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30/09/2005

COMMUNIQUER POUR EXISTER.

Le principe de base que nous adoptons dans l'existence est le suivant : pas de vie sans échange ; la vie ne naît et ne grandit que par l'échange. La vie, nul ne la détient par soi-même ; elle est toujours donnée, reçue, rendue. Sur le plan éthique, la question qui se pose à la liberté de l'homme est de savoir s'il consent à entrer dans ce mouvement d'échange ou si, au contraire, il l'arrête. Une première attitude possible pour l'homme est de se fermer au jeu de l'échange et cela de deux manières.

La première manière consiste à se clore dans l'auto-suffisance. Lorsque j'adopte cette attitude, l'autre me devient indifférent ; je ne lui demande rien ; il n'a rien à m'apporter. Entre l'autre et moi rien ne se passe, ni paroles ni biens ; rien ne se passe : on se croise comme des ombres. Cette attitude poussée à l'extrême est en réalité suicidaire. Car, clôturée dans un système fermé à toute altérité, la vie s'étiole, se dégrade et finalement meurt. Ainsi, par exemple, sur le plan de la vie intellectuelle, la pensée qui ne s'ouvre pas au dialogue, tourne sur elle-même, stagne et se sclérose dans la répétition.

La seconde manière s'intéresse à l'autre, mais sous la forme de l'envie, de la cupidité ou de la jalousie. L'autre, dans cette optique, devient mon concurrent ; il est pour moi une menace permanente. Ce qu'il possède ne fait qu'éveiller en moi le besoin de le lui prendre.

L'autre m'intéresse, mais c'est dans le but de le ramener à moi, de m'assimiler ce qu'il a et ce qu'il est.

Cette logique de concurrence entre les individus ou les groupes finit par établir des rapports de maîtres à esclaves et devient génératrice de violences, de guerres et de meurtres.

Deux manières de refuser l'échange : soit l'isolement soit la domination.

Dans les deux cas, on se fait le centre. Dans cette attitude, il y a le désir de vivre qui s'exprime, mais ce désir de vivre est vécu sous le mode imaginaire, illusoire et trompeur.

Envisageons l'autre attitude, celle qui consiste à jouer le jeu de l'échange, à entretenir avec d'autres des rapports d'alliance. L'alliance refuse aussi bien l'isolement que la domination ; elle implique une décentration des partenaires qui, dès lors, peuvent se reconnaître mutuellement et échanger entre eux biens et paroles.

Cette attitude face à la vie devrait être celle de tous les artistes dont la mission est de chercher à communiquer inlassablement avec autrui, jusqu'à partager les mystères dont ils sont porteurs. Elle devrait être également celle de tout individu ayant pris conscience de sa dimension sociale et cherchant dans le jeu de l'échange une source d'enrichissement individuelle et collective.

La perfectibilité de l'homme ne s'acquière que dans ce jeu communicationnel qui demeure l'enjeu essentiel de la Vie !.

Bruno LEROY.

18:10 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SCIENCES HUMAINES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

LA PUISSANCE DE L'ESPRIT SAINT.

L'Esprit Saint fut envoyé, comme le Fils, pour compléter et prolonger l'œuvre de rédemption et de libération intégrale. Le domaine privilégié de son action, c'est l'histoire. Comme un coup de vent ( un " esprit " au sens biblique ), il est présent en tout ce qui suppose mouvement, transformation et croissance. Il n'est point de cloisons étanches pour lui, il souffle où il veut, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'espace chrétien. Il saisit les personnes, les remplit d'enthousiasme, leur confère des aptitudes et des charismes particuliers pour transformer la société et la religion, briser les institutions sclérosées et créer des choses nouvelles. Il se rend agissant d'une façon toute spéciale dans les luttes et les résistances des pauvres. Et ce n'est pas sans raison que la liturgie nomme " Père des pauvres " celui qui leur donne le courage de faire face jour après jour au difficile combat pour leur propre survie et celle de leurs familles, de trouver des forces pour supporter les oppressions du système socio-économique qui les exploite et qu'ils ne peuvent changer d'un jour à l'autre, de conserver vivante l'espérance que quelque chose peut toujours s'améliorer et que, unis, ils pourront historiquement se libérer. La piété, le sens de Dieu, la solidarité, l'hospitalité, la force d'âme, la sagesse de vie, tissée de souffrance et d'expérience, l'amour pour les enfants et ceux des autres, la capacité de célébrer et de se réjouir jusque dans les pires conflits, la sérénité face à la dureté des luttes de l'existence, la perception de ce qui est possible et viable, la modération dans l'usage de la force, la résistance presque illimitée à l'agression persistante et continuelle du système économique et à la marginalisation sociale qu'elle provoque, toutes ces choses sont des dons de l'Esprit, c'est-à-dire des formes de Son ineffable présence et de son action au milieu des opprimés. L'Histoire des luttes menées par les opprimés pour leur liberté est l'histoire que la flamme de l'Esprit Saint allume dans le cœur divisé de ce monde. C'est grâce à l'Esprit que jamais ne s'éteignirent et que jamais ne s'endormiront sous la cendre de la résignation l'idéal d'égalité et de fraternité, l'utopie d'un monde qui rendrait plus facile d' Aimer et de reconnaître dans le visage de l'autre les traits maternels et paternels de Dieu.

Bruno LEROY.

17:45 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SPIRITUALITÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

24/09/2005

L'AMOUR EST UN ART !

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L'amour, acte révolutionnaire pour l'individu et la société, voilà qui peut surprendre !  L'amour comme acte révolutionnaire, pour l'individu mais aussi contre le système capitaliste et patriarcal.
 L'amour est un art et à ce titre nécessite connaissance et effort, alors que la plupart des gens le considèrent comme un effet du hasard, une chance.
On pense habituellement que le problème essentiel est d'être aimé et non d'aimer. . On pense aussi qu'en amour l'important, c'est de trouver le bon
objet et non d'avoir la faculté
: deux personnes tombent amoureuses "lorsqu'elles ont le sentiment d'avoir découvert le meilleur objet disponible sur le marché, compte tenu des limitations de leur propre valeur d'échange".
Il existe également une confusion entre
tomber amoureux et être amoureux. Tomber
amoureux c'est laisser s'abattre le mur qui sépare les individus, c'est un miracle de soudaine intimité facilité par la consommation sexuelle. Mais ce type d'amour est éphémère, l'intimité perd son caractère miraculeux, antagonismes et déceptions reprennent le dessus.
Alors que les témoignages accablants montrent la difficulté d'aimer, on a coutume de considérer qu'il n'y a rien de plus facile et que nul n'a apprendre sur le sujet.
Or l'amour est un art qui nécessite de maîtriser la théorie et la pratique, il doit devenir la préoccupation ultime de l'individu.

L'homme est vie consciente d'elle-même", de sa solitude, de sa séparation, de son impuissance devant les forces de la nature et de la société". L'expérience de la séparation d'avec la nature est source d'angoisse et suscite un sentiment de honte et de culpabilité.
Dès lors comment surmonter cette séparation et trouver l'unicité ?
La première solution partielle se trouve dans les états orgiaques (abolition du moi séparé ). Les rituels dans les tribus primitives font apparaître une exaltation collective, une fusion au groupe au cours de laquelle le monde extérieur disparaît. Ces orgies sexuelles permettent d'atteindre un orgasme amenant à l'état d'extase.
Ces rituels sont admis par le groupe et ne suscitent ni angoisse, ni culpabilité.
Alors que dans une société qui a renoncé à ces pratiques, ceux qui s'y adonnent (en se réfugiant dans l'alcool ou les drogues ) se sentent encore plus angoissés quand l'expérience prend fin.
Quant à ceux qui recherchent l'orgasme sexuel pour échapper à l'angoisse de séparation, l'acte sexuel ne comble la distance entre les individus que pour un instant, ils se retrouvent ensuite avec un sentiment croissant de séparation."Toutes les formes d'union orgiaques ont trois caractéristiques : elles sont intenses, même violentes ; elles mettent en jeu la personnalité totale, esprit et corps ; elles sont transitoires et périodiques".
La seconde solution partielle se trouve dans le conformisme. L'union au groupe constitue un moyen de surmonter la séparation : "c'est une union où, dans une large mesure, le soi individuel disparaît, et dont le but est d'appartenir à la foule." Par peur d'être différent les gens veulent se conformer à un degré bien plus élevé qu'ils n'y sont contraints. Ils se contentent de manifester leur différence sur des points mineurs".

Dans la société capitaliste, l'égalité des individus devient une égalité d'automates, d'hommes faisant les mêmes choses, ayant les mêmes idées et les mêmes sentiments. L'égalité des femmes a ainsi été pervertie, celle-ci se paie par l'élimination des différences : la polarité des sexes est entrain de disparaître. "Le processus social requiert la standardisation de l'homme, et cette standardisation, on l'appelle "égalité".
L'union par conformisme est dictée par la routine mais suffit rarement à calmer l'angoisse de séparation. Elle concerne surtout l'esprit et peu le corps. Son seul avantage est d'être permanente.
La troisième solution partielle se trouve dans le travail créateur où la personne s'unit avec son matériau. Mais dans le système économique, le travailleur devient un appendice de la machine ou de l'organisation bureaucratique, il n'y a plus de vrai travail créateur.
L'amour est la seule solution humaine. "Le désir de fusion interpersonnelle est le plus puissant dynamisme en l'homme". L'amour est la réponse plénière au problème de l'existence mais de quel amour s'agit-il ?
Il existe des formes imparfaites de l'amour, par exemple l'union symbiotique. Il s'agit d'unions dont le modèle est la relation mère-foetus. La forme passive se trouve dans le masochisme et la forme active dans le sadisme.
L'amour n'est une activité libre que s'il consiste essentiellement à donner, non à recevoir, sinon il s'agit d'une "passion" résultant d'une motivation inconsciente.
Le don constitue la plus haute expression de la puissance : "donner est source de plus de joie que recevoir" parce qu'il exprime de vitalité.
La sphère la plus importante du don ne se situe pas dans les choses matérielles mais dans les relations humaines : donner de sa vie. Celui qui donne ainsi de sa vie"enrichit l'autre, il en rehausse le sens de la vitalité en même temps qu'il rehausse le sien propre". Dans le don, chacun est reconnaissant à l'autre de la vie qui naît pour les deux.
La capacité d'amour en tant que don, nécessite d'avoir surmonté la dépendance, le narcissisme, le désir d'exploiter et d'avoir acquis la foi en ses propres possibilités. Si ces qualités ne sont pas acquises la personne a peur de se donner, donc d'aimer.

D'autre part, le refus du don dans la relation, car pour pouvoir donner, il faut que ce don soit accepté par l'autre, comment donner à celui qui refuse ? Accepter le don, l'amour de l'autre, c'est déjà aimer, donc donner.
L'amour est sollicitude, responsabilité, respect et connaissance. "L'amour est une sollicitude active pour la vie et la croissance de ceux que nous aimons."

Le désir d'union repose également sur un besoin biologique : l'union des pôles masculin et féminin. Le mythe des êtres androgynes primitifs est l'expression de cette recherche de l'unité perdue. Cette polarité est à la fois extérieure : recherche de l'autre pour trouver l'union, mais aussi intérieure. Au niveau physiologique, hommes et femmes possèdent des hormones du sexe opposé, psychologiquement ils sont aussi bisexués. Hommes et femmes ne réalisent leur union intérieure que par la conjonction de leur pôle masculin et féminin (pénétrer et recevoir ). Le rapprochement avec les idées de JUNG sur "l'anima" et "l'animus" est en ce domaine assez saisissant, tout comme la parenté avec des philosophies beaucoup plus lointaines : tantrisme, taoïsme, des convergences riches de perspectives apparaissent dans ce domaine des pôles intérieurs masculins et féminins.
L'amour érotique bien qu'exclusif ne saurait être un égoïsme à deux, il doit aussi comporter une dimension d'amour fraternel, pour s'ouvrir aux autres. L'amour érotique est à la fois attirance individuelle unique et aussi acte de pure volonté.


L'amour de soi ne doit pas être confondu avec le narcissisme qui représente le premier stade du développement humain, celui qui régresse à ce niveau est incapable d'aimer. L'amour de soi est souvent assimilé à l'égoïsme, celui-ci traduit-il réellement un souci de soi-même ?
En fait l'amour est indivisible, il concerne à la fois les autres et soi :  "si quelqu'un est capable d'amour productif, il s'aime également, s'il ne peut aimer que les autres, il n'aime en aucune façon". La personne égoïste se hait elle-même, elle est vide et malheureuse, "avide d'arracher à la vie les satisfactions qu'elle pourrait obtenir si elle n'y faisait elle-même obstacle."

L'amour est une expérience personnelle qu'il nous appartient de réaliser par nous-mêmes.
Pour ce qui est de l'art d'aimer, ceci signifie que quiconque aspire à devenir un maître dans cet art doit commencer par pratiquer la discipline, la concentration et la patience dans chaque phase de sa vie.
La discipline ne doit pas être une règle pénible, imposée mais ressentie comme un style de vie.
Pour pratiquer la concentration, il faut apprendre à rester seul avec soi-même, c'est une conception essentielle de l'aptitude à aimer : faire le vide en soi-même. Se concentrer signifie aussi savoir écouter, "vivre pleinement dans le présent, dans le ici et maintenant, sans penser à ce que l'on fera par la suite.
Nous devons aussi avoir foi en nous-mêmes, en ce noyau immuable de notre personnalité.
Seul celui qui a foi en lui-même peut avoir foi dans les autres et dans leurs virtualités.
Enfin "pour aimer, comme pour se laisser aimer, il faut avoir le courage de juger certaines valeurs, comme étant d'importance ultime et alors de faire le saut et de tout miser sur elles."

 Le système accepte toutefois une certaine dose de non-conformisme et cantonne l'amour dans un rôle marginal.
Dès lors si l'on prend l'amour au sérieux en le considérant comme la seule réponse rationnelle au problème de l'existence, on est forcé de conclure que des changements importants et radicaux dans la structure de la société sont indispensables pour que l'amour devienne un phénomène social, et non plus marginal, hautement individuel.
Bruno LEROY.

10:50 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans RÉFLEXIONS ET PENSÉES | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

18/09/2005

QUI ÉTAIT JACQUES ELLUL ?

Jacques Ellul, (6 janvier 1912 à Bordeaux - 19 mai 1994 dans la même ville après une longue maladie) est un penseur, historien et sociologue français.

Apres une révélation à 18 ans qui le mettra dans la voie du christianisme, et une lecture poussée de Marx à 19 ans, Jacques Ellul a étudié le droit, puis mené sa vie dans une recherche de cohérence et en cherchant à comprendre et penser, notamment avec son ami Bernard Charbonneau, l'évolution de la société moderne, constatant la disparition du monde rural, la technicisation et normalisation de l'homme comme de son milieu et prévoyant, d'un point de vue écologique comme social l'ampleur de cette "grande mue".

Il a mené une étude critique très complète de ce qu'il appelait "la société technicienne" - la technique étant d'après lui le facteur déterminant de la société moderne - notamment dans une triologie sur la technique, dans laquelle il developpe sa thèse, exemples à l'appuis et en suivant l'évolution du phénomène technique; these selon laquelle la technique s'auto accroit, imposant ses valeurs d'efficacité et de progres technique, niant l'homme, ses besoins, sa culture, ainsi que la nature. La sociologie n'étant pas son seul domaine, son œuvre est partagée entre les travaux qu'ils a mené en tant que théologien, historien et sociologue, certains diraient même philosophe bien qu'il ne se définissait pas comme tel.

Il enseigna à l'université de Bordeaux et à Sciences Po Bordeaux (IEP).

Militant anarchiste proche du situationnisme, mais également commentateur subtil de la pensée et des dérives marxistes, il a contribué à la mise en place de l'écologisme politique, ainsi qu'à des réflexions sur un anarchisme chrétien. On lui doit aussi de nombreux travaux théologiques sur les aspects subversifs et libérateurs de l'Evangile, ainsi que sur la "perversion" que la révélation chretienne aurait subit, ainsi que par exemple une interprétation de l'Apocalypse et une reflexion sur l'éthique et l'espoir.

On peut le considérer, avec son ami Ivan Illich comme un des pères de l'idée de décroissance raisonnée et de simplicité volontaire.

Citations

  • " C'est maintenant la technique qui opère le choix ipso facto, sans rémission, sans discussion possible entre les moyens à utiliser... L'homme (ni le groupe) ne peut décider de suivre telle voie plutôt que la voie technique .... ou bien il décide d'user du moyen traditionnel on personnel ... et alors ses moyens ne sont pas efficaces, ils seront étouffés ou éliminés, ou bien il décide d'accepter la nécessité technique, il vaincra ... soumis de façon irrémédiable à l'esclavage technique. il n'y a donc absolument aucune liberté de choix."

Le système technique Calmann-Lévy, 1977 p. 245 et sv.

  • « Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique (...) Ce n'est pas l'État qui nous asservit (...), c'est sa transfiguration sacrale (...) ». Les nouveaux possédés, Paris, Fayard, 1973, p. 259.
  • « J'ai montré sans cesse la technique comme étant autonome, je n'ai jamais dit qu'elle ne pouvait pas être maîtrisée. » Changer de révolution, Paris, Seuil, 1982, p. 224.
  • « Par conviction spirituelle, je ne suis pas seulement non violent mais je suis pour la non-puissance. Ce n'est sûrement pas une technique efficace. (...) Mais c'est ici qu'intervient pour moi la foi. (...) On ne peut pas créer une société juste avec des moyens injustes. On ne peut pas créer une société libre avec des moyens d'esclaves. C'est pour moi le centre de ma pensée. » Patrick Chastenet, Entretiens avec Jacques Ellul, Paris, La Table Ronde, 1994, p. 52.
  • « Plus j'étudiais, et plus je comprenais sérieusement le message biblique (et Biblique entièrement, pas le « doux » message de Jésus !) plus je rencontrais l'impossibilité d'une obéissance serve à l'État, et plus j'apercevais dans cette Bible les orientations vers un certain anarchisme. [..] l'anarchisme me parait, dans son domaine politique la conviction la plus proche de la pensée biblique. » Anarchie et Christianisme, Ateliers de Création Libertaire, 1998, Introduction .
  • ( Texte pris dans l'encyclopédie : Wikipedia...Libre de Droits de reproduction ).

20:55 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans TÉMOINS DE CE TEMPS. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

17/09/2005

JACQUES ELLUL ANARCHISTE CHRÉTIEN.

 

Lorsque nous aurons vraiment pris au sérieux la situation concrète des hommes et des femmes de notre temps, que nous aurons entendu leur cri d'angoisse et que nous aurons compris pourquoi ils ne veulent pas de notre Évangile désincarné; lorsque nous aurons participé à leur souffrance, charnelle et spirituelle, à leur désespoir, à leur abandon; lorsque nous serons devenus solidaires de nos compatriotes et de notre universelle Église, comme Moise et Jérémie de leur peuple, comme Jésus des foules errantes, troupeau sans berger, alors notre voix pourra annoncer la parole de Dieu. Mais pas avant! [..] Ce n'est pas la Parole qui doit changer et leur apporter autre chose, c'est leur situation. [..] Nécessite de la révolution dans un monde où elle est devenue impossible, et d'une révolution qui attaque les structures profondes d'une civilisation dont tous les efforts tendent vers cet unique but: transformer en pourceaux tous les êtres humains, qui ne peuvent plus de ce fait recevoir les perles de l'Écriture. Nécessité d'une redécouverte du sens de l'activité humaine, de la situation des moyens et des fins, de leur place véritable dans un monde tout entier livré à l'esprit de puissance, au dérèglement, à l'orgueil de moyens sans bornes et qui nous absorbent sans réserve possible. [..] Tant que la solidarité entre chrétiens ne se traduira pas dans une aide pour permettre à chacun de trouver un équilibre de vie, de rechercher un style de vie où s'incarne vraiment sa foi (non pas pour éviter de crever de faim), elle ne sera qu'un mot. Et ceci seulement montre à quel point cette recherche peut conduire dans des sentiers désagréables à nos chères habitudes. [..] Mais c'est à ce prix que la bonne nouvelle du salut en Christ sera autre chose qu'une parole humaine parmi d'autres paroles humaines... » Présence au monde moderne, 1948, conclusion.
JACQUES ELLUL- Anarchiste chrétien.

16:04 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans TÉMOINS DE CE TEMPS. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

DEVENIR AUTHENTIQUEMENT REBELLE.

Le rebelle refuse l'ordre que s'est donné le monde au sein duquel il a été jeté. Il le refuse au nom d'une légitimité excédant toute légalité. Il le refuse, parce que c'est en lui-même qu'il trouve la légitimité et la norme – non qu'il les calque platement sur ce qu'il est, mais parce qu'il sait que ce qu'il est est aussi le lieu d'une norme qui le dépasse. Et son refus est total. Le rebelle est celui qui ne cède pas, dédaignant ce qu'on lui fait miroiter : honneurs, intérêts, privilèges, reconnaissance. À la table de jeu, il est celui qui ne joue pas le jeu : l'esprit du temps glisse sur lui comme l'eau sur les canards. Esprit libre, homme libre, il ne met rien au-dessus de la liberté de l'esprit et de la personne. Il est la liberté même. « Est rebelle, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté » (Jünger). Mais il n'est pas seulement un insoumis. Certes, comme le résistant ou le dissident, le rebelle est la preuve vivante qu'une alternative est toujours possible. Mais sa rébellion n'est pas seulement liée aux circonstances. Elle est d'ordre existentiel. Le rebelle ressent physiquement l'imposture, il la ressent d'instinct. On devient dissident, mais on naît rebelle. Le rebelle est rebelle parce que tout autre mode d'existence lui est impossible. Le résistant cesse de l'être dès qu'il n'a plus les moyens de résister. Le rebelle, même emprisonné, continue d'être un rebelle. C'est pourquoi, s'il peut être perdant, il n'est jamais vaincu. Les rebelles ne peuvent pas toujours changer le monde. Le monde, lui, n'a jamais pu les changer. Face à un monde pour lequel il n'éprouve que mépris ou dégoût, le rebelle ne peut se satisfaire de l'indifférence, car celle-ci est encore trop proche de la neutralité. Le rebelle est fait pour la lutte, fût-elle sans espoir. Il n'est pas donc pas un renonçant. Le rebelle s'éprouve comme étranger au monde qu'il habite, mais sans jamais cesser de vouloir l'habiter : il sait qu'on ne peut nager à contre-courant qu'à condition de ne pas quitter le lit du fleuve. Appartenant à cette minorité qui a de tout temps préféré le danger à la servitude, il sait que le respect de soi doit toujours être conquis. Son éloignement, purement intérieur, n'empêche pas le contact, car ce contact est nécessaire à la lutte. Et s'il a « recours aux forêts », ce n'est pas pour s'y réfugier – bien qu'il soit souvent un proscrit –, mais pour y reprendre des forces vives. « La forêt est partout présente, poursuit Jünger. Il existe des forêts au désert comme dans les villes, où le Rebelle vit caché sous le masque de quelque profession. Il existe des forêts dans sa patrie, comme sur tout autre sol où peut se déployer sa résistance. Mais il existe surtout des forêts sur les arrières mêmes de l'ennemi. » Le révolutionnaire poursuit un objectif, ce qui n'est pas nécessairement le cas du rebelle. Le rebelle peut aussi bien lutter pour affirmer un style. Il lutte parce qu'il ne peut pas faire autrement que lutter. Le révolutionnaire entend parvenir à un but là où le rebelle incarne avant tout un état d'esprit. Pareillement, le rebelle méprise la surenchère extrémiste et le maniement supposé ravageur des slogans. Il n'est pas de ceux qui se bornent à annoncer l'Apocalypse sans avoir le moindre moyen d'y remédier. Antigone est étrangère au narcissisme de la radicalité. Par rapport au « cours historique », le rebelle sait en revanche identifier le moment et saisir ce moment. Pour rompre l'encerclement, pour tenter d'introduire un grain de sable dans la machine, il raisonne sur des situations concrètes. Il détermine sa stratégie par rapport à ce qu'il voit se mettre en place sous ses yeux, non par rapport à des modèles dépassés. Le rebelle est avant tout mobile. Il mobilise la pensée et rend cette pensée mobile. Il n'est pas soldat, mais partisan. Il ne mène pas d'opérations régulières, mais lance des coups de main. Il ne se tient pas derrière une ligne de front, mais traverse tous les fronts. Le rebelle peut être actif ou méditatif, homme de connaissance ou d'action. Sur le plan stratégique, il peut être chêne ou roseau, renard ou lion. Il est des rebelles de toutes les sortes. Dans l'ordre de la pensée, Hugues Rebell, le bien nommé, Georges Darien, Péguy, Bernanos, Orwell furent en leur temps des rebelles, tout comme, à date plus récente, Jack Kerouac, Dominique de Roux, Burroughs, Pasolini, Xavier Grall, Mishima ou Jean Cau. Guy Debord fut un rebelle lui aussi, même si son œuvre fait aujourd'hui l'objet d'une récupération posthume, signe que nous sommes déjà dans l'au-delà du Spectacle. Dans l'ordre de l'action, après tant d'autres « éveilleurs de peuple », on pourrait citer le sous-commandant Marcos qui, sans avoir jamais commis un seul attentat, défend de manière exemplaire les libertés des Indiens du Chiapas. De Robin des Bois aux « zapatistes » : une même lignée ! Il y a toujours eu des rebelles. Mais le monde actuel leur réserve une place toute particulière. À l'époque de la modernité, le rebelle apparaissait très en retrait par rapport au révolutionnaire : il était réputé manquer de claire conscience idéologique, et préférer aux stratégies longuement réfléchies le jeu désordonné des réactions instinctives. Aujourd'hui que la modernité s'achève, il retrouve toute sa place. La mondialisation fait en effet de la Terre un monde sans extérieur, un monde sans autrui, qu'on ne peut plus attaquer à partir d'un au-delà de lui-même. Un tel monde n'est pas tant voué à l'explosion qu'à la dépression implosive. Le rebelle est adapté à ce monde, précisément parce qu'il anime des réseaux et propage ses idées de façon virale. En ce sens, il est lui aussi une figure postmoderne, mais une figure d’opposition. Dans un monde de plus en plus homogène, il est la singularité même. Il est un point opaque dans un monde voué à la transparence totalitaire, un sujet demeuré réel dans un monde d'objets virtuels, un séditieux par excellence dans un monde policé devenu policier. Un étranger qu'on pourrait exclure à bon droit au nom de la lutte contre l'exclusion s'il ne s'était d'emblée exclu lui-même. C'est pourquoi, d'une certaine façon, l'avenir appartient à la pensée rebelle, à cette pensée qui dessine des clivages inédits, esquisse une topographie nouvelle, préfigure un autre monde. Car l’histoire, toujours, demeure ouverte. Jünger dit encore qu'il appelle Rebelle « celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l'univers, se voit livré au néant ». Il écrit aussi : « Lorsqu'un peuple tout entier prépare son recours aux forêts, il devient puissance redoutable. »

Bruno LEROY. ( Rebelle de l'Amour ).

10:19 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

LA MYSTIQUE D'ANTONIN ARTAUD.

L'expérience du peyotl tient dans Les Tarahumaras une place importante. Elle a un retentissement important dans l'oeuvre artaudienne à partir de 1936. On la retrouve avec Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras et le Supplément en 1943, et, bien plus tard encore, dans deux écrits nommés Tutuguri. Certains de ces textes ont un ton particulièrement mystique, et, avant de rentrer dans le coeur du sujet, il est utile de tenter d'expliquer le surgissement inattendu du Christ dans ces écrits d'Artaud.
On a beaucoup écrit sur le peyotl, cactée que l'on trouve essentiellement sur les plateaux mexicains, du Rio Grande au nord à Mexico au sud. La Lophophora Williamsii a fait l'objet d'études scientifiques à partir de la fin du XIXe siècle, mais a été décrite dès les débuts de la colonisation espagnole. C'est Bernardino de Sahagún qui cite le premier l'existence de cette plante et l'usage qu'en font les Indiens de la Nouvelle-Espagne : "La plante, Peyotl, sorte de Nopal de terre, est blanche. Elle croît dans les régions septentrionales et provoque chez ceux qui la mangent ou la boivent des visions effrayantes ou risibles. L'ivresse dure deux ou trois jours, puis disparaît. Les Chichimèkes font de cette plante une consommation considérable. Cela leur donne des forces, les excite au combat, leur enlève la peur, les empêche de ressentir les effets de la faim et de la soif. On dit même que cela les met à l'abri de tous dangers."
L'origine du peyotl remonte bien au-delà des Aztèques, qui l'associent au Soleil, le dieu guerrier. C'était en effet l'aliment de base du combattant aztèque, censé le rendre invulnérable. Avec l'évangélisation et la conquête du continent, l'usage s'en répandit peu à peu notamment dans la deuxième moitié du XIXe siècle dans toute l'Amérique du Nord. Le peyotl est toujours l'objet d'un pèlerinage chez les Huichols et les Tarahumaras. Le voyage – que ces deux ethnies sont désormais les seules à effectuer – représente plusieurs centaines de kilomètres aller et retour, et a lieu en général pendant les premières semaines d'octobre. Les hallucinations causées par l'absorption du peyotl sont très particulières. Le peyotl contient sept alcaloïdes, dont la mescaline, sous l'influence de laquelle Henri Michaux a écrit Misérable miracle, essai "expérimental" dans tous les sens du terme, composé de textes et de dessins exécutés par l'artiste sous l'emprise de la drogue.
C'est également sur les effets de la même substance que Aldous Huxley a écrit The Doors of Perception. D'autres, avant Artaud, Michaux ou Huxley, ont testé la mescaline et y ont éprouvé un certain plaisir, du moins une réelle fascination. À la fin du siècle dernier, le Docteur Ludwig Lewin cite le récit d'un jeune étudiant en médecine qui s'est proposé volontaire pour absorber de la mescaline et en décrire les effets : "... La première phase est une sorte de retranchement du monde extérieur et l'apparition d'une vie purement intérieure qui suscite l'étonnement... À la deuxième phase se présentent des images de cette vie exclusivement intérieure, des hallucinations sensorielles, des mirages..., accompagnés la plupart du temps de modifications de la vie psychique... Aucune impression désagréable ne trouble les heures que dure cette vie de rêve… Le sujet se sent toujours en disposition joyeuse. En comparaison du monde tel qu'il apparaît alors, le monde d'autrefois semble pâle et mort... arabesques coloriées, figures géométriques... dessins de tapisseries... à côté de ces objets peuvent apparaître des personnages parfois grotesques, des nains de diverses couleurs, des créatures fabuleuses... L'individu a l'impression de ne plus rien peser ou d'avoir grandi, ou une impression de dépersonnalisation ou du dédoublement de son "moi". Le sujet conserve une conscience claire et active et aucun obstacle ne s'oppose à la concentration de son attention. Il éprouve le besoin de faire de l'introspection."
Des visions de croix sont évoquées dans de nombreux témoignages de personnes ayant absorbé du peyotl ou de la mescaline : "Un dessin de croix se présentait avec une fréquence toute particulière et la plus grande diversité. Sans cesse, des lignes centrales de la croix se détachaient vers les côtés des ornements onduleux comme des serpents ou dardés comme des langues mais qui gardaient la rigueur de leurs lignes." Lewin cite notamment le cas d'un homme qui aurait vu le Christ alors qu'il s'était adonné à la mescaline : "En fin de psychose. un homme voyait, les yeux ouverts, des oiseaux verts et rouges et, quand il les fermait, des jeunes filles vêtues de blanc, des anges, la sainte Vierge, Jésus-Christ en bleu ciel." On voit comment un amalgame peut être fait entre cette vision de croix - symbole central des croyances amérindiennes où il est associé au soleil - et, pour un esprit occidental, la croix chrétienne, où parfois apparaît le Christ. Le Rite du Peyotl fut écrit en 1943, c'est-à-dire sept ans après le voyage d'Artaud dans la Sierra Tarahumara. On voit mal a priori comment on pourrait expliquer un tel revirement de l'écrivain après toutes ces années. En effet, il y a peu de choses en commun entre la description d'un rite profondément païen par un esprit aussi anti-chrétien que l'Artaud des années trente telle qu'on peut l'apprécier dans La Danse du Peyotl et le ton excessivement mystico-chrétien du Rite du Peyotl écrit à Rodez en 1943. On pourrait avancer l'hypothèse que ces visions qu'il a eues en 1936, Artaud les a réinterprétées des années plus tard, alors qu'il était, selon ses termes, "empoisonné", envoûté "par la prêtraille profitant de sa faiblesse momentanée".
Au milieu de son "délire", ces croix se sont faites chrétiennes : " ... La lutte ente le Mal et Dieu n'est pas encore finie et pour qu'arrive le Règne de Dieu sur terre il faut être chaste- […] Car les choses sont faites par le soleil et comme lui, et elles sont faites comme ceci", m'ont dit ces prêtes avec des signes des bras et du corps qui constituent les attitudes de Danse Religieuse les plus extraordinaires que j'aie jamais vues. Parmi ces signes il y avait le Signe de la Croix tel que les catholiques le font mais il y en avait une inanité d'autres." Ce passage est tiré d'une lettre à Henri Parisot, qui dans Les Tarahumaras suit un autre texte qu'Artaud écrivit pendant sa période mystico-chrétienne, le Supplément au Voyage au pays des Tarahumaras, où, là encore, la croix est omniprésente.
Cette obsession a suggéré à l'Américaine Julia Costich que dans ces textes, l'interrogation du monde "is directed by God through a cruciform opening of perception". Ceci nous amène à une autre hypothèse, qui n'est pas forcément incompatible avec la première, mais qui la complète en la renforçant. L'ethnologue allemand Claus Deimel, lorsqu'il décrit les rites et les croyances des Tarahumaras, indique que si bon nombre de leurs coutumes ancestrales sont restées profondément ancrées chez eux, le christianisme a néanmoins fait son chemin. Un certain syncrétisme s'est donc opéré dans leurs croyances : "Les traditions des Tarahumaras offrent la description des transformations extérieures de leur civilisation : le Dieu chrétien, tata diosi, nommé aussi parfois onoruame, notre père très grand - nom d'ailleurs identifié avec le soleil—, les Saints chrétiens jesusi, san josé su cristo et maria passent aujourd'hui pour les créateurs de toutes choses." Marino Benzi cite un cas comparable chez les Indiens Huichols : "Le Christ, la Vierge et saint Joseph apparaissent parfois avec les attributs des divinités auxquelles ils sont identifiés ou associés, tout en consentant des traits rappelant vaguement le catholicisme. Le Christ est conçu magiquement par la Vierge grâce à l'action d'une fleur de lis blanc qui pénètre dans son ventre pour la féconder, ce qui rappelle la naissance des divinités précolombiennes. Le Christ, protagoniste presque exclusif des événements que nous rapportons, est un grand prêtre-chaman, un héros culturel..." L'évangélisation des Indiens et leur réinterprétation chrétienne des visions mescaliniennes aboutit à la naissance à la fin du siècle dernier d'un mouvement religieux amérindien dont le peyotl est un élément central : "Le Nouveau complexe du Peyotl : apparaît vers 1891 (d'après le témoignage de l'époque: James Mooney). un certain John Wilson (métis Delaware, Caddo et Français) s'instaura Prophète du Peyotl après des visions lui ayant montré des faits et images de la vie du Christ. Mis en présence du Christ et du Peyotl, il recueillit des instructions précises pour établir le nouveau rituel et instaura les dogmes messianiques. Il reçut, en particulier, consigne, dans ses hallucinations, de demander à ses partisans de s'abstenir de boire de l'alcool et d'éviter toute débauche. Le nouveau culte se répandit très rapidement parmi les diverses tribus particulièrement malmenées et déplacées par les gouvernements successifs: les Oklahoma, Senèques, Shawnee, Delaware, Quapaw, Potawatomi et Osage, entre autres, donnèrent naissance a de nouveaux prophètes du peyotl." Dès lors, on voit comment le processus mental hypothétique cité plus haut a pu être favorisé. Cependant, comme on l'a vu plus haut, le syncrétisme qui s'est opéré chez les Tarahumaras et les Huichols est différent de celui que nous venons de citer. Artaud était au fait de ces croyances hybrides, mélangeant les anciens dieux et la Trinité catholique, et comme le dit Kenneth White : "Il [Artaud] est trop conscient que les Indiens eux-mêmes ne savent plus trop ce qu'ils font: leurs traditions sont oubliées, embrouillées, ils racontent des histoires "dont ils ont égaré la liaison et le secret". Cette cérémonie avec ses sacrifices, ses clochettes, ses croix, ses miroirs ressemble trop à
une messe !"
Mais, en 1936, Artaud ne porte guère d'attention à ces réminiscences catholiques dans les rites tarahumaras ; à la rigueur, elles provoquent chez lui un étonnement amusé : ainsi, lorsqu'il décrit les "Êtres" représentés par un cercle de croix, il signale la présence du "Mâle-Principe de la Nature, que les Indiens dénomment San Ignacio, et sa femelle San Nicolas !". En fait, ce qui le fascine avant tout, ce sont les éléments profondément sacrés et païens de ces rites ancestraux, et les rapports essentiels que ces Indiens entretiennent avec la Terre, le Soleil, le Feu et eux-mêmes. C'est cet aspect qui redeviendra le thème central des deux Tutuguri qu'Artaud écrira peu de temps avant sa mort. Car le peyotl, comme toute initiation, est d'abord une expérience avec soi-même. Il suffit de s'en rapporter aux copieux chapitres qu'y consacre Marino Benzi dans Les derniers adorateurs du peyotl, ou au récit sous forme de journal de l'ethnologue Carlos Castaneda pour s'en convaincre. Une telle éducation - car c'est bien de cela qu'il s'agit -, qui consiste à se débarrasser de tout un héritage socio-culturel pour enter dans la réalitél (processus qui trouve plus d'un lien de parenté avec les métamorphoses nietzschéennes), ne pouvait que séduire un homme comme Artaud, à qui la civilisation occidentale ne peut plus rien apporter hormis un profond dégoût. J'ai parlé plus haut d’"expérience avec soi-même". Ces termes peuvent porter à confusion, car le peyotl, chez Artaud, n'est pas un moyen "de faire de l'introspection", comme le formule plus haut le témoin cité par Lewin. L'expérience d'Artaud avec le peyotl n'a rien à voir avec celles de Michaux ou de Huxley avec la mescaline. Ces deux derniers utiliseront cette drogue pour en mesurer les effets sur leur psychisme : il s'agit d'expériences particulièrement égocentriques, d'explorations intérieures. Mais le désir d'Artaud est tout autre. La plante des Indiens va d'abord soulager Artaud de ses souffrances physiques. Il souffre depuis sa jeunesse d'une maladie nerveuse, diagnostiquée et traitée comme une syphilis héréditaire à partir de l'âge de dix-neuf ans, le mettant dès lors sous la dépendance des drogues. La danse du peyotl est en effet un moyen de guérison inespéré pour un homme comme Artaud, qui arrive dans la Sierra Tarahumara épuisé il est déjà dans un état de santé précaire à son départ de Mexico et certainement en manque: "Après des fatigues si cruelles, je le répète, qu'il ne m'est plus possible de croire que je n'aie pas été réellement ensorcelé, que ces barrières de désagrégation et de cataclysmes, que j'avais senti monter en moi, n'aient pas été le résultat d'une préméditation intelligente et concertée, j'avais atteint l'un des derniers points du monde où la danse de guérison par le Peyotl existe encore, celui, en tout cas, où elle a été inventée. Et qu'est-ce donc, quel faux pressentiment, quelle intuition illusoire et fabriquée me permettait d'en attendre une libération quelconque pour mon corps et aussi, et surtout, une force, une illumination dans toute l'ampleur de mon paysage interne, que je sentais à cette minute précise hors de toute espèce de dimensions." C'est donc un soulagement, un moyen de rassembler les morceaux épars d'un "corps lacéré de vibrations continues"comme le définit Daniel Odier. "Je souffre atrocement", écrit sans arrêt Artaud à ses amis tout le long de sa vie. L'opium, le laudanum, l'héroïne, atténuent cette souffrance occasionnellement, mais ne font qu'aggraver la douleur, à terme, en créant une dépendance. La "plante-principe". comme l'appelle Artaud, a la vertu salvatrice d'atténuer les souffrances.
 Marino Benzi signale d'ailleurs que "le peyotl est pour les Indiens un remède magique contre toutes les maladies". Cependant la prise du peyotl revêt chez les Indiens un caractère sacré : il faut un long jeûne et une préparation spirituelle avant de pouvoir ingérer la drogue ; c'est à ce prix que l'on peut explorer la réalité. "Mais on y parvient pas sans avoir traversé un déchirement et une angoisse, après quoi on se sent comme retourné et reversé de l'autre côté des choses et on ne comprend plus le monde que l'on vient de quitter. Je dis : reversé de l'autre côté des choses, et comme si une force terrible vous avait donné d'être restitué à ce qui existe de l'autre côté. - On ne sent plus le corps que l'on vient de quitter et qui vous assurait dans ses limites, en revanche on se sent beaucoup plus heureux d'appartenir à l'illimité qu'à soi-même car on comprend que ce qui était soi-même est venu de la tête de cet illimité, l'Infini, et qu'on va le voir. On se sent comme dans une onde gazeuse et qui dégage de toutes parts un incessant crépitement." Ce passage décrivant la première expérience d'Artaud avec le peyotl insiste sur la dualité corps/être qui semble s'opérer sous son influence.
Cette dualité est fondamentale chez les Amérindiens, qui croient notamment à la métempsycose : Carlos Castaneda décrit ainsi, lors d'une initiation similaires sa métamorphose en corbeau, lui permettant de se dégager de son enveloppe charnelle pour survoler et apprécier le monde dans sa réalité supérieure. La libération de l'être hors du corps passe par l'unité : "Des choses sorties comme de ce qui était votre rate, votre foie, votre coeur ou vos poumons se dégagent inlassablement et éclatent dans cette atmosphère qui hésite entre le gaz et l'eau, mais semble appeler à elle les choses et leur commander de se rassembler." Artaud sait enfin ce qu'est un "corps sans organes", obsession récurrente dans toute son oeuvre. Les organes sont ce qui gâche, ce qui pervertit la notion d'homme, car ils vont à l'encontre de l'idée d'unité. On sait le dégoût qu'il porte à cette représentation d'un homme "parcelé", où l'organe sexuel apparaît comme l'obscénité finale. Le peyotl fait entrevoir à Artaud la vérité : "Le Peyotl ramène le moi à ses sources vraies. - Sorti d'un état de vision pareille on ne peut plus comme avant confondre le mensonge avec la vérité. - on a vu d'où l'on vient et qui l'on est, et on ne doute plus de ce que l'on est. - Il n'est plus d'émotion ni d'influence extérieure qui puisse vous en détourner. [...] Prendre ses rêves pour des réalités voilà ce dans quoi le Peyotl ne vous laissera jamais sombrer." Le rite du peyotl, les propriétés particulières de la plante et sa signification dans la culture amérindienne, permettent aussi à Artaud de retrouver la "cruauté" qu'il avait définie dès 1933, et qu'il cherchait à atteindre à travers le théâtre. Dans Théâtre et cruauté : Dionysos profané, Pierre Brunel cite les descriptions que fait Artaud des rites tarahumaras, et pose la question : "Est-ce à dire que le théâtre tient la place du peyotl ?". En effet, l'auteur rapproche la volonté d'Artaud de vouloir amener le spectateur à un "état de transe" aux danses "calculées" des Indiens. "Je serais tenté de le croire, et de penser qu'à travers la pratique théâtrale, Artaud tend vers une connaissance, vers la découverte de "l'idée de transe", conclut-il. On retrouve donc l'idée de connaissance.
"Connaître, c'est resurgir avec", écrit Artaud, et les Tarahumaras connaissent des danses magiques, et savent utiliser la plante qui "permet de voyager dans la réalité", et donc d'accéder à cette connaissance par une renaissance de l'être hors du corps. Cette réalité définie précédemment correspond en fait parfaitement à ce que Carlos Castaneda, désignant le monde supérieur auquel font accéder le peyotl et d'autres substances hallucinogènes utilisées par les Indiens, appelle la "réalité de consensus particulier". L'expérience de cette plante hallucinogène restera chez Artaud unique. Elle n'est surtout pas comparable à ses précédentes absorptions de stupéfiants, dont il connaissait les effets néfastes et dominateurs. D'ailleurs, avant de partir pour la Sierra Tarahumara, il se débarrassera de l'héroïne qui lui restait. Le début d'un très court texte d'Artaud, écrit en mai 1947, résume son expérience en ces termes : "J'ai pris du Peyotl au Mexique dans la montagne et j'en ai eu un paquet qui m'a fait deux ou trois jours chez les Tarahumaras, j'ai pensé alors à ce moment-là vivre les trois jours les plus heureux de mon existence. J'avais cesse de m'ennuyer, de chercher à ma vie une raison et j'avais cessé d'avoir à porter mon corps. Je compris que j'inventais la vie, que c'était ma fonction et ma raison d'être et que je m'ennuyais quand je n'avais plus d'imagination et le peyotl m'en donnait."
Bruno LEROY.

09:45 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans ARTISTES. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

16/09/2005

La Spiritualité du Kung-Fu.

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 David Caradine.

Voici une étude synthétique à la fois philosophique et spirituelle du livre de David Caradine intitulé : L'ESPRIT SHAOLIN. En effet, depuis de nombreuses années, le comédien de la série Kung-Fu est un authentique spirituel et adepte du Bouddisme Zen. Toutes les situations et réflexions de cette série télévisée sont inspirées de la spiritualité shaolin et transmises sans artifices. David Caradine que l'on prend souvent pour un simple acteur veut, en fait, donner un message Bouddiste de sagesse et de spiritualité au Monde enfermé dans ses propres incertitudes matérialistes. Il nous insuffle la Sagesse immuable de sa Philosophie dans une société qui a besoin de retrouver ses racines essentielles.
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L’apprentissage des arts martiaux met en valeur le mouvement, améliore les performances, la coordination et la relaxation, fait une meilleure utilisation du corps en prévenant les blessures, confère au mouvement corporel sa liberté une vie durant, en restaurant les rythmes naturels que la vie moderne réfrène. Le Kung-Fu offre des techniques précises permettant à chacun de réaliser son potentiel sur la voie de l’accomplissement.

La confiance apportée par la connaissance de son corps et de l’harmonie spatiale débarrasse à jamais l’élève de sa peur. Ceci est la nature véritable de l’autodéfense. Mais cela reste une résultante mineure de l’étude du Kung-Fu. Car le Kung-Fu est une voie de réalisation totale, dans laquelle le combat apparaît bien comme la facette la moins signifiante.

La partie spirituelle de l’enseignement va bien plus loin que l’aspect mécanique du Kung-Fu, tout en dévoilant les bénéfices qu’on peut en retirer. Mais elle apporte beaucoup plus : la compréhension de la nature harmonieuse du cosmos au sein duquel nous vivons, le triomphe de la plupart des problèmes auxquels les humains sont confrontés : la maladie, la malchance et même la mort. Il n’y a pas de limite au développement potentiel de l’élève. Ce que vous semez, vous récoltez !

Le bonheur dépend plus de la santé mentale et de la paix intérieure que des facteurs externes.

L’étude du Kung-Fu apporte la paix intérieure, la santé mentale, la force, la grandeur d’âme et la patience.

Mais le Kung-Fu n’est pas une panacée. Il se peut que l’enseignement ne réussisse pas à inculquer ces qualités. Mais comme le fardeau repose sur l’élève, le Kung-Fu peut apporter le bonheur, la longue vie, le succès, l’éveil et la confiance, sans qu’on éprouve le besoin de recourir aux drogues et autres béquilles. En libérant l’esprit, il permet d’affronter les forces extérieures avec plus d’efficacité, en encourageant la compréhension et en éliminant la confusion et la frustration. Le succès viendra récompenser les efforts.

La véritable maîtrise du Kung-Fu Shaolin ne peut être obtenue que par la pratique et l’étude des exercices et des danses. Mais le Sifu (le maître) ne peut, lui non plus, être la seule source d’information. En tout cas, pas pour l’élève avancé. Le disciple doit compter sur lui-même et sur d’autres sources pour compléter son information. La philosophie, la religion, la médecine, l’art, la musique, la littérature et la science (tout particulièrement la physique) seront étudiés jusqu'à ce que le chercheur atteigne un degré raisonnable dans la compréhension de ces disciplines. Le disciple doit faire son chemin. Si cet objectif semble trop ambitieux, celui-ci devra examiner en toute conscience s’il n’a pas sous-estimé sa volonté de poursuivre la quête jusqu’au bout.

 

L’ESSENCE:

 

Le Kung Fu est une méthode de santé ancienne au moyen de laquelle l’humanité peut réaliser tout son potentiel, en apprenant à se fixer des objectifs plus ambitieux, en s’élevant au-delà des fausses valeurs et de leur carcan rigide pour accomplir l’unité avec les lois harmonieuses de la nature et de l’univers. L’entraînement de Kung Fu propose un but utile et conduit à l’obtention de talents qui accompagneront l’élève tout au long de sa vie, voire plus longtemps...

Les exercices du Kung-Fu de Shaolin nous aident à renouer avec notre être intérieur, afin que nous ne demeurions pas étrangers à notre propre corps. La seule paix ou force intérieure qui vaille, c’est celle qui unit le corps et l’esprit. Les conflits surgissent quand l’esprit tente de dominer le corps pour le conduire hors de ses limites. Comment peut-on prétendre s’entendre avec les autres et être en harmonie avec la nature si l’on ne l’est pas soi-même ? Un esprit travaillant contre le corps ne fait qu’accentuer l’état de conflit et de lutte.

L’objectif d’un programme d’études, quel qu’il soit, destiné à la réalisation personnelle, est l’amélioration de la qualité de la vie. Toutes les autres valeurs apparaissent secondaires : paix et tranquillité d’abord, sans tension ni contrainte ! A l’origine, l’étudiant placide n’est pas assuré de réussir aussi bien que celui qui y consacre toute la volonté de son ego. Mais, à la longue, celui qui développe le calme intérieur et insiste sur le synchronisme du corps et de l’esprit dans son entraînement parviendra à un niveau bien supérieur à celui qui, suant sang et eau, place la réussite au-dessus de tout et fait de chaque entraînement une épreuve en soi.

“Sans douleur, pas de progrès", répètent sempiternellement ces gourous omnipotents que sont devenus certains entraîneurs aujourd’hui. Il va sans dire que non seulement cette attitude est anti-productive, mais que si nous nous en tenons à l’esprit de notre livre, rien ne vaudra jamais le sentiment de se sentir bien. La santé est la mère de la longévité...

Un exercice qui s’apparenterait à une torture, ou bien contraint et forcé, n’atteindra jamais l’illumination que nous recherchons.

La différence qui existe entre l’étude des arts martiaux et des programmes de fitness comme l’aérobic ou la musculation, c’est qu’au bout de quelques semaines, vous savez déjà tout à leur sujet. Au-delà, c’est de la routine... Le Kung Fu, à l’inverse, enseigne au corps et à l’esprit la vie durant. Et surtout, il permet d’établir une communication permanente entre les deux.

La pensée contrôle l’action du corps et quand elle ne le fait pas, alors le corps se conduit comme un vulgaire robot. C’est ce qui se passe quand on exécute des mouvements désordonnés sans aucune autre finalité que l’exercice en lui-même. Dans l’étude du Kung Fu, chaque mouvement possède sa signification et son application dans la vie réelle. Mieux, au sein du mouvement se cache une compréhension profonde de la sagesse du monde.

Au fond, que le Kung-Fu soit considèré comme un art martial avec une connotation philosophique ou non n’a aucune importance. Le Kung Fu n’est pas un art martial, ni une philosophie ou une religion, c’est un Art de Vivre !

Le Kung-Fu est applicable à chaque situation de la vie courante. Il est ce que vous en ferez ! Mais si vous faites en sorte de bien en appliquer les préceptes, alors vous conservez le contrôle de vous-même et de la si- tuation...

Toutes les techniques offensives et défensives peuvent être maîtrisées en une courte période de temps sans grande difficulté... Un élève intelligent pourra absorber le contenu physique du Kung-Fu en une année ou deux. Je l’ai déjà vu se produire.

Mais le but du Kung Fu, cependant, est plus difficile à saisir. Un investissement à vie de l’adepte n’arriverait pas à appréhender la simple vérité cosmique à l’œuvre dans les mouvements du Kung-Fu. Voilà pourquoi il faut quand même s’adonner à fond à son étude. La récompense qui attend sur la route vaut bien le voyage!

Mais il est encore plus profitable de n’attendre aucune récompense. Car seule la plus pure des dévotions est capable d’amener le chercheur au plus près de son but...

Un élève lent devra consacrer encore plus d’efforts, mais s’il possède les ressources en lui-même, il a plus de chance d’atteindre la vérité qu’un élève plus rapide mais qui prend la connaissance pour argent comptant. La dévotion est la clef, la question et peut-être une grande partie également de la réponse...

Désir, détermination, persévérance et pratique sont les clefs du succès du Kung-Fu. La taille ou le sexe de la personne n’entrent pas en ligne de compte. Presque tout le monde peut apprendre et maîtriser les mouvements, tandis que le corps et l’esprit forment une alliance solide. Les femmes réussissent bien dans les styles du Nord car elles exploitent au maximum la grâce, la légèreté et l’esthétique qu’elles rencontrent dans ces styles. Les enfants apprennent avec une facilité déconcertante. Comme on apprendrait à des chiots... Ils tirent d’énormes avantages de la discipline : coordination, vitesse, mental et confiance renforcés. Sans parler de la subtile progression interne qu’ils vivent en même temps. Petit à petit, un chemin se fraye dans cet univers de questions. Au travers de la discipline et de la pratique, il est possible de découvrir des plans supérieurs de la vie sur terre. Sans peur ni colère, un équilibre se fait jour, fascinant... et conduisant un état qu’on n’a jamais connu auparavant et au-delà de toute expérien-ce...

C’est cela le Kung Fu !

Une autre façon d’apprendre, que je dois mentionner, est celle du Rebelle. Rien ne laisse prévoir le progrès de ce chercheur. Il peut-être ultra-rapide ou catas-trophique. Généralement, ces personnes passent par des étapes de mutation : dangereux, imprévisibles, parfois brillants, inventifs, destructeurs ou dérangeants... Qui sait ? Aucune étiquette ne peut être apposée sur cette catégorie. Elle est partie intégrante de la personne. Chacun sait qui il est. C’est ce que je suis...

Le Kung-Fu aujourd’hui jouit d’une formidable popularité planétaire. C’est en partie dû à l’influence du programme Kung-Fu, qui considère les arts martiaux dans leur habilité à résoudre les problèmes, quelque chose envers quoi on se tourne quand tout le reste a échoué... Dans la série Kung-Fu (qu’on peut voir maintenant dans soixante et onze pays), contrairement aux films du genre, les personnages affrontent le mal avec philosophie et n’utilisent la violence physique qu’en cas d’extrême nécessité ; et encore, avec la plus grande retenue...

Cette attitude est organique aux experts de Kung-Fu de la plupart des styles. Leurs aptitudes leur permet de s’élever physiquement, mentalement et spirituellement au-dessus de l’adversaire et de la difficulté.. C’est cette attitude authentique qui séduit si fortement les gens dans le monde. Car notre époque n’est guère propice à la confiance et à la foi, en dehors de puissances qui sont extérieures à nous et au-delà des valeurs temporelles et matérialistes de la société au sein de laquelle nous vivons...

 

SPIRITUALITÉ:

 

N’importe quelle discussion sérieuse sur la philosophie du Kung-Fu revient à aborder le domaine spirituel. Cela frise parfois dangereusement la religion. Mais tous les systèmes, qu’ils soient d’ordre scientifique, religieux ou mystique, englobent le concept de puissance suprême qui gouverne l’univers selon des lois immuables. Le chemin conduit à découvrir, confirmer et comprendre ces vérités entourant la seule grande Vérité.

En sciences physiques, on observe les phénomènes et on tente de les expliquer par l’expérimentation et l’interprétation. Dans les religions et dans les philosophies mystiques, on accepte comme certaine la théorie et c’est le phénomène qui doit être interprèté en accord avec cette théorie. Cette méthode d’exploration requiert la Foi. Elle est utile en face de concepts qui dépassent la perception. Les efforts pour appliquer la théorie d’Einstein sur la relativité‚ en sont un parfait exemple. On réinterprète l’évidence pour prouver la validité de la théorie. La vérité, c’est que les scientifiques opèrent beaucoup de cette manière mais n’aiment pas l’admettre.

L’application de cet outil, la foi, est ce qui définit l’expérience spirituelle. La foi, hors de ce cadre, est appelée croyance ou instinct, ou encore inspiration... Elle est aussi en rapport intime avec le hasard et la chance. La véritable nature de ce qui est spirituel par rapport à ce qui est absurde n’est pas toujours facile à distinguer. Il n’y a pas de claire séparation entre ce qui est science, superstition ou foi... Tout ce qu’on peut dire sans discussion est qu’il existe une réalité plus vaste au-delà de notre entendement. Elle n’a pas de nom mais nous connaissons son existence. En pratique, nous faisons parfois une percée au sein d’une réalité plus étendue et nous sommes capables alors de percevoir toute une série de mystères qui étaient autrefois imperméables à notre compréhension. Mais nous recouvrons à nouveau les limites de notre avancée et nous devons nous remettre en chemin. Ce processus me semble, autant que je l’aie compris, sans fin.

En fin de compte, toutes les études au monde ne pourraient épuiser l’entière vérité. Même en travaillant toute une vie, nous n’arriverons pas au bout de nos explorations. C’est alors qu’intervient la foi. A condition d’accepter des théories dont nous ne pouvons pas prouver la validité, nous sommes capables de percevoir l’image totale, même si sa structure reste au-delà de notre compréhension.

Cette méthode d’exploration décourage les cyniques...

Il existe une vieille histoire à propos de la foi et du cynisme. Deux chercheurs d’or étaient assis dans un saloon en Alaska. Ils prenaient un verre et le sujet de leur conversation tomba sur Dieu. “Je n’y crois pas", dit l’un des chercheurs d’or.”

“Ah bon ? C’est plutôt inhabituel par ici. Et pourquoi cela ?", dit l”autre.

“J’y ai cru mais ça m’a passé. Tu vois, un jour que je me trouvais sur la toundra, j’ai été pris dans un horrible blizzard. J’étais perdu et j’ai pensé que j’allais mourir de froid... alors, je me suis agenouillé pour prier Dieu mais absolument rien ne s’est passé". “Pauvre idiot", dit l’autre chercheur d’or, "comment peux-tu dire ça ? Tu es encore parmi nous, non? I1 a bien fallu que tu t’en sortes..."

“Oui, je m’en suis sorti. Mais ce n’est pas grâce à Dieu. Un diable d’esqui-mau qui passait par là m’a remis sur le bon chemin !"

La foi, l’espoir et la croyance sont des outils vénérables sans lesquels nous ne pouvons atteindre à l’infini. Quand ils deviennent prisonniers du dogme religieux ou de rites stéréotypés, ils ne répondent plus à leur vocation. La foi est puissante, à condition de s’accompagner de l’illumination. Elle peut déplacer les montagnes. Mais une foi aveugle est aussi porteuse de folie. Aussi, comme l’ail, on doit l’utiliser avec parcimonie.

I1 y a une méthode alternative à la foi. C’est le cynisme, la première des religions. I1 est le moyen de découvrir tout le reste, étant donné que le cynisme implique le scepticisme. Le scepticisme débouche sur l’examen et l’examen sur la compréhension.

 

QUAND ON SE PERD :

 

A un moment ou un autre, il arrive que l’élève ait l’impression de stagner. Parfois, le professeur est en faute. Si c’est le cas, il est temps d’aller voir ailleurs. Mais le plus souvent, c’est l’apprentissage qui est en cause, ou l’attitude ou encore le manque de concentration.

Nous nous comportons presque tous au début comme des bulldozers. Nous apprenons les formes et la technique à notre manière, en interprétant ou en adaptant les mouvements à l’une de nos erreurs et de nos préjugés. Cette approche ne peut réussir car nous sommes confrontés à nos propres limitations. Et nous finirons éventuellement par abandonner la discipline...

Mais si nous en ressentons l’appel, nous reprendrons les choses en mains, même si nous avons oublié la plupart des techniques. Nous recommencerons tout, avec encore plus d’humilité et de dévouement ! Celui-là est le véritable apprentissage car nous voyons les choses comme jamais auparavant. Le corps nous surprend par sa connaissance. Alors, chaque cours devient un moment de révélation, que nous nous n’oublierons jamais.

La peur est l’obstacle fondamental, le simple fait de penser qu’on ne peut réussir est dissuasif. Si cette peur persiste, elle prend plus de place et submerge tout le reste.

Il vous faut prendre confiance en vous, vous sentir encouragé à l’extérieur et... quelque chose en plus : le courage. Celui qui n’en a pas peut l’acquérir. Ce n’est pas facile. Je serais étonné que vous en fassiez l’expérience avec ce livre ou dans n’importe lequel autre...

Le dernier obstacle, une fois la peur vaincue ou assumée : le trop de confiance. Penser que c’est arrivé, l’ego, l’arrogance, l’illusion de la clarté. Mais ce sentiment peut surgir aussi si la peur vous habite toujours, comme une couverture... Cet élève-là parle trop au lieu d’écouter. Après tout, si l’on nous a donne deux oreilles et une bouche, ce n’est pas par hasard.

Cet obstacle n’est pas facile à surmonter sans une révélation qui vous permette d’en sortir ; cela survient en général après une grosse déception de l’ego : humiliation, dérision, sentiment d’indignité ou quelque chose de ce genre. Bien sûr, ce n’est pas une perspective agréable mais elle a ses bons côtés à la fin.

C’est comme si on aidait un ivrogne à trouver le chemin de la lumière. Jusqu’à ce qu’il l’ait trouvé, il niera tout, clamant que le monde entier se trompe ! Lui est parfait. Il faudra qu’il s’effondre avant de faire demi-tour et alors là, il risque de devenir insupportable dans l’autre sens... On dirait que certains ne désirent pas apprendre. Il leur faut une dose d’humilité. Il la trouvera peut-être au sein de la communauté des arts martiaux et il risque de l’apprendre de la manière la plus dure. Il vaut mieux prendre la bonne direction dès le début...

Une autre chose qui peut faire obstacle, c’est simplement faire erreur, se tromper de priorité ou comprendre les choses de travers. Ceci arrive d’une multitude de façons. Etre mal entouré (ceci peut inclure le professeur), faire l’impasse sur des étapes importantes comme l’écoute, la pratique, la constance; ignorer ou désobéir aux injonctions du professeur...

Le syndrome disparaît avec la mauvaise attitude. Sinon, il vaut mieux tout plaquer pour en terminer avec la souffrance.

Mais les distractions habituelles peuvent s’avérer un frein au progrès : les femmes, la drogue, les soucis, la pitié de soi et toutes les autres, ne serait-ce que la simple paresse. Car la plupart des échecs sont le fruit d’une combinaison de tous ces éléments ou bien ajoutés les uns aux autres. L’autosatisfaction ne fait pas non plus l’artiste martial. Il n’y a aucun moyen de progresser ou d’accéder à la maîtrise tout en cédant au vice et à la faiblesse...

Mais ne vous laissez pas décourager ! Car c’est précisément pour régler ces problèmes que vous entreprenez ce genre d’étude... Il vous faut avoir confiance dans le programme d’études et aussi en vous-même. Mais ne tardez pas trop. Vous n’avez pas l’éternité‚ pour le réaliser.

Et le dernier obstacle, enfin, qui se présente à vous s’appelle vieillesse. Vous serez trop décrépi pour vous lancer...

Bruno LEROY.

13:30 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SPIRITUALITÉ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

05/09/2005

L'Avenir est à la Tendresse !

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Christophe et Bruno.

                                                   

Un mot dont tout le monde parle aujourd'hui, tellement personne ne peut plus vivre sans elle, tellement la vie paraît difficile...
Un mot qui nous touche au coeur, car il évoque des moments où nous sommes merveilleusement bien, détendus, confiants, joyeux d'aimer et d'être aimés.
Un mot qui voisine avec affection, chaleur, réconfort, douceur. C'est la tendresse des parents pour leurs enfants, de l'époux à l'égard de son épouse, des amis.
Un mot dont on a parfois peur, car on ne connaît pas quelle réaction aura l'autre. Et si on se moquait de nous, par ce que trop sentimentaux, trop romantiques !
Une valeur, la tendresse, aussi nécessaire à notre vie que l'air ou la nourriture. Des petits riens qui viennent du coeur, mais une richesse qui tient à peu de chose ; un regard, une main, un sourire, un geste, un mot.
Une valeur presque impossible à traduire si on a la nuque raide et le coeur de pierre, si on se laisse aller à la mollesse ou la passivité, si ce n'est qu'une flambée épidermique ou la toccade d'un moment fugitif.
Une porte ouverte aux souffrances les plus intimes, les plus secrètes, les plus cachées, celles qu'on ose à peine balbutier.
Une joie, création durable d'un amour qui grandit, d'une amitié qui se construit.
La tendresse, un risque à courir ? Oui, le risque de la gratuité.
Bruno LEROY.
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Christophe amoureux de la Photographie et Bruno amoureux des fleurs.

18:51 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

02/09/2005

LE SPIRITUEL EST AMOUREUX DE LA VIE.

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LA LIBERTÉ
L'homme réellement spirituel cherche à être libre de toutes formes d'esclavage. La liberté est le message Nº 1 de la spiritualité. Il vous faut être libre par rapport aux structures que les autres ont créées autour de vous, libre de tout ce que vous devez faire et ne devez pas faire. Tant que vous ne serez pas libre de tout cela, vous ne pourrez pas entendre votre voix intérieure.

***

L'INDIVIDUALITÉ
La spiritualité est basée sur l'individu. Et, le message est le suivant: soyez uniques, soyez des individus. Vivez la vie comme vous l'entendez... soyez rebelles! Vous n'avez pas besoin de rentrer dans un moule. Si c'est vous qui décidez de rentrer dans un moule, c'est très bien, sinon il n'y aucune nécessité… Aucune autre raison ou motif que celle de votre propre volonté ne devrait nous faire rentrer dans un moule. Si une personne sent que c'est ce qu'elle veut, alors, ok, c'est parfait. Ce n'est alors plus l'esclavage; c'est la liberté !

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L'AMOUR
Les animaux n'ont aucun problème dans un monde sans amour. L'homme, lui, est dans un grand malheur. Il aspire, il attend quelque chose de l'au de-là. Il goûte à quelques moments de joie. Il sait à quoi ressemble l'amour, même si ces moments ne durent pas. Ils viennent très soudainement mais partent aussitôt, laissant le goût dans la bouche. C'est à travers l'amour que l'homme s'est mis à rechercher Dieu, car l'amour lui a donné le goût. A partir de là, l'homme ne peut plus en rester là . Désormais, il doit atteindre cet état dans lequel l'amour est total, dans lequel l'amour n'est pas simplement un phénomène momentané mais un réel état, une réelle continuité.
L'amour est l'essence même de la religion. Si vous pouvez aimer alors rien de plus n'est nécessaire. A travers l'amour, on peut connaître toutes les bibles et Védas….ils ne sont rien d'autres que des sous produits de l'amour.

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LA MÉDITATION
Si vous n'êtes pas méditatif, vous pouvez continuer à chercher, à regarder partout, d'une vie à l'autre… vous ne trouverez que désespoir, douleur, souffrance et enfer. Vous ne trouverez ni Dieu, ni vérité, ni béatitude ainsi. Et, l'ironie est que si vous aviez cherché à l'intérieur de vous-même, vous auriez compris que tout a toujours été en vous. Méditer signifie regarder à l'intérieur de soi-même.

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LE SENS DE L'HUMOUR
Le rire relaxe. Et la relaxation est spirituelle. Le rire vous ramène sur terre, et vous éloigne de vos idées stupides d'être plus saint que les autres. Le rire vous ramène à la réalité telle qu'elle est. Le monde est le jeu de Dieu, une plaisanterie cosmique. Et à moins que vous ne compreniez que c'est une plaisanterie cosmique vous ne serez jamais capable de comprendre le mystère ultime.

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SAVOIR S'AMUSER
"Direction, objectif', but" - tout cela est comme le business, les affaires, c'est fatiguant et rend l'homme triste et sérieux. Il vous faut ajouter quelque chose qu'on puisse appeler " l'art de savoir s'amuser " car même un adulte sait jouer et a besoin de jouer. Un vrai adulte est sincère mais pas sérieux. Le fait d'être sérieux est une espèce de maladie car cela crée une tension en vous. Vous devenez incapable de célébrer. Seuls, le jeu et l'amusement peuvent amener la joie et la célébration.

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CRÉATIVITÉ
La créativité est un point essentiel dans votre croissance spirituelle. Dans toutes les religions, tous les moines et nones ont toujours été " non-créatifs ". L'idée même de la religion est le renoncement au monde ; or si vous renoncez au monde, vous renoncez à la créativité automatiquement.
Être créatif signifie être amoureux de la vie. Vous pouvez être créatif que si vous aimez la vie et vouloir augmenter la beauté de la vie, amener un peu plus de musique, de poésie, de danse est plus que suffisant ! Vous aimez tellement la vie que vous voulez la laisser un peu plus belle que vous ne l'avez rencontrée.

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LA SENSIBILITÉ
La sensibilité nécessite une grande intelligence . Plus vous êtes intelligent, plus vous êtes sensible. Ni les buffles, ni les ânes ne sont très sensibles.Il faut beaucoup d'intelligence pour être sensible. Mais aucune religion ne vous veut sensible, elles sont toutes inquiètes que vous deveniez votre propre pouvoir. Une personne sensible devient un pouvoir, une énorme maison de pouvoir. Il a sa propre intelligence, il a son propre amour, il a une compréhension qui ne vient que de lui. Il a la clarté dans la vision, il a le sens de la beauté et de l' esthétique - toutes ces choses sont dangereuses !

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LA GRATITUDE
L'existence se renouvelle constamment à chaque moment Vous devriez être en accord avec l'existence et ne jamais demander qu'il en soit autrement. Car, ceci est la cause de votre misère : quand il fait nuit, vous pleurez pour le jour; quand il fait jour, vous regrettez la nuit. Alors, bien sûr, la vie devient un enfer et un malheur. Vous pouvez la rendre un paradis en acceptant simplement ce qui vous est donné avec un cœur plein de gratitude. Ne jugez pas pour savoir si c'est bon ou mauvais. Votre gratitude transforme tout en une belle expérience, approfondit votre vigilance et agrandit votre amour. Et, cette gratitude vous transforme en une magnifique fleur qui partage son parfum.

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COMPRENDRE QUE LA VIE EST UN MYSTÈRE


Quand vous ne connaissez pas quelque chose, alors tout devient plus mystérieux: les arbres verts, les fleurs rouges, les oiseaux dans le ciel et les nuages. Tout est mystérieux et tout est tellement mystérieux qu'en fait vous êtes continuellement entouré de mystère et chaque changement est un mystère. On peut s'étonner du fait que la vie continue et qu'on continue à respirer. Même cela est étonnant! Celui qui est constamment émerveillé est en fait très proche du divin, de l'existence !

Bruno LEROY.

18:25 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans SPIRITUALITÉ | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |