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15/10/2010

LA MÉLODIE DE LA FOI DE JOHNNY CASH.

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"AMERICAN VI : AIN'T NO GRAVE" est sorti officiellement le 26 février 2010, une date qui coïncide avec le soixante-dix-huitième anniversaire de la naissance de Johnny Cash. C'est son deuxième album posthume. Les chansons qui le composent avaient été enregistrées en mai 2003, quatre mois avant la disparition du chanteur, au moment de la mort de sa femme, June Carter.
"Ain't no grave" est un disque très émouvant, qui porte un regard sur toute une existence. Chaque chanson correspond à un élément constitutif de la vie, avec ses mystères et ses défis : la quête de la rédemption, l'importance de l'amitié, le rêve de la paix, le pouvoir de la foi, mais aussi les joies et les peines qui marquent le quotidien de chacun. "Ain't no grave", le traditionnel qui donne son titre à l'album, a été enregistré avec la participation des Avett Brothers : Scott au banjo et Seth aux percussions.

Johnny Cash est né le 26 février 1932 à Kingsland, dans l’Arkansas. Il est le quatrième d'une famille de sept enfants. Ses parents sont de pauvres métayers dans une Amérique en proie à la Grande Dépression, où l’on ne mange pas tous les jours à sa faim. Il a trois ans quand sa famille s’installe à Dyess, toujours dans l’Arkansas, où le gouvernement a établi une nouvelle zone de colonisation près du Mississippi. Johnny a douze ans lorsqu'il est frappé par une première tragédie. Son frère Jack, son aîné de deux ans, qu'il admire pour son comportement exemplaire, trouve la mort, happé par une scie circulaire. Il en parlera plus tard comme d'un épisode ayant assombri son univers et renforcé sa foi.
C'est grâce à sa famille que Johnny Cash découvre la musique très jeune. Sa mère, Carrie, chante du folk en s’accompagnant à la guitare. Son frère, Roy, joue dans un groupe dont il est le leader : les Dixie Rhythm Ramblers. Johnny Cash écrit ses premières chansons, inspiré par les chanteurs country qu’il écoute sur le juke-box du drugstore voisin et surtout à la radio, un média qu'il considère comme vital et indispensable. Durant ses années de lycée, il chante sur KLCN, une station de radio de Blytheville.

Johnny Cash évoque brièvement dans quelles conditions il a vécu ses premières années.

"Nous étions pauvres et affamés. Nous vivions dans une petite ferme et nous cultivions le coton. Dès mon plus jeune âge, j’ai travaillé très dur dans les champs, comme un adulte. Il n’y avait pas de loi qui protégeait les enfants. J’ai fait ça jusqu’à dix-huit ans. Ma scolarité terminée, je suis parti, j’ai quitté la ferme."

Nous sommes en 1950. Johnny Cash travaille quelque temps dans une usine de carrosserie à Detroit, puis comme ouvrier d'entretien dans une fabrique de margarine à Evadale. Il s’engage ensuite pour quatre ans dans l’U.S. Air Force. La guerre de Corée vient d'éclater, mais Johnny est envoyé en Allemagne, où il sert comme intercepteur radio. C’est là qu’il apprend à jouer de la guitare et qu’il perfectionne ses talents d’auteur-compositeur.
De ses quatre années d'armée, Johnny ramène deux mauvais souvenirs. Le premier, c'est une vilaine cicatrice sur la joue. C'est la conséquence d’une opération ratée, mais la légende l'attribuera plus tard à un coup de couteau. Le second mauvais souvenir est dû à une blague stupide qui a mal tourné : on lui a enfoncé un crayon dans l'oreille gauche, ce qui lui a définitivement abîmé le tympan.

Démobilisé en juillet 1954, Johnny Cash épouse Vivian Liberto le 7 août suivant et il s’installe à Memphis. Vendeur en appareils électriques le jour, il consacre ses soirées à la musique. Avec deux mécaniciens qui travaillent avec son frère Roy, le guitariste Luther Perkins et le bassiste Marshall Grant, il joue en trio et gratuitement pour la station de radio KWEM. Tout cela ne nourrit pas son homme et Johnny décide alors de tenter sa chance auprès de Sam Phillips, le patron de Sun Records. Ecoutons Johnny Cash nous rappeler cet épisode.

"Je l’ai fait de moi-même. Personne ne me l’a suggéré. A l’époque, j’allais de radio en radio ma guitare sous le bras, mais personne ne voulait de moi. Alors j’ai appelé Sam Phillips pour obtenir une audition. Il a refusé. J’ai recommencé deux semaines plus tard et ainsi de suite. Je ne l’ai pas lâché jusqu’à ce qu’il dise oui."

A sa première audition, Johnny Cash chante du gospel, un genre musical qui n’est guère commercial. Sam Phillips lui demande de revoir sa copie.
Le 24 mai 1955, Vivian donne naissance à Rosanne, la première fille de Johnny. Trois autres viendront bientôt agrandir la famille : Kathy, Cindy et Tara.
En juillet 1955, le chanteur publie son premier 45-tours. Il porte la référence Sun 221 et propose deux titres teintés de rockabilly : "Hey Porter" et “Cry, cry, cry”. Le disque, crédité à Johnny Cash & The Tennessee Two, est un gros succès local : il se vend à plus de cent mille exemplaires.

Grâce au succès de son premier 45-tours, Johnny Cash rejoint Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Elvis Presley et Roy Orbison au firmament des stars du rockabilly. On retrouve Johnny et sa belle voix grave de baryton en décembre 1955 sur un premier essai infructueux de “Folsom prison blues”, mais ce n’est que partie remise. Le single qui lance définitivement sa carrière, c’est celui qui réunit les deux titres “I walk the line” et  “Get rhythm”. Il se classe N°17 dans les charts nationaux en mai 1956.

En décembre 1956, Johnny Cash participe à la fameuse session “gospel” du Million Dollar Quartet avec Jerry Lee Lewis, Carl Perkins et Elvis Presley. Mais bizarrement, si on le voit sur la photo, on ne l’entend pas sur l’enregistrement qui a été publié. Voici l'explication de Johnny Cash.

"Pourtant j’y étais. Mais le micro était loin de moi sur le piano et je chante très haut parce que les chansons ne m’étaient pas adaptées. Elvis voulait des titres de Bill Monroe parce qu’il venait d’avoir un tube avec 'Blue moon of Kentucky'. Et puis il y avait toutes ces chansons country-gospel que j’avais suggérées. Mais rien dans ma tonalité. C’est pourquoi on ne m’entend pas."

En 1957, Johnny Cash joue pour la première fois au Grand Ole Opry à Nashville. Il fait sensation en se présentant sur scène tout de noir vêtu, défiant déjà l’establishment country qui préfère les paillettes, les strass et autres ornements plus clinquants. C’est ce soir-là qu’il gagne son surnom de “Man in black”, l’homme en noir.

"JOHNNY CASH WITH HIS HOT AND BLUE GUITAR" paraît en octobre 1957. C'est le premier album publié par le label Sun Records. L'année suivante, lorsque Sam Phillips refuse de le laisser enregistrer un album de gospel, Johnny Cash claque la porte et signe chez Columbia. Il laisse derrière lui tellement de matériel que Sun publiera encore des singles inédits jusqu'en 1961, ainsi que six albums. En 1958, Johnny Cash est classé trois fois dans les hit-parades pop, notamment avec "Ballad of a teenage queen". Chez Columbia, sa renommée va encore grandir. Les succès se suivent. C'est d'abord  “All over again”, puis “Don’t take your guns to town”.

En 1960, les Tennessee Two deviennent les Tennessee Three avec l’arrivée du batteur W.S. Holland. Très demandé, Johnny Cash tourne comme un forcené sur la base de trois cents concerts par an, ce qui est complètement démentiel. Alors, il va chercher ailleurs cette énergie dont il a besoin et que la nature seule ne peut lui donner.
Johnny aborde les années 60 surmené, hypertendu. Les causes, ce sont bien sûr les tournées incessantes, mais aussi des problèmes plus personnels comme l’échec de son premier mariage ou la mort de son ami Johnny Horton. Il se met à prendre des amphétamines et des tranquillisants pour essayer de surmonter ses fatigues. Rosanne, sa fille aînée, connaît parfaitement cet épisode de la vie de son père.

"Mon père prenait des amphétamines, des substances qui te tiennent éveillé. Beaucoup de musiciens avaient un emploi du temps tel qu'il leur restait peu de temps pour dormir. Après le spectacle, ils sautaient dans une voiture, ils roulaient toute la nuit, et ils donnaient le spectacle suivant. Alors, ils prenaient des pilules pour rester éveillés. Et d'autres pilules pour dormir. C'était un cercle vicieux. Mais il en parlait très ouvertement."

En décembre 1961, Johnny Cash commence à travailler avec June Carter, une des trois filles de la légendaire Carter Family. June va veiller sur lui et tenter de le diriger au milieu de ses activités insensées. En juin 63, Johnny est classé N°17 dans les hit-parades pop avec “Ring of fire”, une chanson cosignée par June. Elle parle des ravages que provoquent la drogue et l'alcool, deux des démons qui hantent le chanteur. Les arrangements de cette chanson font sensation à l'époque, car c'est la première fois que l'on entend des sonorités de musique mariachi dans une chanson country.

En 1964, au festival folk de Newport, Johnny Cash chante avec Bob Dylan. Quelque temps plus tard, il reprendra deux de ses compositions :“Don’t think twice, it’s all right”, puis “It ain’t me babe” en duo avec June Carter. Toujours en 1964, il enregistre “BITTER TEARS” qui reste un de ses grands classiques et un de ses disques préférés. L’album, en grande partie écrit par Peter LaFarge, évoque les traitements que les Blancs ont fait subir aux Indiens d’Amérique du Nord. Johnny Cash avait un quart de sang Cherokee dans les veines et ce lien avec l'Amérique profonde se retrouve dans plusieurs chansons de son répertoire.

Malgré un succès populaire toujours croissant, la vie de Johnny Cash continue de se détériorer et, de plus en plus, il a recours aux médicaments. En octobre 1965, il est arrêté à l’aéroport d’El Paso en possession de mille trois cent soixante-trois pilules de tranquillisants et de stimulants dissimulées dans une guitare. Il écope d’une amende de mille dollars et de trente jours de prison avec sursis. Contrairement à la légende, Johnny n'a jamais fait de prison ferme, mais il a passé plusieurs fois la nuit en garde à vue, notamment après avoir été retrouvé ivre mort en train d’arracher des fleurs dans un jardin à deux heures du matin. Avec le temps, le chanteur regrettera ces épisodes fâcheux et il tentera de les oublier.

"J’étais très jeune à l’époque. J’étais une autre personne, vraiment. C’est très loin. C’est très ancien et je n’arrive pas à y penser comme quelque chose qui m’est arrivé. C’est quelque chose qui est arrivé à un autre, tu comprends ? C’est si loin dans le passé que je n’y repense jamais."

Contrairement à sa santé parfois défaillante, la musique de Johnny Cash garde la même force et la même réussite : “I walk the line” est un tube en 1964, tout comme “Orange blossom special” l'année suivante.

Alors que la carrière de Johnny Cash connaît une réussite exceptionnelle, on ne peut pas en dire autant de sa vie privée. Vivian demande le divorce en juin 1966. L'année suivante, dans une petite ville de Géorgie, Johnny Cash échappe de peu à une mort par overdose, et c’est ce qui l’incite à réagir. Soigné par le docteur Nat Winston, soutenu par June Carter, il parvient à se refaire une santé. Véritable ange gardien pour Johnny, June lui a déjà inspiré plusieurs chansons. Dès 1958, c'est en pensant à elle qu'il avait écrit "I still miss someone", "Il me manque encore quelqu'un".

En 1967, Johnny Cash et June Carter ont un premier succès en duo, "Jackson", qui obtient le Grammy Award de la meilleure performance country, catégorie groupe. C'est sur scène, le 22 février 68, que Johnny demande à June de l'épouser. Ils se marieront le mois suivant à Franklin, dans le Kentucky.  Ils auront un fils, John Carter Cash, qui naîtra le 3 mars 1970. Pour Rosanne, l'aînée des quatre filles de Johnny, June n'a jamais fait figure d'usurpatrice, au contraire.

"Elle n'a jamais pris la place de ma mère, en tout cas pas dans ma vie. J'aimais beaucoup June. Pour la petite fille que j'étais, il était clair que mon père et June étaient faits l'un pour l'autre. Je ne me suis jamais opposée à elle. Elle était très bonne avec tous les enfants. C'était une femme douce et gentille, très bonne avec mon père également. On ne peut pas ne pas aimer ce genre de personne. Bien sûr, je l'aimais pour sa façon d'aimer mon père."

Le "Johnny Cash Show" sillonne alors les Etats-Unis avec les Statler Brothers, Carl Perkins, June Carter, ses sœurs Anita et Helen, et leur mère, Maybelle Carter. Une série d’apparitions remarquées à la télévision, et surtout l’album “AT FOLSOM PRISON” qui paraît en juin 68, donnent une nouvelle impulsion à la carrière de Johnny Cash. Il devient une star internationale de la country.
Si la version originale parue sur Sun Records en 1956 n'avait pas fait grand bruit, la version "live" de “Folsom prison blues” est un tube douze ans plus tard.
En octobre 2008, pour marquer le quarantième anniversaire de cet événement, on publiera "JOHNNY CASH AT FOLSOM PRISON : LEGACY EDITION". C'est un double CD et un DVD où l'on retrouve l'intégralité des deux shows donnés par le chanteur à la prison de Folsom, dont trente et un titres qui n'avaient jamais été publiés auparavant.

Le chanteur retrouvera le même succès en juillet 69 avec un album enregistré dans un autre pénitencier : “JOHNNY CASH AT SAN QUENTIN". Dans son ensemble, 1969 est  une année triomphale pour Johnny qui se voit décerner cinq Grammy Awards : meilleur artiste country, meilleur chanteur, meilleur duo vocal avec June Carter, meilleur album pour “San Quentin” et meilleure chanson pour “A boy named Sue”. Ce titre, classé N°2 en août 1969, reste son plus gros succès dans les hit-parades pop. Johnny Cash tire le bilan artistique et personnel de cette décennie.

"Les années soixante comptent parmi les plus productives de ma carrière malgré mes problèmes de santé. Elles ont été très fertiles et je chante encore aujourd’hui beaucoup de titres que j’ai enregistrés à cette époque. Mais que j’aie eu des problèmes de santé, ce n’est pas un secret."

De 1969 à 1971, l’Homme en Noir a son propre show télévisé sur ABC-TV, un show qu’il ouvre avec la formule devenue célèbre : “Hello, I’m Johnny Cash”. Au cours de la première émission, il présente un document où on le voit avec Bob Dylan en train d’enregistrer “Girl from the north country”, un titre que l’on retrouvera sur l'album de Dylan : "Nashville Skyline".
Au début des années 70, Johnny Cash se tourne vers la religion de manière  démonstrative. Il apparaît dans plusieurs shows du pasteur évangéliste Billy Graham et il enregistre une reprise de “If I were a carpenter” en duo avec June Carter. Il se rend aussi en Israël d’où il rapporte un film consacré à la vie de Jésus, ainsi qu’un double album baptisé “THE GOSPEL ROAD” qui ne plaît pas trop à sa maison de disques. Ce qui fait dire à Johnny qu’on préfère le voir en prison plutôt qu’à l’église.

"C’est durant les années soixante-dix que je suis devenu un chrétien convaincu. C’est grâce à cela que je suis encore en vie parce que c’est à partir de ce moment que j’ai arrêté de me détruire et que je me suis mis à vivre en suivant son enseignement. Disons que j’avais trouvé Dieu bien auparavant, mais je ne lui avait été guère fidèle jusque-là."

C'est en 1974 que Johnny Cash publie une première autobiographie intitulée “Man in black”. Cet homme en noir reste l’image la plus connue du chanteur. "Man in black" est aussi le titre d'un album et d'une chanson qui étaient parus en 1971. Johnny Cash nous explique dans quel contexte il avait écrit ce titre.

"Je m’habille en noir depuis les années cinquante. En 71, j’ai écrit cette chanson, 'Man in black', dans laquelle je m’expliquais partiellement sur le sujet : c’était la guerre au Vietnam, je voulais porter symboliquement le deuil de tous ceux qu’on a perdus là-bas. Je l’ai aussi fait pour les illettrés, les personnes âgées, les pauvres, les rejetés, tous ceux qu’on met en prison, toutes les victimes de notre époque, et pour d’autres raisons encore. Ensuite, j’ai simplement continué parce que je me sentais bien dans cette couleur."

Grâce à sa voix, son physique et sa personnalité, Johnny Cash incarne parfaitement l’Ouest américain de la légende. Il est aussi un des survivants de la grande épopée du rockabilly des années cinquante. Deux albums en témoignent : “THE SURVIVORS”, enregistré en Allemagne en avril 1981, où il retrouvait avec émotion Jerry Lee Lewis et Carl Perkins. Puis “THE CLASS OF ‘55”, l’album de la nostalgie paru en 86 et qui réunissait à Memphis Johnny Cash, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis et Roy Orbison.
Héros de la musique populaire américaine, le statut de Johnny Cash peut aussi être mesuré à l’aune de ses multiples collaborations. Rappelons simplement les deux albums qu'il avait enregistrés avec les Highwaymen, où il était associé à trois autres grands noms de la musique country : Waylon Jennings, Willie Nelson et Kris Kristofferson. C'était en 1985 et en 1990.

Le talent de Johnny Cash lui a valu une reconnaissance exceptionnelle. Il est le seul artiste à avoir été intronisé à la fois au Country Music Hall of Fame, au Songwriters Hall of Fame et au Rock 'n' Roll Hall of Fame.
Installé à Hendersonville, au bord du lac Old Hickory, à vingt-cinq kilomètres de Nashville, Johnny Cash continue d'écrire. Après sa première autobiographie, il publie “Man in white”, un roman qui évoque une rédemption qu’on peut mettre en parallèle avec la sienne : celle de l’apôtre Saint-Paul.
En 1987, Johnny Cash quitte Columbia, où il a passé vingt-huit ans. Il signe alors chez Mercury où il enregistrera cinq albums en six ans, notamment “WATER FROM THE WELLS OF HOME”, qui paraît en mai 88. On y remarque de nombreux invités, parmi lesquels Paul McCartney. Paul a cosigné le titre “New moon over Jamaica” avec Tom T. Hall et Johnny Cash lui-même. Il nous raconte comment il avait rencontré ces deux grands de la country.

"J’étais en vacances à la Jamaïque avec ma famille. Et Johnny Cash était là aussi. Il y possède une maison. Il m’a invité à dîner et j’ai pensé qu’il serait bien que j’apporte ma guitare. Car je connais Johnny : il aime chanter après le repas. On boit un petit verre, on s’assoit et on chante. Et ça s’est passé comme ça. Nous avons mangé et puis, j’ai été cherché ma guitare dans la voiture et c’est Tom T. Hall, je crois, qui a lancé : 'Allez, écrivons une chanson !'  Qu’est-ce que je pouvais répondre ? Non ? J’ai répondu : 'D’accord. Bonne idée'. On a donc écrit cette petite chanson ensemble et Johnny l’a mise sur son disque. On a fait l’enregistrement chez moi, en Angleterre."
C'est en 1974 que Johnny Cash avait découvert en Jamaïque une propriété dont il était tombé amoureux et qu'il avait réussi à acheter. Elle s'appelle "Cinnamon Hill" et le chanteur y a souvent séjourné, entouré de sa famille et de ses amis.

En 1993, Johnny Cash entame une troisième carrière en signant sur le label de Rick Rubin, American Recordings. A l’époque, ce choix surprend beaucoup de monde, notamment Rosanne Cash.

"Au départ, j'étais inquiète. Je ne connaissais pas Rick. Je connaissais son travail et je savais que la musique qu'il produisait était très différente de celle que faisait mon père évidemment. Je me demandais pourquoi il voulait  travailler  avec mon père. J'étais plutôt méfiante. Je me demandais : 'Est-ce que c'est une plaisanterie ? Est-ce qu'il veut faire une parodie ou quelque chose comme ça ?' Et puis j'ai laissé venir, pour voir ce qui allait se passer. Et quand j'ai entendu le premier album, je me suis dit : 'Mon Dieu, il a vraiment compris qui est Johnny Cash.' C'était comme si un ange gardien était entré dans la vie de mon père."

La première réaction de Rosanne était légitime, car les nouveaux compagnons d’écurie de son père s'appellent Red Hot Chili Peppers, Black Crowes et Slayer. A ceux qui l’imaginent déjà se reconvertir dans le hard rock, Johnny Cash répond par cette formule ironique: “Je n’enregistrerai probablement pas avec Slayer. Mais on ne sait jamais. La porte reste ouverte.”
Le premier album que Johnny enregistre sous la direction de Rick Rubin s'appelle "AMERICAN RECORDINGS". Il y reprend notamment un titre de Leonard Cohen, "Bird on a wire". La version que nous allons entendre a été enregistrée dans le Grand Studio de RTL, le 29 juin 1994.

Pour "American Recordings", Johnny Cash a choisi la simplicité. Il a enregistré treize chansons, accompagné d’une simple guitare sèche. Ce retour aux sources lui vaut les louanges de la critique et un huitième Grammy Award.

"Tout le monde devrait creuser sa propre route. Moi, c’est ce que je fais. Ma maison de disques à Nashville était devenue tellement apathique que j’ai voulu en finir. Je n’avais plus entendu parler d’eux depuis deux ans. Je ne les intéressais plus. Ils ne m’intéressaient plus. Et pourtant je leur devais encore un disque. Rick Rubin a racheté mon contrat pour me redonner une chance de faire ce que je voulais faire, en toute liberté. Et c’est ce qui s’est passé. J’ai enregistré ce disque acoustique, seul avec ma guitare. Et j’en ai déjà vendu quatre fois plus que mon dernier album sur mon précédent label."

Johnny Cash chez Rick Rubin, c’est l’hommage de la jeune garde du rock à un grand monsieur de la country et de la musique américaine en général. C’est dans le même esprit qu’il faut voir la présence de l’Homme en Noir sur l’album “Zooropa” de U2. Joint par téléphone, le bassiste Adam Clayton nous en parle.

"Il y a toujours eu un de ces petits projets dans l’air et le choix de Johnny Cash me semble particulièrement approprié, Johnny Cash qui est une sorte de pré-Elvis et qui a survécu à l’explosion du rock & roll en 1956. Et puis, tu sais, Johnny Cash figure sur la pochette intérieure de 'Rattle and hum' : c’est la photo du centre. Il y a toujours eu une sorte de lien entre nous. Ceci étant, nous nous connaissons depuis longtemps et on avait déjà parlé d’une éventuelle collaboration."

En novembre 1996, toujours produit par Rick Rubin, Johnny Cash publie l'album “UNCHAINED”. C'est un disque extraordinaire de culot et de lucidité, d’une force exceptionnelle pour un homme qui a commencé sa carrière quarante-deux ans plus tôt chez Sun Records, une époque qu'il n'a jamais oubliée.

"J'en garde le souvenir de grandes années. Avec Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison et Elvis Presley chez Sun, on donnait des shows dans des petites villes de l'Arkansas, du Mississippi et du Tennessee, dans des salles de bal, des gymnases et des auditoriums de lycée. C'était bien. On savait qu'il se passait quelque chose. Et ce que je ressentais alors, je le ressens encore aujourd'hui de la même façon chez American Records. Quand j'ai recommencé avec American Records, c'est comme quand j'ai commencé chez Sun. On sait que quelque chose est en train de se passer, même si on ne sait pas comment le définir exactement, et on se sent bien."

Cette fois, Johnny Cash a travaillé avec un groupe de rock, en l’occurrence Tom Petty & The Heartbreakers, auxquels se sont ajoutés quelques invités de marque comme Marty Stuart, Mick Fleetwood, Lindsey Buckingham et Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers. Le choix des morceaux est tout aussi étonnant. On y trouve des titres country signés Hank Snow, Don Gibson, Jimmie Rodgers et Johnny Cash lui-même, mais aussi des chansons de Beck, de Tom Petty et de Neil Young. Un des sommets de ce disque, c’est la reprise de “Rusty Cage”, un titre de Soundgarden.

En 1997, pour ménager sa santé, Johnny Cash décide d'arrêter de tourner. Mais il reste toujours très présent sur disque. En 1998, dans la série VH 1 –The Storytellers, il publie un album en duo avec son ami Willie Nelson. Deux années plus tard, pour "AMERICAN III : SOLITARY MAN", Johnny Cash retrouve Rick Rubin, un producteur qu'il compare à celui de ses débuts, Sam Phillips.

"Rick Rubin et Sam Phillips sont tous les deux des visionnaires. Ils savent exactement où vont les choses et comment elles seront parce qu'ils les voient. Ils voient l'avenir et ils savent quelles sont vos possibilités. Ils savent aussi quand vous les avez atteintes et quand vous avez réalisé ce qu'ils avaient prévu pour vous."

Toujours sur le même principe, Rick Rubin pose la voix grave de Johnny Cash sur des chansons d'atmosphère empruntées à des auteurs compositeurs venus d'horizons très variés, de Neil Diamond à U2, en passant par Nick Cave et Tom Petty.

"AMERICAN IV : THE MAN COMES AROUND" paraît en novembre 2002. C'est la quatrième collaboration de Johnny Cash avec Rick Rubin. Et là encore, on rencontre de nombreux invités comme Don Henley, Fiona Apple, Marty Stuart, Nick Cave et Billy Preston. Une nouvelle fois, Johnny propose des versions surprenantes de chansons très différentes les unes des autres, un choix qui ne surprend pas Rosanne Cash.

"Non. Je savais que si mon père pensait qu'une chanson était bonne, peu importe d'où elle venait. Je savais qu'il pouvait interpréter n'importe quelle bonne chanson. Mais j'imagine sa réaction quand Rick lui a proposé ces chansons. 'Comment veux-tu que je chante ça ?' Pour 'Hurt', par exemple. 'Tu veux que moi, Johnny Cash, je chante un titre de Nine Inch Nails !' Et finalement, on ne peut pas faire plus parfait."

"The man comes around" est un disque sombre et mystique où l'ombre de la mort est omniprésente. Jusqu'au bout, le chanteur sera resté fidèle à Rick Rubin, une fidélité qu'il a toujours érigée comme principe dans son travail.
 
"Je m'engage toujours quand je suis devant un public quel qu'il soit. C'est-à-dire que je lui reste fidèle tant qu'il ne me quitte pas. Je ne laisse pas tomber mon public, quelles que soient les circonstances. C'est la même chose avec les gens avec qui je travaille. J'ai dit à Rick Rubin hier que 'The man comes around' est le meilleur disque que nous ayons fait tous les deux. Des quatre qu'on a faits ensemble, je crois que celui-ci est le meilleur.  Et il est d'accord avec moi, parce qu'on y a mis encore plus de sang, de sueur et de larmes que jamais. Je crois vraiment que 'The man comes around' est le meilleur album que j'ai fait pour American."

Quelques mois avant sa disparition, alors que son état de santé se fait de plus en plus préoccupant, Johnny Cash  veut encore rassurer son public.

"Ça va, ça va bien. Je me sens bien. J'ai eu quelques problèmes de santé ces trois ou quatre dernières années, un petit peu comme tous les gens de mon âge. Mais heureusement, ça s'est arrangé. Surtout depuis que je suis retourné en Jamaïque. J'ai passé pas mal de temps récemment en Jamaïque et d'ailleurs je vais y retourner bientôt. J'en profiterai sans doute pour écrire de nouvelles chansons."

Le 15 mai 2003, June Carter décède à la suite d'une opération visant à remplacer une valve cardiaque. Comme il le lui avait promis, Johnny continue et il envisage même de remonter sur scène. Malheureusement, il n'en aura pas l'occasion. Moins de quatre mois plus tard, le 12 septembre 2003 au matin, Johnny Cash meurt de complications liées au diabète dont il souffrait depuis plusieurs années. Il avait soixante et onze ans. Johnny et June sont enterrés dans le cimetière d'Hendersonville, non loin de leur maison sur le lac.

C'est en février 2006 que l'on découvre le film-événement de James Mangold, "Walk the line", avec Joaquin Phoenix dans le rôle de Johnny Cash et Reese Witherspoon dans celui de June Carter. "Walk the line" raconte la vie du chanteur depuis son enfance jusqu'à son fameux concert au pénitencier de Folsom en 1968. Récompensée à cette occasion par l'Oscar de la meilleure actrice, Reese Witherspoon évoque l'héritage immense laissé par Johnny Cash.

"Je crois que ce que Johnny Cash nous a légué, c'est l'authenticité de sa musique et de son personnage. Il était réellement country. Aujourd'hui, on a beaucoup de country stars qui ont toujours eu de belles voitures, qui sont allés dans des écoles privées, mais Johnny Cash était lui vraiment dans la country, il fait partie de l'histoire de la musique country. Il a grandi dans l'Arkansas, il cueillait le coton avec sa famille. Il a connu des épisodes tragiques et des catastrophes naturelles. Dans ce sens, il est un artiste authentique, il transmet une part de vérité, et c'est pour cela que son héritage durera longtemps."

Outre le film "Walk the line", les hommages à Johnny Cash sont nombreux, avant et après sa disparition. On peut rappeler l'album qui était paru en septembre 2002, "KINDRED SPIRITS : A TRIBUTE TO THE SONGS OF JOHNNY CASH", auquel avaient participé Bob Dylan, Bruce Springsteen, Little Richard, Emmylou Harris, Sheryl Crow et Marty Stuart, entre autres. En août 2005, "THE LEGEND" est un coffret de quatre CDs qui est un bon résumé de la carrière du chanteur. On y retrouve notamment un titre aux accents prémonitoires qu'il avait enregistré en 2002 avec sa fille Rosanne : "September when it comes".

Après le coffret de cinq CDs "UNEARTHED", Rick Rubin publie un premier album posthume en juillet 2006 : "AMERICAN V : A HUNDRED HIGHWAYS". Le 10 avril 2007, on apprend qu'un incendie a détruit la fameuse maison sur le lac à Hendersonville. Elle avait été rachetée en janvier 2006 par Barry Gibb, l'aîné des Bee Gees.
Plusieurs compilations paraissent en 2008, à l'occasion du cinquième anniversaire de la mort du chanteur : "THE GOSPEL MUSIC OF JOHNNY CASH", "THE DEFINITIVE COLLECTION", "THE COMPLETE SUN MASTERS" et "WANTED MAN : THE JOHNNY CASH COLLECTION". On publie également "JOHNNY CASH AT FOLSOM PRISON : LEGACY EDITION", 40 ans après le concert légendaire. En octobre 2008, "JOHNNY CASH'S AMERICA" est la bande originale d'un documentaire qui porte un regard original sur le chanteur. On y trouve plusieurs inédits, dont ce titre qui avait été enregistré à Nashville en juillet 1969 : "Come along and ride this train".

Johnny Cash avait passé les derniers mois de sa vie en studio avec Rick Rubin. "AMERICAN VI : AIN'T NO GRAVE" est le sixième et dernier album issu de cette collaboration entamée en 1994. C'est aussi un dernier coup d'œil à une vie exceptionnelle. Parmi les reprises que l'on trouve sur ce disque, il y a une composition de Sheryl Crow, "Redemption day", avec laquelle nous allons terminer cette Saga.
La carrière de Johnny Cash a duré près de cinq décennies, jetant un pont entre plusieurs générations. Son charisme et son talent en font à jamais une des figures emblématiques de la musique américaine.

 


"AMERICAN VI : AIN'T NO GRAVE" est sorti officiellement le 26 février 2010, une date qui coïncide avec le soixante-dix-huitième anniversaire de la naissance de Johnny Cash. C'est son deuxième album posthume. Les chansons qui le composent avaient été enregistrées en mai 2003, quatre mois avant la disparition du chanteur, au moment de la mort de sa femme, June Carter.

 

 A Jonnhy Cash dont la sombre lumière illumine les pas de ceux qui cherchent la Foi dans une existence qui a perdu le sens premier du mystère de la poésie.

 

 Bruno LEROY.

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10:51 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans ARTISTES., CHRONIQUES., LA POÉSIE DE LA VIE, LE REGARD DE BRUNO. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

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