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22/08/2006

En souvenir du Frère Roger, colombe de la Paix.

Taizé : un nom qui chante en beaucoup de cœurs. En ce haut-lieu de la chrétienté, affluent constamment d'innombrables jeunes et de moins jeunes, venant de tous pays, confessions, croyances. Car Taizé n'est pas seulement un monastère « pas comme les autres », mais aussi un lieu de rencontres, de dialogue, de communauté, plus encore un lieu où renaît l'espoir, où souffle l'Esprit. Aujourd'hui encore, Taizé refuse de « s'installer » pour rester disponible aux appels de l'Esprit. Témoin spirituel, le frère Roger l'était incontestablement, mais il le disait avec insistance, il n'était pas seul. Son témoignage est celui de toute une communauté, car sans elle, affirmait-il, il ne serait rien. Ce jour, les nuages sont moins lumineux qu'autrefois, la mort vient de frapper le plus charismatique fondateur d'une communauté en recherche de paix universelle. Tous les hommes ayant prônés la fraternité entre les peuples sont morts assassinés. Est-ce un hasard de notre histoire ou un Témoignage dérangeant dans un monde violent ? Je pencherai pour la deuxième hypothèse. Certains et certaines diront que le monde est devenu fou. Malheureusement cela fait longtemps, trop longtemps que la folie exprimée par le meurtre emplie les pages de nos journaux. Trouver une explication rationnelle à ces phénomènes serait de l'ordre de l'utopie psychologique. La folie peut-elle s'expliquer par la raison ?
Frère Roger n'est plus sur cette terre. Il fut le Témoin d'un Dieu ne faisant aucune dichotomie entre les religions et les Hommes.Le plus grand Hommage que nous puissions lui rendre est de pardonner à la personne qui a mis une lame d'arrêt sur sa vie. Une existence vouée aux autres, aux jeunes et prioritairement à Dieu-Amour. Il nous reste la prière, cette oxygénation de l'âme qui nous permettra de reprendre confiance en un Dieu bien au-delà de nos ratiocinations purement humaines. L'Esprit souffle où il veut. Ce n'est pas à nous de juger ce meurtre pathologique commis dans un passage à l'acte. Frère Roger, l'aurait-il fait ? Ou aurait-il pardonné les coups de couteaux fatals qui achèvent une vie flamboyante en peu de temps. Oui, tout cela est bien triste. Il m'arrive de penser que nous marchons sur la tête. Les hommes de Paix dérangent une société où la violence est devenue une banalité. Un Témoin est un martyr qui donne sa pauvre existence à Dieu pour servir les hommes envers et contre tout. Taizé demeurera ce lieu de ressourcement où les êtres Humains chercheront la flamme de son Fondateur dans les yeux des autres. En ces instants de larmes, il nous reste la prière comme unique arme contre ce monde cruel où témoignent tant de chrétiens et chrétiennes pour que la paix du Christ règne en nos âmes.Être un authentique chrétien s'est toujours révélé dangereux à l'image du Christ crucifié pour avoir annoncé une société d'Amour. Que cela ne nous fasse point reculer mais, aller de l'avant pour vivre intégralement la Parole de Dieu, tel Frère Roger, notre exemple à jamais. Amen !
( article que j'avais écrit le jour même de sa mort ).

Bruno LEROY.

18:54 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

05/06/2006

Maître Eckhart.

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"Il n'est pas nécessaire de comprendre cela"


Par la bouche de la sagesse, la félicité énonça : « Heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux leur appartient. » Les anges, les saints, tout ce qui ne naquit jamais doit être silence quand parle l'éternelle sagesse du Père car toute la sagesse des anges et de toutes les créatures n'est que pur néant devant l'insondable sagesse de Dieu.

Cette sagesse a dit : « Heureux sont les pauvres. »

Or il y a deux genres de pauvreté. La pauvreté extérieure, bonne et très louable lorsque l'homme la vit volontairement par amour pour notre seigneur Jésus-Christ, comme lui-même l'a assumée sur terre. Mais selon la parole de notre Seigneur, il est une autre pauvreté, une pauvreté intérieure; puisqu'il dit : « Heureux sont les pauvres en esprit. » Soyez, je vous prie, de tels pauvres afin de comprendre ce discours car, je vous le dis au nom de la vérité éternelle, si vous ne devenez pas semblable à cette vérité, vous ne pourrez pas me comprendre. D'aucuns m'ont interrogé sur la vraie pauvreté et sur ce qu'il faut entendre par un homme pauvre. Je vais maintenant leur répondre.

L'évêque Albert dit : « Est un homme pauvre celui qui ne peut se contenter de toutes les choses que Dieu a jamais créées », et cela est bien dit. Mais nous allons encore plus loin et situons la pauvreté à un niveau bien plus élevé. Est un homme pauvre celui qui ne veut rien, ne sait rien et ne possède rien. Je vais vous parler de ces trois points et vous prie, par amour de Dieu, d'essayer de comprendre cette vérité, si cela vous est possible. Mais si vous ne la comprenez pas, n'en soyez pas troublé car je parlerai d'un aspect de la vérité que très peu de gens, mêmeprofonds, sont en mesure de comprendre.

Nous dirons d'abord qu'un homme pauvre est celui qui ne veut rien. Bien des gens ne comprennent pas véritablement ce sens. Ce sont ceux qui s'adonnent à des pénitences et à des pratiques extérieures, performances qu'ils tiennent néanmoins pour considérables, alors qu'ils ne font que s'autoglorifier . Que Dieu en ait pitié de si peu connaître la vérité divine! Ils sont tenus pour saints, d'après leurs apparences extérieures, mais au dedans ce sont des ânes qui ne saisissent pas le véritable sens de la divine vérité. Ces gens disent bien que pauvre est celui qui ne veut rien, mais selon l'interprétation qu'ils donnent à ces mots, l'homme devrait vivre en s'efforçant de ne plus avoir de volonté propre et tendre à accomplir la volonté de Dieu. Ce sont là des gens bien intentionnés et nous sommes prêts à les louer. Dieu, dans sa miséricorde, leur accordera sans doute le royaume des cieux, mais, je dis moi, par la vérité divine, que ces gens ne sont pas, même de loin, de vrais pauvres. Ils passent pour éminents aux yeux de ceux qui ne connaissent rien de mieux, cependant ce sont des ânes qui n'entendent rien de la vérité divine. Leurs bonnes intentions leur vaudront sans doute le royaume des cieux, mais de cette pauvreté dont nous voulons maintenant parler, ils ne connaissent rien.

Si on me demandait ce qu'il faut entendre par un homme pauvre qui ne veut rien, je répondrais : aussi longtemps qu'un homme veut encore quelque chose, même si cela est d'accomplir la volonté toute chère de Dieu, il ne possède pas la pauvreté dont nous voulons parler.

Cet homme a encore une volonté : accomplir celle de Dieu, ce qui n'est pas la vraie pauvreté. En effet, la véritable pauvreté est libre de toute volonté personnelle et pour la vivre, l'homme doit se saisir tel qu'il était lorsqu'il n'était pas. Je vous le dis, par l'éternelle vérité : aussi longtemps que vous avez encore la soif d'accomplir la volonté de Dieu, et le désir de l'éternité de Dieu, vous n'êtes pas véritablement pauvre, car seul est véritablement pauvre celui qui ne veut rien et ne désire rien.

Quand j'étais dans ma propre cause, je n'avais pas de Dieu et j'étais cause de moi-même, alors je ne voulais rien, je ne désirais rien car j'étais un être libre et me connaissais moi-même selon la vérité dont je jouissais. Là, je me voulais moi-même et ne voulais rien d'autre, car ce que je voulais je l'étais, et ce que j'étais je le voulais. J'étais libre de Dieu et de toute chose. Mais lorsque par ma libre volonté j'assumais ma nature créée, alors Dieu est apparu, car avant que ne fussent les créatures, Dieu n'était pas Dieu, il était ce qu'il était. Mais lorsque furent les créatures, Dieu n'a plus été Dieu en lui-même, mais Dieu dans les créatures. Or nous disons que Dieu, en tant que ce Dieu-là, n'est pas l'accomplissement suprême de la créature car pour autant qu'elle est en Dieu, la moindre créature a la même richesse que lui. S'il se trouvait qu'une mouche ait l'intelligence et pouvait appréhender l'éternel d'où elle émane, nous dirions que Dieu, avec tout ce qu'il est, en tant que Dieu, ne pourrait satisfaire cette mouche. C'est pourquoi nous prions d'être libre de Dieu et d'être saisi de cette vérité et d'en jouir éternellement là où les anges les plus élevés, la mouche et l'âme sont un; là où je me tenais, où je voulais ce que j'étais, et étais ce que je voulais.

Nous disons donc que l'homme doit être aussi pauvre en volonté que lorsqu'il n'était pas. C'est ainsi qu'étant libre de tout vouloir, cet homme est vraiment pauvre. Pauvre en second lieu est celui qui ne sait rien. Nous avons souvent dit que l'homme devrait vivre comme s'il ne vivait ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu. Nous allons maintenant encore plus loin en disant que l'homme doit vivre de telle façon qu'il ne sache d'aucune manière qu'il ne vit ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu. Bien plus, il doit être à tel point libre de tout savoir qu'il ne sache ni ne ressente que Dieu vit en lui. Mieux encore, il doit être totalement dégagé de toute connaissance qui pourrait encore surgir en lui. Lorsque l'homme se tenait encore dans l'être éternel de Dieu, rien d'autre ne vivait en lui que lui-même.

Nous disons donc que l'homme doit être aussi libre de tout son propre savoir, qu'il l'était lorsqu'il n'était pas et qu'il laisse Dieu opérer selon son vouloir en en demeurant libre.

Tout ce qui découle de Dieu a pour fin une pure activité. Mais l'activité propre à l'homme est d'aimer et de connaître. Or la question se pose de savoir en quoi consiste essentiellement la béatitude.

Certains maîtres disent qu'elle réside dans la connaissance, d'autres dans l'amour. D'autres encore qu'elle réside dans la connaissance et l'amour. Ces derniers parlent déjà mieux. Quant à nous, nous disons qu'elle ne réside ni dans la connaissance ni dans l'amour. Il y a dans l'âme quelque chose d'où découlent la connaissance et l'amour. Ce tréfonds ne connaît ni n'aime comme les autres puissances de l'âme. Celui qui connaît cela connaît la béatitude. Cela n'a ni avant ni après, sans attente, et est inaccessible au gain comme à la perte. Cette essence est libre de tout savoir que Dieu agit en elle, mais se jouit elle-même par elle-même comme le fait Dieu.

Nous disons donc que l'homme doit se tenir quitte et libre de Dieu, sans aucune connaissance, ni expérience que Dieu agit en lui et c'est ainsi seulement que la véritable pauvreté peut éclore en l'homme.

Certains maîtres disent : Dieu est un être, être raisonnable qui connaît toute chose. Or nous disons : Dieu n'est ni être ni être raisonnable, et il ne connaît ni ceci, ni cela. Dieu est libre de toute chose et c'est pourquoi il est l'essence de toute chose.

Le véritable pauvre en esprit doit être pauvre de tout son propre savoir, de sorte qu'il ne sache absolument rien d'aucune chose, ni de Dieu ni de la créature, ni de luimême.

Libre de tout désir de connaître les œuvres de Dieu ; de cette façon seulement, l'homme peut être pauvre de son propre savoir.

En troisième lieu, est pauvre l'homme qui ne possède rien. Nombreux sont ceux qui ont dit que la perfection résidait dans le fait de ne rien posséder de matériel, et cela est vrai en un sens, mais je l'entends tout autrement.

Nous avons dit précédemment qu'un homme pauvre ne cherche même pas à accomplir la volonté de Dieu, mais qu'il vit libre de sa propre volonté et de celle de Dieu, tel qu'il était lorsqu'il n'était pas. De cette pauvreté nous déclarons qu'elle est la plus haute.

Nous avons dit en second lieu que l'homme pauvre ne sait rien de l'activité de Dieu en lui. Libre du savoir et de la connaissance, autant que Dieu est libre de toute chose, telle est la pauvreté la plus pure. Mais la troisième pauvreté dont nous voulons parler maintenant est la plus intime et la plus profonde : celle de l'homme qui n'a rien. Soyez toute écoute! Nous avons dit souvent, et de grands maîtres l'ont dit aussi, quel'homme doit être dégagé de toute chose, de toute œuvre, tant extérieure qu'intérieure, de telle sorte qu'il soit le lieu même où Dieu se trouve et puisse opérer. Mais à présent, nous allons audelà. Si l'homme est libre de toute chose, de lui-même, et même de Dieu, mais qu'il lui reste encore un lieu où Dieu puisse agir, aussi longtemps qu'il en est ainsi, l'homme n'est pas encore pauvre de la pauvreté la plus essentielle. Dieu ne tend pas vers un lieu en l'homme où il puisse opérer.

La véritable pauvreté en esprit c'est que l'homme doit être tellement libéré de Dieu et de toutes ses œuvres que, Dieu voulant agir en l'âme, devrait être lui-même le lieu de son opération. Et cela il le fait volontiers car, lorsque Dieu trouve un homme aussi pauvre, Dieu accomplit sa propre œuvre et l'homme vit ainsi Dieu en lui, Dieu étant le lieu propre de ses opérations. Dans cette pauvreté, l'homme retrouve l'être éternel qu'il a été, qu'il est maintenant et qu'il sera de toute éternité.

Saint Paul dit : « Tout ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. » Or, notre discours semble transcender la grâce, l'être, la connaissance, la volonté, et tout désir. Comment donc comprendre la parole de saint Paul ? On répondra que la parole de saint Paul est vraie. Il fallait qu'il soit habité par la grâce; c'est elle qui opéra pour que ce qui était potentiel devint actuel. Lorsque la grâce prit fin, Paul demeura ce qu'il était.

Nous disons donc que l'homme doit être si pauvre qu'il ne soit, ni ne possède en lui aucun lieu où Dieu puisse opérer. Tant qu'il conserve une localisation quelle qu'elle soit, il garde une distinction. C'est pourquoi je prie Dieu d'être libre de Dieu car mon être essentiel est au-delà de Dieu en tant que Dieu des créatures.

Dans cette divinité où l'Être est au-delà de Dieu, et au-delà de la différenciation, là, j'étais moi-même, je me voulais moi-même, je me connaissais moi-même, pour créer l'homme que je suis. Ainsi je suis cause de moi-même selon mon essence, qui est éternelle, et non selon mon devenir qui est temporel. C'est pourquoi je suis non-né et par là je suis au-delà de la mort. Selon mon être non-né, j'ai été éternellement, je suis maintenant et demeurerai éternellement. Ce que je suis selon ma naissance mourra et s'anéantira de par son aspect temporel. Mais dans ma naissance éternelle, toutes les choses naissent et je suis cause de moi-même et de toute chose. Si je l'avais voulu, ni moi-même ni aucune chose ne serait, et si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus. Que Dieu soit Dieu, je suis la cause; si je n'étais pas, Dieu ne serait pas. Mais il n'est pas nécessaire de comprendre cela.

Un grand maître a dit que sa percée est plus noble que son émanation, et cela est vrai. Lorsque j'émanais de Dieu, toutes les choses dirent : Dieu est. Mais cela ne peut me combler car par là je me reconnaîtrais créature. Au contraire, dans la percée, je suis libéré de ma volonté propre, de celle de Dieu, et de toutes ses expressions, de Dieu même. Je suis au-delà de toutes les créatures et ne suis ni créature, ni Dieu. Je suis bien plus. Je suis ce que j'étais, ce que je demeurerai maintenant et à jamais. Là je suis pris d'une envolée qui me porte au-delà de tous les anges. Dans cette envolée, je reçois une telle richesse que Dieu ne peut me suffire selon tout ce qu'il est en tant que Dieu et avec toutes ses œuvres divines. En effet, l'évidence que je reçois dans cette percée, c'est que Dieu et moi sommes un. Là je suis ce que j'étais. Je ne crois ni ne décrois, étant la cause immuable qui fait se mouvoir toute chose. Alors Dieu ne trouve plus de place en l'homme. L 'homme dans cette pauvreté retrouve ce qu'il a été éternellement et ce qu'il demeurera à jamais.

Ici Dieu et l'esprit sont un et c'est là la pauvreté la plus essentielle que l'on puisse contempler. Que celui qui ne comprend pas ce discours reste libre en son cœur, car aussi longtemps que l'homme n'est pas semblable à cette vérité, on ne peut pas la comprendre, car c'est une vérité immédiate et sans voile, jaillie directement du cœur de Dieu. Que Dieu nous vienne en aide pour la vivre éternellement. Amen.

20:59 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

06/05/2006

Dietrich Bonhoeffer Homme de Dieu.

Il y a soixante ans, le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer, théologien et résistant, était exécuté. Il avait invité à trouver Dieu au présent.

Dietrich Bonhoeffer, né le 4 février 1906, est allemand et de confession protestante. Il fit d’excellentes études de théologie, obtint son doctorat à 23 ans et fut ordonné pasteur en 1931.
Il fut un homme proche de tout croyant, et de ses frères en servitude. Après plusieurs interventions publiques contre le nazisme, il « partagea » leur vie dans les camps de concentration. Il fut un homme de prière, militant pour la liberté et l’humanité de chacun, pour une Église et des croyants engagés dans le monde. Condamné à la pendaison, il mourut le 9 avril 1945, dans le camp de Flossenbürg. Il était âgé de 39 ans.

Nous vous proposons trois haltes autour de trois thèmes récurrents dans l’œuvre de Dietrich Bonhoeffer : la prière, la solidarité, et la responsabilité du Chrétien.


La prière, pour appeler tout homme à l’espérance et à la foi

« Nous voulons attendre en silence
Ton appel à des temps nouveaux,
Lorsque ta main calmera la tempête
Et que ta volonté fera merveille.
Frère, jusqu’à l’heure où la nuit s’en ira,
Prie pour moi. »

(Voix nocturnes, extraits.)

La prière, pour Dietrich Bonhoeffer, est une force, un don. Il écrit : « Je crois que Dieu n’est pas une fatalité hors du temps, mais qu’il attend nos prières sincères et nos actions responsables et qu’il y répond. » La prière est la parole de l’homme allant vers son Dieu d’écoute, de pardon, de partage et d’amour. Il n’y a pas de prière en l’Église, sans l’autre.

La prière est ce dialogue et cette rencontre, don de l’autre à Dieu et de Dieu à l’autre. Chaque homme prie, non seulement pour lui, mais aussi porte l’autre dans la prière. Cet autre peut être celui que je supporte le moins, que je refuse de rencontrer. Pourtant, dans la prière et par elle, l’autre devient ce frère que Dietrich Bonhoeffer offre à Dieu. Seul Dieu peut faire que la relation s’améliore. Dans ce don de l’autre à Dieu, Dietrich Bonhoeffer se détache de sa difficulté et la donne à Dieu pour qu’il rétablisse l’Amour, la fraternité.
La prière est alors intercession vers Dieu. Il porte l’autre vers Dieu, l’autre pour lequel le christ est mort et lui porte alors son Salut et sa Grâce. Dietrich Bonhoeffer n’est qu’un humble intermédiaire entre Dieu et l’autre. L’autre n’est plus celui qu’il refuse, mais le frère pour qui il intercède. Son regard se transforme et il voit l’humanité blessée, que seul Dieu peut sauver, guérir, pardonner.
L’intercession devient un service que nous devons à Dieu et à tous nos frères. Le refuser, c’est leur refuser le service par excellence du chrétien. Service concret offert à tout autre qui sera alors concret et fécond « La prière peut signifier parfois une lutte très dure avec tel d’entre nos frères, mais une promesse de victoire repose sur elle » (De la vie communautaire, Delachaux et Niestlé S.A., 1968, p.85-87.)

Sa prière le guide vers l’humanité profonde qui habite tout être. Il ne peut se résigner à une prière en dehors de la vie concrète. Ses poèmes sont empreints de la douleur profonde de l’homme en servitude et d’une grande espérance. Rien ne peut lui enlever cette force qui lui vient de Dieu et le fait cheminer à l’écoute de tout autre, vers cette profonde espérance. Il porte ses frères en servitude, ses frères pour qui il prêche dans sa prière. C’est une intercession incessante pour tous. Il a vécu la souffrance humaine et en témoigne. Mais il est ce témoin insatiable de la force que porte la Parole de Dieu, dans la vie de tous les jours. D. Bonhoeffer ne se confine pas dans des paroles abstraites, mais il parle de la vérité de la vie et appelle tout homme à l’espérance et à la foi.


Partager la vie de ses frères en servitude

« Etendu sur mon grabat,
Je fixe le mur gris.
Dehors un matin d’été
Qui n’est pas encore mien
Eclate de joie sur le pays.
Frère, en attendant qu’après la longue nuit.
Notre jour vienne,
Tenons ferme. »

(Voix nocturnes, extraits.)

En 1939, lorsque le nazisme envahit l’Europe, Dietrich Bonhoeffer rentre en Allemagne. Il aurait pu rester aux U.S.A., mais il explique lui-même : « Je dois traverser cette période difficile de notre histoire nationale avec les chrétiens d’Allemagne. »

D. Bonhoeffer n’est pas un homme qui se tait. Il ose une parole contre l’injustice, l’inhumanité et la haine. Il s’insurge contre la force du nazisme et désire que tout homme, tout croyant résiste aussi contre toute forme de totalitarisme. L’Allemand a appris, dit-il, à obéir et suivre l’autorité, non dans une soumission, mais dans la confiance librement consentie « [L’Allemand] qui voyait dans tout tâche une mission et dans la mission une vocation. » Mais alors, il y avait oubli du monde, c’est-à-dire de la nécessité d’une action libre et responsable même dans l’opposition à la mission et à l’ordre. En effet, les Allemands ne pensaient pas que l’autorité pouvait utiliser leur obéissance librement consentie pour le mal. Ils découvrent alors que le courage civique ne peut naître que de la responsabilité libre d’un homme libre. Cette responsabilité procède d’un Dieu qui exige une action responsable dans le libre risque de la foi et qui accorde pardon et consolation à celui qui devient pêcheur par cette même action.

Dietrich Bonhoeffer a opté pour cette action libre contre le totalitarisme qui rongeait alors la société allemande. Il a vécu jusqu’au bout cette libre parole pour éveiller l’homme, le croyant, le chrétien à se donner pour tout perdre en Christ pour tout gagner. Il secoue l’apathie, le refus de se réformer en écrivant « La grâce à bon marché » est une grâce sans Christ, sans amour, sans la croix, « abstraction faite de Jésus-Christ vivant ressuscité ». La grâce coûte cher puisqu’elle a coûté au Père son Fils unique, don de lui-même aux hommes, don d’amour et de miséricorde. « La grâce coûte cher, car elle contraint les hommes à se soumettre au joug de l’obéissance à Jésus-Christ ». Mais, Jésus-Christ ne nous dit-il pas lui-même « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau (…) Oui, mon joug est aisé et mon fardeau est léger » (Mt 11,28.30). Suivons le Christ là où il nous mène. Regardons ce témoin d’aujourd’hui qui, dans ses écrits, nous mène à la prière et à la liberté toute intérieure face à une société qui nous entraîne dans des actions contraires à une conscience. Osons dire notre « non » d’homme et de croyants libres appartenant à une Église,mais aussi au monde.


Vivre en chrétiens responsables

« Et que ton être entier s’affermisse !
Au loin peuples, maisons, esprits et cœurs sont en flammes.
Tiens fermes !
Voici ton jour. »

(Voix nocturnes, extraits.)

Dietrich Bonhoeffer nous offre, dans ses écrits, de grandir à une foi adulte, autonome dans une grande liberté humble à la suite du Christ. Il pousse à une foi adulte, réfléchie dans une recherche incessante de la Vérité en la volonté de Dieu pour le chemin de chacun en Église et dans le monde.
« En devenant majeurs, nous sommes amenés à reconnaître réellement notre situation devant Dieu. Dieu nous fait savoir qu’il nous faut vivre en tant qu’homme qui parvienne à vivre sans Dieu. Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne (Mt 15,34) ». Dietrich Bonhoeffer désire nous voir abandonner une image de Dieu « sentiments ». Il pousse à cette foi active et mature « On peut dire que l’évolution du monde vers l’âge adulte, faisant table rase d’une fausse image de Dieu, libère le regard de l’homme, le dirige vers le Dieu de la Bible qui acquiert sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance » (Le prix de la grâce, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1962 ). Cette foi qui pousse tout homme à des actions responsables et libres dans la société dans laquelle il évolue travaille et vit.

Rubrique Prière inXL6

09:37 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

18/04/2006

GUY GILBERT HOMME DE PRIÈRE.

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Souvent, les gens me demandent si je récite le chapelet. Ils croient que, curé moderne, je laisse ça à celles qu'on appelle « les bigotes » .
Je le récite chaque jour et je le médite. J'aime immensément mon chapelet. Je le prie sur un dizainier.
C'est plus discret et plus pratique. Comme je l'avais perdu, un jour, à Lourdes, j'en ai volé une dizaine dans un magasin, n'ayant plus un radis sur moi.
Je l'avais écrit dans un de mes livres. Un commerçant lourdais, ayant lu ma littérature, m'en a envoyé aussitôt plusieurs dizaines pour me permettre de ne plus en tirer!
Revenons à nos moutons. Le chapelet c'est la méditation de quinze moments essentiels de la vie de Jésus, liés à sa Mère. Le Rosaire nous permet de contempler la vie du Christ et les moments les plus importants liés à la vie de sa Mère. C'est un merveilleux Album de famille.
Il passe de la joie la souffrance et se termine par une lumière éblouissante: la Résurrection. Le chapelet, c'est la prière des pauvres.
Oui, « c'est la prière des pauvres » . C'est pour cela qu'on n'en veut plus. Les objections pour ne pas les citer ? « C'est un truc de vieilles ».
Là, tu te plantes. Je connais de plus en plus de jeunes qui le récitent. « C'est marmonner la même prière. C'est lassant et je pense à autre chose ».
Là, t'as tout faux. Répéter « Je vous salue, Marie », plein cœur, même si tu t’évades de temps en temps de ta prière, tu te projettes dans un souffle d'amour qui te porte et te dynamise. Le Rosaire te met dans un climat d'élévation. En effet, la prière, ce n'est pas tirer le Ciel vers la terre pour que Dieu, par sa Mère, exauce automatiquement tout ce que tu demandes. C'est pour s'élever vers Dieu qui sait, lui, mieux que toi, ce dont tu as besoin. C'est le sens de la parole du Christ : « Tout ce que vous demandez sera exaucé. »
Quels petits miracles Marie n'a- t-elle pas accomplis pour tel ou tel de mes jeunes, alors que j'étais paumé face à eux et sans solution? « Je préfère parler directement à Dieu ». O.K.! Mais n'oublie pas que Dieu, ayant ras-le-bol de ne pas être aimé, a envoyé son Fils Jésus dans le ventre de Marie d'abord ! Et puis bébé, ado, adulte, Jésus nous a tracé la route après trente-trois ans de présence parmi nous. On est quand même un milliard de chrétiens à croire qu'il a existé, il y a juste deux mille ans. Et qu'il existe au cœur de nous-mêmes, comme Fils de Dieu. Que cette méditation du Rosaire te fasse mieux comprendre la vie du Christ. N'oublie pas surtout que, sans sa Mère, le Christ n'aurait jamais été ce qu'il a été.
Et bien sûr, le discret saint Joseph a été incontestablement le père par excellence. Marie, depuis deux mille ans, est apparue partout. Lourdes, Fatima, Pontmain, La Salette et j'en passe... Dieu a permis cela. Pourquoi? Parce qu'il nous a créés homme et femme. Et que Dieu a donné à chaque humain une tache précise. A travers chaque apparition de Marie, il nous fait signe. A Marie, il a donné le pouvoir fabuleux d’être notre Mère et la Mère de l’église. C'est la plus grande sainte, la plus parfaite. Elle a une puissance immense.
Médite sa vie travers ses quinze mystères. Accroche-toi à ton chapelet. Tu verras combien ces Ave Maria t'apporteront une joie immense. Ils toucheront le Cœur de Marie. Elle intercédera auprès de Dieu. Et Dieu faiblira. Et te donnera, grâce à elle, tout ce que tu lui demanderas. J'appelle cela les « sourires de Marie » . Attends-toi à ce qu'elle te comble de grâces. Allez! Ouvrons l'Album de famille de Marie en méditant les grands moments de sa vie. Invoquons-la par le Rosaire.
Garde un dizainier dans ta poche. Ca te permettra à tout moment et partout de dire comme un enfant : " Je te salue, Marie. "
Guy GILBERT
Prêtre-éducateur.
Construire, pourrait être le mot d'ordre du Père Guy Gilbert. Oui, construire une ferme nommée "Faucon", au lieu de détruire. Construire son avenir comme la plus belle rose au milieu des ordures. S'aimer soi-même pour pouvoir aimer autrui.
Guy Gilbert ne se contente pas de rêver ses utopies, il les apprivoise. Il les offre aux ados pour qu'ils réussissent au moins à se mettre debout face à ce monde pourri par l'argent et le manque de reconnaissance des autres.
Il gueule comme eux devant ce monde inhumain. Il agit pour que le soleil se lève chaque matin sur les ombres endormies.
Il est contagieux de valeurs immortelles , impérissables et les transmet aux Jeunes.
Sa Force vient de la prière qu'il récite dès son lever et qu'il achève dans l'Eucharistie. Elle vient également de ses écrits qui lui permettent de prendre du recul face aux problématiques rencontrées. De ses conférences aussi où il peut hurler sa rage de vivre, de combattre, d'aimer selon le coeur de Dieu.
Pourquoi dit-on qu'il est différent des autres éducateurs ? Simplement, parce qu'il n'a jamais baissé les bras, n'est jamais devenu un technocrate froid. Et surtout, parce que sa Foi indéfectible en l'Humain lui permet de sublimer les méandres les plus horribles de cette société. En chaque être, il sent une part de cristal qui vient du Christ. Et c'est en artiste qu'il modèle cette matière première.
Non, il n'est guère différent des éducateurs que je rencontre au quotidien. Simplement, ces derniers sont désabusés par la routine de leurs fonctions.
J'ai toujours dit, affirmé, écrit, témoigné que Guy Gilbert était la tête suprême des éducateurs. Il est l'Amour incarné qui veut propager cette dimension de Tendresse sur la terre. Je ne connais aucun travailleur social ayant ce charisme à déplacer des montagnes de haine. Dieu est en lui comme une respiration dans l'infini.
Guy Gilbert reste et demeurera un grand Témoin de notre Temps.
Bruno LEROY.
Éducateur de rue.

20:20 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

14/04/2006

François de Sales éducateur.

Saint François de Sales n’a jamais écrit de traité de pédagogie, en proposant sa méthode pour devenir "saint", mais il a donné de nombreuses indications qui constituent une "pédagogie salésienne". On en retrouve de nombreux échos chez Don Bosco. Chez François de Sales comme chez Don Bosco, tout est dans l'équilibre entre toutes les dimensions de la vie et de l'éducation.

LA RELIGION :

1) Tous sont appelés à la sainteté : (Tous sont "éducables")

"C'est une erreur, même une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote (vie spirituelle) de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. ... Où que nous soyons, nous pouvons et nous devons aspirer à la vie parfaite. ... Il faut accommoder la pratique de la foi aux forces, aux occupations et aux obligations de chacun." (IVD I,3) Don Bosco : la sainteté aussi pour les jeunes émigrés du monde ouvrier au XIXème (et pour nous aujourd'hui : les jeunes de la société de la mondialisation et de la communication)

2) Être créatif pour s'adapter à son public, à la culture de ses interlocuteurs :

François parle simplement, avec un ton souriant, chaleureux. "L'hiver 1602, le nouvel évêque institua un catéchisme tout nouveau : des cours élémentaires sur la foi chrétienne, mais présentés avec agrément, en sorte que tous les âges y prissent intérêt... Les enfants étaient au premier rang. L'évêque leur faisait réciter une page de catéchisme, qu'il leur expliquait ensuite à grand renfort d'exemples, de comparaisons et d'anecdotes." (SFS A 136-137) Le jeune Jean Bosco, le soir à l'étable : Ce qui les groupait autour de moi... c'était les histoires que je leur racontais, les exemples entendus lors des sermons ou au catéchisme. (Souvenirs Autobiographiques)

Entre 1895 et 1897, François rédige par écrit ses sermons, auxquels les habitants de Thonon n'avaient pas le droit d'assister. En effet, lire chez soi en cachette est plus facile, et il les prend par la curiosité. Il lance ainsi le premier hebdomadaire. François écrit en une forme toute simple, sans un seul mot grec ou latin, un livre bref, partagé en plein de petits chapitres, aussi facile à comprendre pour les gens du peuple que pour les gentilshommes. Il sera le patron des journalistes et des publicistes.(SFS A 63) Don Bosco écrivain : les livres scolaires, les bulletins salésiens, etc... les médias de l'époque. Don Bosco fait le choix d'un style simple accessible à tout le monde, se fait relire par Maman Marguerite.

François prend et perd du temps pour chacun. Comme pour Don Bosco, on remarque la qualité de son accueil, par exemple en confession, et dans l'accompagnement, François adapte ses exigences à chacun.

3) Progresser ensemble sur le même chemin de sainteté, une pédagogie par l’exemple :

François se sent avec les gens, engagé sur le même chemin que ceux qu'il accompagne. "Afin que montrant aux âmes le chemin de la dévotion, je chante avec elles ce cantique de triomphe... Seigneur Jésus, vivez et régnez en nos cœurs pour les siècles des siècles." (Introduction IVD)

4) Un optimisme et un équilibre fondé sur la foi :

"Il faut tâcher d'avoir une continuelle et inviolable égalité de cœur en une si grande inégalité d'évènements, et quoique toutes choses se tournent et varient diversement autour de nous, il nous faut demeurer constamment immobiles à toujours regarder, tendre et prétendre à notre Dieu. " (IVD IV,13) (Co 60-66)

"Le temps, c'est nous. Soyons bons et notre temps sera bon.
"
Don Bosco : Un salésien ne gémit jamais sur son temps.

L'AFFECTION" : UN STYLE AFFECTIF :

1) "Le cœur parle au cœur" :

"La meilleure méthode, c'est de ne pas avoir de méthode. Il faut que nos paroles soient enflammées, mais par l'affection intérieure ; il faut qu'elles sortent du cœur plus que de la bouche. On a beau dire, mais le cœur parle au cœur, et la langue ne parle qu'aux oreilles."(Lettre Mgr Frémyot - Vi 72)

2) Ne pas être répressif :

François gardera son calme face aux injures de ses adversaires, face aux calomnies, qui furent nombreuses, de part son rôle diplomatique et son diocèse aux frontières de divers royaumes. Derrière cette attitude, il y a aussi un principe : ne pas être répressif. "Parlez toujours de Dieu ... non point à la manière d'une correction, mais à la manière d'une inspiration : car c'est merveilleux combien la proposition douce et aimable de quelque chose de bon est une puissante amorce pour attirer les cœurs." (III,26)

Don Bosco : Ce n'est pas avec des coups, mais avec la douceur, que tu gagneras leur amitié. (rêve des 9 ans)

3) Par l'affection envers l'éducateur, créer la motivation :

Le goût de "suivre les conseils de Dieu" advient "quand par notre amour à son égard nous nous mettons entre les mains de sa divine volonté. ... L'obéissance d'amour n'a pas besoin d'être excitée par des menaces ou des récompenses, ni par aucune loi ou par un quelconque commandement." (TAD VIII,2)

François de Sales en déduit qu’il ne faut pas craindre de provoquer l’affection envers soi pour que l’autre ait envie de vous écouter et de suivre vos conseils. "Les enfants d'Annecy s'étaient pris d'une telle affection pour ce Monseigneur souriant, si habile à raconter des histoires, que, dans la rue, tous ceux qu'il rencontrait venaient à lui. L'évêque leur caressait la tête, leur disait un mot amical. Plusieurs, dès qu'il était passé, courait en avant pour renouveler ce plaisir ; ainsi, plus Monseigneur avançait, plus la petite troupe grossissait ; cela retardait un peu et impatientait parfois les gens de sa suite, mais lui s'en amusait. (SFS A 136-137)

Don Bosco : Proximité avec les jeunes, surtout en récréation. Être proche des jeunes produit l'affection, et l'affection engendre la confiance. Ils obéissent avec facilité aux ordres de quelqu'un dont ils sont sûrs d'être aimés. ... Celui qui se sait aimé aime, et celui qui est aimé obtient n'importe quoi, surtout des jeunes. (1884)

4) Favoriser la pédagogie de groupe :

François fonde ou encourage les confréries : Les compagnies chez Don Bosco

"Il leur est nécessaire de s'allier les uns aux autres par une sainte et sacré amitié ; car par le moyen de celle-ci ils se motivent, ils s'aident, ils s'invitent mutuellement au bien." (IVD III,19)

5) Le jeu et la fête comme moyen pédagogique :

François organise une grande fête eucharistique "des 40 heures", pour marquer la conversion de Thonon en 1598. Il inaugure son catéchisme par une messe en musique. Il fait preuve d’une grande ouverture face "aux jeux, bals et fêtes" dans l'Introduction à la vie dévote (IVD I,23)

Don Bosco : Travaille et sois joyeux ! Qu'on donne ample liberté de sauter, courir et crier à cœur joie. La gymnastique, la musique, le théâtre, les sorties favorisent la discipline et la bonne santé, physique et morale. (Prév)

LA RAISON :

1) Commencer par l'intérieur : travailler les motivations :

"Pour moi, Philothée, je n'ai jamais pu approuver la méthode de ceux qui pour corriger l'homme, commencent par l'extérieur, par la contenance, par les habits, par les cheveux. Il me semble au contraire, qu'il faut commencer par l'intérieur. Car le cœur étant la source des actions, elles sont telles qu'il est. (IVD III,23) La méthode préventive forme des élèves réfléchis, auxquels l'éducateur peut à tout moment parler le langage du cœur... (Prév)

2) Puis respecter la liberté :

Quand "il est nécessaire de contredire quelqu'un et d'opposer son opinion à celle d'un autre, il faut user de grande douceur et dextérité, sans vouloir violenter l'esprit d'autrui ; car aussi bien ne gagne-t-on rien en prenant les choses âprement. L'esprit humain peut être persuadé, non pas contraint. Le contraindre, c'est le révolter." (IVD III,30)

"Il faut tout faire par amour, et rien par force. Il faut plus aimer l'obéissance que craindre la désobéissance." (L Mme de Chantal 170) Don Bosco aurait pu paraphraser : faire aimer l'obéissance, plus que faire craindre la désobéissance.

3) Mais travailler la volonté / éduquer par l'expérience :

"A votre avis, Théotime, qui aimerait le plus la lumière, l'aveugle-né qui saurait tous les discours que les philosophes en font, ou le laboureur qui d'une vue bien claire sent et ressent l'agréable splendeur du beau soleil levant. Le premier a plus de connaissance, et le second plus d'expérience, et cette expérience produit un amour de la lumière bien plus vivant que la simple connaissance du discours : car l'expérience d'une qualité, d'une valeur nous la rend infiniment plus aimable que toute les connaissances qu'on pourrait avoir sur elle." (TAD VI,4)

4) Travailler la patience / la douceur dans l'action quotidienne :

"Il faut que chacun marche en sa voie ; la voie des saints était de faire ce qu'il faisaient, mais la vôtre c'est de parvenir à la perfection peu à peu, et non pas d'un coup comme vous le voudriez. Il faut d'abord gagner ce point, demain un autre, et pied à pied nous nous rendrons maître de nous-mêmes, ce qui ne sera pas une petite conquête." (sermon 16 02 1614) "Jamais travail fait avec impétuosité et empressement ne fut bien fait : il faut se dépêcher tout bellement (lentement), comme dit l'ancien proverbe. ... Nous faisons toujours assez tôt quand nous faisons bien." (IVD III,10)

5) La nécessité d'un guide spirituel : (le tutorat)

Le guide spirituel / éducatif aide par son écoute, son expérience, ses compétences, mais surtout il permet la personnalisation du chemin éducatif. Quelque soient les conseils donnés en général, François de Sales renvoie toujours chacun vers son guide spirituel. "Priez Dieu avec une grande instance qu'il vous en fournisse un qui soit selon son cœur... Ayez en lui une extrême confiance... Et pour cela choisissez-en un entre mille ! (IVD I,4) Chez Don Bosco, le confesseur régulier...

CONCLUSION :

Beaucoup de correspondances avec les convictions et la pédagogie de Don Bosco : tous sont appelés à la sainteté, se rendre proche des jeunes par la simplicité du langage, le jeu, la fête..., la manière de faire progresser sans être répressif, l'affection dans le rapport éducatif, la pédagogie de groupe... Et des intuitions d'actualité : se motiver par un projet personnel et travailler sur l'intériorité pour le concrétiser, prendre du recul par rapport à la sur valorisation de l'affectivité, et à l'exigence du "tout tout de suite", la nécessité de la personnalisation du rapport éducatif (parcours diversifiés, proposition d'un tutorat), tout en maintenant des expériences de groupe à visée éducative.

10:06 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

12/04/2006

MERE TERESA UNE FOI A DÉPLACER DES MONTAGNES.

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Par mon sang, je suis albanaise. Par ma nationalité, indienne. Par ma foi, je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus.”
Petite de stature, avec une foi solide comme le roc, Mère Teresa de Calcutta, se vit confier la mission de proclamer la soif infinie de l’amour de Dieu pour l’humanité, en particulier pour les plus pauvres des pauvres, “Dieu aime toujours le monde et Il nous envoie, vous et moi, pour être son amour et sa compassion auprès des pauvres.” C’était une âme remplie de la lumière du Christ, brûlante d’amour pour lui et consumée d’un seul désir: “apaiser sa soif d’amour et des âmes.”

Cette messagère lumineuse de l’amour de Dieu est née le 26 août 1910 à Skopje, une ville située aux croisements de l’histoire des Balkans. Cadette de Nikola et Drane Bojaxhiu, elle fut appelée Gonxha Agnès ; elle reçut sa première communion à l’âge de cinq ans et demi et fut confirmée en novembre 1916. Le jour de sa première communion, elle fut remplie d’un grand amour pour les âmes. La mort soudaine de son père quand elle avait environ huit ans, laissa la famille dans une condition financière difficile. Drane éleva ses enfants avec amour et fermeté, influençant beaucoup le caractère et la vocation de sa fille. La formation religieuse de Gonxha fut soutenue par la paroisse jésuite très active du Sacré Cœur dans laquelle elle était bien engagée.

A l’âge de dix-huit ans, poussée par le désir de devenir missionnaire, Gonxha quitte sa maison en septembre 1928 pour rentrer à l’Institut de la Vierge Marie, connu sous le nom de Sœurs de Lorette, en Irlande. Là, elle reçut le nom de Sœur Mary Teresa, après Sainte Thérèse de Lisieux. En décembre, elle part pour l’Inde, et arrive à Calcutta le 6 janvier 1929. Après avoir fait ses premiers vœux en mai 1931, Sœur Teresa fut envoyée à la communauté de Loretto Entally à Calcutta et enseigna à l’école de filles, Sainte Marie. Le 24 mai 1937, Sœur Teresa fit ses vœux perpétuels devenant, comme elle disait, “l’épouse de Jésus” pour “toute l’éternité.” A partir de ce moment-là, elle fut appelée Mère Teresa. Elle continua à enseigner à Sainte Marie et en 1944 devint la directrice de l’école. Les vingt années de Mère Teresa à Lorette furent remplies d’une joie profonde, elle était très pieuse, aimant profondément ses sœurs et ses élèves. Remarquée pour sa charité, sa générosité et son courage, sa résistance au travail et douée d’un talent naturel pour l’organisation, elle vécut sa consécration à Jésus, au milieu de ses compagnes, avec joie et fidélité. 
10 septembre 1946, en route pour sa retraite annuelle à Darjeeling, Mère Teresa reçut dans le train son “inspiration”, son “appel dans l’appel”. Ce jour-là, d’une manière qu’elle n’expliquera jamais, la soif de Jésus d’aimer et sa soif pour les âmes prit possession de son cœur et le désir de satisfaire cette soif devint la motivation de sa vie. Au cours des semaines et des mois suivants, Jésus lui révéla, par des locutions intérieures et des visions, le désir de son cœur d’avoir“des victimes d’amour”, qui “diffuseraient son amour sur les âmes.” Il la suppliait “Viens, sois ma lumière”. “Je ne peux y aller seul.” Il lui révéla sa douleur devant la négligence envers les pauvres, son chagrin d’être ignoré d’eux et son immense désir d’être aimé par eux. Il demanda à Mère Teresa d’établir une communauté religieuse, les Missionnaires de la Charité, dédiée au service des plus pauvres d’entre les pauvres. Presque deux ans d’épreuves et de discernement passèrent avant que Mère Teresa ne reçoive la permission de commencer. Le 17 août 1948, elle se revêtit pour la première fois de son sari blanc, bordé de bleu et passa les portes de son couvent bien-aimé de Lorette pour entrer dans le monde des pauvres.

Après un stage de courte durée chez les Sœurs de la Mission Médicale à Patna, Mère Teresa retourna à Calcutta et trouva un logement temporaire chez les Petites Sœurs des Pauvres. Le 21 décembre, elle alla pour la première fois dans les bidonvilles. Elle visita quelques familles, lava les plaies de plusieurs enfants, prit soin d’un vieil homme malade allongé dans la rue et d’une femme tuberculeuse mourant de faim. Elle commençait chaque journée en communion avec Jésus dans l’Eucharistie et puis elle sortait, le chapelet à la main, pour le trouver et le servir dans“les rejetés, les mal-aimés, les négligés.” Après quelques mois, ses anciennes élèves la rejoignèrent une par une.

Le 7 octobre 1950, la nouvelle congrégation des Missionnaires de la Charité était officiellement établie dans l’Archidiocèse de Calcutta. Au début des années 60, Mère Teresa commença à envoyer ses sœurs dans d’autres régions de l’Inde. L’approbation accordée par le Pape Paul VI en février 1965 l’encouragea à ouvrir une maison au Venezuela. Ce fut bientôt suivi par des fondations à Rome et en Tanzanie et finalement, sur tous les continents. Commençant en 1980 et continuant à travers les années 90, Mère Teresa ouvrit des maisons dans presque tous les pays communistes, y compris l’ancienne Union Soviétique, l’Albanie et Cuba.

Afin de mieux répondre aux besoins physiques aussi bien que spirituels des pauvres, Mère Teresa fonda Les Frères Missionnaires de la Charité en 1963, en 1976 la branche contemplative des sœurs, en 1979 les Frères Contemplatifs, et en 1984 les Pères Missionnaires de la Charité. Cependant son inspiration n’était pas limitée à ceux qui avaient une vocation religieuse. Elle forma les Coopérateurs de Mère Teresa et les Coopérateurs Malades et Souffrants, personnes de fois et nationalités différentes avec qui elle partageait son esprit de prière, de simplicité, de sacrifice et son apostolat pour les humbles travaux d’amour.Cet esprit inspira plus tard les Laïques Missionnaires de la Charité. En réponse aux demandes de beaucoup de prêtres, en 1981 Mère Teresa commença aussi le mouvement Corpus Christi pour les prêtres, traçant “petit chemin de sainteté” pour ceux qui désirent partager son charisme et son esprit.

Durant ces années de croissance rapide, le monde commença à tourner son regard vers Mère Teresa et le travail qu’elle avait commencé. Elle reçut de nombreux prix pour honorer son travail, en commençant par le prix indien Padmashri en 1962 et le Prix Nobel de la Paix en 1979, alors que les médias, avec un intérêt grandissant, commençaient à suivre ses activités. Elle reçut tout cela “pour la gloire de Dieu et au nom des pauvres”.

L’ensemble de la vie et de l’œuvre de Mère Teresa témoignent de la joie d’aimer, de la grandeur et dignité de chaque être humain, de la valeur de chaque petite chose faite avec foi et avec amour, et, par-dessus tout, de l’amitié avec Dieu. Mais il y avait un autre côté héroïque de cette grande femme qui fut révélé seulement après sa mort. Cachée aux yeux de tous, cachée même à ses plus proches, sa vie intérieure fut marquée par l’expérience d’un sentiment profond, douloureux et constant d’être séparée de Dieu, même rejetée par lui, accompagné d’un désir toujours croissant de son amour. Elle appela son expérience intérieure, “l’obscurité”. La “ nuit douloureuse ” de son âme qui débuta à peu près au moment où elle commençait son travail pour les pauvres et qui continua jusqu’à la fin de sa vie, conduisit Mère Teresa à une union toujours plus profonde avec Dieu. A travers cette obscurité, elle participa mystiquement à la soif de Jésus dans son désir d’amour douloureux et ardent, et elle partagea la désolation intérieure des pauvres.

Durant les dernières années de sa vie, malgré des problèmes de santé de plus en plus sérieux, Mère Teresa continua à gouverner sa congrégation et à répondre aux besoins des pauvres et de l’Église. En 1997, les sœurs de Mère Teresa étaient au nombre d’environ 4000 et étaient établies dans 610 fondations réparties dans 123 pays du monde. En mars 1997, elle bénit la nouvelle supérieure générale des Missionnaires de la Charité récemment élu et elle effectua encore un voyage à l’étranger. Après avoir rencontré le Pape Jean Paul II pour la dernière fois, elle rentra à Calcutta et passa ses dernières semaines à recevoir des visiteurs et à enseigner ses sœurs. Le 5 septembre fut le dernier jour de la vie terrestre de Mère Teresa. Elle reçut du gouvernement de l’Inde les honneurs de funérailles officielles et son corps fut enterré dans la Maison Mère des Missionnaires de la Charité. Sa tombe devint rapidement un lieu de pèlerinage et de prière pour les gens de toutes fois, riches et pauvres. Mère Teresa laissa le testament d’une foi inébranlable, d’un espoir invincible et d’une charité extraordinaire. Sa réponse à la cause de Jésus, “Viens sois ma lumière”, fit d’elle une Missionnaire de la Charité, une “mère pour les pauvres”, un symbole de compassion pour le monde et un témoignage vivant de la soif d’amour de Dieu.

Moins de deux ans après sa mort, dû à la réputation de sainteté largement répandue de Mère Teresa et au rapport des faveurs reçues, le Pape Jean Paul II permit l’ouverture de sa cause de canonisation. Le 20 décembre 2002, il approuva les décrets de ses vertus héroïques et miracles.


Bruno LEROY.

10:49 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

06/04/2006

Maurice Zundel.

Maurice Zundel naît à Neuchâtel en Suisse. Il est ordonné prêtre en 1919. Suite à une décision injuste de ses supérieurs il est exilé à Rome, où il obtient un Doctorat en Théologie. Par la suite, il se voue à la prédication itinérante à Paris, Jérusalem et au Proche-Orient. Après son retour en Suisse, il exerce son ministère pastoral à Lausanne jusqu’à sa mort. Il est étonnant de constater à quel point la pensée de cet homme tellement humble (pratiquement inconnu de son vivant) continue de rayonner ; il est considéré à juste titre comme un géant de la spiritualité chrétienne.

 

Le christianisme n'est pas un système du monde. C'est la lumière de cette Personne Unique qui est Jésus-Christ. Il faut inscrire cela dans notre cœur comme dans notre esprit: le christianisme est Quelqu'un. La Révélation, c'est-à-dire la manifestation la plus profonde du secret de Dieu, toute l'infinité de Son Cœur a resplendi et resplendira éternellement dans l'Humanité de Jésus-Christ.

 

Cette Humanité, bien sûr, s'est inscrite dans le temps, cette Humanité s'est située dans un contexte d'Histoire, cette Humanité a recouru à un langage humain, mais tout cela était trop étroit pour l'immensité de la Révélation que Jésus-Christ apportait, ou plutôt qu’Il était et qu’Il demeure à jamais.

 

Si nous n'avions que les paroles de Jésus-Christ, nous serions livrés éternellement à l'exégèse, à un travail d'interprétation où, justement, proliféreraient les systèmes, où chacun émettrait son idée et, au milieu des contradictions, s'effacerait finalement toute trace de vérité.

 

Par bonheur, parce que le christianisme est une Personne, parce que la Révélation de Jésus-Christ est inséparable de Sa Personne, cette Personne de Jésus-Christ va demeurer avec nous jusqu'à la fin des siècles. Et c'est là le centre du mystère chrétien dans son cheminement à travers l'Histoire, c'est que Jésus demeure, c'est qu qu’Il est avec nous et, plus profondément encore, qu’Il est en nous.

 

Nous sommes donc sauvés des commentaires, nous sommes délivrés des systèmes : nous avons affaire à Quelqu'un qui nous aime, à un Cœur qui bat dans le nôtre. Jésus-Christ méconnu au temps de son destin historique, Jésus méconnu par ses ennemis qui le condamneront et le crucifieront Jésus-Christ méconnu par ses disciples qui l'abandonneront et le renieront, Jésus-Christ ne sera découvert finalement que dans cette lumière de l'Esprit-Saint qui éclate le jour de la Pentecôte où les apôtres enfin comprennent que leur Maître n'est pas devant eux comme un étranger, mais qu’Il est au-dedans d'eux comme la source même d'une vie infinie.

 

Jésus-Christ restera précisément au cœur de notre humanité. Il restera comme une source de vie infinie. Et sous quelle forme ? Sa Présence Visible avait été un piège pour ses ennemis comme pour ses amis parce qu'ils ne pénétraient pas assez profond, parce qu'ils ne contemplaient pas, ils ne reconnaissaient pas Son Humanité du dedans, cette Humanité virginale, cette Humanité conçue de l'Esprit, cette Humanité qui domine tous les temps, cette Humanité qui embrasse tous les hommes, cette Humanité sans frontières qui seule peut faire de toute l'humanité et de tout l'univers une seule Présence et une seule Personne.

 

Elle a été méconnue, elle a été revêtue d'oripeaux humains. On l'a confondue avec un Messie qui emporterait la victoire sur les ennemis établis sur le sol. On ne voyait pas qu'il portait tout autre chose, la liberté de l'esprit, la délivrance de tous les liens qui nous rendent prisonniers de nous-mêmes et qui nous empêchent d'être universels.

 

Et c'est pourquoi Jésus va inventer cette chose incomparable et merveilleuse : II va perpétuer Sa Présence sous cette miette de pain et sous cette goutte de vin, pour qu'il n'y ait pas de piège, que les apparences ne nous induisent pas dans l'erreur, que la Foi atteigne ici sa suprême réalité, la Foi qui est l'élan de l'amour, la Foi qui nous intériorise à la pensée de Dieu, la Foi qui nous rend aptes à entendre les secrets de Son Cœur.

 

Et c’est cette immense merveille qui s'accomplit à travers tous les siècles et qui se renouvelle ce soir, cette immense merveille qui fait d'une église le vaisseau d'une Présence, une Présence …, une Présence sans bruit, une Présence silencieuse, une Présence qui attend inlassablement, une Présence qui fait jaillir de nos cœurs le silence, une Présence qui nous recrée et nous purifie, une Présence où nous entendons vibrer l'Éternité de l'Amour. Quoi de plus simple, quoi de plus étonnant, quoi de plus créateur que ce rayonnement, ce rayonnement du Christ dans le Très Saint Sacrement ?

 

Vous entrez seul dans une église. C'est une cathédrale ou c'est une chapelle, qu'importe ? Les murs ne se sont dressés qu'à l'appel de cette Présence, pour contenir cette miette de pain qui transmet, qui communique, qui est la Présence même du Christ Crucifié et Ressuscité. Rien au monde ne peut nous apaiser davantage. Rien au monde ne peut nous purifier plus profondément que d'être à l'écoute de cette Présence Eucharistique. Quand on est seul dans une église, tout près du tabernacle, on a l'impression justement de plonger dans l'immensité d'une musique éternelle, on a l'impression d'être accueilli par une amitié souveraine, on a l'impression d'être libéré de toutes ses chaînes dans un cœur à cœur ineffable.

 

C'est cela, c'est cela le grand miracle: à travers tous les siècles, à travers toute l'Histoire, au-delà de nos bavardages, au-delà de notre vie superficielle et toute répandue au-dehors, il y a ce silence de Dieu..., ce silence de Dieu..., ce silence plein d'amour, ce silence qui suscite le nôtre. Car c'est là, justement, dans cette approche du Tabernacle, dans ce rayonnement du silence de Dieu, que nous-mêmes nous sommes établis dans le silence, que tout d'un coup nous écoutons une parole unique, que tout à coup se dépose au fond de nous-mêmes toutes les scories de la vie quotidienne et où tout d'un coup le monde s'illumine, où le monde ressuscite dans le rayonnement de cette Présence Adorable.

 

On ne dira jamais assez que l'Église n'a pu vivre, n'a pu survivre que parce que son cheminement a été scandé, accompagné, illuminé par la Présence Eucharistique. C'est cet immense miracle d'amour qui tient tout et qui tiendra tout jusqu'à la fin. Il suffît qu'il y ait quelque part un prêtre, une miette de pain, une goutte de vin pour que le mystère s'actualise et que le silence de Dieu couvre tous les bruits des hommes.

 

C'est pourquoi nous ne pouvons être chrétiens sans être les disciples de ce silence. Jamais on ne peut pénétrer au cœur de l'Évangile si l'on ne se met pas à l'école du Très Saint Sacrement. C'est là qu'on apprend que la Parole ne peut jaillir, féconde et créatrice, qu'elle ne peut jaillir que du silence. Et à travers ce silence qui nous envahit, ce silence qui est une vie, ce silence où toute vérité apparaît comme la splendeur de la Personne même du Verbe Éternel, dans ce silence, nous rejoignons aussi le silence de la nature.

 

Vous entendez le merle chanter toujours la même chanson avec la même espérance, avec le même bonheur, quel que soit le tumulte des affaires humaines. Vous regardez fleurir les fleurs. Vous vous émerveillez du jeu innombrable des couleurs et des parfums et vous devinez dans cette nature, vous devinez une Présence. Comme tous les grands artistes, comme tous les grands savants, vous percevez dans la nature Quelqu'un. Il y a une Présence, il y a une Personne devant laquelle s'incliner. Einstein, ce grand génie, disait : « Celui qui n'est plus capable de s'étonner et d'être frappé de respect est comme s'il était mort». Mais c'est cela ! Il y a une circulation divine dans tout l'univers. Le centre dernier de toute créature, c'est cette Présence de Dieu au cœur de toute réalité.

 

Et voilà que le Christ dans l'Eucharistie fait la jonction. Voilà qu’Il assume les éléments matériels les plus courants et les plus quotidiens, qu’Il les transforme et les transsubstantie, et que ces éléments deviennent réellement le véhicule et le sacrement de Sa Présence.

 

Il faut que nous sentions cette unité, cette harmonie du monde chrétien, ce rayonnement cosmique de Jésus-Christ. Tout est grand, tout est beau, tout est noble, tout est pur là où justement resplendit le Visage de Jésus-Christ, et la nature elle-même nous offre les éléments qui deviendront des sources de Vie Éternelle. Le grain de blé — Jésus se compare à lui — le grain de blé, il a été jeté en terre, il a été semé, il est mort, il est ressuscité. Il en sera ainsi de nous-mêmes, de toute la nature et de tout l'univers (Jn 12/24).

 

C'est donc avec une joie profonde qu'il faut ce soir nous approcher de ce mystère adorable, en tendant toutes les oreilles de notre esprit et de notre cœur pour entendre le Silence de Dieu.

 

Il n'y a pas de musique comparable à cela. Toutes les musiques naissent de ce Silence de Dieu. Et nous-mêmes, nous allons devenir musique, avec la discrétion même des petites fleurs qui fleurissent dans les champs, nous allons devenir musique en communiant et en vivant ce Silence de Dieu.

 

20:19 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

20/03/2006

CONSTRUIRE SELON L'ESPRIT DE GUY GILBERT.

Il est arrivé sans faire de bruit tel un souffle dans la nuit. Certains pensent qu'il a une envergure de star, d'étoile inaccessible ou de prêtre-éducateur au dessus de tout. Et pourtant, toute l'humilité s'inscrit sur le visage de Guy Gilbert comme sa Foi dénudée et pure qu'il vit depuis tant d'années. Il ne masque rien et cela fait la grandeur du personnage.
Ses mots sont des couperets contre nos égoïsmes et surtout, contre notre individualisme face au pognon. Il nous invite à partager, à aimer sans mesure. Puis, soudain s'arrête en se posant la question de savoir si tout cela n'est pas utopique. La réponse est affirmative. Voilà donc que, depuis sa tendre enfance, cet homme devenu septuagénaire entretient des utopies pour un monde meilleur !.
Nous pouvons penser, à juste titre, que toutes ses utopies ne sont pas applicables, concrétisables. Détrompez-vous, Guy Gilbert est justement venu ce soir nous démontrer le contraire.
Des jeunes paumés n'ayant plus un seul désir de vivre mais celui de se foutre en l'air. Des jeunes violents car, personne ne les écoute et qu'il faut parfois gueuler sa rage pour se faire entendre. Des jeunes victimes d'un système basé sur le profit qui dealent, volent et parfois tuent pour uniquement s'acheter les dernières fringues du moment...
En face, le Père Guy Gilbert, un Homme de Dieu, un loubard du Christ qui vient leur prouver qu'une autre vie est possible. Il les écoute avec les oreilles de son âme et les regarde avec les yeux de son coeur. Ils se sentent soudainement aimés, ce mot manquait tellement à leur vocabulaire.
Construire, pourrait être le mot d'ordre du Père Guy Gilbert. Oui, construire une ferme nommée "Faucon", au lieu de détruire. Construire son avenir comme la plus belle rose au milieu des ordures. S'aimer soi-même pour pouvoir aimer autrui.
Guy Gilbert ne se contente pas de rêver ses utopies, il les apprivoise. Il les offre aux ados pour qu'ils réussissent au moins à se mettre debout face à ce monde pourri par l'argent et le manque de reconnaissance des autres.
Il gueule comme eux devant ce monde inhumain. Il agit pour que le soleil se lève chaque matin sur les ombres endormies.
Il est contagieux de valeurs immortelles , impérissables et les transmet aux Jeunes.
Sa Force vient de la prière qu'il récite dès son lever et qu'il achève dans l'Eucharistie. Elle vient également de ses écrits qui lui permettent de prendre du recul face aux problématiques rencontrées. De ses conférences aussi où il peut hurler sa rage de vivre, de combattre, d'aimer selon le coeur de Dieu.            
Pourquoi dit-on qu'il est différent des autres éducateurs ? Simplement, parce qu'il n'a jamais baissé les bras, n'est jamais devenu un technocrate froid. Et surtout, parce que sa Foi indéfectible en l'Humain lui permet de sublimer les méandres les plus horribles de cette société. En chaque être, il sent une part de cristal qui vient du Christ. Et c'est en artiste qu'il modèle cette matière première.
Non, il n'est guère différent des éducateurs que je rencontre au quotidien. Simplement, ces derniers sont désabusés par la routine de leurs fonctions.
J'ai toujours dit, affirmé, écrit, témoigné que Guy Gilbert était la tête suprême des éducateurs. Il est l'Amour incarné qui veut propager cette dimension de Tendresse sur la terre. Je ne connais aucun travailleur social ayant ce charisme à déplacer des montagnes de haine. Dieu est en lui comme une respiration dans l'infini.
Nous l'avons tous et toutes sentis le soir de sa venue à Lille.
Guy Gilbert est reparti après avoir délivré son message. Il est peut-être dans sa permanence parisienne ou dans la Bergerie avec ses Jeunes. Peu importe, même s'il est au Canada, c'est l'esprit Guy Gilbert qui demeure en nos âmes. A nous de rester les veilleurs et transmetteurs de ses convictions inspirées par un Dieu d'Amour. Notre religion sera l'Amour inconditionnel des plus petits en priorité vécu en osmose avec le Christ. Le reste nous sera inspiré...
Merci Guy d'être venu nous parler de l'essentiel qui habite nos existences.
Bruno LEROY.

Photos : Christophe Dumortier.

12:20 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

28/02/2006

GUY GILBERT VIENT TÉMOIGNER A LILLE.



Prêtre éducateur, Guy Gilbert est l'auteur d'une vingtaine de livres dont les plus connus sont L'Evangile selon saint Loubard, Jusqu'au bout et Ma religion, c'est l'amour.


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« Combien d'enfants sont perdus autour de nous ? Je le vois bien à travers les jeunes qu'on me confie. Combien de ces êtres brisés fabrique notre société de putes et d'argent, de paraître et de possession ? Drogués, blessés ou prostitués : leurs cours et leurs âmes sont affamés. Les laissés pour compte passent par pertes et profits. Faut-il considérer qu'ils sont exclus de tout projet de sainteté ? Non, justement parce qu'ils sont les préférés du Seigneur. Toute rencontre avec un être humain est une forme de prière. Tout regard doit faire jaillir la prière en nous. Rien n'est plus simple ni plus profond que cette contemplation. Nous sommes sans cesse entourés d'humains. Que chacune de vos rencontres soit une prière. »
  Guy Gilbert - L'Évangile, parole invincible.

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Dans son dernier livre (L'Évangile, une parole invincible), il donne de l'espoir. En remontant à la source de sa foi, l'Évangile, il offre son regard sur ce qui constitue une vie humaine : de l'enfance à la vieillesse, en passant par la maladie, l'amour, le mariage, la famille, la prière, les problèmes de société (violence, pauvreté, politique...), le pardon, le sacerdoce, la solitude, etc.

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Écouter son témoignage :
 
Guy Gilbert donnera deux conférences à :

  - Villeneuve d'Ascq, Eglise de la Nativité, vendredi 3 mars de 20h30 à 22h30 (métro Triolo)

  - Lille, Église Saint Pierre - Saint Paul, samedi 4 mars de 20h30 à 22h30 (métro Gambetta)


 Benoît Akkaoui.
Pastorale des Jeunes de Lille

17:35 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

09/01/2006

LE BON SENS EST EN VOUS !

Apprenez à observer les limites que vous dicte le bons sens sinon votre vie se consumera sans raison et vous finirez épuisé avant l’heure. Prêtez attention aux conseils suivants pour vous éviter ce sort :

1- Si vous avez toujours vécu dans une atmosphère où le stress remplaçait l’adrénaline qui coule dans vos veines, reconnaissez qu’il est devenu, à votre insu, une puissante drogue qui vous est indispensable et dont vous ne pouvez plus vous défaire. Rien ne pourra changer tant que vous n’aurez pas pris conscience de votre dépendance.

2- Si vous êtes assis sur une chaise dont les pieds commencent à craquer, la sagesse vous conseille de vous lever de cette chaise avant de vous retrouver assis à même le sol ! Soyez donc attentifs aux signes avant-coureurs du stress avant que votre santé ne se dégrade et que vous ne deveniez inutile à Dieu et aux hommes.

3- Montrez davantage de bon sens. Planifiez plus soigneusement votre vie, votre temps, votre énergie, vos talents et pour cela commencez par faire une liste des habitudes que vous devez améliorer ou changer. Puis effectuez peu à peu les changements nécessaires sans crier sur les toits que vous voulez voir les choses changer autour de vous. Avant d’influencer votre entourage, le changement doit s’opérer en vous, mais n’essayez pas de brûler les étapes non plus. Contentez-vous de faibles améliorations pour débuter !

4- Apprenez à discerner les sources de stress dans votre vie. Apprenez à vous adapter aux circonstances de votre vie au lieu de leur permettre de vous déboussoler. Vivre exige des changements perpétuels. La vie est synonyme de mouvement ! Et l’auriez-vous deviné? Dieu vous a créé avec ce potentiel de fatigue qui vous désespère parfois ! La fatigue physique est une limite que Dieu a imposée à votre corps afin de vous empêcher de le consumer avant l’heure ! Réfléchissez quelques instants à tout ce qui peut vous donner des ulcères à l’estomac, des nœuds dans les épaules et un caractère exécrable ! Cette recherche vous conduira inévitablement aux choses qui doivent changer dans votre vie !

BobGass

09:20 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans MAÎTRES A PENSER ET A VIVRE. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |