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30/11/2005

MES COMBATS D'ESPÉRANCE...

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Je suis éducateur spécialisé. Ma spécificité ainsi que celle de mes adjoints est de travailler dans le rue. Notre pratique éducative, je la nomme " pratique de désinstitutionalisation ". Nous sommes amenés à rencontrer les jeunes les plus marginalisés parmi ceux qui vivent dans la rue : ce sont ceux qui refusent, n’osent pas, ne peuvent plus aborder les institutions, y compris celles qui pourraient leur venir en aide.

Cette " désinstitutionalisation " signifie : c’est en tant qu’individu que je vais au devant d’eux, sans masque, sans me réfugier derrière ma fonction d’éducateur. Ce n’est pas parce que je suis mandaté pour m’occuper d’eux. Je travaille avec eux sur le principe de la libre adhésion, de la disponibilité, et une forte éthique qui vise à créer une relation de confiance.

La disponibilité signifie que la galère ne s’arrête pas à 19 heures pour reprendre à 8 heures le lendemain, mon action non plus. Cela signifie que galère et coups durs peuvent arriver le week-end !

La relation de confiance est primordiale, base constitutive de la relation éducative qui permet au jeune de progresser. Cette relation de confiance en rue, doit être totale. C’est pour cela que dans le temps passé avec un jeune, il ne s’agit pas d’une relation d’un éducateur avec ses " clients ". C’est la rencontre d’un homme adulte avec un garçon ou une fille désemparé ( e ), victime de son comportement de violence et de son rejet des autres. C’est une relation entre deux êtres humains, entre deux noms, entre deux reconnaissances de l’autre. Ce qui détermine l’évolution des actes éducatifs, ce sera la relation entre deux amis, seul type de relation qui vaille la peine d’être vécue pour celui ou celle qui doute de tout.

Nous sommes loin des éternels débats sur : " Faut-il dire ou non que nous sommes éducateurs ? ... cacher que nous touchons un salaire ? ". Quand la relation de confiance est née, elle balaie ces préoccupations qui ne sont souvent que prétextes à ne pas s’engager. Même problème avec les débats : Vie privée, vie professionnelle ou disponibilité, jusqu’où ?.

Souvent, il nous faut des mois pour entrer en contact avec les jeunes, tant est grande leur méfiance, tant est solide leur système bien compréhensible de défense. Par notre présence quotidienne, discrète, par notre absence de questions, par notre acceptation de ce qu’ils sont, la relation se crée à l’étonnement des jeunes et de nous-mêmes. Ce n’est pas avec un jeune délinquant , un jeune toxicomane que je parle, que je mange, que je bois un coup ou que j’invite à une fête entre amis, c’est à Pierre, Paul, Alim.

Ces actes éducatifs peuvent paraître simples quand on parle à l’heure actuelle de réinsertion, travail, de cette normalité, but suprême à atteindre dans notre société. Mais ces actes éducatifs simples sont primordiaux, ils sont là avant le reste ( par exemple l’entrée dans un dispositif de réinsertion ) et garantissent peut-être sa réussite.

Ce travail éducatif simple, c’est le partage vécu, la création de souvenirs positifs, bêtement heureux, la constitution d’une autre histoire qui ne sera pas faite que d’échecs. C’est la valorisation des capacités du jeune, surtout celles les plus endormies. Il s’agit de casser les barrières faites de peur et de méfiance, souvent légitimes, ne serait-ce qu’en montrant qu’un adulte " normal " peut casser les siennes pour aller au devant de lui sans s’arrêter aux étiquettes qui jalonnent le discours du travail social.

Notre présence active c’est la reconnaissance de l’autre, c’est ce qui fait grandir un être qu’il ait douze ou trente ans. Il faut aller au devant d’eux, se mettre en situation difficile de déséquilibre, de violence d’où surgira la réflexion à deux, adulte et jeune. Cette reconnaissance intégrale des jeunes, je la vis au quotidien depuis plus de 28 ans. Elle devrait règner partout où les relations humaines semblent amputées par des tabous, des silences malsains, des situations inextricables de ressentis etc...Elle n’est pas la spécialisation officielle de l’éducateur. Cette reconnaissance de l’autre est une façon de vivre en acceptant et surtout en intégrant les différences. Toutes les différences qui pourraient gêner notre bonne conscience.

Demain sera la société du rejet ou de l’acceptation inconditionnelle de l’autre à la seule condition que cette relation soit basée sur le respect. Accepter ne signifie pas tout accepter mais se mobiliser pour que la tolérance ne demeure point un vain mot dans un vieux dictionnaire. Nous sommes responsables des relations que nous entretenons avec autrui et notamment les jeunes. Lorsque nous aurons compris cela, nous aurons tout compris ! Les éducateurs n’ont pas le monopole de la prise en considération des jeunes, c’est l’affaire de tous, là où nous vivons, de porter un autre regard sur leur réalité et leur univers afin de mieux nous intégrer. Oui, il s’agit de nous intégrer à leurs paradigmes sinon, nous sommes les inadaptés sociaux qu’ils n’attendent plus et qu’ils ne veulent pas reconnaître. L’insertion n’est pas toujours là où on l’attend puisqu’il s’agit aux adultes de faire le premier pas pour leur accorder de la reconnaissance. Car être reconnu sans condition, c’est commencer à exister !.

Bruno LEROY.

( Présentation écrite par mon éditeur )medium_postface.3.gif

21:10 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

30/09/2005

COMMUNIQUER POUR EXISTER.

Le principe de base que nous adoptons dans l'existence est le suivant : pas de vie sans échange ; la vie ne naît et ne grandit que par l'échange. La vie, nul ne la détient par soi-même ; elle est toujours donnée, reçue, rendue. Sur le plan éthique, la question qui se pose à la liberté de l'homme est de savoir s'il consent à entrer dans ce mouvement d'échange ou si, au contraire, il l'arrête. Une première attitude possible pour l'homme est de se fermer au jeu de l'échange et cela de deux manières.

La première manière consiste à se clore dans l'auto-suffisance. Lorsque j'adopte cette attitude, l'autre me devient indifférent ; je ne lui demande rien ; il n'a rien à m'apporter. Entre l'autre et moi rien ne se passe, ni paroles ni biens ; rien ne se passe : on se croise comme des ombres. Cette attitude poussée à l'extrême est en réalité suicidaire. Car, clôturée dans un système fermé à toute altérité, la vie s'étiole, se dégrade et finalement meurt. Ainsi, par exemple, sur le plan de la vie intellectuelle, la pensée qui ne s'ouvre pas au dialogue, tourne sur elle-même, stagne et se sclérose dans la répétition.

La seconde manière s'intéresse à l'autre, mais sous la forme de l'envie, de la cupidité ou de la jalousie. L'autre, dans cette optique, devient mon concurrent ; il est pour moi une menace permanente. Ce qu'il possède ne fait qu'éveiller en moi le besoin de le lui prendre.

L'autre m'intéresse, mais c'est dans le but de le ramener à moi, de m'assimiler ce qu'il a et ce qu'il est.

Cette logique de concurrence entre les individus ou les groupes finit par établir des rapports de maîtres à esclaves et devient génératrice de violences, de guerres et de meurtres.

Deux manières de refuser l'échange : soit l'isolement soit la domination.

Dans les deux cas, on se fait le centre. Dans cette attitude, il y a le désir de vivre qui s'exprime, mais ce désir de vivre est vécu sous le mode imaginaire, illusoire et trompeur.

Envisageons l'autre attitude, celle qui consiste à jouer le jeu de l'échange, à entretenir avec d'autres des rapports d'alliance. L'alliance refuse aussi bien l'isolement que la domination ; elle implique une décentration des partenaires qui, dès lors, peuvent se reconnaître mutuellement et échanger entre eux biens et paroles.

Cette attitude face à la vie devrait être celle de tous les artistes dont la mission est de chercher à communiquer inlassablement avec autrui, jusqu'à partager les mystères dont ils sont porteurs. Elle devrait être également celle de tout individu ayant pris conscience de sa dimension sociale et cherchant dans le jeu de l'échange une source d'enrichissement individuelle et collective.

La perfectibilité de l'homme ne s'acquière que dans ce jeu communicationnel qui demeure l'enjeu essentiel de la Vie !.

Bruno LEROY.

18:10 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

27/07/2005

THÉOLOGIE DE LA LIBERTÉ AU REGARD DE L'ÉDUCATION.

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La liberté en tant que moyen pédagogique ou thérapeutique, est la somme des permissions accordées par l'entourage ; la liberté en tant que but, est un état que l'on réalise à l'intérieur de soi-même et qui correspond à l'épanouissement de la personne tout entière par un développement harmonieux de toutes ses facultés. Il est aisé de comprendre que les permissions, données judicieusement, favorisent un exercice naturel des facultés et par suite leur développement. C'est dans un climat ouvert et confiant que l'être peut s'épanouir. Assurément, il est des permissions qui n'engagent guère la responsabilité de ceux à qui elles sont accordées : on peut ainsi permettre de lire un livre, de faire une excursion, d'assister à un spectacle. L'éducateur en conserve toujours la responsabilité ; ce sont des permissions limitées à une circonstance : on pourrait dire que ce sont des levées d'interdiction et rien de plus. La vraie permission est celle qui donne le droit de choisir, et peut-être même qui met l'individu en demeure de faire un choix : ce n'est plus simplement une sorte de cadeau qu'on accorde à l'adolescent parce qu'il a été bien sage ou parce qu'on a envie de lui faire plaisir : c'est une initiative qu'on lui laisse et par conséquent une responsabilité dont on le charge.

La liberté ainsi comprise n'est donc pas chose facile !

Au fur et à mesure qu'elle s'affirme et se précise, elle se rapproche du but, elle se confond de plus en plus avec lui, sans cesser pour autant d'être un moyen de s'en rapprocher davantage. Plus le moyen se perfectionne, plus il participe au but qui, par principe est supposé parfait. De même que selon la sagesse populaire, " c'est en forgeant qu'on devient forgeron ", c'est en étant libre qu'on apprend à être libre. L'expérience nous apprend que les circonstances dans lesquelles on n'a aucune décision à prendre sont celles qui entraînent le moins de dépense nerveuse. Beaucoup d'hommes ont été amenés à constater que le temps du service militaire avait constitué pour eux une détente dans la mesure où ils se sentaient pris en charge par l'armée et délivrés du souci d'agir par eux-mêmes et de s'occuper de leurs propres intérêts.

C'est la Liberté intérieure qui est le but de l'éducation, parce qu'elle correspond à la santé psychique, au bien-être moral, à un accord de soi avec soi-même. Elle seule répond vraiment à l'aspiration profonde et naturelle de l'homme, toujours en quête de son unité. Nous ne la concevons d'ailleurs pas comme quelque chose de fermé, qui n'aurait aucun rapport avec le monde extérieur, car un tel isolement ferait de l'individu un être incomplet qui, à vrai dire, n'aurait aucune raison d'être, non plus que sa belle liberté dont il n'aurait désormais que faire. Pour que celle-ci ait quelque valeur, il faut au contraire qu'elle soit une réponse au monde extérieur et non une jouissance purement personnelle que les contacts du dehors seraient destinés à ternir. Elle doit nous mettre à l'unisson de la Vie et non nous en retrancher. Comment pourrions-nous être vraiment d'accord avec nous-mêmes en commençant par nous amputer de toutes nos tendances sociales et de notre besoin d'agir ? Loin d'être marquée par l'épanouissement de nos facultés, cette pseudo-liberté correspondrait à une atrophie de notre personnalité. En fait, la liberté, en tant que but de l'évolution humaine, réclame de l'individu deux conditions préliminaires : un accroissement du sens de la Réalité et un accroissement des forces qui permettent d'affronter cette dernière.

La première de ces conditions implique tout d'abord que l'individu ait l'intelligence de ses actes, c'est-à-dire qu'il soit capable de prévoir et de mesurer leurs conséquences. Or, la possibilité de se diriger soi-même comme il faut est un des attributs essentiels de la liberté ; on dit d'un homme qui évolue avec aisance au milieu des obstacles qu'il a une grande liberté de mouvements et cela, non parce qu'il ignore les obstacles, mais parce qu'il sait en tenir compte.

La réalité qu'il faut connaître n'est pas seulement matérielle : elle est aussi psychologique ; il faut se connaître, soi, et connaître les autres, car rien ne peut rendre plus dépendant que l'ignorance des vrais mobiles qui animent les individus. C'est en découvrant le déterminisme physique et en utilisant ses données que l'homme est parvenu à se délivrer de nombreuses servitudes que la Nature lui imposait. De même, la connaissance des déterminismes psychologiques est la seule chance que nous possédions de nous délivrer de leur implacabilité. Il faut avoir conscience de l'interdépendance des êtres, des choses et des actions pour ne pas en être le jouet. Plus notre route sera éclairée, plus il nous sera loisible de choisir notre direction.

La seconde condition de la liberté réside dans l'accroissement de nos forces. Savoir choisir ce qui va dans le sens de sa nature, de son rôle et de sa destinée constitue donc une qualité qui fait partie des conditions de la liberté humaine. Cette faculté de discrimination permet à l'individu de trouver tout de suite un chemin qu'il ne regrettera pas d'avoir pris et qu'il pourra par conséquent suivre d'un bout à l'autre sans se sentir contraint. Les regrets sont en effet des boulets que nous traînons à nos pieds comme un signe de servitude, c'est-à-dire des contradictions qui nous enchaînent.

Pour être libre, il faut que l'homme soit fort, et pour être fort, il faut qu'il soit cohérent sans que cela lui coûte. A ce moment, ses instincts et ses impulsions ne sauraient plus lui faire peur ni par conséquent attenter à sa liberté. Il ne se croira donc pas obligé de les nier ou de les ignorer : il n'aura pas besoin de réclamer des garde-fous, de s'inventer des barrières artificielles. Plus on est fort, moins on a besoin de fortifications. La liberté véritable n'est pas immobilité, mais aisance. Celui qui est vraiment libre dispose de la plénitude de ses facultés parce qu'il peut penser et agir sans éprouver toujours le sentiment qu'il désobéit à une puissance invisible, prête à le rappeler à l'ordre. Il pense, il sent, il juge et il agit librement ; c'est-à-dire en pleine connaissance de cause, sans être retenu ou paralysé par des motifs confus ou inavoués. Son comportement est conforme à son jugement qui est conforme à sa pensée, elle même conforme à ses sentiments.

L'individu libre a droit à se libérer des contraintes étrangères qu'il estime inacceptables ; mais si, par hasard, il se trouve d'un coup débarrassé de ces contraintes sans avoir atteint l'autonomie et la maturité nécessaires, il apparaît comme un petit enfant à qui l'on a donné un jouet magnifique et compliqué, dont il est incapable de se servir. Il possède alors en effet une Liberté sans but et sans raison d'être, qui ne l'empêche pas de souffrir sourdement de sentiments de dépendance, d'autant plus difficiles à supporter qu'il ne peut même pas discerner leur cause exacte ni par conséquent donner un objet à sa révolte.

Il est évident que l'éducateur, en tant que tel, ne peut prétendre modifier directement les conditions que rencontrera l'adolescent dans sa vie d'adulte. Le seul but qu'il puisse s'assigner, c'est la formation du jeune lui-même et par conséquent, sa liberté, dans la mesure où, celle-ci devient synonyme de maturité et correspond au développement équilibré de toutes ses potentialités. Je me suis efforcé, alors que le mot " liberté " demeure confusionnel, de ramener le débat, d'une part à une technique éducative, d'autre part à un problème plus vaste qui touche au sens même de l'éducation et, peut-être un peu, de la Vie. Disons même que c'est à partir du moment où nous avons conquis cette liberté qu'il nous devient possible de faire vraiment quelque chose de notre existence. L'adolescent doit devenir cet adulte qui assume sa propre destinée, celui à qui revient la responsabilité de ses actes et qui doit subir leurs conséquences dont personne ne cherche plus à le préserver. Une telle adaptation de soi à soi-même, si elle répond à la définition de la liberté humaine, répond aussi à la définition sans doute plus valable du Bonheur.

Bruno LEROY.

Éducateur de Rue.

10:40 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

07/07/2005

L'IMPOSTURE DE LA PSYCHANALYSE.

La psychanalyse mérite doublement le qualificatif d'imposture, premièrement parce qu'elle fait semblant d'avoir découvert des faits qui étaient connus de tout temps et ne pouvaient pas ne pas l'être, et deuxièmement et surtout parce qu'elle s'attribue des fonctions en fait spirituelles et se pose pratiquement en religion.

Il arrive que l'homme commette habituellement et aveuglément des erreurs qui se répètent automatiquement, il le fait parce qu'il porte en lui-même, dans son subconscient, des erreurs à base d'amour-propre ou des traumatismes ; or pour se guérir l'homme doit détecter ces complexes et les traduire en formules claires, il doit donc devenir conscient des erreurs subconscientes et les neutraliser au moyen d'affirmations opposées ; s'il y parvient, ses vertus seront d'autant plus lucides. C'est en ce sens que Lao-Tseu a dit : « Sentir une maladie c'est ne plus l'avoir ».

Ce qui est nouveau dans la psychanalyse et qui en fait la sinistre originalité, c'est le parti pris de réduire tout réflexe ou toute disposition de l'âme à des causes mesquines et d'exclure les facteurs spirituels, d'où la tendance bien notoire de voir de la santé dans ce qui est plat et vulgaire, et de la névrose dans ce qui est noble et profond.

L'homme ne peut échapper ici-bas aux épreuves et aux tentations, la psychanalyse au lieu de lui permettre de tirer le meilleur parti de son déséquilibre naturel et en un sens providentiel - et le meilleur parti est ce qui profite à nos fin dernières - tend au contraire à réduire l'homme à un équilibre amorphe, un peu comme si on voulait éviter à un jeune oiseau les angoisses de l'apprentissage en lui coupant les ailes. Analogiquement parlant, quand un homme s'inquiète d'une inondation et cherche le moyen de lui échapper, la psychanalyse dissoudra l'inquiétude et laissera le patient se noyer ; ou encore, au lieu d'abolir le péché, elle abolira la mauvaise conscience, ce qui permet d'aller sereinement en enfer. Ce n'est pas à dire qu'il n'arrive jamais qu'un psychanalyste découvre et dissolve un complexe dangereux sans pour autant ruiner le patient ; mais c'est du principe qu'il s'agit ici, dont les périls et les erreurs l'emportent sur les avantages aléatoires et les vérités fragmentaires.

Le crime spirituel et social de la psychanalyse est donc d'usurper la place de la religion ou de la sagesse qui est celle de Dieu, et d'éliminer de ses procédés toute considération de nos fins dernières; c'est comme si ne pouvant combattre Dieu, on s'en prenait à l'âme humaine qui lui appartient et lui est destinée, en avilissant l'image divine à défaut du Prototype.

A cause de la moindre dépression causée soit par une ambiance trop trépidante, soit par un genre de vie par trop contraire au bon sens, on court chez le psychiatre dont le travail consistera ou à vous conseiller quelque péché libérateur. On ne semble pas se douter un instant qu'il n' y a qu'un seul équilibre, celui qui nous fixe en notre centre réel et en Dieu.

«Connais-toi toi-même » (Hellénisme) dit la Tradition, et aussi : « Qui connaît son âme, connaît son Seigneur » (Islam). Le modèle traditionnel de ce que devrait être, ou prétend être, la psychanalyse, est la science des vertus et des vices ; la vertu fondamentale est la sincérité, laquelle coïncide avec l'humilité, celui qui plonge dans l'âme la sonde de la vérité et de la rectitude, arrive à détecter les noeuds les plus subtils de l'inconscient. Il est inutile de vouloir guérir l'âme sans guérir l'esprit : ce qui importe donc en premier lieu, c'est de débarrasser l'intelligence des erreurs qui la pervertissent, et de créer ainsi une base en vue du retour de l'âme à l'équilibre, non à n'importe quel équilibre, mais à celui dont elle porte le principe en elle-même.

Pour Saint Bernard, l'âme passionnelle est « chose méprisable » et Maître Eckhart nous enjoint de la « haïr ». Cela signifie que le grand remède à toutes nos misères intérieures est l'objectivité vis-à-vis de nous-mêmes ; or la source, ou le point de départ, de cette objectivité se situe au-delà de nous-mêmes, en Dieu.
Ce qui est en Dieu se mire du même coup en notre propre centre transpersonnel, lequel est le pur Intellect ; c'est dire que la Vérité qui nous sauve fait partie de notre substance la plus intime et la plus réelle. L'erreur ou l'impiété, c'est le refus d'être ce que l'on est.

BRUNO LEROY.

10:53 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

26/06/2005

LE STRESS...

Omniprésent dans notre vie quotidienne, le stress est une réaction normale de l'organisme pour s'adapter aux changements de l'environnement.

Stress, anxiété ou dépression
De l'un à l'autre, il n'y a parfois qu'un pas... mais il est important de les distinguer. A la différence du stress qui n'est pas vraiment une maladie, l'anxiété et plus encore la dépression sont de véritables pathologies. Le simple stress se manifeste en présence des "stresseurs", mais disparaît à distance de ceux-là. Ainsi, une personne stressée par son travail se sent mieux le week-end ou en vacances. L'anxiété, elle, a tendance à persister même lorsque les "stresseurs" ont disparu. Ainsi, le sujet continue à se tracasser pour son travail le dimanche ou pendant ses congés. Enfin, dans une dépression ces symptômes sont encore plus marqués. Surtout, à la différence du stress ou de l'anxiété, phases où le sujet lutte et reste actif, le dépressif ralentit son activité. Il renonce aux efforts et se désintéresse de tout.

Le stress professionnel
Selon une étude du Bureau international du travail, le stress professionnel est en constante augmentation. Il n'augmente pas forcément avec le niveau hiérarchique, les cadres seraient même plutôt moins stressés que les salariés de base, et ce parce qu'ils sont relativement maîtres de la gestion de leurs tâches. Le pire cocktail générateur de stress est en effet l'association d'une forte pression et d'une faible marge de manoeuvre. Les autres facteurs de stress sont bien connus : surcharge de travail en temps limité ou au contraire sous-charge ("mise au placard") ; gravité des éventuelles erreurs, ambiguïté de la tâche ; sur- ou sous-qualification ; situation d'incertitude ou de conflit ; frustration ; pénibilité...

Les causes de stress professionnel (d'après un sondage CSA)
Une charge de travail trop lourde : 48 %
Des délais ou consignes difficiles à respecter et les exigences des clients : 43 %
Les postures physiques et les manipulations fatigantes : 39 %
Les cadences de travail trop rapides : 38 %

Des risques pour l'organisme
Si le stress n'est pas en lui-même pathologique, des stress intenses, multiples et répétés peuvent être l'un des (nombreux) facteurs conduisant à une affection chronique :
- Maladies cardiovasculaires.
- Cancers
- Maladies digestives.
Le stress a un rôle non négligeable dans l'évolution de multiples affections, asthme et allergies, pelade, urticaire, eczéma, migraines...

La prise en chargeApprendre à mieux maîtriser son temps, améliorer son hygiène de vie..., cette attitude de bon sens peut suffire. La relaxation permet de mieux contrôler son stress, en inversant les réactions désagréables qu'il engendre. Certains médicaments peuvent être utiles pour passer un cap.

A faire :
Enrichir l'alimentation en aliments réduisant le risque de maladies cardiovasculaires et de cancers : fibres, poissons, huiles végétales et oléagineux, glucides complexes (lentilles, haricots, pois, pâtes, riz complet, pain...).

. Limiter la consommation de café à trois tasses par jour. La caféine, que l'on trouve aussi (mais en moindre quantité) dans le thé, le chocolat, des boissons gazeuses et certains médicaments, est le plus utilisé des excitants. Mais gare à l'accoutumance et au syndrome de manque.

A ne pas faire :
Consommer sans modération des aliments néfastes pour le système cardiovasculaire : charcuterie, viandes grasses, sauces, pâtisseries et sucres simples...

. Augmenter sa consommation de tabac et d'alcool parallèlement à son niveau de stress.

TESTEZ-VOUS
Si vous présentez quatre ou plus des symptômes énumérés ci-dessous, vous êtes probablement stressé(e).

- Manque d'enthousiasme
- Difficultés de concentration
- Sensation d'être noyé(e) dans le travail et la vie quotidienne
- Irritabilité - Incapacité à se confier
- Difficulté à s'endormir
- Fatigue permanente
- Douleurs musculaires
- Migraines - Tics nerveux
- Augmentation de la consommation de tabac et d'alcool
- Grignotage incessant
- Agressivité au volant...

Le stress peut-il être bénéfique ?
Oui, car il peut pousser l'individu à donner le meilleur de lui-même. Mais attention, entre stress et performance, tout est une question d'équilibre. Et celui-ci dépend du type de tâche à accomplir. Des chercheurs ont montré que plus elle est difficile, moins il faut être stressé pour être performant. Et vice versa.

( synthèse de recherches pharmaceutiques ).

20:55 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

09/06/2005

LE MONDE DE LA MARGINALISATION.

Le monde de la marginalisation présente une grande hétérogénéité : on peut parler de " classe sociale " , de " problématique commune ", car leur seul trait commun c'est d'avoir raté le puissant TGV de l'histoire contemporaine. Le monde des marginaux se montre silencieux et passé sous silence. Eux ne parlent pas et on ne parle pas d'eux. Ils n'ont pas de porte-parole, syndicats, associations...et ils sont hors la loi. Nombreux sont ceux qui savent que s'ils se plaignent de leur situation, celle-ci sera encore pire qu'avant, car la plupart du temps ils n'ont pas de papiers, pas de carte de séjour ; ils sont travailleurs clandestins, vivent dans des pensions qui ne répondent pas aux normes légales et n'envoient pas leurs enfants à l'école, alors que celle-ci est obligatoire. Ils préfèrent se taire. Et la société préfère ne pas en parler, bien que, on prenne peu à peu conscience du problème. A ce propos, le silence renouvelé des médias est particulièrement significatif, car il n'est rompu que ponctuellement, à l'occasion des sujets d'actualité brûlants comme les mutineries dans les prisons, les manifestations contre la drogue ou les agressions " skin heads " sur des " errants ", les violences dans les banlieues, les conséquences du froid de l'hiver...Parfois, ces mêmes médias abordent le problème avec un courage et une clarté dignes d'éloge ; d'autres fois, au contraire, ils manipulent l'information de façon flagrante, comme l'expliquent certains de ceux qui sont plongés dans cette réalité de la marginalisation.

De toute façon, c'est le silence qui domine et il n'est pas difficile de deviner quelle en est la raison : nous dissimulons là notre sentiment de culpabilité collective. Nous nous taisons parce qu'au fond nous savons que nous sommes coresponsables de ce drame.

Ce qui étonne, c'est que la marginalisation soit exclusivement un phénomène urbain. Peut-être n'y a-t-il pas de marginaux dans le monde rural ? Le marginal type recherche l'anonymat. Il ne veut pas qu'on le reconnaisse en public, que l'on sache qu'il a plongé dans cette situation de précarité. C'est pour cela qu'il recherche le lieu de l'anonymat par excellence, à savoir la grande ville moderne, cet endroit où quelqu'un peut vivre misérablement sans que personne lui demande : " Qui es-tu ? ", " Que t'arrive-t-il ? ". Aussi, bien-sûr, la campagne génère-t-elle également des marginaux, des vieillards pauvres, des malades mentaux..., mais le mendiant de la campagne, qui a un nom bien à lui et qui est connu par tous ceux du village s'enfuit en ville et là se perd dans l'anonymat. Celui qui dans son village était " Jean " ou " Pierre ", en ville ne sera plus qu'un clochard parmi d'autres.

Les personnes marginalisées semblent n'avoir qu'un présent. Pas de souvenirs. Pas d'avenir. Elles ne vivent que le moment présent. Et, dans le présent, elles vivent et c'est tout. Tout tend à montrer qu'elles ont perdu le sens de l'histoire. Et c'est ce qui désarme tous ceux qui les approchent : comment se peut-il qu'elles ne veuillent pas se souvenir d'où elles viennent, et qu'elles semblent ne rien attendre du lendemain ?.

Cette constatation doit être nuancée, car il arrive qu'on rencontre des gens qui, vivant en marge de la société, aiment à raconter leur vie ; toutefois ils ne sortent pas de cet état, de ce récit répétitif. Ce souvenir du passé ne les conduit pas à avoir conscience d'une possibilité de changement, d'un espoir d'avenir, d'un sens du devenir. Quand le souvenir existe, c'est un souvenir sans histoire.

Dans la plupart des cas, nous nous trouvons confrontés à une misère sans retour, et c'est l'un des traits qui décourage le plus les travailleurs sociaux. De nombreux sujets sont définitivement cassés, déstructurés, brisés au plus profond de leur être psychologique et social. La moindre solution, le moindre projet de changement, la moindre somme d'argent, tout cela arrive trop tard. Les personnes vivent dans un état de coma social, de coma dépassé. Parfois cette situation sans espoir de retour intervient sous la forme d'un retour à la case départ. Après avoir lutté pendant des années pour que quelqu'un s'en sorte, le travailleur social a l'impression d'avoir obtenu un certain résultat : une femme se libère de l'esclavage de la prostitution, un homme arrête de boire, des enfants vont régulièrement à l'école. Et pourtant le travail de plusieurs années peut être anéanti en un après-midi : la femme s'est à nouveau prostituée, l' homme, ivre, est affalé dans la rue, et les enfants ont disparus de l'école, peut-être de la maison.

La nouvelle pauvreté est en effet bien différente des pauvretés précédentes. Le processus est complexe. Selon la capacité de ressort et d'initiative de l'individu, la personne peut se réinsérer ou au contraire tomber dans le cercle de l'exclusion. En marge, à l'extérieur de la société active, il n'a plus prise sur son propre destin, il devient, objet, victime. Une telle situation invite à l'action, mais en dehors des nouveaux paternalismes qui voudraient répondre trop vite à ces problèmes particuliers de la marginalisation. Le sujet qui veut aider est lui-même remis en question très radicalement par la présence qu'il peut avoir auprès de l'exclu. La solution aux problèmes qu'il affronte dépasse toutes les méthodes économiques ou sociales traditionnelles. Il doit entrer à son tour dans une nouvelle présence et une nouvelle patience pleine d'Espérance et de compétences afin d'appréhender les problématiques des marginaux avec une imagination dont seul, l' Amour du prochain brisera les vieux schémas éducatifs, inculqués jusqu'à ce jour. Le travailleur social ne doit nullement regarder les résultats en termes de réussites mais, de présence jusqu'au-boutiste auprès de ceux que note société d'opulence rejettent. Ce doit être la vocation de tout éducateur et c'est la mienne vécue au quotidien qui me permet d'écrire ces mots. Je ne suis guère unique dans cette démarche, il nous suffit de regarder Guy Gilbert et ses Loubards, pour s'en convaincre. Les militants sociaux qui désirent accompagner les blessés de la Vie, se doivent de ne jamais baisser les bras face aux récidives multiples qu'ils doivent accueillir comme des tremplins vers des réussites possibles et non se confiner dans l'échec. Les marginaux ont besoin d'hommes et de femmes qui se dressent pour changer les paradigmes de notre société dont les valeurs d'aujourd'hui sont orientées vers la richesse, la puissance, la jeunesse et l'intelligence.

© BRUNO LEROY.

18:20 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

04/06/2005

L'AUTONOMIE PAR UNE COHÉRENCE DE VIE.

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L'acquisition de l'autonomie n'est pas une tâche aisée. Peut-être encore moins dans une société où la prolongation des études, l'absence d'autonomie financière et la prolifération du chômage poussent de plus en plus de jeunes vers la marginalisation. Les conditions socio-économiques ne suffisent cependant pas à expliquer pourquoi certains jeunes n'accèdent pas à l'autonomie. Encore faut-il considérer le type de famille dans laquelle ils évoluent.

Chaque famille, chaque couple entretient des inquiétudes quant à sa survie. L'adolescent, de son côté, a besoin de la survie de la famille pour se développer au plan physique, mais aussi au plan affectif. Il a besoin de sa famille pour maîtriser son environnement et préparer son avenir. D'où l'inquiétude de perdre un membre de la famille, ou d'y perdre sa place. Inquiétude vécue non seulement par chacun des enfants, mais aussi parfois par chacun des conjoints. Dans ce contexte, tout comportement ou attitude qui risque d'être perçu comme une menace pour la famille devra être évité.

Cette inquiétude repose au fond sur une illusion : si la famille change ou évolue, chacun risque de ne pas survivre psychologiquement. D'où la nécessité de répéter sans cesse les mêmes comportements, plutôt que d'investir dans la croissance et la quête de l'autonomie. Une famille devient moins fonctionnelle quand ses membres considèrent leurs efforts vers l'autonomie comme une menace à la survie de l'unité familiale plutôt que comme un processus de croissance.

L'acquisition de l'autonomie n'est jamais une tâche facile !

Elle se fait toutefois plus aisément si, dans la famille, chacun cesse de dépendre de l'autre pour sa survie. A l'encontre du mythe entretenu dans certaines familles, mythe selon lequel leurs membres doivent maintenir leurs schèmes relationnels familiers actuels afin de survivre psychologiquement. Chacun porte la responsabilité de sa croissance, avec ses désirs et ses limites, et s'enrichit à partir de l'autre. Une relation conjugale saine, une famille épanouie ne résulteront jamais de la fusion de deux ou quatre individualités en une seule, mais de l'épanouissement de personnes qui évoluent ensemble.

Entouré d'adultes cohérents dans leur vie personnelle, le jeune pourra plus facilement poursuivre son cheminement vers l'autonomie. Cette autonomie qui permet de contrôler adéquatement son environnement, de réaliser l'unité de sa personne, de se percevoir correctement dans le monde qui l'entoure, de faire arriver dans sa vie les événements qu'il souhaite plutôt que de simplement réagir à ceux qui se préparent.

Même si, dans son enfance, un jeune a subi de mauvais traitements ou a été l'objet d'agression ou d'exploitation, parvenu à l'âge adulte, il garde toujours la possibilité de poser certains choix à partir desquels il peut rebâtir sa vie. Mais cela ne se fera pas sans aide. Et l'aide disponible pour ces jeunes, une aide sans complaisance mais aussi non menaçante, demeure difficile à trouver dans un contexte où les services sociaux sont surchargés. Mais, bon nombre de jeunes arrivent rapidement à prendre leur vie en main avec, un minimum d'aide.

A travers différentes étapes, un adolescent arrive à se définir aux plans sexuel, social et professionnel, en référence à certains modèles qu'il choisit. En référence à d'autres jeunes de son âge avec qui il entre en relation. A partir de cette identité qu'il arrive à se reconnaître, le jeune peut entreprendre une carrière, choisir un ou une partenaire, fonder un foyer, vivre sa vie, sans se laisser arrêter par les blessures du passé ou les aspects les plus douloureux de son expérience antérieure. Entourés d'adultes engagés au plan social et communautaire, les jeunes pourront apporter une contribution dynamique et enthousiaste à la construction de communautés humaines et fraternelles dont nous tous, jeunes et adultes, avons tant besoin.

Les difficultés rencontrées par les jeunes renvoient les adultes à la cohérence de leurs valeurs vécues, au-delà de celles énoncées verbalement, et les appellent à une plus grande authenticité. Dans la vie des adultes, quelle place concrète est faite à la solidarité et au partage, plutôt qu'à l'argent et au pouvoir que celui-ci procure ? Quelle place est faite au respect de la vie, mais aussi l'aide apportée aux familles monoparentales, sans parler de la tolérance affichée face aux marchands de canons qui s'installent parfois à nos portes ? Les exemples d'une cohérence à redécouvrir et à mieux incarner dans la vie de chaque jour pourraient ainsi se multiplier.

Interrogés par les jeunes sur la cohérence de leurs valeurs, les adultes sont aussi remis en question dans la cohérence de leur vie affective. Il arrive parfois que les adolescents soient l'enjeu des désirs contradictoires des adultes qui les entourent. Il arrive que les jeunes cristallisent les différences non assumées dans le couple et en incarnent les nombreux malentendus. La cohérence de la vie affective implique que chacun se situe face à lui-même et face à son conjoint, assumant ses attentes et ses frustrations, sans rendre les jeunes responsables des tensions vécues à l'intérieur du couple. Cohérence aussi d'une sexualité équilibrée et épanouie qui intègre la communion et le plaisir sans le dissocier l'un de l'autre, sans nier l'un au profit de l'autre...

Il existe des comportements incontournables qui rejoignent ce que j'appelle ici des adultes cohérents : mieux entendre le besoin de sécurité des jeunes, mériter leur confiance, leur permettre de rencontrer de vrais adultes, répondre à leurs besoins de modèles, les responsabiliser et leur donner à entendre des pensées et des convictions cohérentes. Un éducateur tel que Guy Gilbert incarne bien cette cohérence de convictions vécues au quotidien et cela fait sa crédibilité face aux jeunes dont il a la charge mais aussi, face au monde entier car ses valeurs ne sont pas de surface, elles jaillissent de son être profond. Nous devrions tous acquérir cette autonomie d'adulte par une cohérence de vie et devenir contagieux auprès de tout être rencontré afin de prouver aux jeunes qu'une existence autonome est viable quand un homme parvient à un sens supérieur des responsabilités, lorsqu'il cultive, telles de splendides fleurs, la beauté de ses valeurs intérieures qui le laissent debout en toutes circonstances.

© BRUNO LEROY.

23:15 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

06/05/2005

LA MALTRAITANCE DES ENFANTS.


Il y a des parents qui ont l'apparence de la normalité et se cachent derrière. Ce sont par exemple d'anciens enfants maltraités. Par nature, dans la plupart des cas, ils montrent peu d'affects, une rigidité affective avec des traits de comportement obsessionnel. Ces parents ont une forte emprise sur l'enfant et une mauvaise image d'eux-mêmes, liée à un passé de frustration et de carences profondes. Ils montrent une grande intolérance à la frustration et vivent souvent repliés sur eux-mêmes, isolés et sans amis.

C'est à la naissance de l'enfant que ressurgit ce passé: ils peuvent s'identifier à de bonnes images parentales. Si la grossesse est désirée, l'enfant est investi d'un pouvoir de réparation, il doit combler le vide, le manque d'amour des parents. Dans ce contexte, le moindre problème vécu par l'enfant est vécu comme une persécution: il le fait exprès ! En fait, ils se sentent mauvais et projettent cela sur l'enfant: c'est lui qui est mauvais. L'enfant devient ainsi l'image vivante et permanente de leur échec et les mauvais traitements servent à faire disparaître cette image.

Derrière cette apparence de normalité, il y a aussi les paranoïaques pour lesquels l'enfant devient l'objet de leur "toute-puissance" destructrice, et les pervers qui trouvent leur jouissance dans la souffrance de l'autre.

Il y a encore "les cas sociaux" , familles chaotiques à problèmes multiples. Souvent isolés de leur famille jeunes, ils ne peuvent se projeter dans l'avenir. Les grossesses ne sont pas désirées et l'enfant doit ici aussi combler un vide. On rêve que lorsqu'il sera là, tout ira mieux ; quand il arrive, c'est une bouche de plus à nourrir.

L'enfant peut être marqué dès le départ: enfant adultérin ou handicapé, hyper-investi par la mère. Le père ne le supporte pas. S'il a une petite malformation, cela peut paraître énorme à certains parents. Ces enfants vivent ce petit handicap comme la preuve de leur incapacité à faire quoi que ce soit de bon ! Ce peut être un enfant issu d'une première union, un enfant de remplacement arrivant après un deuil ou un enfant ressemblant à quelqu'un que l'on tait.

Nous sommes tous responsables de la maltraitance de ces enfants. Les bribes psychopathologiques que je viens d'évoquer et qui sont les plus représentatives doivent être traitées à la racine puisque nous en connaissons désormais les causes. Pourquoi tant de silence face à ces situations de violences sur enfants ? Il faut ajouter les violences par "omission" ; carences qui peuvent être responsables de dénutrition, voire de morts d'enfants ; carences affectives qui peuvent avoir des répercussions dramatiques ( hospitalisme ) ; mauvais traitements psychologiques tels que sadisme verbal, humiliation, dévalorisation, exigences éducatives inadaptées à l'âge de l'enfant, rejet, mise à l'écart...

Lorsque nous sommes témoins de tels manques destructeurs, nous devons nous sentir concernés et mettre en accusation les personnes pratiquant de tels sévices. Il ne s'agit nullement de juger les humains qui projettent leurs propres souffrances mais, de venir en aide à toute une famille qui ne sait pas ou plus où sont ses repères. Notre conscience sociale exige que la majorité ne se taise plus par souci de tranquillité.

Les enfants du présent sont la société du futur proche. Il nous suffit de parler de ces actes moralement réprobateurs pour que des psychologues ou des éducateurs soient nommés par un juge afin de mettre en place une rupture de ces schémas aliénants et qui risquent de se répercuter dans l'avenir. Les enfants maltraités ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas coupables des gestes de leurs proches car, souvent ils s'imaginent que les violences commises ne sont que des sanctions de leurs comportements atypiques. Seule, une rupture définitive du silence leur fera comprendre qu'ils existent aux yeux de la société et que leur vie n'est pas un désert mortifère. Il en va de notre volonté de changer le devenir de l'humanité.

BRUNO LEROY.
Intervenant-éducatif.

11:35 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

19/04/2005

THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION.


Le drapeau de la théologie de la libération continue à flotter au vent de l'histoire.

Il signale que pour l'histoire de la Foi s'ouvre aujourd'hui la troisième grande époque, celle de la construction.

En effet, la Foi a déjà exercé par le passé une fonction de contestation : aux premiers siècles du christianisme, au temps de l' Église des Apôtres, des martyrs et des vierges. Ensuite, avec l'entrée dans la grande période constantinienne, la foi a joué un rôle de conservation de l'ordre social, consacrant le statu quo et acceptant de collaborer avec les pouvoirs de ce monde.

Aujourd'hui, la Foi assume avec décision une fonction de construction : elle conteste l'ordre établi, et par là elle se rapproche de l'Église primitive, mais en allant au-delà, c'est-à-dire en exerçant sa responsabilité historique pour conformer la société à l'utopie du Royaume.

Par conséquent, la théologie de la libération manifeste son impatience et lutte pour une société nouvelle dès maintenant en ce monde : pour une société alternative à la société capitaliste, mais réellement alternative, et qui aille donc bien au-delà des socialismes existants, mais dans le sens de leurs projets et de leurs potentialités intrinsèques, car ceux-ci trouvent une profonde résonance dans la tradition de la Foi.

La théologie de la libération a l'intuition que, la Foi ne peut perdre sa chance de dire une parole nouvelle dans l'histoire ; elle ne peut pas retomber dans les sentiers déjà battus par les sociétés et dont on sait où ils mènent.

A partir de l'utopie absolue du royaume, la Foi peut contribuer à indiquer des chemins nouveaux vers une société nouvelle, une société alternative au capitalisme et alternative de socialisme, une société plus accomplie et plus humaine, société libre et libérée, en un mot, une société d'hommes libérés.

Tentons de définir les traits fondamentaux de ceux qui sont dès maintenant à l'œuvre pour faire progresser le rêve de cette société d'hommes libérés :

a) Homme solidaire :

Exactement comme le bon Samaritain penché sur le voyageur tombé, pour que tous deux ensuite se relèvent ensemble. Il n'est pas de lutte de libération qui ne soit aussi sa lutte, car il est attentif aux formes les plus diverses de soutien et même d'identification, il en accepte toutes les conséquences, parfois très lourdes, qui peuvent en découler.

b) Homme prophétique :

Doué d'un esprit critique lucide, il dénonce les mécanismes créateurs d'oppression, il détecte les intérêts secrets qui se cachent derrière les projets des groupes dominants, il annonce en parole et en pratique l'idéal d'une société de frères et d'égaux, et ne négocie jamais avec la vérité.

c) Homme engagé :

C'est l'action inspirée par une droite compréhension qui transforme la réalité. Voilà pourquoi l'engagement auprès des opprimés pour leur libération n'est digne de ce nom que lorsqu'il se concrétise dans un cheminement aux côtés de ceux qui partagent le même rêve, y appliquent toute leur énergie et y dépensent leur Vie avec générosité.

d) Homme Libre :

Il cherche à se libérer des schémas et des illusions imposés par le système, afin d'être libre pour créer avec les autres des façons plus appropriées de vivre, de travailler, d'être chrétien ; il s'efforce d'être libre de lui-même afin d'être plus libre et plus disponible pour les autres, et même disposé à mourir en témoignage pour la justice de ce Royaume de Dieu qui envahit l'histoire dans la noble lutte des opprimés pour leur dignité et le droit à la Vie.

e) Homme jovial :

Se définir clairement en faveur des pauvres et pour leur libération soulève des conflits. L'effort pour réaliser l'avènement évangélique en soi-même, dans les structures de la société et à l'intérieur de l'Église engendre fréquemment des tensions et de douloureuses ruptures. Assumer avec jovialité de telles situations, comme prix à payer pour la libération intégrale, constitue un signe de maturité et une caractéristique de l'esprit des béatitudes, ainsi que le montrent tant et tant de chrétiens engagés avec le peuple.

f) Homme contemplatif :

Malgré la lutte, il ne perd pas le sens de la gratuité, de la valeur propre attachée à chaque dimension de la vie humaine, l'amour, la fête, la célébration et les relations fraternelles. Tout comme jésus, il sait se recueillir, le cœur dépouillé, pour prier ; il sait contempler la présence de Dieu dans l'histoire des hommes, en particulier dans les luttes et les résistances des humbles. Il apprécie autant la tendresse d'un enfant que le courage d'un militant, et sait se montrer magnanime, sans servilité, devant ses adversaires.

g) Homme utopique :

Il ne se repose pas dans les succès, il ne perd pas courage dans les revers. Il traduit l'Espérance eschatologique du Royaume de Dieu en espérances historiques dans son environnement personnel, social, dans le monde de la santé, du travail, de la culture. La "petite utopie", voir le monde manger au moins une fois par jour, la " grande utopie ", une société sans exploitation et fondée sur la participation de tous, et finalement " l'utopie absolue ", la communion avec Dieu dans une création totalement rachetée, habitent le cœur de celui qui s'engage pour une libération intégrale.

La libération sociale ne peut s'établir sur terre que si les hommes, imprégnés de Foi et de passion pour l'Évangile, unis à tous les assoiffés et affamés de justice, en ont auparavant créé les dispositions humaines et préparé les conditions matérielles. Alors seulement la terre ne sera pas une autre terre et le ciel un autre ciel, mais plutôt un ciel nouveau et une terre nouvelle. L'ancien avec ses oppressions aura passé. Le nouveau sera don de Dieu et conquête de l'effort humain. On verra continuer dans l'éternité ce qui aura commencé dans l'histoire : le Royaume des hommes libérés, frères et sœurs, dans la grande maison du Père.

Bruno LEROY.

12:00 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

16/03/2005

UNE ÉDUCATION DE LIBERTÉ RESPONSABLE.

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La liberté en tant que moyen pédagogique ou thérapeutique, est la somme des permissions accordées par l'entourage; la liberté en tant que but, est un état que l'on réalise à l'intérieur de soi-même et qui correspond à l'épanouissement de la personne tout entière par un développement harmonieux de toutes ses facultés.
Il est aisé de comprendre que les permissions, données judicieusement, favorisent un exercice naturel des facultés et par suite leur développement. C'est dans un climat ouvert et confiant que l'être peut s'épanouir. Assurément, il est des permissions qui n'engagent guère la responsabilité de ceux à qui elles sont accordées: on peut ainsi permettre de lire un livre, de faire une excursion, d'assister à un spectacle.

L'éducateur en conserve toujours la responsabilité ; ce sont des permissions limitées à une circonstance: on pourrait dire que ce sont des levées d'interdiction et rien de plus. La vraie permission est celle qui donne le droit de choisir, et peut-être même qui met l'individu en demeure de faire un choix: ce n'est plus simplement une sorte de cadeau qu'on accorde à l'adolescent parce qu'il a été bien sage ou parce qu'on a envie de lui faire plaisir: c'est une initiative qu'on lui laisse et par conséquent une responsabilité dont on le charge. La liberté ainsi comprise n'est donc pas chose facile! Au fur et à mesure qu'elle s'affirme et se précise, elle se rapproche du but, elle se confond de plus en plus avec lui, sans cesser pour autant d'être un moyen de s'en rapprocher davantage. Plus le moyen se perfectionne, plus il participe au but qui, par principe est supposé parfait. De même que selon la sagesse populaire, "c'est en forgeant qu'on devient forgeron", c'est en étant libre qu'on apprend à être libre. L'expérience nous apprend que les circonstances dans lesquelles on n'a aucune décision à prendre sont celles qui entraînent le moins de dépense nerveuse.

Beaucoup d'hommes ont été amenés à constater que le temps du service militaire avait constitué pour eux une détente dans la mesure où ils se sentaient pris en charge par l'armée et délivrés du souci d'agir par eux-mêmes et de s'occuper de leurs propres intérêt. C'est la Liberté intérieure qui est le but de l'éducation, parce qu'elle correspond à la santé psychique, au bien-être moral, à un accord de soi avec soi-même. Elle seule répond vraiment à l'aspiration profonde et naturelle de l'homme, toujours en quête de son unité. Nous ne la concevons d'ailleurs pas comme quelque chose de fermé, qui n'aurait aucun rapport avec le monde extérieur, car un tel isolement ferait de l'individu un être incomplet qui, à vrai dire, n'aurait aucune raison d'être, non plus que sa belle liberté dont il n'aurait désormais que faire. Pour que celle-ci ait quelque valeur, il faut au contraire qu'elle soit une réponse au monde extérieur et non une jouissance purement personnelle que les contacts du dehors seraient destinés à ternir.

Elle doit nous mettre à l'unisson de la Vie et non nous en retrancher. Comment pourrions-nous être vraiment d'accord avec nous-mêmes en commençant par nous amputer de toutes nos tendances sociales et de notre besoin d'agir? Loin d'être marquée par l'épanouissement de nos facultés, cette pseudo liberté correspondrait à une atrophie de notre personnalité. En fait, la liberté, en tant que but de l'évolution humaine, réclame de l'individu deux conditions préliminaires: un accroissement du sens de la Réalité et un accroissement des forces qui permettent d'affronter cette dernière.

La première de ces conditions implique tout d'abord que l'individu ait l'intelligence de ses actes, c'est-à-dire qu'il soit capable de prévoir et de mesurer leurs conséquences. Or, la possibilité de se diriger soi-même comme il faut est un des attributs essentiels de la liberté ; on dit d'un homme qui évolue avec aisance au milieu des obstacles qu'il a une grande liberté de mouvements et cela, non parce qu'il ignore les obstacles, mais parce qu'il sait en tenir compte.

La réalité qu'il faut connaître n'est pas seulement matérielle: elle est aussi psychologique ; il faut se connaître, soi, et connaître les autres, car rien ne peut rendre plus dépendant que l'ignorance des vrais mobiles qui animent les individus. C'est en découvrant le déterminisme physique et en utilisant ses données que l'homme est parvenu à se délivrer de nombreuses servitudes que la Nature lui imposait.

De même, la connaissance des déterminismes psychologiques est la seule chance que nous possédions de nous délivrer de leur implacabilité. Il faut avoir conscience de l'interdépendance des êtres, des choses et des actions pour ne pas en être le jouet. Plus notre route sera éclairée, plus il nous sera loisible de choisir notre direction. La seconde condition de la liberté réside dans l'accroissement de nos forces. Savoir choisir ce qui va dans le sens de sa nature, de son rôle et de sa destinée constitue donc une qualité qui fait partie des conditions de la liberté humaine. Cette faculté de discrimination permet à l'individu de trouver tout de suite un chemin qu'il ne regrettera pas d'avoir pris et qu'il pourra par conséquent suivre d'un bout à l'autre sans se sentir contraint. Les regrets sont en effet des boulets que nous traînons à nos pieds comme un signe de servitude, c'est-à-dire des contradictions qui nous enchaînent.

Pour être libre, il faut que l'homme soit fort, et pour être fort, il faut qu'il soit cohérent sans que cela lui coûte. A ce moment, ses instincts et ses impulsions ne sauraient plus lui faire peur ni par conséquent attenter à sa liberté. Il ne se croira donc pas obligé de les nier ou de les ignorer: il n'aura pas besoin de réclamer des garde-fous, de s'inventer des barrières artificielles. Plus on est fort, moins on a besoin de fortifications. La liberté véritable n'est pas immobilité, mais aisance. Celui qui est vraiment libre dispose de la plénitude de ses facultés parce qu'il peut penser et agir sans éprouver toujours le sentiment qu'il désobéit à une puissance invisible, prête à le rappeler à l'ordre. Il pense, il sent, il juge et il agit librement ; c'est-à-dire en pleine connaissance de cause, sans être retenu ou paralysé par des motifs confus ou inavoués. Son comportement est conforme à son jugement qui est conforme à sa pensée, elle même conforme à ses sentiments.

L'individu libre a droit à se libérer des contraintes étrangères qu'il estime inacceptables ; mais si, par hasard, il se trouve d'un coup débarrassé de ces contraintes sans avoir atteint l'autonomie et la maturité nécessaires, il apparaît comme un petit enfant à qui l'on a donné un jouet magnifique et compliqué, dont il est incapable de se servir. Il possède alors en effet une Liberté sans but et sans raison d'être, qui ne l'empêche pas de souffrir sourdement de sentiments de dépendance, d'autant plus difficiles à supporter qu'il ne peut même pas discerner leur cause exacte ni par conséquent donner un objet à sa révolte.

Il est évident que l'éducateur, en tant que tel, ne peut prétendre modifier directement les conditions que rencontrera l'adolescent dans sa vie d'adulte. Le seul but qu'il puisse s'assigner, c'est la formation du jeune lui-même et par conséquent, sa liberté, dans la mesure où, celle-ci devient synonyme de maturité et correspond au développement équilibré de toutes ses potentialités. Je me suis efforcé, alors que le mot " liberté " demeure confusionnel, de ramener le débat, d'une part à une technique éducative, d'autre part à un problème plus vaste qui touche au sens même de l'éducation et, peut-être un peu, de la Vie. Disons même que c'est à partir du moment où nous avons conquis cette liberté qu'il nous devient possible de faire vraiment quelque chose de notre existence. L'adolescent doit devenir cet adulte qui assume sa propre destinée, celui à qui revient la responsabilité de ses actes et qui doit subir leurs conséquences dont personne ne cherche plus à le préserver. Une telle adaptation de soi à soi-même, si elle répond à la définition de la liberté humaine, répond aussi à la définition sans doute plus valable du Bonheur.
BRUNO LEROY.
ÉDUCATEUR de RUE.

18:05 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |