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22/02/2009

SENGHOR UN GÉANT DE LA PENSÉE AFRICAINE.

Le 7 juin 1963, Léopold Sedar Senghor (1906-2001), président catholique d´un pays - le Sénégal - essentiellement musulman, déclarait en inaugurant la mosquée mouride de Touba "musulmans et chrétiens, nous allons prier ensemble". Chef d´État, homme politique, poète, essayiste, il s´est éteint le 20 décembre, en Normandie, à l´âge de 95 ans, au moment où Jean-Paul II appelle les religions à prier pour la paix en un même lieu, Assise.

Dans son poème "L´arc en ciel de ta paix", cet homme de combat, champion de la "négritude", de l´indépendance de son pays, implore la paix comme un don de Dieu.

"Ô bénis ce peuple, Seigneur
Qui cherche son propre visage sous le masque et a peine à te reconnaître...
Ô bénis ce peuple qui rompt ses liens... et avec lui tous les peuples d´Europe, tous les peuples d´Asie, tous les peuples d´Afrique et tous les peuples d´Amériques qui suent sang et souffrances.
Et au milieu de ces millions de vagues, vois les têtes houleuses de mon peuple.
Donne à leurs mains chaudes qu´elles enlacent la terre d´une ceinture de mains fraternelles dessous l´arc en ciel de ta paix".

En Italie, sous le titre "l´orgueil de s´appeler Négro", l´agence missionnaire Misna () lui rend hommage en tant "qu´homme de culture et l'un des pères fondateurs, avec le poète martiniquais Aimé Césaire, du mouvement littéraire et culturel de la "Négritude"."

"Senghor, souligne Jean-Léonard Touadi dans sa dépêche, a occupé la scène intellectuelle africaine avant, pendant et après la décolonisation. Ses œuvres poétiques "Chants d'ombre" (1945), "Hosties Noires" (1948), "Anthologie de la Nouvelle poésie nègre et malgache de langue française" (1948) et d'autres formeront l'ossature de la revendication et de l'affirmation des valeurs du monde nègre".

"Etudiant à Paris, Senghor participe et nourrit, grâce à son érudition et à sa passion, le mouvement de renaissance de l'Afrique subsaharienne. Il reprend, à travers une opération de catharsis intellectuelle, le mot "négro" ... pour le transformer en point de départ pour le retour impératif à la "Mère Africa". "

Il souligne, en même temps que cette affirmation de la singularité africaine, l´aspiration de Senghor à l´universel. A la fraternité universelle. "La négritude, explique l´auteur, devient un paradigme idéal pour accomplir le voyage de réaffirmation de son être propre et de son histoire, à l'époque niée. Retrouver soi-même pour être prêt à se rendre au "rendez-vous de l'Universel", dit Senghor qui souhaite l'avènement d'une civilisation métisse où tous les peuples pourront finalement apporter tout le génie de leur personnalité spécifique. Senghor appelle ce moment le "rendez-vous du donner et du recevoir". Les écrivains subsahariens de la deuxième et de la troisième génération se montreront très critiques envers le mythe Senghor parce que dans ce "donner et recevoir", les africains devraient apporter seulement l'exubérante vitalité de leur émotivité (Senghor a remplacé le "Cogito ergo sum", "Je pense donc je suis" cartésien par "Je danse donc je suis") et cela constituerait une forme de servitude devant les peuples qui apportent raison et rationalité technologique".

"Senghor, conclut l´auteur, reste un géant de la pensée africaine moderne. Son érudition et sa stature intellectuelle ont fait de lui le premier africain subsaharien à être membre de l'Académie Française. Outre la valeur littéraire et poétique, il convient de rappeler l'homme politique, père de l'indépendance du Sénégal et co-fondateur de l'Organisation de Unité Africaine (OUA, ndlr). Il a été l'unique président à instaurer un régime démocratique dans son pays et le premier à quitté librement le pouvoir en 1980".

Le site de l´Académie française (
http://academie-francaise.fr), lui consacre la notice biographique suivante, rappelant que le président Senghor avait été élu à l´Académie française, le 2 juin 1983, au fauteuil du duc de Lévis-Mirepoix (16e fauteuil).

Né à Joal, au Sénégal, le 9 octobre 1906, Léopold Sédar Senghor fait ses études à la mission catholique de Ngasobil, au collège Libermann et au cours d´enseignement secondaire de Dakar, puis, à Paris, au lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Il est reçu à l´agrégation de grammaire en 1935.

Tout en enseignant les lettres et la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935-1938), il suit les cours de linguistique négro-africaine de Lilias Homburger à l´École pratique des hautes études et ceux de Paul Rivet, de Marcel Mauss et de Marcel Cohen à l´Institut d´ethnologie de Paris. Nommé professeur au lycée Marcellin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés en 1938, il est mobilisé en 1939 et fait prisonnier en juin 1940. Réformé pour maladie en janvier 1942, il participe à la Résistance dans le Front national universitaire. De 1944 jusqu´à l´indépendance du Sénégal, il occupe la chaire de langues et civilisation négro-africaines à l´École nationale de la France d´outre-mer.

L´année 1945 marque le début de sa carrière politique. Élu député du Sénégal, il est, par la suite, constamment réélu (1946, 1951, 1956). Membre de l´assemblée consultative du Conseil de l´Europe, il est, en outre, plusieurs fois délégué de la France à la conférence de l´UNESCO et à l´assemblée générale de l´ONU. Secrétaire d´État à la présidence du Conseil (cabinet Edgar Faure : 23 février 1955 - 24 janvier 1956), il devient maire de Thiès, au Sénégal, en novembre 1956. Ministre-conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il est élu premier Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960. Ses activités culturelles sont constantes : en 1966, se tient, à Dakar, le 1er Festival mondial des arts nègres. Réélu Président de la République en 1963, 1968, 1973, 1978, il se démet de ses fonctions le 31 décembre 1980.

Léopold Sédar Senghor avait obtenu un festival de prix littéraires. Il était médaille d´or de la langue française ; grand prix international de poésie de la Société des poètes et artistes de France et de langue française (1963) ; médaille d´or du mérite poétique du prix international Dag Hammarskjoeld (1965) ; grand prix littéraire international Rouge et Vert (1966) ; prix de la Paix des libraires allemands (1968) ; prix littéraire de l´Académie internationale des arts et lettres de Rome (1969) ; grand prix international de poésie de la Biennale de Knokke-le-Zoute (1970) ; prix Guillaume Apollinaire (1974) ; prince en poésie 1977, décerné par l´association littéraire française L´Amitié par le livre ; prix Cino del Duca (1978) ; prix international du livre, attribué par le Comité international du livre (Communauté mondiale du livre, UNESCO, 1979) ; Prix pour ses activités culturelles en Afrique et ses œuvres pour la paix, décerné par le président Sadate (1980) ; médaille d´or de la CISAC (Confédération internationale des sociétés d´auteurs et compositeurs) ; premier prix mondial Aasan ; prix Alfred de Vigny (1981) ; prix Athénaï, à Athènes (1985) ; prix international du Lion d´or, à Venise (1986) ; prix Louise Michel, à Paris (1986) ; prix du Mont-Saint-Michel, aux Rencontres poétiques de Bretagne (1986) ; prix Intercultura, à Rome (1987).

Il était docteur honoris causa de trente-sept universités, dont Paris-Sorbonne, Strasbourg, Louvain, Bordeaux, Harvard, Ifé, Oxford, Vienne, Montréal, Francfort, Yale, Meiji, Nancy, Bahia et Evora.

Il était membre de nombreuses académies et titulaire de prestigieuses décorations françaises et étrangères.

21:41 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans CHRONIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg | |  Facebook | | | Pin it! |

Une puissante vague d’espérance.

La liturgie de ce jour est soulevée par une puissante vague d’espérance. Nous venons de le reconnaître au début de cette Eucharistie : nous sommes pécheurs, aliénés par nos passions, errants comme des brebis vouées à l’abattoir ; notre folie nous a égarés loin de Dieu dans les ténèbres mortelles. Mais nous croyons que le Seigneur nous fait miséricorde : il nous pardonne nos fautes et nous donne part à sa vie. Aussi pouvons-nous exulter avec le psalmiste : « Seigneur, je suis sûr de ton amour : mon cœur est dans la joie, car tu me sauves ; je veux chanter au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait (Ant. d’ouv.).
Mais comment avoir la certitude que cette « Bonne Nouvelle » de notre réconciliation - motif de notre rassemblement et source de notre espérance - soit autre chose que la mise en scène imaginaire de notre désir le plus profond que nous aurions projeté sur les récits évangéliques ? Les scribes ont raison : « Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Dès lors : ou bien ce Jésus est un imposteur et un blasphémateur, ou bien il est l’Envoyé auquel Dieu a « donné tout pouvoir au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18). Dans le premier cas, la vie n’est qu’une mauvaise nuit dans une auberge insalubre ; seule la seconde solution nous donne des motifs d’espérance. Aussi avons-nous tous à nous confronter tôt ou tard personnellement à l’événement Jésus-Christ, car c’est par rapport à lui que chacun d’entre nous est appelé à décider du sens de sa vie.
Or la certitude que Dieu a accompli sa promesse - « Moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés » (1ère lect.) - cette certitude de foi naît au cœur de tout homme qui contemple le Christ des Evangiles sans a priori. Si nous nous laissons conduire par l’Esprit, nous confesserons nous aussi avec le centurion romain au pied de la Croix : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! » (Mc 15, 39). En lui le « Dieu fidèle n’a pas été à la fois “oui” et “non” ; il n’a jamais été que “oui” » (2nd lect.). Ce « oui » de Dieu, ce salut qu’il nous offre gratuitement en son Fils Jésus-Christ, n’est pas simplement l’annulation de la dette de notre péché, mais notre élévation gratuite jusqu’à la condition filiale, par le don de « l’Esprit qui habite en nos cœurs » (Ibid.). Le Seigneur ne se contente pas de faire de la « restauration » : « A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2, 22) ; « voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » (1ère lect.). C’est précisément pour que nous puissions « voir » le travail secret de la grâce au fond des cœurs, que Jésus « ordonne au paralysé : “Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi” ». De fait, si Notre-Seigneur n’avait pas épousé l’impuissance de notre mort à tous, pour se « lever » vivant au matin de Pâques, il n’aurait eu aucune autorité pour faire « lever » le paralytique - et nous n’aurions que peu de chose pour fonder notre espérance.
Il est clair que Jésus ne « prouve » pas son pouvoir de pardonner les péchés en guérissant le paralytique : les deux actions ne se situent pas sur le même plan. Mais cet homme aurait-il été guéri s’il n’avait pas auparavant accueilli la miséricorde ? On peut en douter. La guérison ne peut en effet manifester le pouvoir de pardonner, que si ce pardon a été effectivement reçu. Ce qui suppose par la même occasion que cet homme se soit reconnu pécheur devant Dieu et devant son Christ. Nous pressentons une mystérieuse complicité entre Jésus et cet homme, dont Notre-Seigneur reconnaît d’amblée la foi. Aussi la parole toute empreinte de tendresse - « Mon fils, tes péchés sont pardonnés » - répond-elle sans aucun doute à la demande implicite du paralytique, plus soucieux de son âme que de son corps. Notre-Seigneur interpelle l’homme en lui signifiant que la paternité divine envers lui est restaurée - « Mon fils » - et explicite le processus qui a conduit à cette réconciliation : « tes péchés sont pardonnés ». En agissant ainsi, Jésus prend la place de l’offensé, c’est-à-dire de Dieu, et parle en son nom, ce qui fait précisément l’objet de la contestation de la part des scribes. La parole de Jésus restaure la relation avec cet homme en prenant autorité sur les obstacles spirituels (les péchés) qui le séparaient de Dieu.
La guérison physique n’est un argument que pour ceux de l’extérieur : le malade savait déjà que Jésus possédait ce pouvoir, car qui peut le plus - pardonner les péchés - peut le moins - relever un paralytique. Aussi n’est-ce pas de l’impertinence de la part de cet homme de partir, son brancard sous le bras, sans un mot de remerciement : tout était déjà dit entre Jésus et lui dans les regards qu’ils se sont échangés dès le premier instant de la rencontre. Sa manière de remercier pour le don de la miséricorde, a été de se prêter à la guérison qui permet d’accréditer le Maître. Sachons nous aussi dire avec le Psalmiste : « Pitié pour moi, Seigneur, guéris-moi car j’ai péché contre toi ! » (Ps 40). C’est précisément en nous laissant réconcilier avec Dieu, que « par le Christ que nous disons “amen”, notre “oui” pour la gloire de Dieu » (2ème lect.). Et la « preuve » que nous sommes réconciliés, c’est que « Dieu nous a fait une première avance sur ses dons : l’Esprit qui habite nos cœurs » (Ibid.) et nous donne à nous aussi de « rendre gloire à Dieu, en disant : “Nous n’avons jamais rien vu de pareil” ».

« Loué sois-tu Dieu notre Père pour ton infinie patience avec nous ! Béni sois-tu de nous avoir recréés par ta Parole toute-puissante que tu prononces sur nous dans ton Souffle d’amour. Loué sois-tu et exalté pour les siècles, toi qui “nous sauve au jour du malheur, qui nous protège et nous garde en vie ; toi qui guérit notre âme et nous rétablis pour toujours en ta présence” (Ps 40). Nous t’en prions : “marque-nous de ton sceau, consacre-nous à ton service, rends-nous solides pour le Christ dans nos relations avec nos frères, afin que par lui, nous te disions “amen”, notre “oui” pour ta gloire”. Fais de nous des témoins d’espérance, des ambassadeurs de ta miséricorde, des prophètes du “monde nouveau qui germe déjà” depuis le matin de Pâques. »



Père Joseph-Marie.

10:13 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg | |  Facebook | | | Pin it! |

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