soi n’est-ce pas d’abord aimer cette incarnation que nous avons choisie et assumer ce choix en prenant les risques qui s’imposent ? C'est bien en se tournant vers l'Autre que le timide pourra parvenir à trouver sa place, son identité, son “utilité” spirituelle.
Non, la vie ne nous demande pas de nous jeter dans des “eaux glacées” mais de chasser en nous tout ce qui fait obstacle à notre véritable personnalité et offrir, à ceux qui le désirent, ce que nous sommes et ce que nous devenons.

Finalement, contrairement à ce que pense le timide, il n'est pas question d'apprendre à s’imposer aux autres par une mise en avant artificielle peu propice à l’échange créateur et l'épanouissement personnel mais d'apprendre à se donner subtilement. Car les fleurs qui attirent le regard et invitent le passant à l'échange ne sont pas toujours celles qui s’imposent par leur taille et leur couleur mais souvent celles qui rayonnent par leur discrétion et le parfum singulier qu’elles libèrent.
En fait, nous sommes tous invités à communiquer subtilement. Nous sommes tous conviés à nous adapter aux autres et aux situations pour créer sans cesse de nouvelles formes d’échanges indispensables à notre accomplissement et à celui d’autrui.
Bruno LEROY.

24/05/2007

La peur remonte à l'aube de notre vie.

La peur remonte au fondement même de l'humanité.

"Je t'ai entendu dans le jardin et j'ai eu peur…" Genèse 3:10.
Pourquoi "l'homme" dans le jardin a-t-il soudain été envahi par cette émotion? En ne respectant pas les limites instaurées par le Créateur, il s'est coupé de sa source de vie, a perdu sa sécurité fondamentale. La peur est alors venue l'habiter.
Dès lors que nous n'acceptons pas les limites de notre condition humaine, nous voulons tout contrôler, nous croyons pouvoir sauver les autres, nous voulons être parfait: nous ne sommes plus à notre juste place et nous sommes en état d'insécurité.

La peur remonte également à l'aube de notre vie.
Nombreuses sont les peurs qui trouvent leur source dans notre jeune âge. L'enfant a besoin de vivre une expérience de confiance dès la naissance. Celle-ci peut déterminer son rapport à la vie: soit ouvert et paisible, soit angoissé. Beaucoup d’enfants ont connu très jeunes un climat d'insécurité ou ont vécu des événements qui ont brisé leur confiance. Alors la vie peut leur apparaître comme menaçante. Ils risquent de démarrer dans la vie avec une peur latente au fond d'eux-mêmes.

Ne pensons pas cependant que nous pouvons vivre sans peur. En effet, la peur est l'émotion du danger et elle est nécessaire pour nous protéger dans le cas de danger réel.
Mais combien nous sommes habités par ces peurs profondément installées en nous !
Et comme elles sont nombreuses: peur de manquer,
                                                                 de ne pas réussir ou peur de réussir,
                                                                   de perdre ceux et celles qu'on aime,
                                                                     de perdre l'amour de l'autre,
                                                                       de perdre sa place, d'être déçu,
                                                                         de s'engager,
                                                                           de la solitude,
                                                                             de souffrir,
                                                                               de vieillir,
                                                                                 de la maladie,
                                                                                   d'être soi-même,
                                                                                     de ne pas être aimé,
                                                                                   du rejet,
                                                                                 de l'exclusion,
                                                                               de la désapprobation,
                                                                             d'être abusé,
                                                                           de ne pas être à la hauteur,
                                                                         de ne pas atteindre l'idéal qu'on s'est fixé,
                                                                      devoir dévoiler son incompétence,
                                                                    vivre ses émotions ,
                                                                 d'être en contact avec son cœur profond…
                                                               Peur de vivre …

La peur limite nos possibilités.
Elle nous pousse à nous cacher et nous paralyse. Elle se manifeste au travers de la méfiance, l'agressivité et la violence. Elle nous conduit parfois dans des comportements compulsifs, des dépendances, le repli sur soi. Elle nous enferme et nous opprime.
Dieu connaît nos cœurs habités par la peur. Il est Celui qui dit à Abram: "Ne crains rien, Abram, je suis ton protecteur". Genèse 15:1, Celui qui dit à Josué: "Ne crains rien, ne te laisse pas effrayer, car moi, l'Eternel ton Dieu je serai avec toi" Josué 1:9
Les disciples de Jésus ont eu besoin à plusieurs reprises d'entendre Jésus leur dire "n'ayez pas peur"

Dieu nous rejoint dans ces peurs. C'est en lui que nous pouvons retrouver notre sécurité intérieure profonde. Dieu ne supprime pas la réalité, les risques et les dangers de la vie, mais il nous permet de les traverser avec lui, il ne nous abandonne pas, il ne nous laissera jamais seuls.
"Je vous laisse la paix dit Jésus, je vous donne ma paix, je ne vous la donne pas comme le monde la donne, que votre cœur cesse de se troubler et de craindre" Jn14:27

Prière : Jésus, je saisis la paix que tu m’offres pour mon cœur troublé, mon esprit agité et dans mon être accablé.

visiter le site : www.famillejetaime.com


20:05 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/10/2006

LA TENDRESSE.

La tendresse ? C’est un regard qui regarde vraiment. C’est une main, légère, qui hésite un instant puis se pose en douceur. Ce sont deux bras qui s’ouvrent, deux bras ne posent pas de questions, deux bras juste à la bonne taille pour faire le tour de nos cœurs. Pour certains, la tendresse, c’est, comme dans la chanson de Léo Ferré, de tous petits mots : « Ne rentre pas trop tard, surtout ne prend pas froid. » Pour d’autres, elle est ce qui arrive après l’amour. Ou avant. Ou à côté. Difficile de l’étiqueter, de l’estampiller, de la mettre en bouteille. Volatile, elle s’amuse à changer de forme, de texture, de saveur. Discrète, elle est souvent impalpable, volontiers muette et pourtant, elle reste universellement comprise. Pour tous, partout, la tendresse est une force, une sève.

De Phnom Penh à Ouarzazate, de Dublin à Sydney, les femmes penchées sur leur enfant ont le même sourire. Ici ou ailleurs, les visages de ceux qui s’aiment s’illuminent de la même façon en ce découvrant dans la foule. Qui que l’on soit, d’où que l’on soit, on peut vivre sans passion amoureuse, sans grandes exaltations, sans bouleversements, on ne peut pas vivre sans tendresse.

Les experts de l’âme s’accordent à dire qu’elle nous est aussi vitale que l’air ou l’eau. Isabelle Filliozat, psychothérapeute, souligne : « Notre besoin fondamental est de nous sentir en relation avec les autres.

La tendresse est une marque de reconnaissance. Pour exister aux yeux des autres et à nos propres yeux, nous avons un besoin vital de ces signes. » Signe, le mot est lancé. La tendresse est signe, elle n’est même que cela. Elle scelle notre appartenance au genre humain. Avant même notre naissance, nous ressentons tous ce besoin d’ancrage dans une entité accueillante ; le bébé, on le sait, a du mal à se développer lorsqu’il ne se sent pas attendu. Le premier langage que nous apprenons, c’est celui de la tendresse : elle nous relie à notre mère et fait le lien entre notre univers intérieur et le monde extérieur. Elle est le fil de la chanson d’Alain Souchon, ce « fil de nos sentiments enlacés, ce joli fil entre nos cœurs passé ». Si le fil se brise, nous voilà des pantins désarticulés. « Sans tendresse, l’enfant ne s’édifie pas, l’adolescent ne s’émancipe pas, les amants ne s’aiment pas réellement et les mourants laissent derrière eux d’irrémédiables regrets », commente Gérard Pagès, psychothérapeute et fondateur du Festival tendresses d’Avignon. La vraie différence entre Folcoche, la génitrice du cauchemar d’Hervé Bazin, et la mère d’Albert Cohen, comme sortie d’un conte, n’est pas tant de l’ordre de ce qu’elles ressentent pour leur fils que la tendresse qu’elles acceptent ou sont incapables de leur offrir. On s’en souvient, le premier manquera en mourir.

Aujourd’hui, dans ces adultes à la dérive, ces gamins paumés des cités, ces personnes âgées abandonnées à elles-mêmes, on stigmatise volontiers une société au cœur sec. Le monde actuel est-il irrémédiablement étanche à l’autre ? En fait, c’est plus subtil que ça : « Même si les ordinateurs gagnent du terrain, nous allons vers davantage de permissions d’être en contact », observe Isabelle Filliozat. « Affectivement parlant, nous sommes de plus en plus reliés, explique Gérald Pagès, et ce malgré l’existence de difficultés individuelles énormes. » Trop facile d’accabler la « société » au sens large : c’est pour beaucoup à un niveau personnel, intime, que tout se joue. La tendresse, miel des rapports humains, fonctionne par un système de vases communicants. Il faut en avoir reçu pour en donner. Pour autant, les psychanalystes ne croient pas à un déterminisme impitoyable : même si on n’a guère reçu de tendresse à son enfance, il est toujours temps de s’y mettre. Une journée ensoleillée tient souvent à un compliment léger comme un baiser. L’ami triste, rasséréné d’une plaisanterie, nous récompense de son seul sourire.

Aujourd’hui, dans ces adultes à la dérive, ces gamins paumés des cités, ces personnes âgées abandonnées à elles-mêmes, on stigmatise volontiers une société au cœur sec. Le monde actuel est-il irrémédiablement étanche à l’autre ? En fait, c’est plus subtil que ça : « Même si les ordinateurs gagnent du terrain, nous allons vers davantage de permissions d’être en contact », observe Isabelle Filliozat.

« Affectivement parlant, nous sommes de plus en plus reliés, explique Gérard Pagès, et ce malgré l’existence de difficultés individuelles énormes. » Trop facile d’accabler la « société » au sens large : c’est pour beaucoup à un niveau personnel, intime, que tout ce joue. La tendresse, miel des rapports humains, fonctionne par un système de vases communicants. Il faut en avoir reçu pour en donner. Pour autant les psychanalystes ne croient pas à un déterministe impitoyable : même si on n’a guère reçu de tendresse dans son enfance, il est toujours temps de s’y mettre. Une journée ensoleillée tient souvent à un compliment léger comme un baiser. L’ami triste, rasséréné d’une plaisanterie, nous récompense de son seul sourire.

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09/09/2006

Guérir de la Mésestime de Soi.


(Extraits)


Théologienne, soeur Véronique Margron est spécialiste des questions de morale sexuelle. Enseignante, elle fait aussi de l'accompagnement individuel ou collectif dans le cadre d'associations et de mouvements qui sont autant de « lieux d'incarnation qui évitent de décrocher des réalités ».


La Bible n'est pas tendre avec l'homosexualité et, dans le Nouveau Testament, saint Paul ne I'est pas davantage. Que faut-il en penser ?

V. Margron En fait, la Bible parIe peu de l'homosexualité. Le Passage, bien connu, sur Sodome et Gomorrhe semble porter condamnation de la violence sexuelle, du viol et de la trahison de l'hospitalité, plus que de l'homosexualité elle-même.
Le Lévitique est plus explicite. Saint Paul également. Et ils sont très durs. La plupart des moralistes s'accordent néanmoins sur l'idée que c'est trop peu pour pouvoir en tirer une théorie. Cela nous oblige à déplacer la question qui, dès lors, devient la suivante : Comment la Bible parle-t-elle, d'une manière générale, des relations érotiques et amoureuses, et en quoi cela interpelle-t-il l'homosexualité ?


Précisément, comment en parle-t-elle ?

V.Margron Le message biblique repose sur la différenciation sexuelle et la place de la parole. Dieu créa l'homme et la femme. Ce n'est pas un hasard. Cette différenciation reconnue par la parole a quelque chose à voir avec la Révélation chrétienne. C'est dans la relation à l'autre sexe, toujours un peu mystérieux et inaccessible, que nous pressentons la différence de Dieu et sa proximité. C'est grâce à la différence des sexes que le don de la vie est rendu possible et à travers lui la transmission du nom de Dieu au fil des générations. Il y a là une réalité incontournable. Or, c'est une symbolique, le lien entre la parole, les différences des sexes et des générations que les personnes homosexuelles ne peuvent, de fait, assumer. Dire cela n'est pas porter un jugement sur les personnes.


Que dit l'Eglise aujourd'hui ?

V. Margron L'Eglise ne condamne pas l'homosexualité en tant que telle. Elle connaît les découvertes opérées dans le domaine des sciences humaines. Elle sait que l'homosexualité n'est pas un choix volontaire de la personne, mais un état de fait une donnée de la réalité psychosexuelle qui trouve sa source, de façon complexe, sans cause unique, dans la petite enfance. Le catéchisme de l'Eglise catholique distingue donc les « tendances » homosexuelles, qui sont involontaires et ne justifient ni mépris ni condamnation des personnes, des «actes» homosexuels jugés, eux, "désordonnés" car contraires à cette loi de différenciation.

N'est-ce pas irréaliste et même un peu " sadique " de demander à des personnes, dont ce n'est pas le choix, une continence absolue en matière sexuelle ?

V. Margron Je ne vois pas comment le Magistère pourrait, aujourd'hui, dire autre chose puisqu'il ne reconnaît la légitimité des rapports sexuels que dans le cadre d'un mariage hétérosexuel indissoluble, ouvert sur la fécondité du couple par la procréation.

Autant de conditions que ne remplissent, évidemment pas, les personnes homosexuelles. L'essentiel, pour chacun, est d'essayer de comprendre en quoi ce que dit le Magistère, et au-delà, la vie chrétienne, peut l'aider à vivre là où il en est pour être plus heureux. Car l'objectif final n'est ni de punir ni de contraindre, mais bien de permettre à chacun de guérir de la mésestime de soi, et d'entrer alors dans ce travail d'altérité et de bonne proximité, auquel nous sommes tous conviés. Or, bien souvent, l'erreur est de croire qu'il suffirait à la personne homosexuelle d'une société tolérante et d'une vie de couple.

L'expérience montre que les choses sont plus complexes. Par ailleurs, depuis l'exhortation apostolique Familiaris Consortio de Jean-Paul II, le Magistère reconnaît un principe de gradualité, de progressivité éthique en matière de sexualité. Ne tombons pas dans le piège du permis et du défendu. Grandir en humanité, pouvoir aimer dans une affectivité homosexuelle reste une démarche de liberté mais ne peut s'opérer sans respecter certains interdits fondateurs. Comme pour chacun d'entre nous.


C'est ce qui justifie l'hostilité de l'Eglise catholique au PACS, de même qu'à l'idée de mariage ou d'adoption pour les homosexuels ?

V. Margron Ce sont là des réalités différentes, à ne pas confondre. On ne peut pas à la fois, reprocher aux homosexuels une difficulté à se fixer sur une relation stable et instituée et leur contester le droit de bénéficier, précisément, d'une forme d'institution.

Le Pacs est une aberration juridique. Mais il a le mérite de reconnaître, socialement, une forme de conjugalité homosexuelle distincte du mariage. La difficulté est d'éviter qu'il ne devienne un marchepied pour la revendication du mariage homosexuel ou de l'adoption.

Si l'Eglise dit non à l'un et à l'autre, c'est pour les raisons anthropologiques et symboliques évoquées plus haut. Il serait dangereux de laisser croire qu'on peut se dispenser du principe fondateur de la distinction des sexes et des générations. Une relation homosexuelle, marquée par l'amour, si légitime et respectable soit-elle au niveau du vécu des personnes, ne peut pas avoir le même statut social qu'une relation hétérosexuelle.

Prétendre le contraire, c'est laisser croire que nous aurions tout pouvoir sur le vivre ensemble, comme si aucune loi fondatrice ne nous précédait.

13:12 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/11/2005

MES COMBATS D'ESPÉRANCE...

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Je suis éducateur spécialisé. Ma spécificité ainsi que celle de mes adjoints est de travailler dans le rue. Notre pratique éducative, je la nomme " pratique de désinstitutionalisation ". Nous sommes amenés à rencontrer les jeunes les plus marginalisés parmi ceux qui vivent dans la rue : ce sont ceux qui refusent, n’osent pas, ne peuvent plus aborder les institutions, y compris celles qui pourraient leur venir en aide.

Cette " désinstitutionalisation " signifie : c’est en tant qu’individu que je vais au devant d’eux, sans masque, sans me réfugier derrière ma fonction d’éducateur. Ce n’est pas parce que je suis mandaté pour m’occuper d’eux. Je travaille avec eux sur le principe de la libre adhésion, de la disponibilité, et une forte éthique qui vise à créer une relation de confiance.

La disponibilité signifie que la galère ne s’arrête pas à 19 heures pour reprendre à 8 heures le lendemain, mon action non plus. Cela signifie que galère et coups durs peuvent arriver le week-end !

La relation de confiance est primordiale, base constitutive de la relation éducative qui permet au jeune de progresser. Cette relation de confiance en rue, doit être totale. C’est pour cela que dans le temps passé avec un jeune, il ne s’agit pas d’une relation d’un éducateur avec ses " clients ". C’est la rencontre d’un homme adulte avec un garçon ou une fille désemparé ( e ), victime de son comportement de violence et de son rejet des autres. C’est une relation entre deux êtres humains, entre deux noms, entre deux reconnaissances de l’autre. Ce qui détermine l’évolution des actes éducatifs, ce sera la relation entre deux amis, seul type de relation qui vaille la peine d’être vécue pour celui ou celle qui doute de tout.

Nous sommes loin des éternels débats sur : " Faut-il dire ou non que nous sommes éducateurs ? ... cacher que nous touchons un salaire ? ". Quand la relation de confiance est née, elle balaie ces préoccupations qui ne sont souvent que prétextes à ne pas s’engager. Même problème avec les débats : Vie privée, vie professionnelle ou disponibilité, jusqu’où ?.

Souvent, il nous faut des mois pour entrer en contact avec les jeunes, tant est grande leur méfiance, tant est solide leur système bien compréhensible de défense. Par notre présence quotidienne, discrète, par notre absence de questions, par notre acceptation de ce qu’ils sont, la relation se crée à l’étonnement des jeunes et de nous-mêmes. Ce n’est pas avec un jeune délinquant , un jeune toxicomane que je parle, que je mange, que je bois un coup ou que j’invite à une fête entre amis, c’est à Pierre, Paul, Alim.

Ces actes éducatifs peuvent paraître simples quand on parle à l’heure actuelle de réinsertion, travail, de cette normalité, but suprême à atteindre dans notre société. Mais ces actes éducatifs simples sont primordiaux, ils sont là avant le reste ( par exemple l’entrée dans un dispositif de réinsertion ) et garantissent peut-être sa réussite.

Ce travail éducatif simple, c’est le partage vécu, la création de souvenirs positifs, bêtement heureux, la constitution d’une autre histoire qui ne sera pas faite que d’échecs. C’est la valorisation des capacités du jeune, surtout celles les plus endormies. Il s’agit de casser les barrières faites de peur et de méfiance, souvent légitimes, ne serait-ce qu’en montrant qu’un adulte " normal " peut casser les siennes pour aller au devant de lui sans s’arrêter aux étiquettes qui jalonnent le discours du travail social.

Notre présence active c’est la reconnaissance de l’autre, c’est ce qui fait grandir un être qu’il ait douze ou trente ans. Il faut aller au devant d’eux, se mettre en situation difficile de déséquilibre, de violence d’où surgira la réflexion à deux, adulte et jeune. Cette reconnaissance intégrale des jeunes, je la vis au quotidien depuis plus de 28 ans. Elle devrait règner partout où les relations humaines semblent amputées par des tabous, des silences malsains, des situations inextricables de ressentis etc...Elle n’est pas la spécialisation officielle de l’éducateur. Cette reconnaissance de l’autre est une façon de vivre en acceptant et surtout en intégrant les différences. Toutes les différences qui pourraient gêner notre bonne conscience.

Demain sera la société du rejet ou de l’acceptation inconditionnelle de l’autre à la seule condition que cette relation soit basée sur le respect. Accepter ne signifie pas tout accepter mais se mobiliser pour que la tolérance ne demeure point un vain mot dans un vieux dictionnaire. Nous sommes responsables des relations que nous entretenons avec autrui et notamment les jeunes. Lorsque nous aurons compris cela, nous aurons tout compris ! Les éducateurs n’ont pas le monopole de la prise en considération des jeunes, c’est l’affaire de tous, là où nous vivons, de porter un autre regard sur leur réalité et leur univers afin de mieux nous intégrer. Oui, il s’agit de nous intégrer à leurs paradigmes sinon, nous sommes les inadaptés sociaux qu’ils n’attendent plus et qu’ils ne veulent pas reconnaître. L’insertion n’est pas toujours là où on l’attend puisqu’il s’agit aux adultes de faire le premier pas pour leur accorder de la reconnaissance. Car être reconnu sans condition, c’est commencer à exister !.

Bruno LEROY.

( Présentation écrite par mon éditeur )medium_postface.3.gif

21:10 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/11/2005

LES ÉDUCATEURS ET LA LIBERTÉ DES JEUNES.

Les éducateurs novices ont, tous plus ou moins, cette illusion exaltante, de disposer d'un pouvoir sans bornes. Un jeune professeur, par exemple, entrevoit d'avance la façon dont il façonnera les esprits et entraînera sa classe sur les sentiers fleuris de la culture et de la science. Il attend de ses élèves une sorte d'accroissement de sa propre personnalité, un élargissement de ses limites ! Ce sont au contraire ses élèves qui le ramènent le plus rudement au sentiment de ses limites en opposant sans vergogne leur personnalité à la sienne. Il faut au maître beaucoup de sagesse et d'abnégation pour découvrir que c'est en se détachant de lui qu'ils rendent peut-être le plus bel hommage à son enseignement.

Car l'éducation se distingue des autres activités humaines, justement par ceci, qu'au lieu d'augmenter l'emprise de l'homme sur l'objet auquel elle s'applique, elle aboutit à détacher de lui cet objet. Un artiste domine la matière à laquelle il infuse sa pensée ; un savant met les lois de la nature à son service ; un homme politique, un homme d'affaires, un conquérant tendent à élargir toujours davantage le champ de leur action. Mais le type de l'éducateur " parfait " serait presque le contraire des types précédents : son oeuvre la plus réussie est peut-être celle qui s'oppose le plus à lui et refuse même parfois de le reconnaître pour créateur : lui-même ne se reconnaît plus toujours en elle !

En somme, sa démarche va tout à fait à l'encontre du désir d'expansion qui existe naturellement au cœur de tout homme. La liberté du jeune restreint la puissance de l'adulte ; elle est même ressentie par quelques-uns comme une sorte de mutilation. Mais ce qui est pire encore pour l'éducateur, c'est qu'il ne peu prévoir ni contrôler ce que fera cette partie qui s'est détachée de lui, une fois livrée à elle-même. Aussi l'angoisse le saisit-elle parfois : il est presque toujours enclin à penser que le jeune, abandonné à sa propre inspiration, est semblable à un fauve échappé, dont on ne peut attendre que le pire. Quand on conseille à des adultes de relâcher un peu de surveillance trop constante ou trop tatillonne qu'ils exercent sur un jeune difficile, il n'est pas rare que l'on s'entende répliquer : " Mais alors, il ne fera que des bêtises ! ". Recommande-t-on de le laisser organiser lui-même ses projets et son emploi du temps ? Il vous sera répondu neuf fois sur dix : " Vous n'y pensez pas ? Il ne fera plus rien du tout...ce sera une catastrophe ! ".

L'idée qu'un adolescent, sans y être contraint, puisse avoir le désir de bien faire ne traverse pas l'esprit ! La plupart des grandes personnes font assez peu de crédit à l'intelligence et à la bonne volonté des Jeunes. Qu'on ne s'étonne pas en ce cas si les événements semblent leur donner raison !

Pourtant la cause profonde de la méfiance des éducateurs ne vient pas de l'expérience, mais bien davantage de la crainte irraisonnée qu'ils ont de leur propre inconscient et de leurs propres instincts, qu'ils croient bien souvent reconnaître dans le jeune. L'adulte sait que s'il cessait de se contrôler, il serait capable d'actes que sa conscience réprouve, ou plutôt il ne sait pas exactement de quoi il deviendrait capable et il tremble à cette seule pensée. L'adolescent libre, c'est à ses yeux quelque chose comme une partie de son inconscient délivré de tout contrôle : comment n'en serait-il pas terrifié ? Pour cette raison purement subjective, la liberté en éducation prend souvent à ses yeux les traits d'une redoutable anarchie.

Et pourtant, il y a des éducateurs qui ont une réaction différente ; mais cette autre réaction n'est pas toujours beaucoup plus objective . Leur libéralisme apparent ne fait que refléter leur ancienne opposition aux autorités qui régnaient sur leur propre enfance. Ce n'est pas tant l'indépendance de la jeunesse qui les intéresse : c'est plutôt sa révolte. Eux-mêmes regrettent souvent d'avoir été trop sages et trop dociles quand ils étaient petits ; tout comme les éducateurs autoritaires, ils cherchent en somme à réaliser par l'intermédiaire de l'adolescent ce qu'ils n'ont pas été capables eux-mêmes de réaliser à son âge.

Le problème de la liberté reste donc ici encore un problème personnel. Il est très difficile en effet de se représenter la liberté des autres. On voudrait toujours qu'elle ressemblât à celle dont on aurait aimé jouir. Certains éducateurs acceptent mieux l'autorité comme tremplin éducatif vers la libération des jeunes mais, s'en servent pour contraindre la jeunesse à la liberté, ou du moins à ce qui pour eux aurait été la liberté ; sans se rendre compte qu'ils se font de la sorte aussi tyranniques que les despotes auxquels ils s'efforcent de ne pas ressembler. On croit par exemple libérer l'adolescent, en l'écartant de soi, quand celui-ci a encore besoin de la présence des adultes Forts.

Bruno LEROY.

08:15 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/09/2005

COMMUNIQUER POUR EXISTER.

Le principe de base que nous adoptons dans l'existence est le suivant : pas de vie sans échange ; la vie ne naît et ne grandit que par l'échange. La vie, nul ne la détient par soi-même ; elle est toujours donnée, reçue, rendue. Sur le plan éthique, la question qui se pose à la liberté de l'homme est de savoir s'il consent à entrer dans ce mouvement d'échange ou si, au contraire, il l'arrête. Une première attitude possible pour l'homme est de se fermer au jeu de l'échange et cela de deux manières.

La première manière consiste à se clore dans l'auto-suffisance. Lorsque j'adopte cette attitude, l'autre me devient indifférent ; je ne lui demande rien ; il n'a rien à m'apporter. Entre l'autre et moi rien ne se passe, ni paroles ni biens ; rien ne se passe : on se croise comme des ombres. Cette attitude poussée à l'extrême est en réalité suicidaire. Car, clôturée dans un système fermé à toute altérité, la vie s'étiole, se dégrade et finalement meurt. Ainsi, par exemple, sur le plan de la vie intellectuelle, la pensée qui ne s'ouvre pas au dialogue, tourne sur elle-même, stagne et se sclérose dans la répétition.

La seconde manière s'intéresse à l'autre, mais sous la forme de l'envie, de la cupidité ou de la jalousie. L'autre, dans cette optique, devient mon concurrent ; il est pour moi une menace permanente. Ce qu'il possède ne fait qu'éveiller en moi le besoin de le lui prendre.

L'autre m'intéresse, mais c'est dans le but de le ramener à moi, de m'assimiler ce qu'il a et ce qu'il est.

Cette logique de concurrence entre les individus ou les groupes finit par établir des rapports de maîtres à esclaves et devient génératrice de violences, de guerres et de meurtres.

Deux manières de refuser l'échange : soit l'isolement soit la domination.

Dans les deux cas, on se fait le centre. Dans cette attitude, il y a le désir de vivre qui s'exprime, mais ce désir de vivre est vécu sous le mode imaginaire, illusoire et trompeur.

Envisageons l'autre attitude, celle qui consiste à jouer le jeu de l'échange, à entretenir avec d'autres des rapports d'alliance. L'alliance refuse aussi bien l'isolement que la domination ; elle implique une décentration des partenaires qui, dès lors, peuvent se reconnaître mutuellement et échanger entre eux biens et paroles.

Cette attitude face à la vie devrait être celle de tous les artistes dont la mission est de chercher à communiquer inlassablement avec autrui, jusqu'à partager les mystères dont ils sont porteurs. Elle devrait être également celle de tout individu ayant pris conscience de sa dimension sociale et cherchant dans le jeu de l'échange une source d'enrichissement individuelle et collective.

La perfectibilité de l'homme ne s'acquière que dans ce jeu communicationnel qui demeure l'enjeu essentiel de la Vie !.

Bruno LEROY.

18:10 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

27/07/2005

THÉOLOGIE DE LA LIBERTÉ AU REGARD DE L'ÉDUCATION.

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La liberté en tant que moyen pédagogique ou thérapeutique, est la somme des permissions accordées par l'entourage ; la liberté en tant que but, est un état que l'on réalise à l'intérieur de soi-même et qui correspond à l'épanouissement de la personne tout entière par un développement harmonieux de toutes ses facultés. Il est aisé de comprendre que les permissions, données judicieusement, favorisent un exercice naturel des facultés et par suite leur développement. C'est dans un climat ouvert et confiant que l'être peut s'épanouir. Assurément, il est des permissions qui n'engagent guère la responsabilité de ceux à qui elles sont accordées : on peut ainsi permettre de lire un livre, de faire une excursion, d'assister à un spectacle. L'éducateur en conserve toujours la responsabilité ; ce sont des permissions limitées à une circonstance : on pourrait dire que ce sont des levées d'interdiction et rien de plus. La vraie permission est celle qui donne le droit de choisir, et peut-être même qui met l'individu en demeure de faire un choix : ce n'est plus simplement une sorte de cadeau qu'on accorde à l'adolescent parce qu'il a été bien sage ou parce qu'on a envie de lui faire plaisir : c'est une initiative qu'on lui laisse et par conséquent une responsabilité dont on le charge.

La liberté ainsi comprise n'est donc pas chose facile !

Au fur et à mesure qu'elle s'affirme et se précise, elle se rapproche du but, elle se confond de plus en plus avec lui, sans cesser pour autant d'être un moyen de s'en rapprocher davantage. Plus le moyen se perfectionne, plus il participe au but qui, par principe est supposé parfait. De même que selon la sagesse populaire, " c'est en forgeant qu'on devient forgeron ", c'est en étant libre qu'on apprend à être libre. L'expérience nous apprend que les circonstances dans lesquelles on n'a aucune décision à prendre sont celles qui entraînent le moins de dépense nerveuse. Beaucoup d'hommes ont été amenés à constater que le temps du service militaire avait constitué pour eux une détente dans la mesure où ils se sentaient pris en charge par l'armée et délivrés du souci d'agir par eux-mêmes et de s'occuper de leurs propres intérêts.

C'est la Liberté intérieure qui est le but de l'éducation, parce qu'elle correspond à la santé psychique, au bien-être moral, à un accord de soi avec soi-même. Elle seule répond vraiment à l'aspiration profonde et naturelle de l'homme, toujours en quête de son unité. Nous ne la concevons d'ailleurs pas comme quelque chose de fermé, qui n'aurait aucun rapport avec le monde extérieur, car un tel isolement ferait de l'individu un être incomplet qui, à vrai dire, n'aurait aucune raison d'être, non plus que sa belle liberté dont il n'aurait désormais que faire. Pour que celle-ci ait quelque valeur, il faut au contraire qu'elle soit une réponse au monde extérieur et non une jouissance purement personnelle que les contacts du dehors seraient destinés à ternir. Elle doit nous mettre à l'unisson de la Vie et non nous en retrancher. Comment pourrions-nous être vraiment d'accord avec nous-mêmes en commençant par nous amputer de toutes nos tendances sociales et de notre besoin d'agir ? Loin d'être marquée par l'épanouissement de nos facultés, cette pseudo-liberté correspondrait à une atrophie de notre personnalité. En fait, la liberté, en tant que but de l'évolution humaine, réclame de l'individu deux conditions préliminaires : un accroissement du sens de la Réalité et un accroissement des forces qui permettent d'affronter cette dernière.

La première de ces conditions implique tout d'abord que l'individu ait l'intelligence de ses actes, c'est-à-dire qu'il soit capable de prévoir et de mesurer leurs conséquences. Or, la possibilité de se diriger soi-même comme il faut est un des attributs essentiels de la liberté ; on dit d'un homme qui évolue avec aisance au milieu des obstacles qu'il a une grande liberté de mouvements et cela, non parce qu'il ignore les obstacles, mais parce qu'il sait en tenir compte.

La réalité qu'il faut connaître n'est pas seulement matérielle : elle est aussi psychologique ; il faut se connaître, soi, et connaître les autres, car rien ne peut rendre plus dépendant que l'ignorance des vrais mobiles qui animent les individus. C'est en découvrant le déterminisme physique et en utilisant ses données que l'homme est parvenu à se délivrer de nombreuses servitudes que la Nature lui imposait. De même, la connaissance des déterminismes psychologiques est la seule chance que nous possédions de nous délivrer de leur implacabilité. Il faut avoir conscience de l'interdépendance des êtres, des choses et des actions pour ne pas en être le jouet. Plus notre route sera éclairée, plus il nous sera loisible de choisir notre direction.

La seconde condition de la liberté réside dans l'accroissement de nos forces. Savoir choisir ce qui va dans le sens de sa nature, de son rôle et de sa destinée constitue donc une qualité qui fait partie des conditions de la liberté humaine. Cette faculté de discrimination permet à l'individu de trouver tout de suite un chemin qu'il ne regrettera pas d'avoir pris et qu'il pourra par conséquent suivre d'un bout à l'autre sans se sentir contraint. Les regrets sont en effet des boulets que nous traînons à nos pieds comme un signe de servitude, c'est-à-dire des contradictions qui nous enchaînent.

Pour être libre, il faut que l'homme soit fort, et pour être fort, il faut qu'il soit cohérent sans que cela lui coûte. A ce moment, ses instincts et ses impulsions ne sauraient plus lui faire peur ni par conséquent attenter à sa liberté. Il ne se croira donc pas obligé de les nier ou de les ignorer : il n'aura pas besoin de réclamer des garde-fous, de s'inventer des barrières artificielles. Plus on est fort, moins on a besoin de fortifications. La liberté véritable n'est pas immobilité, mais aisance. Celui qui est vraiment libre dispose de la plénitude de ses facultés parce qu'il peut penser et agir sans éprouver toujours le sentiment qu'il désobéit à une puissance invisible, prête à le rappeler à l'ordre. Il pense, il sent, il juge et il agit librement ; c'est-à-dire en pleine connaissance de cause, sans être retenu ou paralysé par des motifs confus ou inavoués. Son comportement est conforme à son jugement qui est conforme à sa pensée, elle même conforme à ses sentiments.

L'individu libre a droit à se libérer des contraintes étrangères qu'il estime inacceptables ; mais si, par hasard, il se trouve d'un coup débarrassé de ces contraintes sans avoir atteint l'autonomie et la maturité nécessaires, il apparaît comme un petit enfant à qui l'on a donné un jouet magnifique et compliqué, dont il est incapable de se servir. Il possède alors en effet une Liberté sans but et sans raison d'être, qui ne l'empêche pas de souffrir sourdement de sentiments de dépendance, d'autant plus difficiles à supporter qu'il ne peut même pas discerner leur cause exacte ni par conséquent donner un objet à sa révolte.

Il est évident que l'éducateur, en tant que tel, ne peut prétendre modifier directement les conditions que rencontrera l'adolescent dans sa vie d'adulte. Le seul but qu'il puisse s'assigner, c'est la formation du jeune lui-même et par conséquent, sa liberté, dans la mesure où, celle-ci devient synonyme de maturité et correspond au développement équilibré de toutes ses potentialités. Je me suis efforcé, alors que le mot " liberté " demeure confusionnel, de ramener le débat, d'une part à une technique éducative, d'autre part à un problème plus vaste qui touche au sens même de l'éducation et, peut-être un peu, de la Vie. Disons même que c'est à partir du moment où nous avons conquis cette liberté qu'il nous devient possible de faire vraiment quelque chose de notre existence. L'adolescent doit devenir cet adulte qui assume sa propre destinée, celui à qui revient la responsabilité de ses actes et qui doit subir leurs conséquences dont personne ne cherche plus à le préserver. Une telle adaptation de soi à soi-même, si elle répond à la définition de la liberté humaine, répond aussi à la définition sans doute plus valable du Bonheur.

Bruno LEROY.

Éducateur de Rue.

10:40 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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