31/10/2009

Tous les saints.

Si une foule de 144.000 personnes nous accueille là-haut, nous risquons d’être impressionnés ! D’autant plus qu’il s’agit d’un chiffre symbolique - 12, le nombre de tribus d’Israël ; multiplié par 12, le nombre d’apôtres ; multiplié par 1000, le chiffre de l’infini - signifiant une multitude innombrable. Voilà une armée dont les puissants de la terre rêveraient disposer !
L’enseignement que Jésus donne sur la montagne devrait cependant nous rassurer : dans cette « foule immense, que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » (1ère lect.), tous sans exception, sont pauvres de cœurs, doux, compatissant, affamés de justice, miséricordieux, purs, pacifiques ; tous ont été de l’une ou l’autre manière persécutés pour leur foi en leur Maître doux et humble, auquel ils se sont laissés totalement configurer. C’est pourquoi ils sont « enfants de Dieu » ; ils participent à la sainteté de « celui qui les a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 P 2, 9). Désormais ils lui sont devenus « semblables », maintenant « qu’ils le voient tel qu'il est » (2nd lect.).

Mais comment cela peut-il se faire ? Dieu seul est « Saint » : ce terme exprime le cœur même de son mystère, qui demeure ineffable et inaccessible à l’homme. Comment des créatures marquées par le péché pourraient-elles entrer « en communion avec la nature divine » (2 P 1, 4) ? L’Ange de l’Apocalypse nous répond : les 144.000 « ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau » (1ère lect.). Voilà pourquoi ils exultent, et se tenant « debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main, ils proclament d'une voix forte : "Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l'Agneau !"».

Fort heureusement, bien des visages de ce comité d’accueil ne nous seront pas inconnus : nos proches, parents et amis, se feront une joie de nous accueillir au nom du Seigneur et de nous introduire dans cette célébration éternelle à laquelle nous sommes conviés depuis toute éternité. Car nous aussi, Dieu « nous a choisis dans le Christ, dès avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour » (Ep 1, 4). Depuis toujours, le Père a résolu de rassembler tous ses enfants en un seul Corps, dont son Fils serait la Tête, afin que nous puissions participer à sa vie.

La grâce de sainteté est donc en quelque sorte « organique » : nous participons à la sainteté du Corps ecclésial du Christ ; ou encore : à la sainteté de son Epouse, qu’il a voulu « rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ; il a voulu se la présenter à lui-même, cette Eglise, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable » (Ep 5, 26-28). Comme l’écrit Saint Pierre, le Christ a fait de nous « la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, pour que nous proclamions les hauts faits de celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 P 2, 9). Tous ceux qui ont mis leur foi dans le Seigneur, forment déjà une unique famille avec ceux dont la mort inévitable nous a séparés pour peu de temps.

À l'origine de l'Église, la « communion des saints » désignait l'ensemble de ceux qui avaient part aux réalités saintes et sanctifiantes, que sont l'Eucharistie et les sacrements. Cependant, cette communion de vie dans l’Esprit du Dieu vivant ne nous unit pas seulement au Christ Jésus et entre nous, mais elle nous unit également à tous ceux qui nous ont précédés et qui partagent désormais la vie du Ressuscité. « Il a plu à Dieu, enseigne le concile Vatican II, que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel » (Lumen Gentium, 9).
Et tout comme dans une grande famille unie par le lien de l’amour, les mérites de l’un rejaillissent sur tous les autres ; ou plutôt les mérites de tous sont mis en commun pour le plus grand bien de chacun. En premier bien sûr les mérites infinis de Notre-Seigneur Jésus lui-même, auxquels s’unissent les mérites de la Vierge Marie et de tous les saints, petits ou grands, connus ou inconnus, canonisés ou ignorés. Tous ensemble - oui : nous aussi, dans la mesure où nous vivons dans l’obéissance de la foi - nous rassemblons cet héritage familial - dans lequel nous venons en réalité puiser bien davantage que nous n’y déposons !

A cette initiative divine doit bien sûr correspondre une réponse proportionnée : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mc 5, 48), ne craint pas de nous ordonner Jésus. C’est donc que c’est possible ; précisément en puisant dans le trésor des mérites de sa Passion victorieuse auxquels se sont ajoutés les mérites de tous les saints et saintes de l’histoire, que nous fêtons aujourd’hui. Et c’est en nous appuyant sur leur aide, que nous aussi nous pourrons produire des œuvres méritoires, qui s’ajouteront aux leurs, pour les générations présentes et à venir.

Quelle est belle notre Eglise dans cette solidarité mystique bien concrète ! « Tout homme qui fonde son espérance sur le Christ et sur son Eglise, se rend pur comme lui-même est pur » (2nd lect.). En ce jour béni, encourageons-nous donc mutuellement sur le chemin de la sainteté, puisque le Père nous attend. Certes, « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » ; aussi hâtons-nous : « purifions nos cœurs, gardons nos mains innocentes, ne livrons pas nos âmes aux idoles pour obtenir du Seigneur la bénédiction, de Dieu notre Sauveur la justice » (Ps 23[24]). « Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra », entouré « d’une foule immense, que nul ne pourra dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues » (1ère lect.), « nous le verrons tel qu’il est » (2nd lect.). « Recherchons donc sa face, gravissons la Sainte montagne » des Béatitudes où le Seigneur nous révèle son visage de sainteté sous les tr aits du pauvre de cœur, de l’affamé et assoiffé de justice, du cœur doux et pur, de l’artisan de paix et du persécuté pour la justice. Contemplons le visage de notre Dieu ; car c’est en le contemplant longuement tel qu’il se donne à voir dans les Ecritures, « que nous lui deviendrons semblables » (cf. 2nd lect.) et que nous participerons à sa sainteté.





Père Joseph-Marie

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Notre bienveillance fraternelle.

« Ne va pas te mettre à la première place ». Ce conseil de Jésus ne concerne pas l’étiquette ; il n’est pas non plus un moyen habile d’être revalorisé publiquement. Jésus parle d’humilité. De vérité, donc. Pour nous situer en vérité face à nos frères, il convient de les estimer plus méritants que soi-même. Nous le montrons quand nous prenons la dernière place. Cela nous demande toujours un effort, car nous avons tendance à nous considérer plus méritants que nous ne le sommes vraiment. Mieux vaut prendre l’habitude de mettre en valeur autrui plutôt que soi-même, cela aide à se désapproprier du bien que Dieu réalise par nous.



Notre bienveillance fraternelle (et l’Esprit-Saint) nous ont déjà portés dans cette direction. Mais elle s’est trouvée limitée par notre souci de la justice. Et s’il le frère ne le mérite pas, pourquoi s’humilier devant lui ? Mais la justice de Dieu n’est pas celle des hommes. Quand bien même il nous reviendrait de le juger nos frères – ce n’est pas le cas –, à quoi bon nous comparer ? Aimer, c’est donner. Pour apprendre à donner parfaitement, apprendre à accueillir humblement est un grand secours. Donc : « ne va pas te mettre à la première place ».



Frère Dominique.

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27/10/2009

LA JOIE ENVERS ET CONTRE TOUT !

On rit et on rit beaucoup. On rit pour se détendre. On rit pour se dégager de l’anxiété et du stress que nous causent les activités quotidiennes. On rit pour fuir, un instant, les dures réalités de la vie. On rit pour faire la fête.

 

Dans une lettre aux chrétiens de Thessalonique, saint Paul lance cette invitation: «Soyez toujours dans la joie!» ( 1 Thessaloniciens 5, 16). La tradition liturgique l’a pris au sérieux: elle a même institué un «dimanche de la joie» en plein coeur du temps de l’Avent. «Soyez toujours dans la joie!» Pas seulement le temps d’un numéro d’humour, pas seulement le temps d’un spectacle comique, mais perpétuellement:

 

Pourtant, il y a des jours dans la semaine, et même des heures dans la journée où nous n’avons pas le goût de rire. Nous sommes touchés par des événements qui sont loin de susciter l’humour. Ces jours-ci, nous nous sommes souvenus de ces femmes assassinées à l’École polytechnique, il y a quelques années. La télévision nous a montré des Canadiens en otages à Bagdad, menacés de mort par des terroristes résolus. Nous avons vu aussi des enfants en Orient qui travaillent durement dans des conditions inhumaines et pour des salaires dérisoires au profit de la chaîne de magasins Wall-Mart. On parle de prisons secrètes dans certains pays du monde, au service du gouvernement américain, des prisons où on pratique la torture. Ailleurs, même ici, des familles vivent misérablement, dans le dénuement total. Des étudiants, même à l’Université, ne mangent pas à leur faim. Des couples connaissent la violence conjugale.

 

La joie que souhaite saint Paul ne peut pas ignorer la misère humaine. Elle trahirait le Christ. Le Christ n’est-il pas toujours au côté des malheureux? N’est-il pas mort pour les pauvres et les petits? La joie chrétienne ne peut être une simple distraction dans notre quotidien. Elle ne peut se réduire à quelques farces d’humoriste.

 

La joie chrétienne découle avant tout de la foi, et de la foi pascale. Nous reconnaissons que la mort du Christ est porteuse de vie. Nous avons confiance en sa fécondité. Nous croyons en la résurrection du Seigneur au point de considérer que toute situation humaine, même le pire désastre, peut déboucher sur la vie. Nous croyons en la victoire du Christ sur le mal et sur la mort. Nous portons au fond de nous-mêmes une joie que rien ne peut nous ravir, pas même une détresse extrême, puisque nous sommes appelés à la vie.

 

La joie chrétienne découle de la confiance en la présence de l’Esprit dans nos initiatives comme dans le déroulement de la vie du monde. Jean-Baptiste annonçait le Christ en disant: «Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.» (Jean 1, 26) Nous pourrions reprendre cette Parole pour annoncer l’Esprit parmi nous. Cet Esprit collabore à notre tâche d’édification de la société humaine. Dans toute sa puissance, il nous réconcilie les uns avec les autres. Il nous fait dépasser les obstacles qui jonchent la route de nos fraternités et de nos entreprises de justice sociale. Voilà pourquoi sa présence est source de joie pour nous.

 

Par conséquent, la joie chrétienne est témoignage d’hommes et de femmes qui croient en Dieu et en son action dans le monde comme dans nos vies. Nous témoignons de notre foi en la fidélité de Dieu qui tient ses promesses et demeurent à nos côtés tout au long de l’existence. Témoignage qui demande souvent du courage quand nous avons l’impression de nous retrouver seuls avec nos drames et nos problèmes.

Finalement, la joie chrétienne prend la forme de l’engagement pour les autres. La joie qui habite le croyant annonce aux pauvres la bonne nouvelle d’un Dieu qui prend parti pour eux. Elle accompagne des gens au coeur brisé, elle annonce la libération aux prisonniers de toute sorte et la liberté aux captifs.

 

C’est donc pas drôle, la joie! C’est même très sérieux! Et saint Paul a raison de nous dire: «Soyez toujours dans la joie!»

 

Denis Gagnon, o.p.Fin de l'article

20/09/2009

Les bien-pensants murmurent.

Les déplacements de Jésus sont plutôt déconcertants : l’évangéliste précise qu’il « sort de Capharnaüm », puis le verset suivant nous le retrouvons attablé dans « la maison », que les exégètes identifient à celle de Pierre …à Capharnaüm ! Notre-Seigneur est donc sorti de la ville uniquement pour aller chercher sa brebis perdue du nom de Mathieu. Jésus ne le « voit » pas par hasard, mais il le contemple avec l’intense émotion de celui qui découvre enfin un objet précieux qu’il a longuement cherché. Ce n’est pas Mattieu qui vient à Jésus, mais le Seigneur qui part à sa recherche et le trouve « assis à son bureau de publicain », enchaîné par la convoitise et l’avarice, incapable de s’arracher à sa passion. Pourtant, un regard, une parole vont suffire pour briser cet enfermement et libérer l’espérance de cet homme, dont la vie va basculer en un instant. En lui signifiant sa considération, en lui offrant son amitié, Jésus fait comprendre à Mathieu qu’il est toujours digne de respect, que l’avenir demeure ouvert, que rien de son espérance n’est définitivement compromis.

 


Les bien-pensants murmurent : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Parce qu’il les appelle tous « à une seule espérance » : celle de voir tous les enfants de Dieu rassemblés dans l’unité d’« un seul Corps et d’un seul Esprit ».
Seigneur, tu n’es « pas venu appeler les justes mais les pécheurs », afin de les justifier par ta seule miséricorde. Donne-moi de croiser ton regard et d’entendre ton appel à te suivre. Apprend-moi à supporter mes frères avec humilité, douceur et patience - surtout lorsqu’ils murmurent contre moi - « ayant à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix ».

 

Père Joseph-Marie.

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14/07/2009

Tel est le miracle de l’amour.

Jésus vient d’exprimer sa souffrance devant l’obstination des villes de Corazine et Bethsaïde. Loin de susciter un mouvement de conversion salutaire, les miracles qu’il y a accomplis comme signes de l’avènement du Royaume, font l’objet de discussions stériles : les chefs religieux accusent Notre-Seigneur de complicité avec le Prince des démons. Ils tentent de jeter ainsi le trouble dans le cœur de ceux qui se sont laissés toucher par la compassion de ce Rabbi qui guérit les malades, ressuscite les morts, chasse les démons et redonne espérance et courage à ceux qui « peinent sous le poids du fardeau » (Mt 11, 28).
Devant cet endurcissement, Jésus va-t-il se décourager et renoncer à une mission dont l’issue apparaît sérieusement compromise ? Va-t-il au contraire laisser éclater une juste colère et faire tomber « le feu du ciel » sur ces villes rebelles ? L’attitude du Seigneur est tout autre : Dieu va réaliser son projet d’amour non pas en renversant les obstacles, mais en se servant d’eux pour en tirer un plus grand bien. Émerveillé devant ce dessein inouï de la miséricorde du Père - auquel il consent pleinement et librement - Jésus exulte intérieurement, et partage sa jubilation dans une prière spontanée de louange : « “Ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l’homme - même le plus sage et le plus savant - n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu” (1 Co 2, 9), le temps est venu où tu vas le révéler aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté ».
Tel est le miracle de l’amour, qui transfigure tout ce qu’il touche : la Sagesse de Dieu se servira de la haine meurtrière de ses ennemis pour réaliser son plan rédempteur. Telle est la folie de Dieu, qui est « plus sage que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme » (1 Co 1, 25). Aussi Jésus loue-t-il par avance son Père pour cette sagesse qui demeure « cachée aux savants » de ce monde, mais que « dans sa bonté » il va bientôt « révéler aux tout-petits ».
Quelques années plus tard, en faisant le bilan de la communauté de Corinthe, Saint Paul constatera : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort » (1 Co 1, 27).
Les miracles qui fleurissent sur le passage de Jésus ne visent pas à exalter sa personne ; mais ils sont la révélation de la paternité bienveillante du « Seigneur du ciel et de la terre », agissant à travers son Fils afin d’attirer à lui tous les hommes. Les signes qu’il accomplit ont pour but de manifester la relation unique qui l’unit à son Père céleste, et dont il peut accomplir les œuvres car il partage sa toute-puissance : « Tout m’a été confié par mon Père ». C’est dans le Christ et en lui seul que le Dieu trois fois saint, le Créateur Transcendant, se manifeste au cœur de ce monde, pour révéler aux hommes son visage de tendresse et son œuvre de miséricorde : « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler ».
C’est parce qu’il « connait » le Fils - lui qu’il engendre éternellement dans une éternelle kénose d’amour - que le Père peut lui confier la mission de lui ramener ses enfants égarés ; et c’est parce qu’il « connait » le Père vers qui il reflue éternellement dans un élan d’amour réciproque, que le Fils ira jusqu’au bout de son ministère rédempteur au prix de sa propre vie.
Mais l’holocauste d’amour de l’Agneau ne révélera le vrai visage du Père qu’« aux tout-petits », c'est-à-dire à ceux dont le cœur est assez désencombré, pour reconnaitre le don de Dieu là où le monde ne verra que scandale et folie (cf. 1 Co 1, 23). .
Une adhésion superficielle et sociologique au christianisme ne résistera pas au défi de la Croix ; seul le regard émerveillé de l’enfant peut décrypter le livre de l’amour, et y lire la Révélation du Père qui nous fait don de ce qu’il a de plus précieux, pour nous sauver de la mort et nous rendre participants de sa propre vie.

« Vierge Marie, aide-nous à nous désencombrer de nous-mêmes, afin d’accueillir le don de Dieu comme des « tout-petits ». Nous pourrons alors entrer dans ton Magnificat et nous joindre à la louange de Jésus, rendant grâce au Père pour tant de bonté, de patience et de fidélité envers les pécheurs que nous sommes. »



Père Joseph-Marie.

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11/07/2009

L’évangélisation est une délivrance.

Comment ne pas être frappé par le contraste entre notre monde qui aime tant le bruit et l’étonnante façon dont notre Seigneur appelle et envoie ses messagers ?

Reprenons les faits. L’histoire commence il y a bien longtemps, au temps des premiers successeurs du roi Salomon. Le royaume d’Israël est divisé en deux, le Nord et le Sud. Au Nord, deux temples ont été désignés au peuple comme remplaçant Jérusalem : Dan, tout au Nord, près des sources du Jourdain, et Béthel, tout au Sud du royaume du Nord.

Le Seigneur a vu les veaux d’or érigés sur les autels de ces deux temples, il a entendu le cri de son peuple opprimé par de mauvais rois. Il a donc envoyé un prophète pour dénoncer le détournement religieux et les injustices sociales. Il a choisi Amos, un riche propriétaire terrien vivant à Téqoa, prospère bourgade toute proche de Jérusalem.

On imagine alors très bien la position de faiblesse d’Amos quand il se présente à Béthel : il est un étranger sur cette terre, et, lui qui vit dans l’aisance, il vient reprocher aux notables leur train de vie. Mais ces considérations sont celles du monde. En réalité, Amos, par la précarité de sa situation, est totalement libre de parler au nom de Dieu. On ne peut le soupçonner de défendre ses intérêts ; s’il parle, c’est parce que le Seigneur l’a envoyé. Le court dialogue entre Amazias et Amos nous confirme qu’il s’agit bien d’une opposition entre le royaume du Nord et le royaume de Dieu. Le prêtre dit en effet de Béthel que « c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume », alors que le prophète vient rappeler que Béthel est un nom qui signifie « maison de Dieu ».

Voilà donc la situation : Amos est honnêtement occupé à ses affaires, « Mais, dit-il, le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : Va, tu seras prophète ». Amos se retrouve alors sur une terre étrangère, dans une position de faiblesse, pour défendre des intérêts qui le dépassent, lancé dans une aventure qui va tourner court. En effet, il sera bientôt contraint au silence et renvoyé dans sa campagne. La première lecture insiste sur le fait que le Seigneur appelle, il a l’initiative de cette mission, mais sa conclusion nous laisse perplexe : que fait le Seigneur ? Pourquoi tarde-t-il à intervenir en faveur des siens ? Pourquoi se laisse-t-il mettre en échec quand il a les moyens de faire entendre sa voix ?

Et voici, dans l’évangile, un nouvel appel. Jésus appelle ses disciples et les envoie deux par deux. Il les oblige à un état de pauvreté réel. Pas de besace qui contienne un morceau de pain pour le lendemain, ni une pièce d’argent pour la route. Pas de tunique de rechange. Jésus tient manifestement à cette pauvreté, à cet abandon dans la main de Dieu. Il est vrai que les disciples sont pauvres, mais ils ne sont cependant pas démunis : Jésus leur confie le pouvoir de chasser les démons. Il s’agit donc là d’une question de priorité : les aides matérielles ne sont pas aussi précieuses que les armes spirituelles.

Le premier bagage emporté est donc l’autorité reçue sur les esprits mauvais. Elle arrive en tête de liste, bien avant tout autre. Cela nous montre que l’évangélisation n’est pas une dogmatisation. On fait bien des procès d’intention aux chrétiens dès qu’ils annoncent le nom de Jésus, on dénonce leur manque de respect et leur prétention à détenir la vérité. L’évangile nous montre que la question de l’évangélisation n’est vraiment pas celle d’un endoctrinement, elle n’est pas celle de démontrer qu’une théorie est valide ou supérieure à une autre. L’évangélisation est une délivrance. Annoncer l’évangile est délivrer nos frères ! Leur permettre d’accéder à la vérité qui les rendra libres.

Mais le plus surprenant est encore à venir. Jésus envoie en effet ses disciples par les chemins, mais il ne leur donne pas explicitement de message à transmettre. Il n’y a pas de programme préétabli. La situation précaire dans laquelle Jésus place ses apôtres ouvre donc à une obéissance radicale. La même que celle qui permet la multiplication des pains. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » leur dira-t-il. Avant d’être envoyés pour annoncer, les disciples sont envoyés pour écouter, pour discerner quelle est la faim des hommes qu’ils rejoindront. Il leur faudra alors entendre sur quels chemins l’Esprit veut faire suivre à ceux qui leur sont confiés. Évangéliser, c’est écouter pour faire jaillir la vérité.

De plus, cette absence de programme explicite, ce silence de Jésus, va clairement de pair avec le fait d’envoyer les disciples deux par deux. La loi mosaïque spécifie, il est vrai, qu’un témoignage n’est valide qu’attesté par deux témoins. Ceux que Jésus envoie sont donc des témoins. Mais des témoins de quoi ? Peut-on être témoin d’un message ? Oui, si ce message n’est pas un slogan mais l’amour. En les envoyant deux par deux, Jésus enseigne à ses disciples que leur façon de vivre doit être la première à parler de l’évangile. Ils doivent être reconnus pour ce qu’ils sont, les disciples de Jésus-Christ, à la façon dont ils s’aiment, des frères en Christ.

Mais, fondamentalement, ces considérations marquent-elles une évolution sensible entre la situation d’Amos et celle des Douze ? Sans doute, non. Les disciples ne vont pas connaître que des succès et il est bien des situations où nous voudrions que Dieu parle. Qu’il dise haut et fort sa façon de voir. La façon dont nous devrions voir. Il est bien des situations où nous voudrions que le Seigneur nous dise quelle vérité asséner à notre monde qui va si mal pour rétablir la vérité et la paix. Nous voulons un Dieu qui répond et qui parle clairement !

Le Seigneur le fait pourtant bien, mais pas en ajoutant du bruit à notre vacarme. Le Seigneur nous introduit dans son silence. Le Dieu d’Israël reste silencieux devant le rejet d’Amos. Jésus reste silencieux à propos des thèmes de la prédication des disciples qu’il envoie. Ainsi tout converge vers le silence des autels. Là, Dieu donne sa réponse, dans la plus grande discrétion. Jésus se livre, loin des bruits du monde, et attire tout à lui. Les combats d’Amos, la pauvreté des disciples, la charité qui unit les apôtres, l’écoute attentive de l’Église des désirs de l’humanité, tout converge vers cet autel où Dieu se donne et devant lequel tout genou fléchit.

Tout converge, car, nous dit saint Paul, Dieu « projetait de saisir l'univers entier », de « saisir » de la même manière qu’il a « saisi » Amos derrière son troupeau, c'est-à-dire d’appeler. Dieu appelle « ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ ». Voilà le cœur de notre appel et la raison de notre mission : « Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ, voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance à la louange de sa gloire ».

Nous voulions un Dieu qui prenne position dans nos débats, voici notre Seigneur qui, par grâce, nous révèle le mystère de sa volonté. Accueillons-la comme elle se donne. Faisons silence en nos âmes pour la laisser s’y établir. Laissons-là transfigurer nos vies. Ainsi nous entrainerons nos frères vers « le jour de la délivrance finale » ; devenus de parfaits missionnaires, toute notre vie sera une hymne « à la louange de sa gloire ».


Frère Dominique.



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09/07/2009

L’Esprit est le principal acteur du témoignage

Rendre témoignage à Jésus, nous y sommes tous prêts. Même au seuil de l’été. Par reconnaissance d’abord : comment lui rendre tout le bien qu’il nous a fait ? Par conviction, sans aucun doute : quand on a découvert le bonheur, le vrai, le seul qui peut combler, comment ne pas le dire, comment ne pas inciter nos frères à y accéder eux aussi ?

Cette motivation positive et altruiste semble devoir être souvent contrariée par l’incompréhension et par le décalage culturel. De nos jours, témoigner du Christ est être exposé, pour le moins, à la moquerie.

Cette expérience immédiate, nous le savons, n’est pas celle qui dit la profondeur de la réalité vécue. Quand Jésus nous envoie en témoins de son amour, il prévoit les persécutions comme contexte de ce témoignage. Elles ne sont pas un accident. Il n’existe pas de témoignage en dehors de cette adversité, quelle que soit sa forme. La raison élémentaire en est que le vieil homme ne veut pas mourir et est prêt à tout, même à détruire l’homme nouveau, pour tenter de survivre. Le témoignage de l’évangile éveillant l’homme nouveau en nous, il suscite toujours l’adversité de l’homme ancien, à quelque degré que ce soit.

Ce contexte peut même aller jusqu’à l’expression de la cruauté. Mais puisque le Christ envoie, son soutien ne fait jamais défaut. Cette certitude est un don et une force pour ses disciples, mais également une ascèse et une responsabilité. Jésus leur recommande de s’armer de l’adresse des serpents et de la candeur des colombes, c'est-à-dire qu’il leur faut se garder de toute confiance irréfléchie dans l’appui du Seigneur et qu’il leur faut se garder de toute compromission avec l’esprit du monde.

Là est la difficulté, l’équilibre délicat et vrai à trouver et à sauvegarder. Tous les risques peuvent être pris, puisque le Seigneur est fidèle. Mais il convient de ne pas être téméraire et de ne pas s’engager inutilement. En effet, s’il n’y a aucun souci à se faire dans les réponses à donner aux tribunaux, ni dans la forme ni dans le fond, c’est parce que l’Esprit vient à notre aide. Le tout est de se laisser guider par lui et de ne pas reprendre les rênes.

L’Esprit est en effet le principal acteur du témoignage. Il ne faut donc pas s’engager sur des chemins où il n’est pas. Il faut garder son âme et son cœur dans un état de pureté et de réception constante de son action. Là est la véritable force du témoin. Car le témoignage de l’apôtre n’a rien à voir avec la transmission d’une information : il s’agit d’une transformation de la création tout entière, à commencer par le cœur des hommes. Cette profonde mutation liée à la réconciliation avec le Père céleste remodèle tout, y compris les liens familiaux qui sont fortement mis à l’épreuve et peuvent également devenir le lieu de l’adversité faite aux témoins de l’évangile. L’Esprit en effet fait de nous des fils. Devenus fils de Dieu, cette filiation érige et maintient l’homme nouveau.

C’est en cela que nous n’avons aucun souci à nous faire : « le Seigneur aime le bon droit, il n’abandonne pas ses amis » disait le psaume. Nous sommes dans la main de Dieu. On peut tout nous enlever, on ne nous enlève rien car cela seul nous suffit.



Frère Dominique.

18:45 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite, catholique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/06/2009

Le paraître inauthentique que nous nous sommes construit.

Inutile de chercher sur la carte où se situe ce « pays des Gadaréniens » : vous ne le trouverez pas. Il fonctionne dans le récit comme le symbole de notre monde soumis au Prince des ténèbres que Jésus est venu affronter pour nous délivrer de sa tyrannie.
Le comité d’accueil en dit long : deux possédés, deux personnes aliénées, sortant du cimetière, c’est-à-dire du séjour des morts. En clair : des morts-vivants qui errent, en quête de leur identité perdue depuis qu’ils se sont coupés de Dieu par le péché. Deux individus qui n’en font qu’un puisqu’ils n’ont qu’un seul discours, qui n’est d’ailleurs pas le leur. Image de notre pauvre humanité divisée en elle-même : nous n’avons plus accès à notre être profond, d’où nous pourrions prononcer une parole vraie, qui nous exprimerait en tant que sujet personnel ; aussi nous n’avons d’autre ressource que d’habiter notre moi superficiel, d’endosser une identité d’emprunt et de produire des discours dont nous sommes absents. Nous nous découvrons ainsi douloureusement divisés entre l’être inaccessible et le paraître inauthentique que nous nous sommes construit et auquel nous sommes attachés, faute de mieux.
La confrontation avec le « Fils de Dieu » qui, lui, possède une identité personnelle clairement définie, puisque en tant que Fils, il est tout entier référé à son Père, cette confrontation suscite l’inquiétude. Car la lumière de la vérité menace, par sa seule présence, les ténèbres du mensonge. Le dia-bolos, le diviseur, celui qui nous détourne de nous-même et de la connaissance du Dieu intérieur en nous tenant captifs de la fascination du monde extérieur, se sent menacé et réagit vivement. Il sait qu’un « moment a été fixé » où son règne prendra fin ; il est conscient qu’il ne pourra pas toujours tromper le genre humain ; mais il veut prolonger autant que possible sa domination en redoublant de ruses, allant jusqu’à proposer des pseudo voies spirituelles pour éviter que l’homme découvre le vrai chemin vers Dieu.
Jésus n’a encore rien dit : c’est sa seule présence qui ébranle l’adversaire et suscite ses cris. De plus en plus inquiets devant le silence de Notre-Seigneur, les possédés - ou plutôt les démons en eux - passent de la menace à la supplication et mendient le droit de changer de « véhicule ». L’animal n’est pas choisi au hasard : il représente l’impur, c’est-à-dire ce qui n’est en aucune manière compatible avec Dieu, et que tout homme qui veut se tenir en présence du Saint, doit à tout prix éviter. Le porc symbolise ici la partie animale de notre humanité dans la mesure où elle n’est pas maîtrisée, orientée, dirigée par la dimension spirituelle. Le fils prodigue, aliéné de son identité filiale profonde, se trouve lui aussi réduit à « garder les porcs » (Lc 15, 15).
Avec l’autorisation du Seigneur, les démons vont quitter les deux hommes et passer dans les animaux, démontrant par le fait même le rapport purement objectivant qu’ils entretiennent avec leur victime : le démon est incapable de vraies relations. Il est l’être non pas impersonnel, mais « a-personnel » par excellence, celui qui refuse toute ouverture à l’autre, et est entièrement replié sur une auto-idolâtrie narcissique. A l’aide de leur nouveau véhicule, les démons ne vont d’ailleurs pas s’attarder en présence de Jésus ; ils retournent à leur lieu propre : la mort, symbolisée non plus par le cimetière mais par la mer où ils s’abîment.
Les témoins de la scène, impressionnés par l’autorité de Jésus, « prennent la fuite » et vont colporter la nouvelle dans le village voisin. Nous découvrons ainsi que cette terre inhospitalière est belle et bien habitée ; mais ses habitants vivaient cachés, enfouis « dans les ténèbres et l’ombre de la mort » (Lc 1, 79). L’intervention de Jésus qui a assaini la région en la débarrassant de ceux qui la tyrannisaient, leur permet de sortir au grand jour, de venir à la lumière. Ils peuvent enfin réfléchir, parler, discerner, décider, agir par eux-mêmes. Mais ils ne reconnaissent pas immédiatement l’identité de celui qui leur donne de naître à leur vie humaine en les libérant de l’aliénation diabolique. Ne sachant comment gérer cette relation, et craignant sans doute de retomber dans une autre aliénation, « ils supplient Jésus de partir de leur région ».
Il est frappant de constater que l’Eglise accepte de prononcer un exorcisme sur une personne non-croyante qui en fait la demande. Peut-être par fidélité à ce que Jésus vient de faire dans notre péricope. Le Seigneur offre gratuitement la délivrance à tous les enfants du Père qui reconnaissent leur aliénation, et font appel à lui par la médiation de son Eglise, pour recouvrer leur liberté. Il ne cherche pas pour autant à s’imposer, car il sait que dans la mesure où nous accéderons à notre identité profonde, nous le retrouverons comme l’Hôte intérieur – à condition bien sûr de persévérer dans notre quête, sans nous égarer sur des chemins sans issue.

« Seigneur, c’est “pour que nous soyons vraiment libres que tu nous as libérés”(Ga 5, 1). Accorde-nous de “tenir bon, et de ne pas reprendre les chaînes de notre ancien esclavage. Que la liberté dans laquelle tu nous as rétablis ne soit pas un prétexte pour satisfaire notre égoïsme ; mais qu’au contraire, nous nous mettions, par amour, au service les uns des autres” (Ga 5,13), comme il convient à des enfants d’un même Père. »


Père Joseph-Marie.

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28/06/2009

Un carême spécial - dit « carême des apôtres »

Fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, sans éducation ni culture qui l’auraient préparé à jouer un rôle de premier plan, Simon-Pierre Pierre était de Capharnaüm en Galilée, ville située au bord du lac de Tibériade. Paul était un juif de la diaspora, de Tarse en Asie Mineure, pharisien disciple de Gamaliel, et qui plus est : citoyen romain. Tous deux verront leur vie bouleversée par la rencontre avec Jésus de Nazareth, dans des circonstances, certes, bien différentes.
Après une pêche miraculeuse, le Seigneur interpelle Simon : « Viens derrière moi. Je ferai de toi un pêcheur d’hommes » (Mc 1, 17). Saul, « animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (Ac 9, 1), est enveloppé de lumière sur le chemin de Damas, tandis qu’une voix retentit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ». Simon devenu Pierre laisse ses filets et son foyer pour suivre le rabbi ; Saul devenu Paul se met à la disposition des apôtres. Pierre reçoit de l'Esprit-Saint la révélation de l’identité de son Maître : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Paul entend « des paroles inexprimables, qu’on n’a pas le droit de redire » (2 Co 12, 4). Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l'Eglise : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». Paul a reçu l’imposition des mains d’Ananie, qui était avant lui sous l’onction du Saint Esprit (Ac 9, 17) ; il a soumis son apostolat à l'approbation de l’Eglise réunie à Jérusalem (Ga 2, 2) ; mais il a toujours considéré, eu égard aux révélations extraordinaires dont il fut bénéficiaire, que sa mission était celle d’un authentique apôtre. Même s’il n’avait pas connu Jésus « selon la chair » (2 Co 5, 16), sa connaissance du Christ, toute spirituelle et reçue par grâce, n’en fût pas moindre que celle des « témoins oculaires devenus serviteurs de la Parole » (Lc 1, 2). Aussi ne voulut-il jamais sacrifier ses propres convictions aux vues du plus autorisé des apôtres ; il « s’opposa ouvertement à Pierre à Antioche » (Ga 2, 11) afin de préserver la liberté spirituelle acquise dans le Christ.
Paul se voit confier par Dieu « l’annonce de l’Evangile aux païens, comme il l’avait confié à Pierre pour les Juifs » (Ga 2, 7). Tous deux donneront le suprême témoignage du martyr : Pierre sera crucifié et Paul décapité. La Tradition raconte que touché par les larmes des fidèles, Pierre songea d’abord à fuir la persécution que venait de soulever l’empereur Néron ; mais, comme il sortait de Rome, il vit le Christ Se présenter à lui :
- Où allez-vous, Seigneur ? lui demanda-t-il.
- Je vais à Rome, répondit Jésus, pour y être à nouveau crucifié.
A ces mots, le Sauveur disparut, et Pierre comprit qu’il devait revenir à Rome pour y subir le sort de son Maître.
C’est ensemble qu’ils représentent, dans la complémentarité de leur mission et charisme respectifs, le ministère apostolique de l’Eglise toute entière. C’est pourquoi, après son intronisation solennelle en la Basilique Saint Pierre, Benoît XVI s’est immédiatement rendu en la Basilique Saint Paul pour signifier cette double allégeance. C’est également en la fête des Apôtres Pierre et Paul qu’étaient traditionnellement ordonnés les prêtres ; si de nos jours, la date précise n’est plus aussi scrupuleusement respectée, vous ne risquez pas de vous tromper en félicitant votre curé s’il est de la génération précédente !
La liturgie byzantine souligne le lien spirituel qui unit la solennité de ce jour et celle de la Pentecôte ; le témoignage des apôtres est en effet le fruit direct de la descente sur eux du Saint-Esprit. Un carême spécial - dit « carême des apôtres » - prépare même les fidèles à cette solennité : c’est en dire l’importance. La période de jeûne - en pratique assez adouci - commence le lundi qui suit le premier dimanche après la Pentecôte et prend fin avec la journée du 28 juin. Puissions-nous nous ouvrir à la grâce de cette solennité et nous laisser renouveler dans notre vocation missionnaire, fidèles à l’institution pétrinienne et au charisme paulinien.

« Réjouis-toi, ô Pierre l'Apôtre, toi le grand ami du Maître, Christ notre Dieu. Réjouis-toi bien aimé Paul, prédicateur de la foi et docteur de l'univers. A cause de cela, intercédez tous deux auprès du Christ notre Dieu pour le salut de nos âmes » (Oraison de la liturgie byzantine).



Père Joseph-Marie.

19:31 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/06/2009

Jésus s’efface derrière l’agir de son Père.

Les lépreux sont tenus de se tenir à distance, ou s’ils s’approchent, d’annoncer leur venue par des cris afin de permettre aux biens-portants de s’éloigner. Exclus de la société, privés de leurs droits civils et religieux, ils n’ont plus à vrai dire le statut de personnes. La rencontre du lépreux avec Jésus dans le récit que nous venons d’entendre se situe dans un tout autre contexte : franchissant l’interdit, cet homme se présente au Rabbi dont il vient d’entendre les enseignements, de manière éminemment personnelle. Avec l’audace de celui qui n’a plus rien à perdre, il s’est probablement infiltré discrètement dans la foule pour pouvoir rejoindre Notre-Seigneur sans se faire reconnaître. Son attitude et le titre de « Seigneur » par laquelle il s’adresse à Jésus, témoignent d’une foi naissante et d’une immense espérance.
- « Tu peux me purifier » : en d’autres termes, tu en as le pouvoir effectif ; ce qui constitue à proprement parler une prérogative divine, car Dieu seul peut purifier de la lèpre.
- « Si tu le veux » : s’agit-il d’un doute sur la bienveillance de Jésus ? Ou faut-il interpréter cette réserve comme un subtil chantage : « si je ne me relève pas guéri, c’est que tu ne l’auras pas voulu, ce qui serait incohérent avec ce que tu viens de prêcher sur la montagne… ».
Notre-Seigneur répond par un geste de tendresse compatissante totalement gratuit : il touche le malade qui ne se tenait qu’à une longueur de bras, et d’une parole, il accomplit instantanément le miracle : « Je le veux, sois purifié ».
La question subsiste cependant : à qui attribuer le prodige ? A Dieu de qui vient le pouvoir de guérir la lèpre ? A Jésus qui a accordé la guérison sur la demande du malade ? Ou au lépreux lui-même, qui a réussi à convaincre Notre-Seigneur d’accomplir sa volonté ? Nous avons vu en effet que le face à face entre les deux personnages n’était pas sans ambigüité en raison du chantage mis en œuvre par le malade. Aussi Jésus lui impose-t-il silence : « ne dis rien à personne ». Ce n’est pas à lui à interpréter le miracle : les Ecritures s’en chargent. Il suffit qu’il aille se présenter au prêtre chargé de vérifier la guérison, et qu’il offre l’offrande prévue par la Loi en vue de sa réintégration sociale. Ce comportement est suffisamment éloquent par lui-même : toute parole supplémentaire risquerait de détourner l’attention de la finalité de la guérison accordée - à savoir la glorification du Dieu d’Israël, seul auteur du miracle, à qui revient dès lors l’offrande. Ce n’est que dan s ces conditions que la guérison « sera pour les gens un témoignage » de l’amour de Dieu pour ses enfants.
Une fois de plus, Jésus s’efface derrière l’agir de son Père, interprété à la lumière des Ecritures qu’il est venu accomplir : Notre-Seigneur n’est pas venu pour faire sa volonté, ni pour chercher sa propre gloire, mais pour manifester au monde la bienveillance du Dieu d’amour. Contrairement aux gourous de tous bords qui attirent sur leur propre personne l’attention et l’affection de leur entourage, enfermant ceux qui les approchent dans une dépendance carcérale, Jésus est venu pour nous libérer de la lèpre du péché et de toutes les aliénations qui s’en suivent, afin de nous restituer dans notre liberté filiale. Son seul souci est de nous tourner vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu (cf. Jn 20, 17) dont il est venu nous révéler le visage de tendresse.

« Seigneur, non seulement je suis sûr que tu veux me guérir, mais je crois que sur la Croix, tu as déjà accompli ma purification. Chaque jour et dans chacun de tes sacrements, tu étends la main, tu me touche et me dis : “Je le veux, sois purifié”. Accorde-moi de pouvoir reconnaître ces moments de grâce, de pouvoir les accueillir comme des manifestations de ta tendresse et des signes de l’instauration de ton Règne ; et donne-moi de pouvoir en rendre témoignage dans l’Esprit, afin qu’en voyant tes œuvres de miséricorde, le monde croie que tu es son Sauveur. »



Père Joseph-Marie.

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