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02/10/2005

HOMOSEXUALITÉ OU LA LIBERTÉ D'AIMER...

 

S'il est un domaine où les limites spirituelles de l’homme se dévoilent dans toute leur incohérence, c’est bien celui des conditionnements et plus précisément celui des préjugés. Et que nous le voulions ou non, nous sommes tous plus ou moins conditionnés par notre éducation et, plus largement, par une société qui ne peut s’empêcher d’étiqueter les êtres en fonction de leurs croyances ou de leurs comportements sexuels.

Ainsi, au lieu de reconnaître un bon arbre à ses fruits, nous préférons le juger à la couleur de son écorce et la comparer à la nôtre pour savoir s’il nous faut l’abattre ou le respecter. Les conséquences ? D’innombrables manques d’Amour à l’égard de millions de personnes et autant de clous que nous enfonçons dans le Corps de l'humanité dont nous faisons partie...

De toute évidence, nos rapports avec autrui sont trop conditionnés par la vision limitée que nous en avons et qui nous conduit à une sorte d’acceptation aveugle ou à un rejet du même ordre. Deux positions radicales générées par notre manque d’ouverture, de tolérance et d’adaptation à tout ce qui est autre ; deux positions qui signent notre difficulté à reconnaître la valeur d’un être à travers sa capacité à aimer et à créer.

Aussi, là où la psychologie commence à s’enliser dans des analyses comportementales, sentimentales et sexuelles, sans tenir compte de la véritable dimension de l’individu, la spiritualité nous offre une vision plus illimitée de l’âme humaine, des modalités et des choix de son incarnation. En somme, que nous soyons attirés par des femmes ou par des hommes, nous sommes tous sur le chemin de l’évolution avec ses expériences, ses épreuves, ses joies et ses souffrances. Qu’importe les raisons psychologiques ou physiologiques de l’attirance sexuelle d’un être pour tel ou tel sexe dès lors que nous le considérons comme une partie de nous-mêmes, une âme à respecter et à aimer. Il y a du bon en chacun et de l’Amour vrai au sein de nombreux couples hétéro ou homosexuels. La densité, la recherche du plaisir personnel, les relations psychiques négatives du type dominant/dominé concernent malheureusement l’humanité en général et pas spécialement les homosexuels !

Il faut donc cesser d’enfermer les âmes dans des ghettos. Il faut cesser de faire des généralités sur un groupe d’individus alors que le monde est fait de personnes uniques, désireuses de construire leur propre histoire d’Amour avec la divine Présence qui est en l’Autre, qu’il soit homme ou femme.
En fait, si les homosexuels suscitent autant de négativité, c’est parce que nous les considérons trop souvent comme des obsédés sexuels, et qu’implicitement, ils mettent en relief notre propre vision culpabilisante d'une sexualité dont nous avons ôté le caractère sacré. Il faut donc absolument réaliser qu’en jugeant un être sur sa vie intime, nous lui faisons porter notre propre “densité” en même temps que nous renforçons notre armure psychique imperméable à la divine lumière élévatrice.

Et puisqu’il faut encore parler en ces termes, c’est aux hétérosexuels, majoritaires sur cette planète, qu’il appartient de tout mettre en œuvre pour que la minorité des homosexuels soit reconnue socialement mais surtout spirituellement. Il est temps d’enlever la poutre qui nous aveugle, il est temps de regarder l’Autre comme un frère ou une sœur susceptible de nous donner quelques conseils en matière d’amour, d'union… et d’évolution.

Bruno LEROY.

12:13 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

24/09/2005

L'AMOUR EST UN ART !

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L'amour, acte révolutionnaire pour l'individu et la société, voilà qui peut surprendre !  L'amour comme acte révolutionnaire, pour l'individu mais aussi contre le système capitaliste et patriarcal.
 L'amour est un art et à ce titre nécessite connaissance et effort, alors que la plupart des gens le considèrent comme un effet du hasard, une chance.
On pense habituellement que le problème essentiel est d'être aimé et non d'aimer. . On pense aussi qu'en amour l'important, c'est de trouver le bon
objet et non d'avoir la faculté
: deux personnes tombent amoureuses "lorsqu'elles ont le sentiment d'avoir découvert le meilleur objet disponible sur le marché, compte tenu des limitations de leur propre valeur d'échange".
Il existe également une confusion entre
tomber amoureux et être amoureux. Tomber
amoureux c'est laisser s'abattre le mur qui sépare les individus, c'est un miracle de soudaine intimité facilité par la consommation sexuelle. Mais ce type d'amour est éphémère, l'intimité perd son caractère miraculeux, antagonismes et déceptions reprennent le dessus.
Alors que les témoignages accablants montrent la difficulté d'aimer, on a coutume de considérer qu'il n'y a rien de plus facile et que nul n'a apprendre sur le sujet.
Or l'amour est un art qui nécessite de maîtriser la théorie et la pratique, il doit devenir la préoccupation ultime de l'individu.

L'homme est vie consciente d'elle-même", de sa solitude, de sa séparation, de son impuissance devant les forces de la nature et de la société". L'expérience de la séparation d'avec la nature est source d'angoisse et suscite un sentiment de honte et de culpabilité.
Dès lors comment surmonter cette séparation et trouver l'unicité ?
La première solution partielle se trouve dans les états orgiaques (abolition du moi séparé ). Les rituels dans les tribus primitives font apparaître une exaltation collective, une fusion au groupe au cours de laquelle le monde extérieur disparaît. Ces orgies sexuelles permettent d'atteindre un orgasme amenant à l'état d'extase.
Ces rituels sont admis par le groupe et ne suscitent ni angoisse, ni culpabilité.
Alors que dans une société qui a renoncé à ces pratiques, ceux qui s'y adonnent (en se réfugiant dans l'alcool ou les drogues ) se sentent encore plus angoissés quand l'expérience prend fin.
Quant à ceux qui recherchent l'orgasme sexuel pour échapper à l'angoisse de séparation, l'acte sexuel ne comble la distance entre les individus que pour un instant, ils se retrouvent ensuite avec un sentiment croissant de séparation."Toutes les formes d'union orgiaques ont trois caractéristiques : elles sont intenses, même violentes ; elles mettent en jeu la personnalité totale, esprit et corps ; elles sont transitoires et périodiques".
La seconde solution partielle se trouve dans le conformisme. L'union au groupe constitue un moyen de surmonter la séparation : "c'est une union où, dans une large mesure, le soi individuel disparaît, et dont le but est d'appartenir à la foule." Par peur d'être différent les gens veulent se conformer à un degré bien plus élevé qu'ils n'y sont contraints. Ils se contentent de manifester leur différence sur des points mineurs".

Dans la société capitaliste, l'égalité des individus devient une égalité d'automates, d'hommes faisant les mêmes choses, ayant les mêmes idées et les mêmes sentiments. L'égalité des femmes a ainsi été pervertie, celle-ci se paie par l'élimination des différences : la polarité des sexes est entrain de disparaître. "Le processus social requiert la standardisation de l'homme, et cette standardisation, on l'appelle "égalité".
L'union par conformisme est dictée par la routine mais suffit rarement à calmer l'angoisse de séparation. Elle concerne surtout l'esprit et peu le corps. Son seul avantage est d'être permanente.
La troisième solution partielle se trouve dans le travail créateur où la personne s'unit avec son matériau. Mais dans le système économique, le travailleur devient un appendice de la machine ou de l'organisation bureaucratique, il n'y a plus de vrai travail créateur.
L'amour est la seule solution humaine. "Le désir de fusion interpersonnelle est le plus puissant dynamisme en l'homme". L'amour est la réponse plénière au problème de l'existence mais de quel amour s'agit-il ?
Il existe des formes imparfaites de l'amour, par exemple l'union symbiotique. Il s'agit d'unions dont le modèle est la relation mère-foetus. La forme passive se trouve dans le masochisme et la forme active dans le sadisme.
L'amour n'est une activité libre que s'il consiste essentiellement à donner, non à recevoir, sinon il s'agit d'une "passion" résultant d'une motivation inconsciente.
Le don constitue la plus haute expression de la puissance : "donner est source de plus de joie que recevoir" parce qu'il exprime de vitalité.
La sphère la plus importante du don ne se situe pas dans les choses matérielles mais dans les relations humaines : donner de sa vie. Celui qui donne ainsi de sa vie"enrichit l'autre, il en rehausse le sens de la vitalité en même temps qu'il rehausse le sien propre". Dans le don, chacun est reconnaissant à l'autre de la vie qui naît pour les deux.
La capacité d'amour en tant que don, nécessite d'avoir surmonté la dépendance, le narcissisme, le désir d'exploiter et d'avoir acquis la foi en ses propres possibilités. Si ces qualités ne sont pas acquises la personne a peur de se donner, donc d'aimer.

D'autre part, le refus du don dans la relation, car pour pouvoir donner, il faut que ce don soit accepté par l'autre, comment donner à celui qui refuse ? Accepter le don, l'amour de l'autre, c'est déjà aimer, donc donner.
L'amour est sollicitude, responsabilité, respect et connaissance. "L'amour est une sollicitude active pour la vie et la croissance de ceux que nous aimons."

Le désir d'union repose également sur un besoin biologique : l'union des pôles masculin et féminin. Le mythe des êtres androgynes primitifs est l'expression de cette recherche de l'unité perdue. Cette polarité est à la fois extérieure : recherche de l'autre pour trouver l'union, mais aussi intérieure. Au niveau physiologique, hommes et femmes possèdent des hormones du sexe opposé, psychologiquement ils sont aussi bisexués. Hommes et femmes ne réalisent leur union intérieure que par la conjonction de leur pôle masculin et féminin (pénétrer et recevoir ). Le rapprochement avec les idées de JUNG sur "l'anima" et "l'animus" est en ce domaine assez saisissant, tout comme la parenté avec des philosophies beaucoup plus lointaines : tantrisme, taoïsme, des convergences riches de perspectives apparaissent dans ce domaine des pôles intérieurs masculins et féminins.
L'amour érotique bien qu'exclusif ne saurait être un égoïsme à deux, il doit aussi comporter une dimension d'amour fraternel, pour s'ouvrir aux autres. L'amour érotique est à la fois attirance individuelle unique et aussi acte de pure volonté.


L'amour de soi ne doit pas être confondu avec le narcissisme qui représente le premier stade du développement humain, celui qui régresse à ce niveau est incapable d'aimer. L'amour de soi est souvent assimilé à l'égoïsme, celui-ci traduit-il réellement un souci de soi-même ?
En fait l'amour est indivisible, il concerne à la fois les autres et soi :  "si quelqu'un est capable d'amour productif, il s'aime également, s'il ne peut aimer que les autres, il n'aime en aucune façon". La personne égoïste se hait elle-même, elle est vide et malheureuse, "avide d'arracher à la vie les satisfactions qu'elle pourrait obtenir si elle n'y faisait elle-même obstacle."

L'amour est une expérience personnelle qu'il nous appartient de réaliser par nous-mêmes.
Pour ce qui est de l'art d'aimer, ceci signifie que quiconque aspire à devenir un maître dans cet art doit commencer par pratiquer la discipline, la concentration et la patience dans chaque phase de sa vie.
La discipline ne doit pas être une règle pénible, imposée mais ressentie comme un style de vie.
Pour pratiquer la concentration, il faut apprendre à rester seul avec soi-même, c'est une conception essentielle de l'aptitude à aimer : faire le vide en soi-même. Se concentrer signifie aussi savoir écouter, "vivre pleinement dans le présent, dans le ici et maintenant, sans penser à ce que l'on fera par la suite.
Nous devons aussi avoir foi en nous-mêmes, en ce noyau immuable de notre personnalité.
Seul celui qui a foi en lui-même peut avoir foi dans les autres et dans leurs virtualités.
Enfin "pour aimer, comme pour se laisser aimer, il faut avoir le courage de juger certaines valeurs, comme étant d'importance ultime et alors de faire le saut et de tout miser sur elles."

 Le système accepte toutefois une certaine dose de non-conformisme et cantonne l'amour dans un rôle marginal.
Dès lors si l'on prend l'amour au sérieux en le considérant comme la seule réponse rationnelle au problème de l'existence, on est forcé de conclure que des changements importants et radicaux dans la structure de la société sont indispensables pour que l'amour devienne un phénomène social, et non plus marginal, hautement individuel.
Bruno LEROY.

10:50 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

18/04/2005

L'ESPRIT CRITIQUE...


L'esprit critique, on l'a ou on ne l'a pas, nous diront certains ! Je crois surtout qu'on le cultive ou on ne le cultive pas ! Il me paraît important de dire tout de suite que le mot " critique " n'est pas forcément négatif. Il signifie " S'appliquer à discerner les qualités et les défauts d'une œuvre ". Il ne s'agit pas là de ce que nous connaissons bien par ailleurs, " critiquer son prochain dans le but de lui nuire " ! Nous ne devons pas confondre l'esprit critique avec l'esprit de critique.

Cela dit, avançons un peu ! L'esprit critique c'est d'abord à cela que les sectes ou les systèmes politiques dictatoriaux s'attaquent. Il est devenu inutile au peuple ou aux adeptes de penser par eux-mêmes, puisque les dirigeants ou le gourou pensent pour eux, réfléchissent pour eux et décident pour eux ! Alors à quoi bon !

Je crains par-dessus tout ce système de " pensée unique ", ce devoir qui consiste à ne pas penser autrement que les autres ; c'est souvent le début de la dérive sectaire ! L'Évangile nous laisse des exemples simples de gens qui ne pensaient pas comme les autres ; avant tout Jésus lui-même, qui n'est jamais entré dans le moule de la pensée unique religieuse ; mais aussi les apôtres qui refuseront de penser comme les autorités de l'époque : " Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ! "

Qu'avons-nous à perdre ou à craindre en favorisant l'esprit critique ? Justement rien ! Par contre, une fois disparu, il n'y a plus aucune balustrade, tous les dérapages sont permis et c'est ainsi qu'on assiste à des dérives gravissimes qui salissent l'Évangile de Jésus-Christ, qui font qu'on associe l'Évangile prêché dans certains milieux à une secte (1 Pierre 5.3).Je doute que le dénommé Diotrèphe (3 Jean 1.9) ait été quelqu'un favorisant l'esprit critique chez ses auditeurs, loin de là même ; s'il avait favorisé cela, il risquait de perdre sa prédominance et de ne plus être le premier, ce qu'il aimait tant !

Dans le descriptif fait par Paul, du fruit de l'Esprit (Galates 5.22) il y a " la maîtrise de soi " et je me demande si l'esprit critique n'en fait pas partie justement. Jamais Dieu n'a voulu annihiler la pensée des êtres humains, bien au contraire.

L'esprit critique permet de juger de tout (1 Corinthiens 2.15), sereinement et objectivement ; il évite de tomber dans des pièges grossiers concernant certains enseignements inquiétants, (fausses doctrines dit-on chez moi) ; il permet de retenir ce qui est bon (et de faire la part avec ce qui l'est moins ou pas du tout) (1 Thessaloniciens 5.21).

Travailler à la destruction de l'esprit critique, sous quelque prétexte que ce soit, revient à fragiliser ceux et celles qui en sont les victimes.

On a le sentiment étrange avec certains, qu'il est impossible de penser autrement qu'eux sans quoi les flammes de l'enfer seront votre lot ! J'ai encore vu cela récemment avec le débat concernant le film de Mel Gibson, " La passion " ! Quelques points de vue définitifs ne laissent pas aux autres la moindre chance de penser autrement ! C'est grave !

Pour moi la réponse à ma question du départ est donc la suivante : l 'esprit critique est spirituel. Ce qui ne l'est pas par contre c'est de travailler à le supprimer par la peur, les menaces, les injonctions ou encore le rejet !

Bénissons Dieu pour cette capacité qu'il nous a donnée à juger de tout ! Entretenons notre esprit critique, il nous rendra service.
Bruno LEROY.
ÉDUCATEUR de RUE.

16:40 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

14/04/2005

Pourquoi les mots ?





Les mots véhiculent les pensées et la poésie permet de dévoiler la Beauté suggestive de l'âme ainsi, nous pouvons élever notre esprit et nous défaire progressivement de la grisaille qui aveugle parfois notre regard. Les poètes sont les prophètes qui annoncent par la subtilité du langage et de l'expression, que le monde a encore des raisons d'espérer et que la splendeur des tréfonds du cœur demeure à jamais. En effet, la poésie est éternelle pour ceux et celles qui savent aimer la Vie afin de lui redonner son Harmonie originelle. La poésie sera toujours une source d'Espérance intarissable dans laquelle les Hommes puiseront la fraîcheur d'exister et le sens de l'émerveillement, sans toutefois se dessaisir de la Réalité.

Bruno LEROY.

16:40 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

11/04/2005

LA MORALE EST RÉVOLUTIONNAIRE.


La morale est en quête de révolution. Cette affirmation peut étonner. Cependant, l'engagement moral s'arc-boute sur le refus d'un destin dicté d'avance par des fonctionnements et des structures établis. Il parie sur la liberté des hommes capables d'écrire leur propre histoire.Il leur demande de répondre d'eux-mêmes plutôt que de se laisser dicter par d'autres leur manières de vivre.
L'effort moral s'inscrit donc, au coeur de l'expérience humaine, comme un acte de résistance aux données qui détruisent la liberté des choix et des comportements humains.

Lorsque des hommes s'éprouvent meurtris par les injustices qui les écrasent eux-mêmes ou leurs semblables, ils aspirent à une véritable révolution des rapports entre eux. Les changements qu'ils veulent faire advenir ne se réduisent pas à un meilleur accord entre tous. Les conflits dans les usines ne se résolvent pas simplement par des augmentations de salaires. Il s'agit de rompre avec des manières d'être et de vivre qui maintiennent et renforcent l'injustice des relations humaines.

Il est important de souligner ce dynamisme révolutionnaire de la vie morale. Le risque serait de voir seulement en elle l'intime consolation donnée par de bonnes intentions.La visée de la morale s'exprime tout au contraire dans le refus d'en rester là. Sa force est de convertir ces louables intentions en des décisions et des actes qui les mettent en oeuvre. La morale se heurte au monde tel qu'il est pour dévoiler et briser son injustice ; elle veut faire grandir concrètement les hommes en leur dignité. En ce sens, la morale est porteuse d'une certaine rigueur et d'un sens de l'Absolu ; elle ne transige pas avec le respect de tout homme dans la vie sociale.

Révolutionnaire, la morale l'est donc aussi dans sa portée universelle. Elle ne se confond pas avec les intérêts individuels, ni avec la recherche du profit pour une catégorie sociale. Elle prépare chacun, de l'intérieur de lui-même, au renoncement à son propre intérêt ou à ses avantages immédiats, pour que grandisse le règne de la justice pour tous. La morale fait participer les hommes au travail d'enfantement d'une humanité nouvelle. Elle ne se contente pas de proposer une série d'obligations, mais elle invite à une conversion du désir et du regard à travers le service de l'épanouissement de tout homme quel qu'il soit. elle se veut créatrice de conditions d'existence qui permettent à chacun de trouver quotidiennement les chemins de sa véritable humanité.

Il est un test sûr de cet élan révolutionnaire dans lequel nous implique la morale : l'attention privilégiée qu'elle suscite à l'égard du plus démuni et du plus faible d'entre les hommes. L'exigence morale en effet ne s'impose pas au nom de la puissance qui contraint de l'extérieur. Elle s'enracine davantage dans la souffrance des hommes qui appelle à lutter contre le mal. Elle traduit le cri de la souffrance en révolte contre les pouvoirs et structures sociales qui exercent leur domination maléfique sur la société des hommes. En ce sens, elle est recherche constante d'une écologie mentale et sociétale et approfondissement d'un équilibre psychologique par refus d'enfermement sur soi qui génère les névroses, mais surtout par un discernement humain personnel et collectif. La qualité, la justesse et la lucidité d'un discernement sont décisives pour notre capacité à apporter bonheur ou destruction dans la vie commune. Il s'agit soit de reconnaître comme positives des pratiques qui se développent, soit d'exclure celles qui porteraient atteinte à la dignité des hommes.Puissions-nous chaque jour développer cette capacité de discernement moral pour ne point sombrer dans un nihilisme destructeur qui porterait atteinte à notre psychisme et l'équilibre moral de l'humanité.
Bruno LEROY.

12:15 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

25/02/2005

L'ÉDUCATION FAIT GRANDIR L'HUMAIN.

L'inacceptation des contraintes éducatives courantes recouvre très souvent une opposition à certaines circonstances que le jeune n'a jamais pu admettre. N'a-t-on pas noté que le second né d'une famille, du fait de sa place de second, avait dans beaucoup de cas un tempérament de révolté. La cause profonde de sa révolte, c'est d'avoir manqué la première place et d'être toujours coiffé d'un aîné qui précède et s'intercale entre les parents et lui ; mais les manifestations de son humeur rebelle seront multiples et ne paraîtront pas spécialement dirigées contre l'aîné. La cause oubliée, l'attitude générale restera: le pli sera pris.
Les réactions de l'adolescent à la contrainte seront, on le voit, plus faciles à comprendre, si l'on prend la peine d'étudier toute sa situation affective. Quelles que soient les origines reculées de la révolte, nous devons considérer ce qui l'alimente dans le présent. Bien entendu, tout ce qui rappelle la situation traumatique initiale est de nature à raviver la colère et la rancune. Bien des jeunes insurgés cherchent surtout à éprouver l'amour qu'on leur porte, parce qu'ils ont souffert, un jour, de se croire privés de cet amour dont tout être a besoin pour vivre. Il y a des révoltes normales et nécessaires qui visent à de justes conquêtes. Mais il y a aussi des révoltes à l'état pur, qui ne visent à rien du tout et traduisent seulement un état de malaise qui apparaît, chaque fois que l'individu peut se croire injustement lésé ou souffre de la vanité de ses efforts et se sent impuissant à obtenir la satisfaction de désirs dont il n'a parfois lui-même qu'une notion imprécise.

L'inacceptation des contraintes imposées du dehors ne vient pas forcément de la nature de ces contraintes ; elle peut venir d'un sentiment de gêne intérieure, dont l'individu cherche à se débarrasser par une manoeuvre de diversion dirigée contre l'autorité extérieure, prise comme bouc émissaire. Il est plus facile en effet, et moins inquiétant, de s'attaquer à un ennemi concret et connu, qu'à un ennemi invisible qui est au fond de nous et dont nous n'arrivons même pas à nous dissocier complètement. Ce sont les êtres qui vivent dans la plus grande dépendance affective qui ont sans doute le plus violent besoin de se livrer à des démonstrations insurrectionnelles, sans cesse renouvelées parce que toujours inefficaces. Celui qui se montre le plus insubordonné en paroles est parfois celui qui est le moins capable de se refuser à faire ce qu'on lui demande. Car il y a, parmi les révoltés, toute la catégorie des révoltés verbaux qui tirent en général de leur rébellion le maximum de désagrément, à l'inverse des révoltés passifs qui disent toujours "oui" et n'en font qu'à leur tête.

Cela correspond à cette tendance à retourner cette agressivité contre soi, que l'on rencontre chez beaucoup de personnes chez qui existe une certaine tension agressive qu'elles sont incapables d'utiliser vraiment contre d'autres, par crainte et par culpabilité. Les réactions d'excessive docilité à la contrainte peuvent être factices et dissimuler quelque calcul hypocrite ; mais elles procèdent souvent d'un certain infantilisme moral qui se traduit par une véritable impossibilité de concevoir la désobéissance à l'adulte. Ce dernier a, somme toute, trop bien réussi dans sa propagande ; il n'a pas permis à l'adolescent d'imaginer un idéal plus élevé que la soumission et, du même coup, il l'a retenu au stade du nourrisson qui n'est capable de rien par lui-même, sans l'aide, ou tout au moins l'approbation, de la grande personne.

L'initiative, l'énergie, l'imagination, l'invention, l'originalité, le dynamisme se trouvent dévalorisés. L'esprit critique ne saurait se développer ; et il ne saurait être question de savoir se conduire seul, un jour, dans l'existence. Rien n'est plus faux en l'occurrence que l'affirmation commune "Pour apprendre à commander, il faut savoir obéir". En effet, il serait dangereux de se réjouir d'une docilité si grande qui va tout à fait à l'encontre du but essentiel de l'éducation: apprendre aux jeunes à se passer de ses éducateurs. Il est sans doute difficile à l'adulte de fomenter une révolte contre sa propre autorité ; aussi bien n'est-ce pas ce qu'on lui demande! Le jeune passif a besoin d'être encouragé et incité à donner en chaque circonstance son avis personnel, que l'on se gardera bien de contrer brusquement, même si l'on est pas tout à fait d'accord avec lui. Mais il y a là toute une éducation à entreprendre qui souvent a été gâchée, dans les débuts, par la fâcheuse et trop fréquente tendance à se substituer au jeune en toutes circonstances, sans lui laisser acquérir le sens et l'autonomie de sa personnalité.

Tout adolescent revendique inconsciemment mais légitimement, le droit de rester un être autonome. Rien ne peut le blesser plus que l'idée qu'on lui témoigne un amour intéressé. D'où cette attitude de défense si fréquemment rencontrée chez les adolescents qui se veulent "durs" et s'accrochent désespérément à une formule qui montre bien au fond leur faiblesse: "on ne m'aura pas". Ils s'efforcent par cette affirmation (qui est une sorte d'engagement vis-à-vis d'eux mêmes) de consolider leur résistance. Ils ne se défendent pas seulement contre l'humiliation de céder, mais contre la déception sentimentale. L'essentiel pour eux est d'être assurés qu'on s'intéresse à eux pour autre chose que pour les "avoir". Ils se méfient d'ailleurs en général des déclarations et des démonstrations ; ils préfèrent souvent les chefs qui se montrent fermes et stricts, avec une bienveillance réelle mais tacite, à ceux qui se prétendent d'emblée leurs amis et font appel aux ressources de la plus séduisante persuasion. "On ne m'aura pas" ne signifie pas tellement "on ne me fera pas céder", mais plutôt: je ne me laisserai pas prendre à la duperie des sentiments. Malgré l'apparence, c'est une attitude plus affective que rationnelle.

Le rôle de l'éducateur avec ces "durs" n'est pas tant de les enchaîner que de les libérer d'eux-mêmes. Seuls, des adultes vivant des convictions et valeurs humaines sans les imposer mais par une cohérence de vie, deviendront les modèles identificatoires salvateurs dont les jeunes éprouvent une criante nécessité et qu'ils cherchent désespérément dans certaines stars de la télévision ou joueurs de football dont le quotient intellectuel est rarement élevé. Le drame de notre société est de manquer cruellement de personnes ressources dont les adolescents pourraient puiser quelques pensées pour forger leur personnalité. Notre devoir est de prendre la relève en devenant des combattants de l'amour et de l'espérance et en leur inculquant le sens du militantisme pour un monde meilleur. Ils deviendront alors des rebelles de l'amour dont notre société manque tragiquement.
BRUNO LEROY.
ÉDUCATEUR de RUE.

10:05 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

19/02/2005

DU SPIRITUEL DANS L'ART.

Je partirai du témoignage du poète Rainer Maria Rilke. Dans Les Carnets de Malte,. Rilke décrit la source de son inspiration poétique.: « Les vers ne sont pas faits, comme les gens le croient, avec des sentiments (ceux-là, on ne les a que trop tôt) - ils sont faits d'expériences vécues. Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, beaucoup d'hommes et de choses, il faut connaître les bêtes, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir le mouvement qui fait s'ouvrir les petites fleurs au matin. Il faut pouvoir se remémorer des routes dans des contrées inconnues, des rencontres inatten­dues et des adieux de longtemps prévus [...] Et il n'est pas encore suffisant d'avoir des souvenirs. Il faut pouvoir les oublier, quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore ce qu'il faut. Il faut d'abord qu'ils se confondent avec notre sang, avec notre regard, avec notre geste, il faut qu'ils perdent leurs noms et qu'ils ne puissent plus être discernés de nous-mêmes ; il peut alors se produire qu'au cours d'une heure très rare, le premier mot d'un vers surgisse au milieu d'eux et émane d'entre eux ». En effet, ce texte peut s'appliquer à tous les arts, mais également à l’expérience mystique, qu’elle soit chrétienne, juive, soufie ou taoïste. Dès lors que nos expériences se confondent avec notre sang, que nous les avons digérées, méditées et oubliées, elles deviennent profondes, inoubliables et véri­tablement spirituelles et transcendantes. Un véritable artiste peint ou écrit avec son sang, écrivait Nietsche, c’est-à-dire avec sa vie.

Henri Maldiney écrivait: «Le destin de l’art est celui de l’étonnement où s’éveille les transcendances » ! ... ? Raccourci saisissant et audacieux comme le titre de cet exposé. L’émerveillement certes est un pont entre art et transcendance, entre la terre et le ciel, oui, mais un pont sur quoi ? Sur la distance infinie entre l’art et le spirituel, et sur l’abîme qu’il ouvre sous nos pieds, celui de nos peurs et de nos angoisses face à la mort, face au scandale de la souffrance et du mal.

Depuis l’homme de Cromagnon, comme nous le montrent les peintures rupestres d’Altamira, de Chauvet ou de Lascaut, l’image a permis aux hommes d’exprimer ce sentiment qui est à la fois stupeur et étonnement, effroi et émerveillement, mélange d’angoisses et de joies face au mystère. Les rites et les images funéraires de toutes les religions depuis 30000 ans en sont les traces. En libérant une forme, l’artiste tente d’apprivoiser la mort et de percer le mur de silence qui l’entoure. Dans ce combat entre l’absence et la présence, l’artiste puise à la source du mystère et est épuisé par elle. Et son oeuvre surgit là où il s’anéantit et s’efface, mystérieux dévoilement où se voile celui ou celle qui en est le témoin.

« Qu’est-ce que dessiner ? demande Van Gogh : C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui se trouve entre ce qu’on sent et ce que l’on peut ». Mais « la peinture n’est-elle pas faite pour démolir le mur » comme le confiait Fernand Léger au père Couturier. Nicolas de Stael écrit : « L’espace pictural est un mur, mais tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs. »

Dans cette semaine sainte du regard, nous avons distingué quatre étapes, le choc de l'étonnement, l'exode du regard, la leçon des ténèbres et l’être-là dans le surgissement, pour reprendre des termes de la tradition chrétienne. Exode qui permet de passer de l’esclavage des choses et des représentations à la liberté de l’esprit, quatre étapes qui se retrouvent dans la tradition chinoise : "Voir, ne plus voir, s'abîmer dans le non voir, revoir intérieurement », comme l’écrit François Cheng dans le Dit de Tianyi reprenant les propos d’un certain Maître Tchang.

I - La stupéfaction du « voir »

Pour Abraham Heschel, l'art et la mystique se définissent comme une même expérience de "stupéfaction radicale." Le mystique et l’artiste sont littéralement bouche bée devant la beauté et l'aspect formidable des choses. «L'émerveillement est le début de la sagesse et précède la foi.» Einstein définit la mystique comme «la capacité de s'abîmer dans le respect et de rester interdit d'admiration… Celui qui ne sait plus s’émerveiller, c’est comme s’il était mort, son esprit s’est éteint ». Bachelard écrivait : "Entre les mystiques, les musiciens et les poètes, il y a une secrète parenté : c’est dans l’amitié que les poètes ont pour les choses, que nous pourrons connaître ces gerbes d’instants qui donnent valeur humaine à des actes éphémères. » De l’émerveillement de l’artiste naît son désir de création. Dans le silence de l'émerveillement, les formes artistiques sont des tentatives pour nous faire passer du dehors au dedans puis du dedans au transcendant, comme le disait déjà saint Bonaventure au XIIIè.

Mais quelle est cette réalité que l’on nomme transcendance? " Est-ce le Dieu transcendant des religions, celui des philosophes ou l’Autre des psychanalystes ou simplement le Dieu intérieur des mystiques? Depuis Socrate, Platon, Spinoza, Nietzsche et Heidegger, l'émerveillement occupe plus l'histoire de la philosophie que celle de la théologie. Simone Weil nous rappelle justement que " le christianisme a oublié que le salut est essentiellement une question de regard … La beauté est la seule fin à rechercher ici bas … Elle est l’éternité sur terre". Jean Paul II rappelait en 1999 ces paroles de Vatican II: « La beauté, comme la vérité, c'est ce qui met la joie au coeur des hommes, c'est ce fruit précieux qui résiste à l'usage du temps, qui unit les générations et les fait communier dans l'admiration. » « Puisse la beauté que vous transmettez aux générations de demain être telle qu’elle suscite en elle l’émerveillement ! Devant le caractère sacré de la vie et de l’être humain, devant les merveilles de l’univers, l’unique attitude adéquate est celle de l’émerveillement… La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. »

Que reste-t-il aujourd’hui des civilisations et des religions anciennes sinon leurs oeuvres d’art ? Qu’allons nous chercher sur les rives du Nil, à Constantinople, Florence ou Rome et dans les églises romanes ou les musées du monde ? Et n'est-ce pas aussi le secret des écritures et des paraboles particulièrement, comme celui de bien des grands textes mystiques hindous, taoïstes ou soufis d'être des écoles d'émerveillement ?

De soi l’art ne prie pas mais il peut nous y conduire en nous plongeant muet…, silencieux et émerveillé dans cet autre coté du réel. « L’art ne rend pas le visible, il rend visible» cet invisible autre coté, l’arrière pays de ce que nous prenons pour le réel. André Malraux écrit que « le seul domaine où le divin soit visible est l’art, quelque nom qu’on lui donne. » C’est le regard de l’artiste qui rend visible ou pas la transcendance au cœur de l’immanence du monde. L’art nous invite à passer du donné visible au don invisible des choses. A la fin seul le regard de celui qui contemple une oeuvre peut laisser jaillir la transcendance. Mystère de liberté et de don ! L'attente silencieuse des oeuvres d’art n’est-elle pas le signe d’un appel à traverser le pont entre ce donné et ce don ? L’art ne cherche pas simplement à représenter mais à nous rendre présent. C’est nous qui n’en sommes pas encore là, dans ce présent de la présence. Nous ne vivions pas toujours dans cet univers du don.

II La peur du vide ou le non-voir :

Notre regard est limité par l'horizon de nos montagnes intérieures, celles de nos peurs ou de nos égoïsmes et même de nos croyances. "Ce qu'on sait de quelqu'un, écrit Bobin, nous empêche de le connaître. Ce qu'on dit, en croyant savoir ce qu'on dit, rend difficile de le voir." On croit voir plus que l'on ne voit." Comme l'écrivait un rabbin Abraham Heschel : "Les communautés humaines meurent de leurs certitudes." Quitter ses certitudes, c'est le plus difficile, c'est un saut dans ce vide au delà des croyances et des incroyances. » Art et transcendance se rencontrent quand un homme surmonte ses peurs et se rend disponible dans un lâcher prise de toutes représentations, qu’elles soient religieuses, culturelles ou artistiques. L’art n’est pas spirituel en lui-même, comme le spirituel n’est pas nécessairement artistique. Nos images pieuses ne sont pas toujours des oeuvres d’art. Mais pour atteindre l’autre coté du pont qui mène à la transcendance, il faut traverser parfois bien des précipices ; seul l’émerveillement permet de franchir ce pont. Pourquoi est-ce si rare et si fragile? Pourquoi cette sagesse, qui est une folie pour le plus grand nombre, est cachée aux sages et aux savants, et réservée aux petits et aux enfants, aux artistes et aux mystiques ?

Si comme nous l’enseigne les trois monothéismes : Dieu est créateur et qu’il nous a créé à son image, nous avons à devenir des créateurs de beauté. Le spirituel n’est la propriété d’aucune religion, pas même de celle de l’art. Le spirituel est ce qui relie des personnes à la transcendance, sans confusions ni mélanges. Le spirituel, c’est ce qui nous libère de nous-mêmes et nous universalise en nous reliant les uns avec les autres. Artiste est celui qui crée des liens et des harmonies, entre les couleurs, entre les sons, les mots et les personnes.

Si l’art bien souvent nous déroute, c’est bien qu’il nous invite à changer de route, à passer de l’autre coté, du figuratif à l’abstrait, et derrière ces querelles de représentations, l’invitation secrète n’est-elle pas toujours de passer du visible à l’invisible et donc de l’absence à la présence. Avant de nous faire le don de l'émerveillement, l’art ne conduit-il pas aussi au questionnement et à l’angoisse devant ce qui est radicalement autre? Avant de nous faire le don d’une transcendance que certains nommeront « le Très Beau », Dieu, ou l’un des attributs d’Adonaï, Christ, ou Allah, l’art contemporain ne nous donne-t-il pas plus souvent le vertige ?

III - La leçon des ténèbres : s’abîmer dans le non voir

Sur ce pont qu’est l’émerveillement, l’artiste oscille bien souvent entre l'idolâtrie et l'extase, l’angoisse et la joie et le plus souvent il est plongé dans la nuit, cet « inconnu nocturne » dont parle Rimbaud, triple nuit des sens, du sens et de l’esprit. Avant d’enfanter la lumière, il est plongé dans la ténèbre. Delacroix parle de « lumière, que te voilà menacé ! Tu n’es déjà plus que le milieu où lancer ce pont jeté entre les âmes. » On comprend alors pourquoi Braque nous rappelle que « la beauté est une blessure devenue lumière » et qu’Aragon nous dit que "tous ceux qui parlent des merveilles, leur fable cache bien des sanglots. Les gens prennent pour des roses, la douleur dont ils sont brisés." L'icône d'un visage en larmes est aussi celle d'un Dieu voilé" et " nos larmes ne sont-elles pas aussi calligraphie de l'âme", dévoilement de sa présence ? Un maître soufi écrit :"La Vérité n'est pas voilée, ce sont tes yeux qui portent un voile. » C’est quand nous pleurons vraiment, des larmes de sang et de vie que l’invisible se dévoile sous nos yeux émerveillés. Quand l’éloquence de nos pleurs s’inscrit sur nos visages en incarnant le mystère, l’icône d’un visage en larmes devient celle d’un dieu voilé. L’histoire de l’art ne serait-elle pas d’abord une histoire des larmes et d’une joie qui fait parfois pleurer de joie ? Rappelons nous les « Requiem » de Mozart, les « lamentations de Jérémie », les « Leçons de ténèbres » de Couperin, Victoria, Haydn et de combien d’autres grands musiciens….

Mais, pour bien voir dans l’abîme qui là se dévoile, il faut bien discerner l'idole de l'icône. Tension entre les « dits » des images et leurs inter-dits, l’art est cet ultime lectio divina d’un réel qui reste la source inépuisable de la contemplation et de l’inspiration des artistes. L’art se situe sur la limite, il tente l’impossible de vouloir dire ce qui est indicible. Et tous nos interdits de la représentation ne font que traduire nos peurs face à cette ambiguïté de l’art. Nos querelles iconoclastes sur le figuratif et le non figuratif n’en sont-elles pas la trace ? Accepter ce jeu, c’est entrer dans le mystère de toute création. Jeu de relation et de hasard, jeu des images, des couleurs, des notes ou des mots, mais jeu divin, ou plutôt, comme Dante nous le suggère, divine comédie du visible qui en nous plongeant dans l’enfer de l’Hadès qui signifie a-deis ou non-voir, où Dieu nous initie au mystère de la lumière invisible.

IV Voir autrement : de l’idole à l’icône

« Art et religion ne puisent-ils pas ici à la même source ? Et l’expérience esthétique n’est elle pas la trace d’une obscure rencontre entre l’homme et le divin. "Les chinois comparent un artiste à une abeille aveugle. Elle devine la présence de la fleur; elle tourne désespérément autour. Elle le sait : il y a là quelque chose d’essentiel qui s’offre et se retire. C’est un besoin analogue qui inspire l’artiste et exaspère parfois son impatience." Quelque chose ou quelqu’un nous fait signe et nous appelle ? Renoncer à répondre, n’est ce pas renoncer à être et rester dans l’avoir, celui de nos certitudes et de nos façons de voir ? L’art est subversif. Il nous éveille et nous invite à lâcher prise, à passer du sensible au spirituel, de l’immanence à la transcendance. Le spirituel dans l’art n’est ni dans le comment, ni dans le pourquoi des choses, mais dans leur surgissement. Le seul mystère de l’art c’est qu’il soit là. Mais c’est nous qui en général n’en sommes pas là, enfermés dans nos habitudes de voir et de penser. L’art est appel ; appel à être là, ensemble présent à son mystère. Le spirituel dans l’art est dans cette mystérieuse présence où il nous donne de communier ensemble à la même intuition de la transcendance du monde. L’art ainsi est invitation à traverser le pont, entre le fini et l’infini, entre le présent et la présence, il nous invite à passer de l’autre bord, sur le versant de la transcendance.

Si comme l’écrivait Dostoïevsky, « la beauté sauvera le monde », et que l’art est un des instruments de ce salut, l’émerveillement en ouvre le chemin qui nous conduit vers la transcendance. L’art est bien un lieu de salut car il nous guérit de nos peurs et nous réconcilie avec la création. L’art est libération et transformation, non seulement de l’objet mais du sujet, passage de la matière à l’esprit, du dehors au-dedans et du dedans au transcendant. Il « rend visible l’invisible transcendance des choses et des couleurs. Un tableau ne cherche pas simplement à rappeler un paysage ou un visage, mais il est essentiellement appel à y entrer. On ne regarde pas un tableau, on y pénètre. « Jamais devant, toujours dedans » nous répète Tal Coat. L’art alors n’est plus une simple imitation de la nature, il est révélation et apprivoisement de son mystère, il change notre regard sur elle et éveille la communion entre l’homme et la transcendance. L’art devient alors un lieu de transfiguration, ultime passage de l’idole en icône.

Conclusion

Kandinsky dans son livre Du spirituel dans l’art conclut, que « l’artiste est le Prêtre du Beau », il en est le prophète et le serviteur, et l’artiste est bien le « pontife » qui nous initie au mystère de la transcendance du beau et nous invite à passer, émerveillé, sur ce pont qui sépare et relie la terre et le ciel. « C’est pourquoi l’Église, comme l’écrivait Paul VI puis Jean Paul II dans sa lettre aux artistes, a besoin des saints, mais aussi des artistes, les uns et les autres sont les témoins de l’Esprit vivant (du Christ). Le monde a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. Vous êtes les gardiens de la beauté du monde. »
François Darbois.

http://darbois.francois.free.fr

10:55 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |