30/03/2009

L'ESTIME DE SOI PAR CHRISTOPHE ANDRÉ.

22:29 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/11/2008

Profil de personnalité du fondamentaliste.

Situation psychologique
d’une lecture « fondamentaliste » de la Bible

par Jean-Marie Jaspard

Introduction

La Bible est tout naturellement un support référentiel majeur qui accompagne, au moins potentiellement, les croyants des religions d’inspiration chrétienne, comme elle l’est en premier lieu pour ceux de la religion juive. Mais, les historiens des Eglises l’ont démontré à maintes reprises, cette référence n’a semble-t-il pas cessé de faire problème, tout au long des siècles, notamment dans son interprétation et dans la portée des applications qui en sont faites pour inspirer la vie des croyants, voire pour dicter leurs comportements.

Elle est LE LIVRE qui proclame la PAROLE DE DIEU ; elle reçoit dès lors un statut propre, devient un TEXTE SACRE ; ce statut engendre des comportements particuliers envers elle, de ‘respect révérenciel’ à son égard, comme le disait Rudolf OTTO ; mais ce statut engendre aussi une propension à figer rituellement les applications qui sont proposées pour la vie quotidienne des croyants, à partir de l’interprétation plus ou moins stricte d’une volonté divine qui serait énoncée dans cette ‘parole de Dieu’.

 Il existe bien des styles de ‘lectures de la Bible’, plus ou moins ‘savants’, plus ou moins ‘populaires’, plus ou moins ‘rigides’, plus ou moins ‘libres’, plus ou moins ‘contraignants’, plus ou moins ‘libérants’. C’est ici que viennent s’inscrire, à titre de réputation, ceux que l’on désignera comme ‘fondamentalistes’, contrastant négativement avec ceux qui ne le seraient pas. Les psychologues se sont penchés plus globalement sur les comportements ainsi dits ‘fondamentalistes’ en se plaçant à différents points de vue que je vais esquisser ici afin de situer la signification psychologique que peut représenter l’attachement de personnes ou de groupes religieux à une lecture dite ‘fondamentaliste’ de la Bible ou des textes fondateurs d’une religion.
  1. Je commencerai en évoquant la signification psycho-sociale de l’usage même de la dénomination de ‘fondamentaliste’, par laquelle d’aucuns qui estiment ne pas l’être désignent des personnes ou des groupes de personnes ;
  2. ensuite je brosserai un profil que les psychologues sont parvenus à dresser de la personnalité ou de l’attitude ‘fondamentaliste’ ;
  3. enfin, je m’attarderai plus longuement à étudier les caractéristiques psychologiques qui se lient à une lecture de la Bible qui serait appelée ‘fondamentaliste’.

1.
La signification psychologique
de l’attribution de l’étiquette « fondamentaliste »
à quelqu’un ou à un groupe.

Qu’est-ce que ça veut dire quand on parle de ‘fondamentalisme’, un mot que l’on entend partout dans les médias lorsqu’il s’agit d’interpréter certains événements ou certains comportements de certains types de populations, de certains groupes humains ?

Il faut le reconnaître d’emblée, dès qu’on se met à lire un peu sur le sujet, ce qui s’écrit dans des livres ou dans des articles, y compris scientifiques, on voit que ces mots, ‘fondamentalisme(s), fondamentaliste(s)’, sont utilisés de bien multiples façons. On les voit d’ailleurs le plus souvent assortis d’un tas de cousins plus ou moins proches, presque tous en ‘-isme’ : intégrisme, conservatisme, traditionalisme, conventionnalisme dont la simple évocation en attire encore bien d’autres : littéralisme, dogmatisme, intégralisme, autoritarisme, fanatisme, conformisme, intolérance, orthodoxie, réactionnaire, manichéisme, puritanisme, obscurantisme, millénarisme, ultramontanisme, etc.

Les mots en « -ismes » : un nuage de sens qui en dit long

Qu’est-ce que veut dire tout cet ensemble conceptuel ? Non seulement dans la signification sémantique de chacun de ces mots, mais plus encore, je crois, dans leur usage ? Ils ont bien sûr tous un sens propre qu’on peut lire dans les dictionnaires ; mais ils forment ensemble un nuage de sens qui en dit déjà long par lui-même et dont l’accumulation renforce encore la consonance négative. Et lorsqu’on se met à les utiliser, ces mots, c’est le plus souvent, si pas toujours, en parlant d’autres que soi plutôt que de soi-même, remarquons-le d’emblée ; ce n’est donc certainement pas innocent et ce n’est probablement pas sans effet.

Je voudrais donc m’arrêter d’abord à cette caractéristique de l’usage des mots en ‘isme’ comme attribut pour désigner autrui, avant de prendre en considération les études psychologiques qui ont approché ceux-là même qui font l’objet de cette désignation. Pourquoi, en effet, s’attache-t-on ainsi à utiliser la forme extrême d’un concept, alors que celui-ci compte toute une gradation de nuances dans la position de l’attitude qu’il désigne ? : ‘fondamentalisme’ est sémantiquement tiré du verbe ‘fonder’, qui engendre des dérivés comme ‘fondement’ et ‘fondamental’ ; et tous ces mots peuvent s’aligner dans une gradation indiquant une position de plus en plus extrême de l’attitude. On peut être d’abord, tout simplement ‘fidèle aux fondements de sa religion’, ou même être ‘attaché à ce qui y est fondamental’, sans pour autant se fixer dans une position extrême et devenir ‘fondamentaliste’. L’attribution à autrui de ce qualificatif prend donc l’allure d’un préjugé, et c’est cela qu’il faut essayer de comprendre, brièvement.

La psychologie sociale l’a démontré sous bien des facettes : nous avons constamment besoin d’utiliser des catégories pour distinguer les réalités qui nous entourent (hommes - femmes ; jeunes – vieux ; fumeurs – non fumeurs ; blancs – noirs ; bio – pas bio ; etc.). Nous avons besoin de poser des étiquettes classificatoires, de donner des noms, d’attribuer des qualifications. Le mot utilisé comme étiquette est donc une indication sur l’identité des personnes, des groupes. Elle répond globalement aux questions ‘qui suis-je ? qui est l’autre ?’ Elle permet de différencier ceux qui ont un même trait commun et ceux qui ne l’ont pas.

De l’étiquette au préjugé

Qu’advient-il maintenant lorsque cette étiquette classificatoire se charge de devenir un préjugé ? A ce moment, elle cesse d’être neutre. Elle devient tranchée, positive ou négative, et porte en elle un jugement tout fait, prêt à porter, sur soi-même ou sur autrui. En conséquence, le préjugé valorise ou dévalorise globalement la personne à qui il s’adresse.

On le comprend facilement, la fonction principale de l’usage de tels préjugés est de délimiter les appartenances, de déterminer à quel groupe appartient telle personne qu’on a devant soi :

  • au bon groupe, au groupe des bons (alors j’aurai tendance à lui faire bon accueil) ;
  • au mauvais groupe, au groupe des mauvais (alors mon attitude spontanée sera plutôt de l’éviter ou de l’agresser).

Avec le préjugé, c’est tout ou rien, c’est catégorique.

  • D’un côté, le qualificatif jouera le rôle d’un beau drapeau qui inspire le respect ;
  • de l’autre côté, le qualificatif sera comme l’étoile jaune qui était collée à la chemise des juifs pendant la guerre, et qui engendra à leur égard des comportements discriminatoires extrêmes dont on se souvient encore aujourd’hui avec des frissons dans le dos.

C’est l’histoire des bons cocos et des vilains cocos qui habitaient des bandes dessinées de notre enfance, c’est celle qui a inspiré, avec des variantes à l’infini, les films western que nous adorions au Collège pendant mon adolescence. Les groupes devaient être tranchés et ça faisait du bien de s’imaginer appartenir au clan des bons et des forts. Les parents et les éducateurs en profitaient d’ailleurs pour coller sur la chemise des ‘bons cocos’ quelques consignes édifiantes exemplifiant ce qu’il faut faire et sur celle des vilains cocos, ce qu’il ne faut pas faire, histoire de stimuler notre éducation morale.

Du préjugé à la discrimination

Alors, à quoi sert l’adjectif ‘fondamentaliste’ lorsqu’il est utilisé comme préjugé ? Même si on ne sait pas encore ce que le mot veut dire, on sait déjà qu’il s’agit de classifier celui auquel il est adressé dans une représentation négative. Il dit d’emblée que cet autre appartient à un groupe social ou religieux qui est foncièrement mauvais, avec lequel on aura systématiquement une relation négative. Loger la personne dans le groupe des ‘fondamentalistes’ entraîne ainsi spontanément des attitudes de discrimination, d’évitement ou d’agression de la part de celui qui donne l’étiquette, et des réactions de défense et de riposte plus ou moins violente chez celui qui reçoit l’étiquette.

Du point de vue de l’évolution de la relation humaine ainsi créée, il faut s’attendre à ce que l’usage de ce mot, qui va dès lors s’installer, entretienne un conflit potentiel ou actuel, qui sera laissé à la loi du plus fort pour trouver son issue ou qui sera régulé socialement si on met en place des mesures de prévention.

Ainsi, lorsque ‘fondamentalisme’ est utilisé comme étiquette, le mot fonctionne généralement comme un tout exclusif et sans nuance ; les alter ego ne sont pas ‘plus ou moins fondamentalistes’ ; ils le sont ou ils ne le sont pas. Nous allons retrouver cette question de la tendance spontanée à éliminer la considération des positions intermédiaires possibles et de la tentation d’engloutir celles-ci dans l’entonnoir vers la position extrême, lorsqu’il s’agira de discerner les styles de lecture de la Bible. Avant cela, je vais brièvement parcourir quelques profils que les psychologues ont dessinés relativement à l’attitude ‘fondamentaliste’.

2.
Le profil psychologique des personnes
considérées comme fondamentalistes

Je vais faire une synthèse des profils de personnalité qui sont habituellement proposés ; à la fin, j’essaierai de préciser ce qui peut amener des personnes à se fixer dans de tels profils.

Profil de personnalité du fondamentaliste

Le profil de personnalité est généralement obtenu dans le contexte d’études qui portent,

  • d’une part, sur l’état du développement intellectuel et affectif des personnes ou bien sur l’état de leur santé mentale,
  • et, d’autre part, sur leur religiosité, sur la manière dont elles interceptent les croyances dans leur religion d’appartenance et dont elles s’y engagent, notamment par leur pratique religieuse ou par leur mode de compréhension des textes fondateurs de cette religion.

Eh bien, quelles sont les caractéristiques types d’une personne fondamentaliste telle que décrite à partir des études de psychologie ? Je vais énoncer celles qui ont été répertoriées, ce qui ne veut pas dire qu’une même personne les cumulent toutes en même temps.
On a relevé :

  •  
    • Le fondamentaliste est plutôt conservateur ; il préfère ce qui est traditionnel et se méfie de la nouveauté, de la modernité.
    • Il présente des positions manichéistes, dualistes, séparant le bien et le mal d’une manière tranchée et opposée.
    • Il cherche à s’attacher d’une manière assez rigide à des vérités absolues et infaillibles.
    • Il adhère volontiers à des théories précises sur l’avenir et sur la fin des temps ; cela expliquerait son attachement facile à des discours messianistes ou millénaristes.
    • Le fondamentaliste aime que le groupe auquel il appartient soit bien hiérarchisé, avec un détenteur de l’autorité clairement désigné (par exemple, un bon leader charismatique lui conviendra très bien)
    • Il aime aussi recevoir des consignes précises sur les comportements quotidiens, sur la manière de ritualiser les étapes de la vie, etc.
    • Il apprécie de se savoir choisi, élu, appelé à faire partie de son groupe, et même d’y recevoir une vocation particulière. C’est encore mieux si le groupe lui-même fait l’objet d’une élection particulière, de la part de Dieu, par exemple.
    • Il souhaite connaître clairement les règles de vie qu’il convient de respecter pour mériter cette appartenance à son groupe et savoir quels sont les critères d’exclusion ; comment distinguer un bon membre, un vrai, d’un mauvais membre ou d’un non membre ?
    •  
      • L’inerrance de la Bible dont on favorise une compréhension littérale ;
      • L’autorité centrale et infaillible du Pape ;
      • Une hostilité aux formes modernes(-istes) de la théologie (p.ex. :les méthodes historico-critiques) ;
      • Un clivage entre les bons et les mauvais chrétiens ;
      • Ils souhaitent que la foi soit ‘re-fondée’ en retournant aux racines historiques de la Tradition (à ses fondements), avec le soutien, la ‘bénédiction’ de l’autorité suprême de l’Eglise.
      • En ce sens, ils préfèrent se focaliser sur une célébration de ‘la simplicité des origines’ comme retour à l’essentiel du christianisme ; et ils seront plutôt frileux devant les incitations à s’engager pour prendre des initiatives dans les mouvements complexes et contradictoires de l’histoire du monde contemporain en train de se faire (donc, tendance au retrait à ce point de vue).
      • Certains accents seront mis plus particulièrement sur :
    • Une soumission non critique (parfois même bornée, sans recul) à une vérité érigée en absolu et à l’autorité qui l’énonce ;
    • Une difficulté +/- importante dans le rapport avec la modernité et la complexité du monde contemporain ;
    • Une attirance vers le passé, le connu, le simple ;
    • Une position manichéiste devant le bien et le mal, les vraies et les fausses croyances, les bons et les mauvais chrétiens ;
    • Un attachement rigide à certaines croyances qui reçoivent un statut de vérité fondamentale ;
    • Une incapacité de distinguer les croyances périphériques des croyances centrales dans la religion ;
    • Une tendance au littéralisme dans la compréhension des textes sacrés.
    • des caractéristiques idéologiques :
    • des caractéristiques du groupe auquel il aime appartenir :
    • des caractéristiques particulières rencontrées chez des fondamentalistes chrétiens (notamment catholiques) :
    • des traits psychologiques se dessinent derrière ces positions :

Liaisons

Qu’en est-il maintenant des recherches qui ont essayé d’approcher ces attitudes dans des populations plus ou moins ciblées, essentiellement dans des groupes chrétiens (protestants ou catholiques), parfois auprès de musulmans ou d’israéliens ?

Eh bien, en accumulant les recherches sur le sujet, les chercheurs on été assez vite amenés à identifier globalement les traits psychologiques des ‘fondamentalistes’ aux personnes qui ont un ‘esprit fermé’, assez rigide, les opposant aux traits psychologiques de personnes dont le profil est celui de l’‘esprit ouvert’, assez souple.

Généralement, on s’est arrangé pour pouvoir situer les personnes faisant l’objet des études sur une échelle graduée, quelque part entre les deux positions extrêmes, depuis l’esprit le plus fermé jusqu’à l’esprit le plus ouvert. Et on a essayé de faire des comparaisons entre les résultats qu’obtiennent ces personnes sur l’échelle du fondamentalisme et ceux qu’elles obtiennent au sujet d’autres dimensions de la personnalité ou d’autres questions relatives à la religiosité.

Par exemple, mon successeur a trouvé que plus les personnes sont fondamentalistes, moins elles sont à l’aise avec le sens de l’humour, surtout si cet humour tourne autour du sexe. On a aussi pu confirmer des liens avec le style de l’éducation reçue (davantage si celle-ci a été sévère ou rigide), avec le type d’intelligence (selon les stades de Piaget, la pensée formelle convient bien à l’esprit fermé, la pensée post-formelle correspond à l’esprit ouvert). On a fait aussi des comparaisons avec d’autres outils mesurant le degré de dogmatisme, la tendance à l’autoritarisme, (les mots cousins en ‘isme’ !)… en y observant des recouvrements entre ces concepts, mais aussi des différences et des spécificités.

3.
L’attitude fondamentaliste et la lecture de la Bible

Je retiens tout particulièrement ici un schéma hypothétique proposé par un de mes collègues de la KUL, le Prof. Dirk Hutsebaut, qui approfondit l’étude des attitudes religieuses depuis sa thèse de doctorat dans les années ’70. Ce schéma présente l’intérêt, me semble-t-il de situer la position ‘fondamentaliste’ parmi l’ensemble des positions que peut prendre l’attitude humaine, religieuse en l’occurrence, lorsqu’on se place à deux points de vue pour l’observer :

  1. le point de vue de la croyance ou de la non croyance à l’existence d’une réalité transcendante ; cela donne un premier axe, car le degré de certitude de la personne peut être plus ou moins élevé d’un côté comme de l’autre ;
  2. le point de vue du style de la pensée de celui qui intercepte un discours religieux : entre une pensée littérale (voire littéraliste) et une pensée ouverte à la compréhension symbolique des discours religieux ; ceci donne le deuxième axe d’observation, les styles des personnes pouvant également s’échelonner d’un extrême à l’autre sur le continuum.

Lorsqu’on croise orthogonalement les deux axes, on obtient quatre quadrants qui laissent apparaître quatre structures différentes d’attitudes vis-à-vis des réalités proposées par les religions et, plus largement, vis-à-vis des réalités fondamentales de la vie. Dans chaque quadrant ainsi dessiné une multitude de nuances dans l’attitude peuvent trouver leur place, selon la position sur chacun des deux axes.

 

 

Je vais maintenant passer en revue les caractéristiques de l’organisation de la pensée religieuse dans les positions représentées au sein de chaque quadrant. Nous y verrons clairement dans quel contexte psychologique se situe la lecture de la Bible ou des textes religieux. J’arrive donc au cœur de la problématique qui nous concerne ici. Je m’attarderai plus longuement à ce qui se passe dans le quadrant du ‘fondamentalisme religieux’, afin d’y discerner les difficultés et les pièges qui risquent de biaiser cet étiquetage de l’attitude.

1. Le premier quadrant : ‘fondamentalisme religieux’

Dans le premier quadrant, on trouve la description typique de la position religieuse (croyante) fondamentaliste. Les recherches qui ont appliqué les instruments de D. Hutsebaut y retrouvent la plupart des aspects qui composent le profil que j’ai décrit dans le point précédent. Mais quelques nuances intéressantes sont apparues dans certaines études.

Une première nuance concerne cette compréhension littérale des récits bibliques, attribuant parfois une existence réaliste à certains objets ou événements : par ex. la création du monde en 6 jours calendrier + un 7ème jour de repos, ou la mer rouge qui se retire physiquement pour laisser passer les hébreux qui s’enfuyaient d’Egypte,…

Il est évident ici que ce n’est pas toujours simple de distinguer entre, d’une part, la croyance qui se focalise réalistement sur son objet en insistant sur une représentation littérale, réaliste de celui-ci (ça s’est passé concrètement ainsi et pas autrement) et, d’autre part, la croyance en la réalité de foi qui se trouve derrière l’image (par exemple, les Hébreux ont réellement cru que Dieu les a solidement aidés à fuir les Egyptiens ; ou Dieu s’est associé significativement à l’avènement d’un monde habitable par les humains, monde qui s’est constitué peu à peu dans un certain ordre chronologique). Dans toutes les religions, en effet, on a besoin de reconnaître que certaines choses se sont passées ; dans le christianisme, on a besoin de croire que Jésus a dit certaines paroles, même si le non fondamentaliste pourra admettre qu’il ne les a peut-être pas dites comme il est écrit littéralement dans le texte. Au sujet de tout ceci, je pense que les autres exposés de ces journées vont apporter des éclaircissements et permettre de faire des distinctions utiles. Je retiens pour l’instant ceci : on a besoin de croire que des événements ou des choses se sont passés lors de moments fondateurs, pour asseoir sa propre foi ; la question se trouve dans la manière dont on se représente et dont on interprète les supports écrits ou imagés qui proposent cela. Remarquons d’ailleurs que, quelle que soit la manière dont il est interprété, le support textuel est le même pour tout le monde ; ceci a son importance.

Une deuxième nuance, qui commence à nous mettre sur une voie compréhensive par rapport à ce qui nous occupe, est celle du niveau auquel se situe le fonctionnement intellectuel de ces croyances littéralistes. Car un esprit éclairé, une intelligence rationnelle ne peut pas accepter n’importe quoi. Certaines croyances font penser à la ‘crédulité naïve’ des jeunes enfants lorsqu’on leur raconte des histoires, et à l’effet d’une immaturité intellectuelle qu’on n’attend plus des adultes un peu instruits. Pourtant, des gens qui ont fait des études bien au-delà de l’école primaire, dans l’enseignement supérieur, universitaires, et qui, par ailleurs mènent leur vie comme tout le monde, présentent parfois des croyances, ou un attrait pour des croyances, dont la teneur défie toutes les règles de la logique rationnelle ou de la connaissance empirique élémentaire. Il suffit de voir le nombre de gens qui s’agglutinent autour des présentoirs de la littérature ésotérique dans les librairies, et qui restent longtemps là à feuilleter un livre, comme s’ils étaient fascinés. C’est comme si les contenus des discours, des textes, des rites que l’on trouve dans les religions (pas seulement dans les horoscopes ou dans des prédictions de Mme Soleil) se prêtaient à une apparente ‘paresse’ ou ‘capitulation’ de l’esprit logique et à une sorte de fascination pour ce qui est irrationnel.

A quoi cela tient-il ? Eh bien, je fais l’hypothèse que ce comportement est lié au fait que les religions font écho aux questionnements des humains sur ce qui les dépasse, sur l’au-delà de la vie, sur l’autre du monde, sur le sens de la vie, sur cette énigme perpétuelle de ce qui fonde le rapport aux autres, … bref sur les réalités ultimes dans tous les sens de cette expression.

Le psychologue français Henri Wallon avait constaté que l’intelligence des enfants fonctionne différemment lorsqu’elle est occupée par des questions ordinaires de la vie et lorsqu’elle s’exerce à comprendre ce qu’il appelait les ‘ultrachoses’. Pour les ultrachoses, d’ailleurs, Wallon ne trouvait guère de différence entre la pensée des enfants et celle de bien des adultes.

Ainsi, on peut dire que la logique rationnelle s’impose généralement lorsqu’on a affaire aux réalités ordinaires qui sont soumises aux lois de la nature et dont les sciences ont pu objectiver et décrypter la logique du fonctionnement ; dès lors, si on connaît ces lois, on cherche à y adapter sa pensée, même, si possible, quand on lit des textes qui datent d’avant qu’on les aie découverts (je pense aux énoncés créationistes du Livre de la Genèse). Il est évident que notre connaissance de l’espace sidéral s’est un peu étoffée depuis l’épisode des rois mages !

Mais, on ne l’admet pas assez, notre monde humain est aussi habité par des réalités qui ne sont pas régies par les lois du monde physique. C’est notamment le cas de tout ce qui couvre le champ de nos rapports humains, de tout ce qui concerne nos relations avec les autres humains ou avec d’autres objets de notre environnement. Tout cela fonctionne selon une logique relationnelle, c’est-à-dire tout autant affective qu’intellectuelle.

Si un amoureux écrit une lettre à son amoureuse, quelle sera, pensez-vous, la logique de son discours, et du récit des faits qui vont émailler son discours ? Faut-il accorder une compréhension uniquement rationnelle à un tel texte exprimant des rapports affectifs entre deux êtres ? Ici, la réponse est simple, mais si l’on y pense, tout ce qu’il y a dans la Bible est écrit dans une logique relationnelle, même si certains contenus du texte s’appuient sur une connaissance inexacte du fonctionnement physique des réalités terrestres (ce n’est pas parce qu’il est écrit en Lév.11,6 que le lièvre est un ruminant que le passage en question ne porte pas son message correctement !).

Si je fais un pas de plus, à propos de tout ce qui concerne le bon fonctionnement des rapports humains, pour que les gens puissent s’entendre et organiser leurs relations dans la société, ce ne sont pas les sciences rationnelles qui dictent la loi, mais bien tout un tas de conventions que chacun est invité à observer, à commencer par la convention sur le sens des mots de la langue qu’on utilise. Bien sûr, les sages de toutes les sociétés tâchent que ces conventions soient raisonnables, mais remarquons-le bien, elles obéissent à des logiques ‘conventionnelles’ plutôt qu’à des logiques strictement ‘rationnelles’ (et sans doute trouvons-nous là ce qui spécifie le bon sens ou la sagesse par rapport à la raison ?).

Interrogez les ‘gens de loi’ qui sont chaque jour confrontés avec l’embrouillamini de conflits à élucider ; bien sûr qu’ils sont contents lorsqu’ils peuvent tomber sur un fait ou un événement bien concret, bien objectivable rationnellement, et sortir ainsi du brouillard des complications affectives. Mais, parfois, la justice rendue sur la base de repères ainsi très objectivés semble proposer une issue injuste car elle ne tient pas compte précisément de cet insaisissable dans les contextes affectifs qui ont alimenté les litiges.

Mais, revenons à nos moutons et considérons l’axe pensée littérale vs pensée symbolique. Ce qui distingue, me semble-t-il, le fonctionnement de l’esprit ‘fondamentaliste, littéraliste’, ‘fermé’ et l’esprit qui parvient à s’ouvrir à une vision plus symbolique, c’est précisément la manière de comprendre les conventions et de s’y conformer.

  • Chez le premier on trouvera une certaine obstination plus ou moins rigide et répétitive à s’en tenir à la matérialité, à la lettre de ce qui est convenu ;
  • chez le second, on trouvera une pensée riche en images et en nuances, capable de faire valoir ce qui est convenu d’une manière créative et personnelle, capable de communiquer du sens avec les mots et les gestes habituels.

A propos de la pensée symbolique, je vous propose d’en retenir, en ce moment, une définition relativement simple et pratique : la pensée symbolique, c’est celle que nous utilisons tout le temps lorsque nous communiquons pour dire (avec des mots, des images, des récits, des gestes, …) l’état de nos relations, notre compréhension des événements ou de notre rapport aux choses et au monde.

Plus notre pensée symbolique est riche en images et en nuances de toutes sortes pour exprimer les choses, plus cette communication sera enrichie humainement parlant. J’ajouterai encore ou je vous rappellerai que, pour être fonctionnels dans la communication, ces symboles doivent être aussi passés par le creuset de la convention, à commencer par la langue utilisée, par les mots utilisés, ou même, si c’est le cas, par les sigles des équations mathématiques (les sciences n’échappent pas non plus à la convention symbolisante lorsqu’il s’agit de communiquer ce qu’on a trouvé dans les recherches).

En réalité, c’est dans ce contexte mental que s’effectue la lecture de la Bible et que s’élabore sa compréhension. Le texte de cette Bible, il est le même pour tous. Toute la question est de pouvoir s’entendre et de communiquer sur le sens que chacun attribue aux différents récits dont il prend connaissance. Ne pourrions-nous pas dire, pour rester dans la perspective d’un continuum,

  • que la compréhension littérale du texte permet déjà de s’entendre sur les mots du récit, même si cela demeure très formel et ne mène pas très loin, …..
  • et que plus la compréhension devient symbolique, plus elle permet de communiquer et de se concerter sur le sens des mots et sur la portée des récits.

Si je prends comme exemple le récit évangélique de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob, je pourrais même suggérer que Jésus lui-même fait passer cette personne d’une compréhension simplement réaliste à une compréhension symbolique de l’eau de ce puits et du type de soif que l’on peut en avoir.

J’ajoute un dernier aspect dont on ne peut pas négliger l’importance : si le sens des images dépend donc des conventions, les conventions, elles, dépendent de leur contexte spatio-temporel, de la culture où elle ont été ‘convenues’. Si l’on s’en tient au contexte européen, nous savons que c’est différent de donner la main ou de faire un baiser sur la joue ou sur la bouche; et encore, les significations de ces gestes ne sont pas tout à fait les mêmes en Belgique, en Hollande, en Suisse ou en Italie ; il y a des nuances et on a vite commis une bévue. Je me souviens d’étudiantes africaines qui, dans les années ’70 à Louvain, s’offusquaient de voir des jeunes amoureux belges s’embrasser en public dans la rue.

Comment discerner l’esprit ouvert et l’esprit fermé dans un contexte culturel différent du sien ? Peut-être pouvons-nous dire que la personne à l’esprit plus fondamentaliste sera plus ritualisée, rigide, répétitive, tandis que la personne à l’esprit plus ouvert, sera davantage libre pour moduler sur les thèmes admis dans son groupe culturel, mais le discernement sera toujours risqué dans un autre contexte.
J’espère que tout ce que je viens d’énoncer vous permet déjà de distinguer entre la manière de voir, de vivre, dans le premier quadrant et dans le 4ème, sur le continuum.

Une troisième nuance que nous pouvons encore relever à ce propos du fonctionnement littéraliste de la lecture de textes religieux, c’est le rôle important joué par le groupe religieux, local ou plus large, auquel on appartient, celui-ci donnant ou imposant sa propre compréhension, ‘coutumière’, des textes religieux. Il est évident que la lecture de la Bible sera différente et plus littéraliste dans une section des Témoins de Jéhovah que dans une Faculté de théologie, on peut le supposer du moins. De même, on peut deviner que la compréhension du Coran sera plus littéraliste dans une école coranique que dans une communauté de soufis. Et ici, normalement, on peut estimer que l’éducation générale d’abord et spécifiquement religieuse ensuite, joue un rôle très important, et que la largeur ou la fermeture d’esprit des éducateurs aura un impact non négligeable. Cette dernière considération nous fera comprendre que l’on peut être personnellement fondamentaliste dans un groupe religieux qui globalement ne l’est pas ; et qu’il y a même moyen de ne pas être fondamentaliste dans un groupe religieux qui globalement est réputé l’être ; mais cette dernière position individuelle sera plus difficile à adopter, car elle sera en même temps non conformiste, ce qui est toujours socialement moins confortable.

Pour achever le tour du schéma de Hutsebaut, je dis un mot encore de la position de l’attitude dans les trois autres quadrants.

2. Deuxième quadrant : fondamentalisme non religieux ou rationnel

Dans le 2e quadrant, on trouve les fondamentalistes non religieux ; ils sont aussi appelés ‘fondamentalistes rationnels’ (rationalistes) car leur raison rationnelle fonctionnant dans un esprit fermé exclut tout à fait l’existence d’un transcendant, en s’appuyant uniquement sur la simple évidence empirique (Gagarine n’avait pas vu Dieu derrière la lune avait proclamé la Pravda au début des années 1960 !).

Cet esprit fermé qui les caractérise ne peut pas envisager une compréhension de la réalité autre que celle, littérale, qui les leur fait appeler un chat un chat et pas autre chose. Donc, l’apport des religions sera considéré par eux comme pure fantaisie et discours irrationnel ; et la réalité des choses, y compris dans le champ relationnel serait considérée surtout au premier degré. Je dis ‘serait’, car la position extrême relèverait d’une pathologie de la pensée que l’on rencontre chez certains psychotiques. Donc relativisons ici aussi : il y a des gens plutôt littéralistes ou rationalistes chez les incroyants ; mais ils restent généralement bien portants mentalement.

3. Troisième quadrant : non fondamentalisme agnostique

Dans le 3e quadrant se trouvent les non croyants dont la pensée fonctionne symboliquement. Ils excluent plutôt l’existence du transcendant, mais sont ouverts à une pensée symbolique sur le sens de la vie, sur la qualité des relations humaines et sur le sens relatif des conventions qui permettent aux relations sociales de fonctionner. Leur position religieuse sera d’ailleurs plus souvent celle de l’agnostique.

4. Quatrième quadrant : non fondamentalisme religieux

Enfin, le 4e quadrant, que j’ai déjà évoqué, est celui où l’on rencontre des personnes à la pensée symbolique qui se considèrent comme croyantes. Celles-ci se présentent rarement comme des moutons qui bêlent automatiquement sur la même rengaine que tout le monde. Leur conviction est personnelle et elles sont conscientes que la foi en Dieu qu’elles vivent s’appuie sur ce que P. Ricoeur appelle une ‘seconde naïveté’. Cela signifie que ces personnes ont d’abord fait l’effort d’accueillir le doute sur les croyances de leur enfance, de repenser celles-ci en les soumettant non seulement à l’épreuve de la rationalité, mais aussi à la logique de la ‘relationnalité’, c’est-à-dire en restaurant le sens des discours religieux dans le contexte symbolique qui est le leur.

C’est ce travail de ‘restauration’ qui leur permet précisément de faire le saut de la foi, autrement-dit d’instaurer une vie relationnelle avec un être dont l’existence ne s’impose ni rationnellement, ni empiriquement et en croyant que ce n’est pas déraisonnable. Vous admettrez facilement que cette attitude n’a rien de commun avec celle des gens à la crédulité naïve qui gobent d’autant plus facilement les boniments du télé-évangéliste qui prêche à la TV, qu’ils sont eux-mêmes ignorants des éléments de la religion dont celui-ci offre une publicité bruyante et colorée.


J’espère que ce petit panorama que je viens de dessiner à partir du schéma de Dirk Hutsebaut vous permet de situer maintenant l’attitude fondamentaliste non pas comme un préjugé classificatoire, mais comme une attitude inspirée par une pensée littérale qui peut elle-même se présenter dans des positions très diverses, dans la foi religieuse ou dans la non-foi rationnelle. Mais le panorama complet montre aussi la possibilité de développer, sur la même scène des conditions de la vie et avec les mêmes archives des traditions religieuses, une autre gamme d’attitudes de foi ou de non foi inspirée par une pensée qu’on appelle ‘post-critique’ et qui a fait le travail de s’ouvrir plus consciemment à la dimension symbolique de la communication humaine.

Conclusion

En guise de conclusion, je vais dire encore un mot sur ce qui peut fixer certaines personnes plus que d’autres dans des positions fondamentalistes rigides, à l’esprit vraiment fermé. J’ai déjà évoqué au passage certains éléments.

  • Par exemple, une éducation trop élémentaire ou elle-même trop rigide ou autoritaire ; généralement celle-ci ne donne pas les outils intellectuels et affectifs qui permettraient de saisir les nuances et les richesses des moyens dont nous disposons pour communiquer ; une telle éducation donne des gens qui sont incapables de décoller un peu du seul plancher des vaches, de la matérialité de leurs besoins et de ce qui les entoure, autrement-dit de symboliser et d’accéder à la signification de réalités qui nous transcendent en ce monde et au-delà de ce monde. Ils demeurent ‘hétéronomes’.

  • Par exemple aussi, un environnement social et religieux qui ne permet pas à chacun de développer une pensée personnelle et critique sur l’objet de ses croyances et qui ‘oblige’ chacun à se cantonner, d’une façon également hétéronome, dans une interprétation trop étriquée et littérale de ce qu’il faut croire pour être reconnu comme un membre fidèle de son Eglise, pour ne pas être considéré comme un marginal ou un original.

  • Enfin, certains psychologues cliniciens ont également posé la question d’une pathologie. Ils ont remarqué, dans le cadre des thérapies, que les gens qui ont l’esprit rigide, fermé, résistant au changement, sont souvent des gens trop soucieux de bien faire ; ils sont craintifs d’être pris en défaut, perfectionnistes, facilement scrupuleux ; ils ont besoin de savoir ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai ; ils ont besoin que tous les repères de la vie quotidienne restent bien les mêmes ; tout ce qui change, tout ce qui est nouveau devient pour eux source d’angoisse. Psychologiquement, ce sont des personnes qui ont des problèmes identitaires avec les règles sociales et qui vivent mal leur culpabilité. Elles ne savent pas distinguer entre l’idéal et la réalité, entre des grosses fautes et des peccadilles. Et elles se croient tout de suite jugées sévèrement. Si elles sont religieuses, Dieu se prête fort bien à jouer le rôle du juge suprême ; il agit au coup par coup et à tous les coups. C’est tout le temps le jugement dernier…et donc aussi la fin du monde. Il faut beaucoup prier pour ne pas aller en enfer. On se préoccupe aussi de tout le mal qui se fait dans l’entourage et dans la société contemporaine, et on prend peur car des cataclysmes vont certainement venir confirmer la punition ; et ceux qui surviennent sont des punitions.

    Ces personnes souffrent, bien évidemment, c’est une pathologie, une névrose dont nous laisserons le diagnostic aux psychologues et aux psychiatres. Mais nous pouvons comprendre facilement que si de telles personnes rencontrent la proposition de vivre dans un contexte que nous appellerons fondamentaliste, cette proposition sera vécue par elles comme une bénédiction ; elles l’accueilleront, en effet, comme un lieu de vérité, de sécurité, le lieu où le Bien a vaincu le Mal. Un lieu où l’on reçoit ses repères en même temps que le moyen de se réhabiliter lorsqu’on a péché. Même si, dans ce cas, on est très intelligent, on préférera la lecture littéraliste des dix commandements de Dieu à des commentaires qui offriraient un peu trop de nuances.

    Bien sûr, de telles pathologies existent, mais elles ne sont certainement pas le fait de toutes les personnes qui se trouveraient dans le 1er quadrant de Hutsebaut. Je peux même dire avec beaucoup de certitude que ce ne sont probablement pas de telles personnes qui vont fonder un groupe fondamentaliste ; elles n’auraient probablement pas la force psychologique d’en prendre l’initiative. Les autres sources de l’attitude fondamentaliste que j’ai citées avant sont certainement plus souvent à l’œuvre dans la fondation ou le maintien de tels ensembles sociaux.


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20:42 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/02/2008

Travail sur soi et recherche spirituelle.

De plus en plus de femmes et d’hommes, à la suite le plus souvent d’un événement déclencheur, vont s’engager dans un travail sur soi et souvent aussi dans une recherche pour approfondir leur spiritualité ou pour se réconcilier avec la dimension spirituelle qu’ils pressentent (ou qu’ils ont négligée) dans leur être.

Le support déclencheur sera la plupart du temps lié à un incident, à un événement qui provoque une crise, qui déstabilise ou bouleverse une quiétude, un équilibre acquis. Il peut s’agir de l’irruption d’une maladie, d’une rupture conjugale, de la perte d’un être proche, d’un accident, ou plus simplement d’une lecture ou d’une rencontre structurante avec une personne perçue comme porteuse de sagesse ou d’enseignement.

Ce sera l’impact de cet événement qui va s’inscrire comme une expérience intime d’éveil, jouer le rôle de révélateur pour pousser à entreprendre une démarche de travail sur soi qui peut se limiter à la dimension psychologique et relationnelle ou s’orienter et se diriger vers une dimension spirituelle. Cette dimension pouvant se s’ouvrir et se vivre au-delà d’une sensibilisation et d’une initiation à la possibilité d’un engagement de vie durable.

Les démarches fondées sur un travail sur soi, qui ont, au départ des motivations multiples et propres à chacun, peuvent entraîner une remise en cause des choix concernant la vie intime, sociale ou professionnelle. Elles peuvent susciter le dépassement d’une difficulté relationnelle perçue comme invalidante ou paralysante, provoquer la prise de conscience d’un manque, d’une mauvaise utilisation de ses ressources, faire prendre conscience des conduites d’auto-sabotage, inviter à sortir d’une dépendance, d’une addiction et peut être aussi donner accès à la dimension du divin, à la réconciliation avec une croyance religieuse qui sera alors vécue comme un choix plus conscient et permettre un engagement plus profond.

Trois grandes pistes s’offrent aujourd’hui à ces personnes en recherche d’elles mêmes :

• commencer une démarche de type psychothérapeutique (nettoyage de la tuyauterie relationnelle liée au passé, réactualisation des liens significatifs, confrontation avec des blessures passées, des situations inachevées etc.) ;

• envisager un travail de sensibilisation et de formation aux relations humaines sans avoir besoin d’un prétexte professionnel, pour s’y engager ;

• ouverture et engagement de re-centration vers une démarche spirituelle.

Chacune de ses démarches n’est pas aussi cloisonnée qu’on pourrait l’imaginer. Si nous acceptons d’entendre que les 5 points cardinaux relationnel de tout être humain sont d’une part en direction du passé (enfance, famille), du présent (actualité et vécu immédiat), du futur (projection dans l’avenir) et d’autre part vers l’intérieur (relation à soi) et au-dessus (relation au divin), nous allons voir qu’il y a beaucoup de points de passage et d’accord entre chacun de ces points pour donner cohérence et unité à toute personne en recherche.

1 ¬ Ancrage au passé (relations significatives en amont de sa vie avec ses ascendants et les personnages significatifs de l’enfance, de son histoire familiale et impact des situations inachevées.

2 ¬ Ancrage au présent : (relations amicales, amoureuses, conjugales, professionnelles, sociales au quotidien avec leur lot de satisfactions et d’insatisfactions).

3 ¬ Ancrage au futur (relations aux enfants, engagements de vie familiaux, sociaux, professionnels.

4 ¬ Ancrage à soi-même avec la femme ou l’homme que nous sommes devenus (relations à soi même, dépassement des auto sabotages, des conduites répétitives, estime et amour de soi, doutes, non-confiance…).

5 ¬ Ancrage au divin (reliance ou accord avec une entité perçue comme divine, ou avec un enseignement, ou avec une personne choisie comme maître, guide…).

Pour ma part, je ne peux dissocier travail sur soi (dans une direction prioritaire à un moment donné) et recherche spirituelle, débouchant sur une meilleure acceptation, et une réconciliation avec le divin qui est en chacun. Que l’on place le divin au –dessus, ou en chacun de nous, il est important de pouvoir le reconnaître, le respecter et mieux l’intégrer dans sa vie.

Jacques Salomé.

20:28 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne, poesie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/01/2008

ON NE SAIT RIEN SANS APPRENDRE.

La liberté, il faut l'apprendre, la dégager de ses ambiguïtés toujours renaissantes. Les hommes libres sont des êtres en incessant travail de libération pour devenir eux-mêmes, des êtres pour qui la liberté va s'identifier avec la contrainte du meilleur. La justice et la paix, elles aussi, sont des réalités en " à venir " ; elles sont une conquête incessante sur l'égoïsme ou la peur de l'autre.


De même, sait-on jamais ce que c'est que l'amour, jusqu'où il nous mènera, jusqu'à quel point il nous sort de nous-même, quel " plus " il va réclamer ? Comme le chante un poète : " Y a-t-il un seul amour qui n'ait besoin d'amour ? "…

Mais, à un certain moment, cette lune de miel prend fin et chacun doit faire son deuil d'un partenaire idéal répondant à toutes les demandes…
Mais on ne peut tout attendre de l'autre ; elle ou il  est limité, et moi, je ne suis pas dispensé d'exister, d'être, même si j'attends d'elle ou de lui qu'il m'amène un " plus-être "…

On s'aime les yeux grands ouverts, avec lucidité sur les pauvretés, les manques réciproques, mais en sachant aussi que l'amour, s'il n'abolira jamais la différence, ne cessera pas de chercher la communion et de combler l'espace qui sépare ces deux êtres…

18:22 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/11/2006

UN SOUFFLE DE LIBERTÉ INTÉRIEURE ?.

 

Une libre extériorisation de toutes les pensées est sans doute difficile à admettre dans un cadre d'existence normal ; mais c'est pourtant sur elle que reposent la plupart des traitements psychologiques que l'on pratique de nos jours. Il ne suffit d'ailleurs pas d'obtenir que le sujet dise tout ce qu'il a conscience de penser, mais bien qu'il ose prendre conscience de tout " ce qui se pense en lui " afin de pouvoir secondairement l'exprimer en paroles. Il faut en effet distinguer les choses que que nous pensons, c'est-à- dire auxquelles nous donnons notre adhésion, et celles qui se pensent en nous, idées ou sentiments fugitifs, à peine aperçus et rejetés avec horreur comme incompatibles avec notre idéal moral ou avec notre personnalité. Ce sont le plus souvent des pensées que nous jugeons injustes ou monstrueuses et contre lesquelles tout notre être proteste. Elles n'en existent pas moins en nous, bien que détachées de nous ; et quand elles nous tourmentent sournoisement, il n'est pas d'autre remède que de les amener à s'extérioriser pour nous en délivrer, sans pour cela d'ailleurs leur accorder davantage notre approbation ni croire utile de les traduire par des actes. Il est à la vérité très difficile d'obtenir une liberté complète de verbalisation au cours de ces traitements psychothérapeutiques.

Quel est donc le comportement qu'il nous faut adopter pour accéder à une libération totale de ces inhibitions ?

Tout d'abord la suppression des barrières habituelles permet une décharge affective et motrice qui réduit la tension intérieure de l'individu et par suite le rend disponible pour de nouvelles tâches ; des facultés inemployées jusque-là trouvent à s'exercer ; les mauvais " plis ", formés sous l'effet d'anciennes contraintes maladroites ou inopportunes parviennent à s'effacer et l'individu, débarrassé d'un poids qui l'accablait, peut redevenir créateur et constructif. Il retrouve ainsi le sens de sa propre vie, que des interventions abusives avaient obscurci. L'évolution de l'individu, bloquée par un conflit névrotique, reprend son cours, dans des conditions redevenues favorables : une contention excessive exaspère en effet les conflits, en les empêchant de trouver leur solution naturelle. C'est ainsi que bien souvent la présence d'adultes qui prétendent faire régner l'ordre et la justice par la force envenime les climats psycho-relationnels au point de déclencher des états névropathiques.

Le second mode d'action de la liberté thérapeutique consiste donc à permettre d'épuiser les plaisirs enfantins ou régressifs dont la nostalgie inconsciente a empêché l'évolution de l'individu de se poursuivre d'une façon simple et normale. La liberté agit enfin en provoquant des prises de conscience éclatantes mais, elle peut être génératrice d'angoisses car dépourvue de réalisme. C'est au moment où toutes les contraintes sont supprimées qu'apparaissent en plein jour, de la façon la plus irréfutable, les exigences de la Réalité. L'individu peut alors découvrir la nécessité de la remplacer par une morale et une discipline intérieures.

Ainsi la liberté, moyen thérapeutique, comporte une posologie qui n'est pas la même dans tous les cas. La brusque suppression de toutes barrières convient à certains ; pour d'autres au contraire, il est souhaitable d'agir d'une manière moins systématique et plus progressive. Cela me fait penser à une phrase attribuée à Paul Valéry : " Tout homme a en lui un dictateur et un anarchiste ". Mais, contrairement à ce que l'on pourrait penser, il semble que ce soit là deux personnages contradictoires. Le dictateur n'est-il pas, comme l'anarchiste, un homme qui n'accepte d'autre loi que la sienne propre ?

Chacun aspire plus ou moins, en effet, à cet état d'indépendance, presque absolue ; mais y aspirer ne signifie pas qu'on soit forcément de taille à la supporter. Il faut avoir assez de force pour y faire face, car la contrepartie de cette indépendance, c'est la solitude : il ne faut plus compter sur l'appui des autres ; il faut tout tirer de soi-même ! Il y a de ces remèdes énergétiques qu'on ose prescrire qu'à ceux dont on sait l'organisme résistant ; sinon, pour y recourir, on est obligé, concurremment, de soutenir l'organisme. De même, quand on soigne par la liberté, il faut tenir compte des forces du patient et, au besoin, lui fournir les ressources nouvelles : c'est ce qu'on fait quand on lui donne, par exemple, à jouer un rôle qui l'exalte et lui permet d'accepter le principe de l'autorité, à la condition d'en détenir une parcelle.

Il ne convient donc pas de faire de la liberté un talisman utilisable en toutes circonstances. Ce n'est pas non plus un philtre magique ; mais je viens de m'efforcer de le montrer, c'est dans certains cas un remède tout à fait rationnel dont il faut apprendre à se servir, comme tel, à bon escient.

Bruno LEROY.

10:37 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, action-sociale-chretienne, spiritualite, social | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/10/2006

TÉMOIGNAGE DE BLANCHE LANDRY.

La spiritualité au coeur de la guérison des traumatismes reliés aux abus sexuels.
par Blanche Landry

Si je n'avais développé une vie spirituelle, il est indéniable que je n'aurais pu atteindre la libération de mes traumatismes.

L'abus sexuel est un fléau dans notre société.

Qui ne connaît pas une personne qui a été abusé sexuellement? Nous sommes tous concernés de près ou de loin par cette catastrophe sociale.

Catastrophe qui prend plus d'ampleur sachant que les approches thérapeutiques utilisées par les professionnels en relations humaines, ne permettent guère aux personnes qui ont subi des abus sexuels (particulièrement l'inceste), de guérir. La plupart de ces professionnels véhiculent qu'elles peuvent améliorer leur vie jusqu'à un certain point, mais de là à guérir complètement, c'est impossible.

En prenant conscience de cette réalité, les souffrances deviennent plus aiguës pour ces femmes qui essaient de peine et de misère de s'accrocher à la vie. Elles veulent vivre et non que survivre. Elles veulent être des vivantes et non que des survivantes.

En tant que psychothérapeute, puis-je aider une personne adéquatement, si en partant, je ne crois pas à son potentiel de guérison?

Comment cet être humain qui met toute sa confiance en moi, peut-elle croire à sa guérison, si le message que je lui transmets (consciemment ou inconsciemment) est négatif et fataliste? Quels sont les limites de la psychothérapie traditionnelle? De quelle manière, puis-je combler cette lacune? Quelle est l'importance de développer l'aspect spirituel dans un processus de guérison?

Nombre de questions que je tenterai de répondre du mieux de mes connaissances, de mes expériences et de mon vécu, puisque que moi aussi j'ai subi des abus sexuels, incluant l'inceste, et que, de la victime à la survivante, je suis passée de la vivante à l'aidante.

Au-delà des théories psychologiques, des statistiques et les dires de professionnels, je suis parvenue à me libérer totalement des chaînes qui me retenaient prisonnières à mon passé d'abus.

Après avoir expérimenté les techniques traditionnelles en psychothérapie, je me suis tournée vers des psychothérapies plus globales où je pouvais travailler non seulement avec ma tête, mais aussi avec toutes les dimensions de ma personne (tête, coeur, corps, âme). À mon avis, c'est l'ignorance ou la non-expérience d'une vie spirituelle qui forge la non-croyance du potentiel humain.

Nous avons donc aujourd'hui, la preuve que la psychologie traditionnelle a des limites. Quelles sont-elles?

  • La psychologie traditionnelle est plutôt axée sur l'intelligence rationnelle (la tête), au détriment des trois autres intelligences dont je parlerai plus loin. Elle essaie de comprendre, d'analyser, de faire des liens. Mais ce n'est pas assez! L'exploration ne doit pas se faire exclusivement au niveau rationnel, en surface, mais plus en profondeur, si l'on veut vraiment avoir accès à la libération.
  • La formation universitaire des futurs professionnels en relations humaines est basée surtout sur les études freudiennes. Même si Freud apporté beaucoup à la compréhension de l'être humain, il a fait énormément de torts aux victimes d'abus sexuels. À l'époque, lorsque ses clientes le consultaient et osaient révéler les abus de leur père, Freud ne les croyait pas. Il disait qu'elles fabulaient, fantasmaient et étaient des hystériques. Ce n'est qu'en 1924 qu'il décida d'admettre que ses clientes avaient bel et bien été abusées sexuellement par leur père. Il ne l'a pas fait auparavant afin de protéger la réputation des ces pères. Cela s'est passé, il y a plus de cent ans, mais encore aujourd'hui cette mentalité destructive existe encore de nos jours, et empêche les abuser de se responsabiliser face aux gestes qu'ils ont commis.
  • Il semblerait que même ce cher Freud aurait lui aussi abusé de sa fille. De toute évidence, certaines de ses études on été biaisées.
  • Dans la psychologie traditionnelle, la spiritualité est tabou (Freud était athée, il ne croyait pas en une puissance divine.). Et on ne travaille pas directement avec le corps, pourtant, c'est la porte d'entrée à toutes les blessures, tous les traumatismes.

Comme vous pouvez le constater, il nous reste encore beaucoup à faire pour remettre les pendules à l'heure.

Pour enrayer cette lacune, il serait bénéfique non seulement pour les personnes qui consultent, mais aussi pour les psychothérapeutes, de travailler en synchronisation avec les quatre intelligences. L'approche thérapeutique que je propose n'a pas pour but d'éliminer les techniques de travail existantes, mais d'être complémentaire à celles-ci.

En tant que psychothérapeute, je privilégie cette approche psycho-corporelle-spirituelle. C'est une approche globale et intégrée où nous travaillons simultanément avec nos quatre intelligences.

L'intelligence corporelle (corps) nous permet d'entrer en contact avec nos sensations, nos blocages, nos traumatismes. L'intelligence émotionnelle (coeur) nous permet d'entrer en relation avec ce que nous ressentons face à ces sensations. L'intelligence rationnelle (tête) nous permet d'observer sans jugement ce qui se vit en nous, elle va faire des liens entre notre présent et notre passé, va analyser et comprendre. L'intelligence spirituelle (âme-essence divine), nous aide à traverser avec humilité ces prises de conscience, ces blessures.

Par la méditation, la contemplation ou l'intériorisation, nous pouvons donc accéder à la racine de vie, notre essence divine. Ce lieu inviolables où le mal ne peut pénétrer. Dans cet espace de force, de lumière et d'amour, l'harmonie originelle peut constamment rejaillir. Nous avons alors accès à toutes les forces nécessaires pour passer à travers un tel cheminement. Doucement, la sérénité s'installe et nous trouvons un sens à notre vie.

Nous pouvons passer toute notre vie à raconter et à pleurer sur ce que nous avons vécu et ne jamais guérir car nous sommes pas connectés. C'est déroutant de voir, nombre de personnes qui viennent me consulter pour la première fois, et qu'elles me révèlent avoir été en thérapie durant "plusieurs années", sans avoir pris conscience de ce qui se passait dans leur corps. Elles sont stupéfaites de réaliser qu'elles ne sont connectées, mais plutôt dissociées. Ce n'est que par la connexion à notre corps, notre coeur, notre tête et notre âme nous pouvons alors intégrer, transcender nos blessures, et enfin ÊTRE. De là, l'importance de travailler en collaboration avec nos quatre intelligences.

En travaillant avec toutes les dimensions de l'être humain, les psychothérapeutes seront plus en mesure d'aider adéquatement les personnes qui ont été traumatisées profondément et les guider pas à pas, vers une complète guérison.

D'ailleurs, cette psychothérapie psycho-corporelle-spirituelle que je privilégie peut s'appliquer à toute personne qui veut expérimenter un cheminement en profondeur, peu importe la sorte de traumatisme qui empêche la vie de circuler.

J'espère qu'un jour nous auront le bonheur de voir s'intégrer cette approche dans nos universités. Nos futurs intervenantes en relations humaines seront donc, plus outillés pour aider la communauté. Notre société en sera profondément enrichie, plus créative et plus saine.

Il y a de l'espoir!

Peu à peu, des professionnels deviennent conscients des limites de la psychologie traditionnelle. Certains osent même intégrer à leur pratique une approche corporelle et spirituelle.

Blanche Landry est psychothérapeute et auteure de Le secret de Blanche, Éd. de l'Homme, mars 1999.


Quelques points très importants à considérer dans un processus de guérison

  1. Croire en sa guérison envers et contre tous.
  2. Réapprendre à se faire confiance, à s'assumer et à gérer son bien-être. (Le psychothérapeute est là pour guider, soutenir, mais c'est seulement soi-même qui sait vraiment ce qui est bon pour nous dans le présent.
  3. Vivre "ici et maintenant". C'est dans le présent que l'on vit... C'est dans le présent que l'on guérit... (Les blessures du passé refont surface dans le présent pour que nous puissions les libérer dans la conscience.)
  4. Prendre le temps d'assimiler chaque étape ou prise de conscience. (Respecter son propre rythme sans pour autant s'enliser dans la fuite.)
  5. Il est important de libérer la colère refoulée qui émerge dans le présent, car elle est le pivot de la guérison. Si je ne me libère pas la colère qui m'habite, je ne paux accéder à la libération
  6. Ne pas se forcer à pardonner. Le pardon se fera naturellement après avoir libérer la colère refoulée.
  7. Développer le sens de l'humour car il aide à dédramatiser notre vie et à poursuivre notre cheminement. Ici, je ne parle pas de se piétiner, de s'anéantir, mais d'apprendre à accepter la vulnérabilité qui nous habite et à pratiquer l'humilité, et à développer une vision plus positive de la vie.

Il est important de bien comprendre que le temps pour parvenir à une guérison complète, dépend de plusieurs facteurs :

  • Le vécu de la personne
  • Le degré de croyance en sa guérison
  • Sa détermination à vouloir guérir
  • La thérapie privilégiée
  • Le temps alloué à son travail intérieur

10:25 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/10/2006

5 trucs pour surmonter sa timidité.

"Je suis timide, mais je me soigne" : parce que votre timidité n’est pas une fatalité, voici cinq conseils à appliquer au quotidien.

 

1. Luttez contre vos pensées négatives

Pourquoi êtes-vous anxieuse en réunion ? Pourquoi vous interdisez-vous d'intervenir lors d'une discussion ? Pourquoi n'osez-vous pas donner vote avis ? Pour ne pas déranger, pour éviter de peiner votre interlocuteur, parce que vous craignez de dire des bêtises, par peur du ridicule ou encore par crainte du jugement des autres. Autant de pensées automatiques qui vous inhibent. Prenez le temps d'examiner une à une les raisons invoquées avec objectivité. Vous vous apercevrez qu'elles ne sont pas valables. Certes vous ne pouvez pas échapper au jugement d'autrui, mais rappelez-vous qu'il est impossible de plaire à tout le monde, que le ridicule ne tue pas, et que l'erreur est humaine. Un peu de lucidité ne peut pas vous faire de mal. Car ces poncifs maintes fois rebattus possèdent leur part de vérité.

2. Regardez-vous autrement

Votre timidité provient en partie de votre mésestime. En effet, vous redoutez le regard des autres, mais en réalité, c‘est votre propre regard qui est le plus impitoyable avec vous-même. Vous vous trouvez inintéressante, vous n'avez pas confiance en vous, en vos capacités. Pourquoi faire un complexe d’infériorité par rapport au reste du monde ? Vous n’êtes pas plus bête que votre voisin de palier ! Arrêtez de vous déprécier, regardez-vous avec bienveillance, comme vous le faites avec vos amies. Reconnaissez vos nombreuses qualités au lieu de focaliser sur vos défauts. Pourquoi ne pas établir une liste exhaustive,avec l'aide de vos proches si besoin, de tous vos points forts ? Vous constaterez très vite que vous n'êtes pas si nulle que ça !

3. Confrontez-vous aux situations déclenchantes

Vous ne cessez de fuir pour échapper aux situations pénibles. Mais ce n'est pas en évitant la difficulté que vous allez progressez ! Il est temps d'agir et de rompre le cercle vicieux. Faites-vous violence et exposez-vous progressivement aux situations qui vous effrayent. Chaque semaine, lancez-vous un défi. Commencez par de petits exploits personnels comme demander un renseignement à une vendeuse, et augmentez peu à peu le niveau de difficulté en acceptant par exemple de déjeuner avec une collègue d'un autre service. Etape par étape, vous allez gagner en assurance, et développer vos compétences relationnelles. Vous verrez, ces situations autrefois anxiogènes deviendront bientôt pour vous familières.

4. Relaxez-vous

Voilà, vous êtes en difficulté, vous sentez que votre coeur s'emballe, vous suez à grosses gouttes, vos mains commencent à trembler... Dans quelques secondes, c'est sûr, vous allez perdre le contrôle. Stop ! Ne vous laissez pas submerger par ce flot d'émotions qui risque de vous paralyser. Au lieu de céder à la panique, détendez-vous. Pensez à quelque chose d'agréable, respirez calmement et profondément et relaxez-vous. Vous éviterez ainsi de perdre vos moyens.

5. Assumez votre timidité

Non, la timidité n’est pas un vilain défaut. Vous pouvez même en faire une alliée, à condition de l‘assumer. Acceptez donc votre timidité et jouez-en ! Car un rougissement peut se révéler adorable. Si si, c’est vrai ! Pour preuve : Charlotte Gainsbourg, avec sa petite voix et son regard fuyant, n’est-elle pas tout simplement charmante ? Et Zinédine Zidane n'est-il pas le timide le plus populaire dans l'Hexagone ? Cessez donc de vouloir masquer à tout prix votre émotivité, vous vous épargnerez un stress suppémentaire.

 

Bruno LEROY.

Source : Le Journal des Femmes.

12:50 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/09/2006

Dans les yeux de papa-maman.

Amies, amants, parents, enfants, rivales...
Ils nous ont tous à l'oeil. S'il est juste et bienveillant, leur regard stimule. Exigeant, il peut aussi nous pousser à l'échec.

 

Tout part encore de là : chargé de l’histoire consciente et inconsciente du père et de la mère, le regard parental n’est jamais neutre. Oscillant, selon les cas, entre bienveillance et exigence, il est celui qui nous donne notre place dans la famille et qui détermine en grande partie la qualité de notre future vie émotionnelle et relationnelle. Agnès, 41 ans, « plutôt sûre d’elle et bien dans sa peau », a mis des années avant de se libérer du regard paternel « rempli d’exigence » et d’oser faire des choix personnels. « Depuis l’école primaire, je sentais le regard de mon père qui disait : “Vise plus haut, améliore-toi.” » Résultat : la jeune femme multiplie diplômes et concours pour combler les attentes d’un père qui a toujours considéré la réussite sociale comme une priorité.

« Son regard m’a donné confiance en moi. Mais il a aussi étouffé mes désirs personnels. » Louise, 36 ans, a fait l’expérience inverse. Benjamine d’une fratrie de quatre enfants, elle s’est longtemps vécue comme « transparente, sans identité ni rôle vraiment définis ». Il lui a fallu tâtonner longtemps avant de trouver sa place. Un regard parental juste, nécessaire à une bonne construction narcissique, « est un regard qui reconnaît l’enfant comme une personne à part entière et non comme une prolongation de soi, souligne Isabel Korolitski, psychanalyste. C’est aussi un regard qui ne façonne pas mais qui soutient ». Cécile, 38 ans, s’est rendu compte, au cours d’une thérapie entreprise pour comprendre pourquoi elle était abonnée aux échecs amoureux, qu’elle avait intégré le regard d’une mère « profondément anxieuse et pessimiste ». « Elle me voyait comme elle se voyait, c’est-à-dire vulnérable et manquant totalement de confiance en elle, raconte-t-elle. Il m’a fallu des mois et des mois de travail pour que je comprenne que cette personne dépendante et fragile, ce n’était pas moi. »

Attentions aux projections !

« Dans ses yeux, je me sens désirable » ou, au contraire, « Il attend trop de moi » ou encore « Il ne me voit pas comme je suis »... Chaque relation amoureuse se construit avec le regard que l’autre pose sur soi. Réalité et fantasmes s’y mêlent étroitement. Si, dans les premiers temps de la relation, le regard amoureux a tendance à valoriser, à embellir et à renvoyer une image extrêmement positive, il se modifie au fil du temps, à mesure que le réel gagne sur l’imaginaire. Parfois, les désirs, les projections de l’autre sur soi se révèlent trop forts, trop lourds.

« Ma compagne me voyait comme un battant, comme quelqu’un qui assurait dans tous les domaines, témoigne Louis, 43 ans. Mais quand j’ai eu la possibilité de monter ma boîte et que j’y ai renoncé parce que je ne me sentais pas prêt à quitter Paris, j’ai compris que je la décevais. Du superhéros, je devenais M. Tout-le-monde. » Dans ce passage à la réalité, la relation peut gagner en maturité ou perdre de sa force. Accepter de ne pas être conforme aux attentes de son partenaire et lui accorder ce même droit, c’est cela qui fait une relation adulte et constructive. « Ce qui caractérise les relations, qu’elles soient amoureuses, familiales ou professionnelles, c’est la peur de ne plus être aimé », avance Jacques Arènes, psychanalyste.

Chacun se conforme alors aux attentes réelles ou supposées de son partenaire, au prix parfois de grandes souffrances. Cette dépendance, Isabelle, 44 ans, l’a vécue dans son couple. Elle s’est, selon ses termes, littéralement coulée dans l’idéal féminin de son mari. « J’étais Madame Parfaite, toujours disponible, à l’écoute, de bonne humeur, maman et maîtresse dévouée, jusqu’à la mort de ma mère, que j’ai très mal vécue. Là, quelque chose a craqué, et ma belle façade s’est lézardée. Nous avons divorcé deux ans plus tard. » Aujourd’hui, Isabelle vit avec un homme qui l’aime comme elle est, avec ses bons jours et ses mauvais jours. « Nous vivons le règne de la séduction obligatoire, analyse Jacques Arènes. Dans une société marchande où même la relation est devenue un lieu de transaction, on met toute son énergie à peaufiner son image et on devient excessivement dépendant du regard de l’autre. Lorsque ce regard est positif, on a une bonne image de soi; lorsqu’il est négatif, on s’écroule. »

Et moi, et moi, et moi !

D’où la nécessité parfois de bousculer les étiquettes et de passer outre les attentes des autres pour s’affirmer. Laure, 39 ans, a dû batailler ferme pour s’imposer sans faire de concessions. « J’ai été nommée à la tête d’un service qui fonctionnait comme une petite famille. Ce n’était pas du tout ma conception des choses, je sais que je passe encore pour une chef tyrannique, mais tant pis. Je veille à me montrer juste et compréhensive, mais je ne suis pas là pour jouer la“mamma” de service. » Cultiver la saine remise en question, oser affronter la peur de déplaire, de décevoir et parfois même de choquer, c’est la condition nécessaire à une affirmation de soi sereine. « Nous vivons une époque d’hypersensibilité narcissique, constate Jacques Arènes, où la moindre critique est vécue comme une agression. Pour ne pas déplaire, on fait le dos rond et on nourrit rancoeurs et frustrations. Or, on peut critiquer et recevoir la critique, si l’on sent que l’intention de celui qui nous l’adresse est positive, qu’elle cherche à nous faire progresser et non à nous blesser. »

Positifs ou négatifs, certains regards peuvent à la longue être vécus comme un carcan. Ne plus être vu par un seul prisme, si valorisant soit-il, cela devient alors un besoin vital. « Vouloir s’affranchir de la dépendance aux regards des autres pour “accoucher de soi” est une étape indispensable dans
le
processus de maturité , explique Jeanne Simon, psychothérapeute. C’est ce que Jung appelait le processus d’individuation. Il s’agit d’exprimer la part la plus singulière de soi, celle que les rôles sociaux ou familiaux ont pu étouffer. »

Jamais trop tard

Ce n’est pas un hasard si c’est autour de la quarantaine que certains rôles ou que certaines étiquettes deviennent trop lourds à porter. « Cette période de la vie, explique Françoise Millet-Bartoli , psychiatre et psychothérapeute, est propice aux grandes remises en question. » On voudrait laisser plus de place à la vraie personne et moins au personnage. Quelle direction aurais-je pris si j’avais été moins dépendant du regard parental, moins soumis aux attentes de mon conjoint, comment sortir de ce rôle qui m’emprisonne? « Ce sont des interrogations qui reviennent très fréquemment en consultation. » Et pour échapper à ces regards qui renvoient une image trop réductrice de soi, certains en passent par des changements radicaux ou des ruptures brutales. C’est la fameuse crise du milieu de vie.

« Certains regards deviennent insupportables, surtout si on a le sentiment d’avoir fait fausse route dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, poursuit Françoise Millet-Bartoli. On est alors tenté de rendre l’autre responsable de nous avoir empêché de vivre notre vraie vie, de nous avoir coupé les ailes. Or, c’est en s’interrogeant sur ses vrais désirs et ses besoins, en s’accordant le droit et les moyens d’y répondre, que l’on peut justement s’affranchir du regard des autres. » À condition que l’on garde à l’esprit qu’assumer son désir, c’est aussi prendre le risque de bousculer son entourage dans ses habitudes et son confort.

Claire a coupé ses cheveux, que tout son entourage considérait comme sa parure, elle se préfère avec une coupe à la garçonne, qui correspond davantage à sa personnalité. Marianne a abandonné les régimes amaigrissants pour vivre comme une « belle ronde bien dans sa peau ». Agnès, au grand dam de son père, avocat renommé, a quitté la direction d’un service juridique pour créer avec une amie une ligne de vêtements pour enfants. À la clé, toutes ont redécouvert une nouvelle façon de vivre en accord avec soi et ont fait l’expérience d’une liberté nouvelle. « Souvent, on se restreint soi-même en donnant trop d’importance aux regards des autres, témoigne Agnès, et c’est lorsqu’on
se donne les moyens de s’en libérer qu’on se rend compte qu’au fond on a mis soi-même des barreaux à ses fenêtres.
» Ne plus attendre de validation dans le regard des autres, ne plus redouter leur jugement, c’est aussi cela la maturité.

Madame Figaro

10:48 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/09/2006

L'ESTIME DE SOI.

Il n'existe pas de définition claire du concept d'estime de soi au sein de la psychologie scientifique. Nous prendrons donc ici le parti d'une définition admise par une majorité de spécialistes du domaine. Dans ce cadre, l'estime de soi renvoie à trois significations particulières (Brown, Dutton et Cook, 2001) :

  • Le regard global d'un individu à son propre endroit qui demeure relativement stable à travers le temps et en dépit de situations changeantes
  • Les évaluations d'un individu au sujet de ses capacités et de sa personnalité
  • Le sentiment de valeur personnelle d'un individu lié à des évènements ponctuels

Théories

  • L'équation de James (1890) : l'estime de soi est égale au rapport entre nos prétentions et nos succès. À noter que dans cette conception, l'estime de soi peut être obtenue de plusieurs manières : soit en diminuant nos prétentions, soit en augmentant nos succès (ou en voyant un succès là où il n'y en a pas), soit en réalisant un équilibre entre les deux facteurs.
  • Le miroir social de Cooley (1902) et Mead (1934) : l'estime de soi est la perception de soi construite par l'intériorisation de l'opinion d'autrui à notre égard. Dans cette perspective, les interactions sociales se révèlent donc déterminantes dans la manière dont le sujet va s'évaluer.
  • Le lieu de contrôle (locus of control) de Rotter (1966) : l'estime de soi se décline en fonction de la croyance de l'individu à être acteur des évènements de sa vie (lieu de contrôle interne) ou victime (lieu de contrôle externe).
  • La hiérarchie des besoins de Maslow (1970) : l'estime de soi correspond à une double nécessité pour l'individu : se sentir compétent et être reconnu par autrui.
  • Le sentiment d'auto-efficacité de Bandura (2002) : l'estime de soi peut provenir d'auto-évaluations basées sur la compétence personnelle, mais aussi sur la possession de caracteristiques personnelles investies de valeurs positives ou négatives selon la culture (statut social,…). Dans sa perspective, l'estime de soi est multidimensionnelle (travail, vie sociale,…). De plus, il précise qu'il n'y a pas de lien systématique entre le sentiment d'efficacité personnelle et l'estime de soi (p 24-26, 2002). Il existe des domaines qui favorisent ou défavorisent l'estime de soi. Par exemple, quelqu'un s'évaluant mauvais mathématicien mais qui n'accorde pas d'importance à cette activité n'en tire pas de conclusion négative sur sa valeur personnelle. Inversement, une personne peut s'estimer très compétente professionnellement, et en tirer une valeur négative par la nature de l'activité (huissier, tireur d'élite, prostitution,…).

Données

Coopersmith (1967) a montré la non corrélation significative entre l'estime de soi de l'enfant et la fortune, l'éducation ou la profession de ses parents. Le seul facteur influençant fortement l'estime de soi de l'enfant est la qualité de la relation qu'il a avec ses parents.

  • Harter (1978) souligne l’aspect vital de l’approbation pour l'estime de soi de l’enfant, à la fois pour encourager certains comportements et comme source d’informations sur l’adéquation de ses performances. Ces renforcements positifs remplissent deux fonctions : ils apportent de la stimulation et de l’affection, de même qu’ils favorisent le processus d’indépendance et de recherche de maîtrise. À noter que la source de cette approbation se modifie avec l'âge de l'enfant : jusqu'à 3 ans, ce dernier accorde plus d'importance à l'avis de ses parents ; puis, peu à peu, c'est l'approbation des pairs qui va être recherchée (avec un paroxysme à l'adolescence).
  • Le rang de naissance semble également jouer un rôle sur l'estime de soi de l'enfant : ainsi, les cadets auraient une estime de soi légèrement plus basse que les aînés mais seraient plus populaires et plus à l'aise que ces derniers en société (Miller et Naruyama, 1976). Les aînés, quant à eux, jouissent d'une estime de soi légèrement plus élevée, axée sur la performance, ce qui explique qu'ils connaissent en général une meilleure réussite scolaire (Falbo et Polit, 1986).
  • Le courant dominant de l'estime de soi laisse entendre au grand public que l'estime de soi est à la fois la maladie et le remède aux problèmes sociaux : des mauvais élèves aux criminels en passant par les membres de groupes « stigmatisés », tous souffriraient d'une estime de soi trop basse. La solution serait donc de les aider à rétablir l'équilibre de leur balance évaluative, bref, d'augmenter leur estime de soi. En dehors du fait que les problèmes sociaux relèvent sans doute d'une intrication de facteurs et non d'un seul, il faut noter qu'une haute estime de soi n'est pas toujours un bon présage : dans une étude célèbre, Baumeister, Boden et Smart (1996) suggèrent qu'une haute estime de soi peut être corrélée à des actes de violence ou d'agression en cas de menace du concept de soi. En d'autres termes, certaines personnes à haute estime de soi auraient tendance à réagir vivement en cas d'atteinte à leur amour-propre…

Critique de l'idéologie de l'estime de soi

L'estime de soi est une notion qui jouit d'une popularité qui n'a d'égale que son obscurité. En effet, comme nous l'avons vu précédemment, il n'y a pas actuellement, parmi les théoriciens, de consensus quant à une définition acceptable de l'estime de soi. Ses partisans, malgré des divergences parfois importantes, s'entendent néanmoins tous sur un point : l'estime de soi se mérite. Soit qu'il s'agisse de gagner un sentiment d'appartenance en se conformant aux exigences du miroir social (Mead, 1934), soit qu'il faille atteindre un objectif particulier pour s'autoriser à bomber le torse (Coopersmith, 1967), soit enfin qu'il convienne de respecter des « piliers » moraux afin que la réalité récompense votre vertu (Branden, 1994). Bref, si l'on veut avoir le privilège de jouir d'une bonne estime de soi, il faut payer, d'une manière ou d'une autre.

Quel est le problème ?

Il se situe à deux niveaux :

  • À un niveau logique, tout d'abord, parce que l'estime de soi suppose l'évaluation du 'soi', considéré comme une entité stable et définie une fois pour toutes alors qu'à l'évidence il s'agit d'un processus, impermanent par essence. Ainsi, si j'échoue à un examen, je peux penser que je ne suis pas doué pour les études, alors que rien, empiriquement, ne permet d'aboutir à une telle conclusion. Et ce saut logique, erroné, va avoir un retentissement certain sur mes performances futures : puisque je ne suis pas doué pour les études, je ne vais certainement pas réussir cet autre examen non plus, résultat qui viendra confirmer ma croyance de départ, par le jeu pervers des prophéties auto-réalisatrices (Watzlawick, 1988).
  • À un niveau psychologique, ensuite, la médaille de l'estime de soi a son revers : si elle augmente lorsque je le « mérite » (en ayant réussi à obtenir l'approbation sociale, à réaliser un projet gratifiant ou à tenir mes engagements), alors elle diminuera lorsque j'ai « fauté » (suite à un rejet social, une mauvaise performance ou une attitude contraire à mon éthique). On voit très vite que l'individu moyen sera sujet toute sa vie à des hauts et des bas incessants dans son « estime de soi », oscillant entre des états de béatitude où il se prend pour un dieu et des moments tragiques, où il se considère comme un ver de terre.

Y a-t-il une issue ?

  • Oui. À contre-courant de la pensée dominante en psychologie, il existe une alternative à cette « montagne russe » émotionnelle que constitue l'estime de soi : l'arrêt pur et simple de toute évaluation de 'soi', au profit d'une évaluation de ses comportements et de sa satisfaction personnelle (Mills, 2000). Est-ce aussi facile que cela ? Non, ce n'est pas facile, mais c'est en revanche très simple. Albert Ellis, le fondateur de la thérapie « émotivo-cognitivo-comportementale » (Rational-Emotive-Behavior Therapy) a toujours combattu l'idéologie de l'estime de soi, enseignant à ses clients (au sens rogérien du terme) la philosophie de l'acceptation inconditionnelle de soi (Unconditional Self-Acceptance) à l'opposé de toute mesure de la valeur d'un individu. Ellis appelle de manière humoristique la tendance pour le moins « névrotique » des êtres humains à s'auto-évaluer le « complexe de Jéhovah ». Tout commence lorsqu'un individu réalise une bonne performance dans une situation donnée ; c'est à la suite de ce premier constat que le « complexe de Jéhovah » pointe le bout de son nez et conduit ledit individu à une conclusion fallacieuse : puisqu'il a obtenu un bon résultat, lui, en tant qu'être humain, prend de la valeur. Malheureusement pour cet individu, il suffira d'une contre-performance dans le futur pour que le « complexe de Jéhovah » se transforme rapidement en « complexe de ver de terre », autre extrémité, dramatique celle-là, du même continuum axiomatique. Ellis montre que philosophiquement parlant, la notion de valeur d'un être humain ne tient pas trente secondes : en effet, que serait, dans cette perspective, un « bon » être humain et en quoi se distinguerait-il d'un « mauvais » ? Sur quels critères établir la valeur d'un individu ? De telles interrogations parlent d'elles-mêmes et plaident en faveur d'un abandon pur et simple de la question de la valeur d'un être humain. Les êtres humains sont, un point c'est tout. Et la seule chose susceptible d'être évaluée les concernant, ce sont leurs comportements. Il est sans doute utile de mettre en garde contre une confusion très courante en psychologie : la personne n'est pas le comportement. Ce n'est pas parce qu'un individu agit stupidement qu'il est stupide. On retrouve ici toute la pertinence des principes issus de la Sémantique générale, à laquelle Ellis reconnaît d'ailleurs une parenté directe avec ses propres idées.

20:59 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, action-sociale-chretienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/09/2006

COMMENT GUÉRIR DE LA TIMIDITÉ.

  
La timidité : certains ne savent même pas ce que c'est. Mais combien nous sommes nombreux à en être victimes ! C'est si dur à vivre. Pourtant on peut s'en sortir ! Explications...




ImageParmi les définitions que le dictionnaire donne à la timidité, nous retiendrons : manque d'aisance et d'assurance en société, confusion, embarras, gaucherie, gène, honte. Le terme timidité nous fait entrer d'emblée dans le domaine des relations humaines. C'est dans ce contexte qu'il se manifeste, étant vécu comme un handicap, une souffrance, parfois même comme une faute ou une inadaptation aux relations inter-personnelles.

Alors que le timide se sent facilement isolé, séparé des autres, "anormal", mis à part, de trop, alors qu'il se sent être "un cas", il est pourtant loin d'être seul dans la prison de sa timidité. Il est seul dans sa cellule mais nombreux sont les prisonniers ! La timidité est en effet un fléau qui touche beaucoup d'humains. D'où vient-elle ? Comment peut-on en sortir ? Tel est le sujet de cet article.  

D'où vient la timidité ?

La timidité se construit dans l'enfance. Elle est liée à un manque de confiance en soi, un manque d'assurance en la valeur qu'on a. L'enfant construit son image et son estime de lui-même à partir de ce qu'il perçoit de son environnement (et en particulier des gens importants pour lui : parents, fratrie, copains...). S'il se sent aimé sous condition (à condition d'être sage, d'obéir...) ou s'il se sent rejeté (par une bande de copains à laquelle il n'arrive pas s'intégrer...), il peut se replier sur lui-même et s'emmurer dans la timidité. Une accumulation d'expériences de ce genre le rendra méfiant, peu ouvert aux autres. Cela produira davantage de rejets et la timidité s'installera peu à peu.

Ce rejet social qu'est la timidité est en fait un appel au secours : "aimez-moi !. Si vous venez vers moi alors je saurai que j'ai de la valeur pour vous. Si vous ne faites pas le premier pas, je le perçois comme de l'indifférence et ça renforce le sentiment que je ne compte pas, que je n'ai pas ma place".

Le problème est que cette stratégie du repli (non pensée) ne marche pas. En effet, rares sont les personnes qui vont spontanément aller vers l'autre et s'intéresser à lui. Et encore plus rares sont celles qui persévèrent pour donner le temps au timide de se laisser apprivoiser.

Alors comment faire ?

Comment sortir de sa timidité ?

Une chose qui me semble importante à dire est la suivante : timide, c'est toi qui a les clefs pour sortir de ta timidité. Personne ne peut faire cet apprentissage à ta place. Par contre, voici quelques pistes pour t'aider sur ce chemin :

  1. Comme je l'ai dit, à la source de la timidité, il y a des blessures. Pour guérir de ces blessures, il est nécessaire d'y faire face, d'accepter de ressentir la souffrance liée à elles. Puis il y a un chemin de pardon à parcourir. Si tu es croyant, c'est en compagnie de Jésus que tu peux faire ce parcours. Il veut te guérir et te délivrer.
  1. C'est dans le contexte de relations que tu as appris la timidité, afin de te protéger. C'est également dans le contexte de relations que tu peux la désapprendre. Est-ce qu'il y a ne serait-ce qu'une personne auprès de qui tu te sens bien, avec qui tu te sens aimé tel que tu es ? Attache-toi à voir et à recevoir l'amour qui t'est donné (tout en sachant que ce ne sera jamais parfait en ce monde).
  2. Tu as appris à te replier sur toi. Apprends à sortir de toi-même par des actions simples. Comme je te l'ai dit la timidité fait souffrir beaucoup de gens. Et timide ou pas chacun a besoin de recevoir attention et amour. Peut-être y a-t-il dans ton entourage quelqu'un qui aurait besoin de quelques services (personne âgée...). Si tu prends des initiatives pour t'intéresser aux autres (en posant quelques questions, par de petites attentions, des services...), tu feras du bien aux autres et en retour, il y a de fortes chances que tu aies leur appréciation. Et même si ce n'est pas dans 100% des cas, tu auras au moins la satisfaction d'avoir mené ta vie d'une manière dont tu peux être fier. Par de petits gestes simples, tu apprendras une autre manière de vivre, hors de la prison de ta timidité.
  1. Un dernier point, important, est le suivant : ta valeur, tu ne peux pas te l'attribuer à toi-même. De même pour l'amour, tu as besoin de le recevoir de quelqu'un. Sais-tu que justement il y a quelqu'un qui t'aime ? C'est Dieu. Comment puis-je affirmer cela ? "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu'il ait la vie éternelle" (Evangile selon Jean ch. 3 v. 16). À la place de quiconque, tu peux mettre ton nom. Dieu a estimé que tu valais assez le coup pour qu'il envoie son Fils Jésus-Christ afin que tu aies la vraie vie. L'amour dont tu as besoin, la valeur que tu as te sont déjà acquis. Ce sont des ressources disponibles, dans lesquelles tu peux puiser constamment pour faire face aux défis de la vie.

La timidité est-elle une faute ?

Certains le pensent ou le ressentent ainsi. Ce n'est pourtant pas le cas. En effet, dans la Bible, le célèbre apôtre Paul confie la responsabilité d'une église à Timothée, son disciple timide. Si Timothée était en faute, Paul ne lui confierait pas cette responsabilité. Il l'inviterait plutôt à se repentir. Au lieu de cela, il l'encourage à ne pas se laisser paralyser par cette timidité. Il l'invite à en sortir. Pour cela il lui rappelle qu'il n'est pas seul, lui, Timothée à livrer le combat : "Ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné. Au contraire, son Esprit nous remplit de force d'amour et de sagesse" (2ème épître à Timothée ch.1 v. 7). Comme tout chrétien véritable, il a en lui l'Esprit-Saint, l'Esprit de Dieu. Et cet Esprit le rend capable d'aller au-delà de son handicap, afin de servir les autres et de servir Dieu. Et toi, as-tu fait cette rencontre personnelle avec Dieu qui peut transformer ta Vie ?

15:05 Ecrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans PSYCHOLOGIE. | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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