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15/12/2008

Seigneur, sauve-nous de la “sclérocardia”.

Enseigner dans le Temple est une activité réservée à ceux qui en ont reçu la mission, en raison de leur compétence. On ne se donne pas ce ministère : on le reçoit des responsables religieux, et il est exercé sous leur contrôle. Jésus n’est ni un prêtre, ni un scribe ; il n’était probablement même pas un « Rabbin » au sens technique du terme : ses disciples le nommaient « Rabbi, Maître », mais il s’agissait d’une reconnaissance non institutionnelle, fondée sur un attachement personnel. En clair : Jésus n’avait pas suivi le cursus qui lui permettait de prétendre à ce titre et d’enseigner « officiellement » au nom de la Tradition juive. D’où la question « des prêtres et des anciens du peuple » lui demandant de justifier sa prétention à enseigner dans le Temple : « Par quelle autorité prends-tu la parole en ce lieu, et qui t’en a donné l’autorisation ou le mandat ? ». Pour nous qui connaissons la suite des événements, et en particulier la glorification du matin de Pâques, nous savons (nous croyons !) que Jésus reçoit son autorité du Père, qu’il parle en son nom en tant que Fils unique ; il est le Verbe éternel plein de grâce et de vérité qui connaît le Père et est le seul à pouvoir nous le révéler. Notre-Seigneur n’usurpe donc aucun droit en enseignant dans le Temple. Mais comment le faire comprendre à ses interlocuteurs sans les choquer, d’autant plus que la relation avec les chefs religieux n’est pas particulièrement bonne ? En posant la question concernant l’autorité de Jean le Baptiste, Jésus veut faire réfléchir ses interlocuteurs sur les deux voies traditionnelles par lesquelles Dieu instruit son peuple : l’institution certes en est une et pas des moindres, mais il ne faut pas oublier le charisme prophétique. Or il semble clair pour tout le peuple que Jean est un prophète : cet homme qui s’est retiré au désert, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, n’est pas un rat de bibliothèque et n’a probablement pas beaucoup de diplômes à faire valoir. Pourtant les foules quittent le Temple et la ville sainte pour aller l’écouter, car l’Esprit de Dieu repose sur lui : sa parole touche les cœurs et pousse au repentir. Ainsi donc le Seigneur conduit son peuple par la parole des scribes, pharisiens et autres théologiens formés dans les écoles rabbiniques ; mais aussi par des personnages qu’il forme lui-même par des voies qui ne sont pas les chemins balisés ordinaires. La liberté de Dieu est telle, qu’il peut même nous instruire par des païens : le prophète Balaam cité en première lecture en est un bon exemple. Le Très-Haut n’a-t-il pas également choisi Cyrus pour ramener son peuple à Jérusalem ? Il n’y a qu’un Berger : le Seigneur, qui conduit son troupeau par le ministère de ceux qu’il choisit dans sa liberté souveraine.
Mais il est clair que les personnages charismatiques, précisément parce qu’ils sortent de sentiers battus et des filières académiques, inquiètent quelque peu les représentants de l’institution ; aussi ceux-ci préfèrent-ils en général administrer les affaires sans avoir à discerner le charisme d’un éventuel prophète qui ferait irruption inopinément durant leur mandat. Or voilà qu’il n’y en a pas qu’un, mais deux : le Baptiste et ce Jésus de Nazareth, le second se piquant en plus de faire des guérisons et des exorcismes ! Ces messieurs sont quelque peu dépassés ; aussi n’aspirent-ils qu’à une chose : revenir à la normalité en maîtrisant les personnages remuants qui viennent troubler le fonctionnement ordinaire de l’institution. Pour ce qui est de Jean Baptiste, les chefs religieux semblent avoir décidé de laisser faire en évitant de prendre position, et d’attendre que les choses se tassent. Par contre ce Jésus est plus embarrassant : si encore il allait prêcher au désert ! Mais voilà que non seulement il vient délivrer son enseignement au cœur même de l’institution, dans le Temple, mais par sa réponse - dont ils ont bien compris la portée - il se situe dans le prolongement du Baptiste, et prétend donc comme lui, être un prophète du Très-Haut !
Leur réplique - « Nous ne savons pas » - est bien plus une fin de non-recevoir agacée qu’un aveu d’ignorance. La réponse désolée de Jésus - « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela » - n’est pas un refus d’éclairer ses interlocuteurs, mais le constat de l’échec du dialogue. Aujourd’hui comme hier, le Seigneur se tient au milieu de nous et nous enseigne le vrai chemin de la vie, nous invitant à le suivre jusque dans la demeure du Père. S’il perçoit que notre quête est sincère, il est disposé à prendre tout le temps qu’il faut pour nous aider à découvrir qu’il est l’Envoyé du Père en qui s’accomplit l’attente religieuse de l’humanité. Mais il n’oblige personne à le suivre : le Verbe-Lumière est « venu dans le monde, et le monde ne l’a pas reconnu. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son Nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 9-12).

« Seigneur, sauve-nous de la “sclérocardia”, cette terrible maladie qui endurcit notre cœur et le rend imperméable à ta grâce. Sauve-nous de l’esprit de religiosité qui nous empêche de nous convertir sous prétexte que nous serions déjà dans la vérité. Ne permets pas que nous nous figions dans des attitudes de suffisance - surtout religieuses - qui nous aveuglent sur notre besoin de repentir et de changement de vie. Donne-nous tout au contraire en ce temps de l’Avent, de nous ouvrir à la grâce de renouvellement intérieur que tu nous offres, afin que nous puissions nous mettre en route avec les Mages et cet autre païen du nom de Balaam, vers l’Enfant de la crèche en qui l’Esprit nous donnera de reconnaître “le héros dont l’astre se lève en Jacob, et dont le sceptre se dresse, issu d’Israël”(1ère lect.) ».



Père Joseph-Marie.

08:32 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

13/12/2008

Soyez toujours dans la joie.

« Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche ». Cette invitation pressante à la joie, a donné le nom à la Messe de ce troisième dimanche de l’Avent : « Gaudete », c'est-à-dire réjouissez-vous. La couleur liturgique adaptée à cette tonalité eut été le rose, mais cette pratique traditionnelle est tombée quelque peu en désuétude.


Quelle est la cause de cette joie ? « Le Seigneur est proche ». Nous n’attendons pas un Dieu lointain dont la venue serait encore hypothétique, un Messie annoncé pour un temps reculé : non, notre joie est toute entière dans la paisible certitude de la présence au milieu de nous de celui qui est venu dans l’humilité de la crèche, qui viendra dans la gloire au dernier Jour, et qui dans l’entre-deux, continue de venir visiter les siens pour les secourir de sa grâce, les instruire de sa Parole, les fortifier de son Eucharistie.


Cette joie est donc celle de sa présence, cachée certes, mais bien réelle : « le Seigneur est proche ». Ne nous a-t-il pas déjà « enveloppé du manteau de l’innocence et revêtu des vêtements du salut » (1ère lect.) ? Il est donc juste de « tressaillir de joie » dans l’Esprit qui repose sur nous, « parce que le Seigneur nous a consacrés par l’onction » (Ibid.). C’est pourquoi Saint Paul nous exhorte à « être toujours dans la joie, à prier sans relâche, à rendre grâce en toute circonstance » (2nd lect.), dans la fidélité au don reçu : « n’éteignez pas l’Esprit ».
Pourtant la liturgie de ce jour fait aussi apparaître une tension, qui caractérise la condition du chrétien en ce monde. D’un côté il est invité à laisser libre cours à sa joie pour le don du salut que nul ne pourra lui ravir, joie pour la présence au milieu de nous de l’Epoux qui ne cesse de venir réconforter son Epouse tout au long de sa route vers la rencontre définitive ; et en même temps il doit demeurer dans une vigilance de chaque instant, pour ne pas perdre ce don, car il est encore objet d’espérance. En effet, aussi longtemps que nous marchons dans la nuit de ce monde, nous ne percevons pas pleinement la présence du Seigneur à nos côtés, et le risque demeure de nous égarer loin de lui. D’autant plus que notre désir est loin d’être unifié : l’ivraie qui menace en nous la croissance du bon grain, n’est-elle pas d’abord cette dispersions dans les distractions éphémères que nous offre les multiples miroirs aux alouettes de notre culture hédoniste ? Heureusement, pour mener notre barque entre les récifs, le Seigneur nous a laissé une boussole et une carte : l’Esprit Saint et sa Parole ; d’où le précepte de l’Apôtre : « N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes : mais discernez la valeur de toute chose, gardant ce qui est bien et vous éloignant de tout ce qui porte la trace du mal » (2nd lect.).


Nous ne pourrons pleinement adhérer à la nouveauté du Royaume, qu’en nous détachant de la vétusté de ce monde qui passe. Et cet exode implique un passage au désert, à la suite de Jean-Baptiste. A la question que pose la délégation de prêtres et de lévites : « Qui es-tu ? », nous aurions spontanément répondu en termes de nos origines charnelles : notre nom nous situe à l’intérieur d’une généalogie, nous donne une appartenance ici-bas, la sécurité d’une famille, d’un clan, d’une race, d’une nation. Or nous ne trouvons rien de tel dans la réponse du Précurseur : il nie toute référence au passé ; il ne se reconnaît dans aucun des personnages cités et donc connus. Mais il se définit totalement en fonction de l’à-venir ; plus précisément : en fonction d’un mystérieux personnage dont il est chargé d’annoncer la venue. Certes il le connaît puisqu’il doit le désigner ; et pourtant il ne le connaît pas encore puisqu’il attend un signe d’en-haut qui le fera reconnaître. C’est précisément pour se préparer à ce ministère qu’il s’est retiré au désert, lieu par excellence de la purification du désir. Seul celui qui accepte de quitter ses fausses sécurités et de sortir dans la nuit, peut discerner la « Lumière » et lui « rendre témoignage, afin que tous croient par lui ». Certes Jean appartient encore à la première Alliance : il est le dernier et le plus grand des prophètes puisqu’il doit rendre témoignage au Messie ; mais en même temps, le Précurseur pressent qu’avec la venue de l’Envoyé, un temps se ferme, un autre s’ouvre : le temps de l’attente est clos, celui de l’accomplissement peut commencer. Entre les deux il y a bien sûr continuité : Jésus vient accomplir « les promesses faites à nos pères » ; mais en même temps, cet accomplissement est une telle nouveauté par rapport à l’attente, qu’une rupture s’instaure, et qu’un choix s’impose. C’est à une nouvelle naissance que Notre-Seigneur nous invite : il nous faut renaître « d’eau et d’Esprit » (Jn 3, 5) pour avoir accès à une réalité nouvelle, inouïe : « ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu » (1 Co 2, 9). Voilà pourquoi, bien que nous soyons entrés dans le temps de l’accomplissement des promesses, bien que l’Epoux soit déjà là, nous avons cependant encore à nous préparer à sa venue, à nous disposer à accueillir cette nouveauté qui nous arrache au monde ancien et fait de nous des fils et des filles du Royaume : « Ne le savez-vous pas : vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Tendez donc vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre. Et quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3, 2-4).
Le Seigneur est là, et il ne dépend que de nous de l’accueillir pleinement dans nos vies : à nous d’« aplanir son chemin », de dégager les obstacles à sa venue en « discernant la valeur de toute chose » et en « gardant parfaits et sans reproche notre esprit, notre âme et notre corps » (2nd lect.). Certes nous nous sentons bien démunis devant une telle exigence ; c’est pourquoi l’Apôtre nous rassure : « Il est fidèle le Dieu qui nous appelle : tout cela, il l’accomplira » (Ibid.). Comment dès lors ne pas être dans la joie ? Avec Marie nous pouvons en toute vérité « exalter le Seigneur et exulter en Dieu notre Sauveur, car le Puissant fait pour nous des merveilles ». Jour après jour, patiemment il nous accompagne, nous comblant de sa miséricorde, s’abaissant à nous laver les pieds, alors que « nous ne sommes même pas dignes de défaire la courroie de sa sandale ». Laissons donc au « Dieu de la paix » le souci de notre sanctification intégrale « puisqu’il prend soin de nous » ; quant à nous, hâtons-nous d’obéir à la mission que nous a confiée Notre-Seigneur, afin que « germe la justice et la louange devant toutes les nations : portons la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérissons ceux qui ont le cœur brisé, annonçons aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, et proclamons une année de bienfaits, accordée par le Seigneur » (1ère lect.) à tout homme qui accepte de se convertir. Car « le Seigneur est tout proche ».

« Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère : pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. Par Jésus, le Christ, Notre-Seigneur » (Or. ouv.).


Père Joseph-Marie.

15:53 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

10/12/2008

La nouveauté de Noël est donc dévoilée.

Quand on aime les mathématiques, on est un peu gêné par ces versets. Le plus petit est plus grand que le plus grand… Ce n’est pas d’une logique immédiate ! Reprenons ensemble la lecture.

« Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste » : c’est simple, Jean Baptiste est le plus grand de tous les hommes. Ce n’est pas très étonnant, puisque « le prophète Elie qui doit venir, c’est lui ». Or, selon le prophète Malachie, Elie doit venir mettre de l’ordre avant le jour du Seigneur. Jésus dévoile ainsi combien Jean Baptiste et le Messie sont proches. Ainsi, Jean est plus qu’un prophète, il est le plus grand.

Mais qui est le « plus petit » ? Il ne s’agit pas du « plus petit » en général, mais du « plus petit dans le Royaume des cieux ». On peut entendre par « plus petit » le plus jeune, le plus nouveau. C’est alors Jésus. Jean en effet, fait partie du Royaume et, dans la succession historique, Jésus vient après Jean. Aux yeux de leurs contemporains, Jean est perçu comme un maître avant Jésus. Jésus est donc le plus petit.

On pourrait aussi entendre le « plus petit » comme le moindre. Dans ce sens, c’est encore plus évident : Jésus a pris la dernière place et nul ne peut la lui ravir. Il est bien le plus petit.

Mais qui dans le Royaume, est le plus grand ? Le Messie, incontestablement. Ainsi, en nous disant « le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui », en nous disant que lui, le plus petit, est plus grand que le plus grand des hommes, Jésus dit déjà, de manière allusive, qu’il est le Messie.

Cet indice est précieux : celui que nous attendons étant le plus petit, il ne pourra nous être révélé que dans sa petitesse. Noël est à la pointe de ce paradoxe. Voilà pourquoi Jean est une figure exemplaire de l’avent. Il est à la rencontre du grand et du petit. Il est un prophète qui annonce le Messie, et, dans le même temps, il connaît Jésus qui est l’accomplissement des prophéties. Jean Baptiste est à un passage. En désignant ce prophète, Jésus pointe le lieu de rencontre que nous cherchons entre le petit et le grand et montre le passage vers la fécondité nouvelle à laquelle nous aspirons. La grandeur que nous attendons joyeusement est la nouveauté du Royaume.

Mais le terme de cette attente n’est pas seulement un Eden nouveau, un jardin peuplé d’arbres merveilleux comme l’a décrit la première lecture. Il est en effet question dans le discours d’Isaïe de briser des montagnes, de réduire les collines en menue paille, de tourbillons de vent qui dispersent. Jésus aussi évoque une violence préliminaire : « le Royaume des cieux subit la violence et des violents cherchent à s'en emparer ».

La nouveauté de Noël est donc dévoilée à ceux qui se font violence pour s’en emparer. Le Seigneur vient à nous, décidé à rendre féconds nos cœurs asséchés et à raviver la source de la vie spirituelle en nous, mais il ne nous dispense pas de poser les actes de volonté qui doivent y aider. L’austérité de Jean-Baptiste est la violence qui le rend disponible à l’Esprit de Dieu ; son obéissance est la herse qui aplanit les montagnes et brise les collines, pour préparer la route au Seigneur.

« Celui qui a des oreilles qu’il entende », nous dis-tu, Seigneur Jésus. A l’invitation d’Isaïe, nous prenons aujourd’hui la résolution de mettre notre fierté en toi, de ne placer notre joie qu’en toi. Fais de nous les artisans qui aplanissent les chemins où tu viens à la rencontre de tes frères humains.

Frère Dominique.

20:47 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

06/12/2008

Le temps de l’Avent est un temps difficile...

Le temps de l’Avent est un temps difficile, parce qu’il est un temps des commencements. On leur préfère généralement le temps de la maturité, moins équivoque.

Mais puisque l’évangile d’aujourd’hui est le commencement de l’évangile de saint Marc, je vous propose de méditer son tout premier verset : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu ».

Qui dit commencement, dit nouveauté. Et quand nous disons nouveauté, nous pensons rupture. Puisque ce verset peut facilement être rapproché du premier verset de la Genèse, il nous est facile d’entendre que Jésus est venu inaugurer une nouvelle histoire sainte, une nouvelle création.

C’est très vrai. Mais nous ne pouvons occulter que le deuxième verset commence brutalement par « il était écrit », ou « comme il était écrit ». La nouveauté de Jésus se fonde donc sur une continuité avec le passé, que Marc justifie en nous renvoyant à une citation attribuée à Isaïe.

La réalité n’est pas si simple. Il y a en fait dans ce verset trois citations de l’Ancien Testament, qui, selon une habitude l’exégèse juive, sont assemblées dans le but de montrer l’unité du projet de Dieu à travers l’Ecriture. La première citation vient d’Exode 23, où Dieu dit qu’il envoie son messager, son ange, préparer et protéger les chemins de son peuple. C’est une parole adressée à Moïse, qui traverse le désert du Sinaï avec son peuple, en direction de la terre promise.

Cette parole de la Torah a été portée et méditée, pendant des siècles. Elle été lue et relue. Ce long itinéraire dans le cœur des croyants et dans la bouche des prophètes a conduit à lui découvrir un autre sens, que l’on trouve chez Malachie et Isaïe : « Voici, j’envoie les messagers préparer les chemins devant moi ». En traversant les siècles, à travers la douloureuse expérience de l’exil à Babylone, les prophètes ont compris que ces versets annonçaient la venue au devant de son peuple de Dieu lui-même. Et le messager dont il se fera précéder, c’est Elie, qui représente l’aboutissement du prophétisme, l’annonciateur des derniers temps.

Nous voyons ainsi que le chemin emprunté par le peuple à travers le désert du livre de l’Exode devient, dans le livre d’Isaïe, le chemin que suit Dieu pour rejoindre le temple. La route que Jean doit préparer est donc à la fois la route des hommes et la route de Dieu.

Voilà dite la densité de l’héritage scripturaire qui nourrit ces commencements de l’évangile. Au temps où nous nous préparons à recevoir le Seigneur de l’Univers chez nous, en nos maisons, saint Marc nous redit que cet événement exige de nous un départ, un exode, qui nous fait quitter nos habitudes pour regarder notre quotidien avec les yeux de Dieu.

La Bonne Nouvelle que nous annonce saint Marc est donc celle d’un renversement. D’une part l’ange de l’exode, devenu au fil des siècles le prophète Elie, prend aujourd’hui les aspects modestes d’un prédicateur dans le désert, rejoignant les foules au coeur de leurs préoccupations. D’autre part, elle annonce celui qui doit venir, celui qui est derrière Jean, mais dont il n’est pas digne de défaire les sandales. Celui qui représente l’aboutissement de l’esprit prophétique s’efface devant celui qui vient et qui est seul à pouvoir donner le Saint Esprit.

Tout rapproche ces deux hommes. Jésus, le nouveau Moïse, est présenté dans la continuité de Jean-Baptiste, le nouvel Elie. Mais tout les éloigne. Celui qui est l’aboutissement du prophétisme n’est que le précurseur. Jean vit seul au désert et se nourrit de plantes, alors que Jésus passera au milieu des foules et s’attablera chez les publicains. Ainsi le Messie qui vient n’est pas le fruit des aspirations humaines, mais il est le don de Dieu par lequel il accomplit la promesse. Le nom de « Fils de Dieu » est en effet celui que lui donnera le centurion au soir de la Passion. L’onction messianique que Jésus va recevoir est celle de la résurrection. Et c’est dans cet événement qu’il sera consacré. Dès les commencements, toute sa vie et son ministère ne sont compréhensibles qu’à la lumière de sa mort et de sa résurrection.

Peut être saisissons-nous mieux à présent la densité du premier verset de l’évangile de Marc. Il dit le commencement de l’heureuse proclamation de l’intronisation de Jésus comme Messie, Fils de Dieu.

C’est là le mystère que nous célébrons. C’est là le mouvement intérieur du temps de l’Avent. Il est temps de nous mettre en marche, c'est-à-dire de relire notre histoire sainte. Il nous faut la traverser comme on traverse le désert : en abandonnant tout superflu, tout ce que nous croyons savoir de nous-mêmes et des projets de Dieu sur nous, tout ce que nous pensons avoir reçu de sa main et de nos frères. Alors nous découvrirons mieux le don de Dieu qui s’y cache. Soyons vigilants, c’est dans notre quotidien que Dieu va venir ! Il va surgir subitement pour accomplir la promesse qu’il nous a donnée à lire dans chaque événement de notre vie. Il va manifester sa proximité déconcertante et salutaire. Alors convertissons-nous tant qu’il est encore temps. Vivons ce temps de l’Avent comme celui des commencements de notre alliance avec le Seigneur.

Frère Dominique.

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« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »

Tout au long de la première semaine de l’Avent – qui est pourtant un temps de conversion - la liturgie nous a proposé un Dieu de tendresse et de pitié, un Dieu plein de prévenance et de compassion, un Dieu qui nous invite à nous laisser servir, à nous laisser combler, au-delà de tout ce que notre cœur aurait pu imaginer. Nous l’avons vu guérir les aveugles, les muets, les boiteux, les estropiés ; nourrir les foules ; se révéler aux tout-petits dans l’humilité et la simplicité. Il nous a redit qu’il est venu pour essuyer les larmes de nos visages et effacer l’humiliation que nous endurons depuis que le péché domine sur nous ; pourvu que nous mettions notre confiance en lui qui est « notre rocher pour toujours ».
Aujourd’hui encore, dans la première lecture, il nous rappelle sa proximité : « Quand tu crieras le Seigneur se penchera vers toi ; dès qu’il t’aura entendu il te répondra. Dans l’angoisse le Seigneur te donnera du pain, et de l’eau dans ta détresse ». Le Tout-Puissant se fait notre conseiller : « quand tu devras aller à droite ou à gauche tes oreilles entendront celui qui te dira “voici le chemin, prends-le” ». Il est notre Père, il est notre frère, il est notre ami le plus intime. Oui vraiment « il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange, car il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures. Il élève les humbles et rabaisse jusqu’à terre les impies » (Ps 146).
A travers le choix de ces textes liturgiques, l’Eglise veut nous rappeler que le premier pas de toute conversion authentique, consiste dans la découverte émerveillée de la bonté du Seigneur, découverte qui nous incite à nous mettre résolument à sa suite. Certes, le chemin de la vérité que Jésus ouvre devant nous n’est pas facile, mais nous croyons qu’il marche à nos côtés ; qu’il prend soin de nous comme il nous l’a promis. Bien plus : c’est lui le Seigneur, qui chaque jour, vient au-devant de nous. L’Evangile nous le présente comme parcourant toutes les villes et tous les villages à la recherche des brebis perdues de son Père, annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume, et guérissant toute maladie, toute infirmité, confirmant ainsi par ces signes, la vérité de sa Parole.
Soucieux de nous donner les clés de l’interprétation juste, Matthieu prend soin de nous dévoiler l’attitude de cœur de Jésus dans toutes ses démarches : « Voyant les foules il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger ». Jésus nous révèle la compassion de Dieu pour la misère de son peuple. En lui nous voyons s’accomplir la parole du livre de l’Exode : « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer et le faire monter vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselante de lait et de miel » (Ex 3, 7-8).
Mais Jésus se soucie également de l’avenir, car il sait que son temps est limité. Il est venu pour accomplir sa Pâque, et comme il ne veut pas nous laisser orphelins, il va nous donner l’Esprit de la promesse. Cependant cet Esprit aura besoin, pour agir au cœur du monde, de collaborateurs ; il aura besoin « d’instruments » pour poursuivre la mission du Fils, car seul ce dernier c’est incarné. Voilà pourquoi le Seigneur appelle des disciples et leur transmet les propres pouvoirs qu’il a reçus de son Père ; ils pourront ainsi continuer l’œuvre qu’il a commencée, à savoir : proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume, guérir les maladies et les infirmités, et chasser les démons.
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » ; le don gratuit caractérise l’amour : il faut que le disciple demeure dans les dispositions de son maître, c’est-à-dire que son service procède de ce même Esprit de compassion qui a poussé le Verbe à s’incarner, et qui le conduit jour après jour à se livrer à nous dans chaque Eucharistie. C’est là que le véritable disciple refait ses forces, afin de pouvoir à son tour donner sa vie pour ses amis, dans l’oubli de soi et la disponibilité aux besoins de ceux vers qui le Seigneur l’envoie. Puissions-nous accueillir cette liberté filiale et nous offrir à l’Esprit, afin qu’à travers nous, Celui-ci puisse poursuivre le ministère de compassion du Seigneur Jésus, dans la gratuité de l’amour.

« Dieu qui a envoyé ton Fils unique dans le monde pour libérer l’homme de son péché, accorde à ceux qui t’appellent du fond du cœur d’être vraiment libres pour t’aimer et pour aimer leurs frères, par Jésus le Christ, notre Seigneur » (Or. Ouv.).

Père Joseph-Marie.

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29/11/2008

Nous commençons l’Avent !

Nous commençons l’Avent de cette nouvelle année liturgique avec une consigne précise de la part de notre Seigneur : « Veillez ! » (Cf. Evangile). C’est une invitation à être attentif aux signes de la nouveauté chrétienne dans l’attente de son plein accomplissement lorsque notre Seigneur viendra dans la gloire et nous ressuscitera avec lui. Car c’est bien cela que nous attendons : ressusciter en Christ pour ne faire plus qu’un avec lui.
Mais être tendu vers le futur ne signifie pas s’évader du présent. C’est au contraire mesurer le présent à l’aune de ce futur, c’est anticiper dans l’aujourd’hui ce futur. L’évangile nous invite à entrer dans cette attitude lorsqu’il nous dit que dans l’attente du retour de leur patron les serviteurs doivent rester fixés à leur travail. C’est dans le présent que je trouve le Seigneur qui déjà vient à moi pour me préparer à le recevoir dans toute sa plénitude lorsqu’il reviendra à la fin des temps.

Veiller signifie également garder ardent et vif le désir de la venue du Seigneur. Cela implique de ne jamais se lasser de l’appeler : « Reviens pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi » (Cf. 1ère lecture). Mais appeler ainsi de toute son âme la venue du Seigneur présuppose que l’on en ait reconnu la nécessité, que l’on se soit rendu compte de notre besoin d’être sauvés, que l’on ait pris conscience de notre condition de pécheurs dont Dieu seul peut nous sauver : « Nous étions tous semblables à des hommes souillés, et toutes nos belles actions étaient comme des vêtements salis… » ; « tu étais irrité par notre obstination dans le péché, et pourtant nous serons sauvés » (Cf. 1ère lecture).

Veiller implique encore que l’on ne doute pas de la venue de celui qui nous l’a promis. S’endormir signifierait précisément que nous n’y croyons plus. Nous n’aurions plus aucune raison de veiller.
Alors, sur quoi peut bien se fonder cette assurance et cette confiance en la venue de notre Seigneur ? Sur la fidélité de Dieu à ses promesses que nous pouvons déjà voir comme réalisées dans l’histoire du salut que nous livre l’Ancien Testament. Dieu est déjà intervenu en faveur de son peuple comme il le lui avait promis. La 1ère lecture tirée du livre d’Isaïe le proclame. Si elle est un appel à ce que le Seigneur vienne, elle est aussi l’expression d’une espérance dans la réalisation de cette venue qui s’appuie sur tous ces moments où le peuple d’Israël a reconnu son Dieu qui venait jusqu’à lui : « Voici que tu es descendu, et les montagnes ont fondues devant ta face. Jamais, on ne l’a entendu ni appris, personne n’a vu un autre dieu que toi agir ainsi envers l’homme qui espère en lui. »

Toutes ces visites de Dieu étaient en fait des préparations et des annonces de la plus belle et de la plus haute : la venue du Verbe qui est descendu habiter parmi les hommes en prenant chair de notre chair.
Nous touchons ici le cœur de la pédagogie de l’Avent : faire mémoire des faits de salut accomplis par Dieu dans l’histoire sainte pour assurer notre cœur qu’il veut tout autant intervenir en notre faveur. La raison ne se trouve pas en nous, en nos mérites, mais en lui qui nous a voulus comme ses enfants, ses fils, son peuple, son héritage : « Pourtant Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains » (Cf. 1ère lecture). Si Dieu s’est montré fidèle aux promesses faites à son peuple jusqu’à lui envoyer son propre Fils, il se montrera aussi fidèle avec nous, « lui qui nous a appelés à vivre en communion avec son Fils Jésus Christ notre Seigneur » (Cf. 2ème lecture).

Veiller c’est donc espérer. Espérer qu’un jour nous communierons à la vie divine pour toujours au cœur d’une création toute entière transfigurée. Dès à présent, cette espérance doit demeurer le ressort de notre agir contre toute forme d’obstacle ou de découragement. En tant que chrétiens, nous devons croire en notre monde plus que quiconque parce que nous le savons destiné à l’éternité.

« Seigneur, durant ce temps de l’Avent qui commence, éduque-nous à l’espérance. C’est l’unique force qu’il faille introduire urgemment dans notre société qui, ayant vu s’écrouler, les unes derrière les autres, toutes les formes d’espérances humaines, s’est résignée à l’accablement de l’homme sous le poids de la violence et de l’injustice. »

Frère Elie.

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28/11/2008

Veiller le retour du Seigneur.


©F&L-C.Deher

 

Voilà qu’à trois semaines d’intervalle revient la même invitation : « Veillez. » Là où les vierges folles (Mt 25,1-13) avaient oublié par légèreté de garder suffisamment d’huile pour accueillir l’Époux, c’est maintenant la vigilance dans le travail qui est requise. Le commandement est direct : « Veillez, car vous ne savez pas quand. » Le Christ peut en effet revenir ce soir ou dans mille ans, voire dans beaucoup plus de temps. Saint Paul attendait d’ailleurs son retour de façon imminente. En fait, l’important est moins dans la date de sa venue que dans le service actuel. De qui suis-je le serviteur et comment ? De mes affaires ou de celles du Seigneur ? Car si Dieu se fait absent et semble « parti en voyage », il n’en reste pas moins présent par le don de sa grâce. Laissons-nous surprendre par son action "à l’improviste". L’ordre adressé aux disciples est aussi grave, puisqu’il suggère une échéance décisive : il y aura un jour où le « maître de maison reviendra ». Ce jour sera un jugement dans lequel Jésus Christ mettra tout en lumière et chacun devra « rendre des comptes ». Loin d’entretenir la peur, ce jugement définitif en vérité doit susciter la soif de connaître Dieu davantage, d’intérioriser son souvenir, de désirer son amour, de l’attendre et donc de « veiller ».En cela est l’urgence des temps. Veillons non seulement « pour ne pas entrer en tentation » mais également pour maintenir, par la prière vigilante, notre regard tourné vers Dieu qui vient au milieu de nous dans l’enfant Jésus de la crèche.

P?re Tanguy Marie
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitudes
Auteur des livres : La parole, don de Vie, EDB, 2006
Libres en Christ, EDB, 2008.



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19/11/2008

JÉSUS PLEURE SUR NOTRE ÂME.

Image, ô combien émouvante, que celle de Jésus pleurant sur Jérusalem. Dans un contraste saisissant avec la joie du groupe qui l’accompagne et qui vient de l’acclamer comme le roi messianique qui venait apporter la paix à son peuple, Jésus pleure, pour la seule et unique fois dans les évangiles synoptiques.

« Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. » Jérusalem vient d’accueillir le messie mais elle n’a pas reconnu en lui le porteur de la véritable Paix. Elle a accueilli en lui un messie qui venait, certes, établir la paix mais en croyant que cela se ferait par le glaive. Elle n’a pas compris que la Paix qu’il lui apportait n’était pas celle qui vient après la guerre mais celle qui vient de Dieu : « tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait ». Jérusalem n’a pas reconnu en Jésus le Fils de Dieu, venu annoncer la paix à ceux qui étaient près, comme à ceux qui étaient loin (cf. Ep 2, 17). Cette paix est restée « cachée à ses yeux » parce qu'elle n'a pas voulu la recevoir, lorsqu'elle était annoncée.

La conséquence de ce refus : la ruine de Jérusalem. Jésus n’est pas le premier à prophétiser cela. Jérémie et Ezéchiel l’avait fait avant la destruction de 587 av. J.C. Ce qui attire l’attention dans la prophétie de Jésus c’est que son essence ne réside pas dans l’annonce d’une destruction future (même si en 70 ap. J.C., sous Vespasien et sous Tite, celle-ci se vérifiera) mais dans ce qui la motive : le refus de croire que lorsque Jésus entre à Jérusalem c’est Dieu lui-même qui vient prendre possession de la ville sainte qui représente son peuple.

Dans cette ligne, nous pouvons légitimement actualiser cette prophétie à chacun de nous. Lorsque nous nous détachons du Seigneur, lorsque nous nous éloignons de lui ou lui refusons sa visite, c’est déjà l’ennemi qui nous environne et entoure notre cœur de tranchées pour en faire le siège. Et si nous persistons dans une telle attitude, ce dernier ne tardera pas à nous jeter à terre par le péché jusqu’à ne plus laisser subsister pierre sur pierre de la forteresse spirituelle de notre âme.

Alors, voyant cela, Jésus pleure sur notre Jérusalem. Il pleure sur notre âme et sur la désolation qui déjà l’assaille ou se profile à ses portes. Mais ses pleurs et sa prophétie de destruction ne doivent pas nous enfermer dans le désespoir. En effet, la prophétie n’est pas là pour lier à une fatalité mais pour maintenir une porte ouverte sur l’espérance. A travers elle, c’est comme si Dieu nous visitait à nouveau pour nous faire entendre la vérité que nous ne connaissions pas. Cette vérité peut parfois, comme ici, s’avérer douloureuse. Mais, dans les larmes du repentir, elle nous ramène à notre Seigneur. La prophétie proclame donc que rien n’est irréversible, même pas notre péché. N’est-ce pas ce que déjà les prophètes de l’Ancien Testament affirmaient au retour de l’exil de Babylone : « Ton avenir est plein d’espérance » (Jr 31, 17) ?

« Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce : en nous hâtant vers les biens que tu promets, nous parviendrons au bonheur du ciel. »


Frère Elie.

20:11 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

16/11/2008

CETTE RENCONTRE.

Jéricho, ultime étape avant le terme du voyage qui mène Jésus à Jérusalem. Une foule nombreuse l’accompagne, lui ouvre le chemin, le presse de toute part. Sans doute sont-ils nombreux à rêver de lendemains heureux. Jésus incarne les espoirs de ceux qui attendent le départ de l’envahisseur romain, de ceux qui voudraient voir restaurée la royauté, de ceux enfin qui veulent que ça change.

Sur le bord de cette route, Jésus va opérer un miracle, le dernier dans l’évangile de Luc. Un aveugle sera le bénéficiaire. Un pauvre. Un exclu. Un de ceux qui sont comptés pour rien et laissés sur le bord des chemins de la société. Il dépend des autres pour tout, absolument tout, même pour sa rencontre avec Jésus. Il ne voit rien venir, il ne sait pas que Jésus est là, il entend seulement la foule qui s’avance et s’agite.

Cette foule, au départ, réagit bien. Elle renseigne cet aveugle qui n’a rien, même pas un nom. Mais ce relais ne sera pas longtemps coopérant. Preuve sans doute que ce n’est pas Jésus que la foule mettait en avant mais elle-même, elle qui l’entoure, elle qui l’accompagne, elle qui rêve de partager bientôt son pouvoir. Aussi il n’est pas question pour elle de laisser du terrain, elle marque sa possession.

L’aveugle, lui, n’a rien à perdre. Il crie avec force. Il a compris que le Messie est là : « Fils de David ! ». C’est le Sauveur qu’il interpelle. Il l’a vu avec les yeux de la foi. Il sait qu’il sera entendu de celui que rien n’arrête, pas même la mort, quand il s’agit d’aller chercher ses frères en détresse. La foule ne sera pas un obstacle longtemps.

En effet, Jésus donne un ordre, elle s’écarte. La rencontre a lieu. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? – Seigneur, que je voie ! ». Voilà un récit presque ironique... Le seul qui a vu ce qu’il y avait à voir demande le don de la vue. Mais peut être demande-t-il autre chose, lui qui a reconnu le Messie veut maintenant voir sa gloire se manifester. Aussi suit-il Jésus vers Jérusalem, vers le lieu de sa Passion.

Cette guérison a ceci de singulier qu’elle ne se limite pas à une rencontre, à un miracle favorisant celui qui se soumet à l’audace de la foi. Car lorsque cet homme se met à voir et à rendre gloire à Dieu, « tout le peuple, voyant cela, adressa ses louanges à Dieu ». La foule aussi a vu. Elle aussi a cru. A présent, elle ne gère plus son parcours en compagnie de Jésus, elle glorifie le Seigneur. Saint Luc ne l’appelle plus la foule, mais « le peuple », le peuple de Dieu. Cette transformation n’est peut être pas le moindre effet de ce miracle.

Cet évangile est donc plein d’espérance pour nous tous qui formons la foule de ceux qui suivent le Christ quotidiennement, bien décidés à l’accompagner jusqu’au terme de son voyage. Il est un appel à nous dessaisir de notre rôle de relais entre le Seigneur et les hommes, car nous risquerions de faire obstacle à la grâce. Mais cet évangile est aussi un rappel de l’importance de cette mission d’annoncer le passage du Christ parmi les hommes : « Jésus ordonna qu’on le lui amène ». Jésus veut que nous l’annoncions, Jésus ordonne que nous lui amenions tous nos frères humains, en commençant par les plus pauvres. C’est par cette mission d’évangélisation au quotidien qu’il nous rend à tous notre dignité, qu’il nous constitue en peuple de Dieu, qu’il fait de nous les membres de son Corps, participants de sa gloire.

Frère Dominique.

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09/11/2008

L'ARGENT TROMPEUR.

Jésus connaît nos cœurs blessés ; il souffre de nous voir rivés aux biens de la terre (symbolisés par l’argent) par peur de manquer. S’il dénonce « l’Argent trompeur », c’est parce qu’il sait combien la course effrénée aux richesses est à la fois aliénante et décevante. L’avidité est insatiable ; et pourtant, si nous pouvions acquérir tout ce que nous convoitons, nous resterions encore sur notre faim, car rien en ce monde ne peut combler le désir profond de notre cœur : « Tu nous a fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (St AUGUSTIN, Confessions, I, 1).
L’argent est un moyen efficace d’échange, inventé par les hommes, pour faciliter la vie économique, c'est-à-dire le partage des biens au sein d’une même société. Mais si ce moyen - qui n’est ni bon ni mauvais en soi, mais simplement utilitaire – devient un absolu, s’il est érigé en idole, il nous aliène de notre véritable finalité.
La convivialité sociale est pour chacun de nous le lieu où nous sommes invités à incarner notre foi dans un style de vie qui exprime la finalité surnaturelle de l’existence humaine. Sur l’horizon de la vie éternelle, la gestion de l’argent sur cette terre n’est qu’une « toute petite affaire », dans laquelle nous avons à nous montrer « digne de la confiance » que Dieu nous fait. Cet argent en effet ne nous est que « confié » ; il n’est pas notre bien à nous – c'est-à-dire ce qui peut nous combler - mais un « bien étranger » auquel nous devons éviter de nous attacher, afin de ne pas être privés du « bien véritable » qui nous est destiné. L’argent, nous enseigne Jésus, est essentiellement un moyen de partage ; il devrait être un instrument au service de la charité fraternelle. En dehors de cet usage, il est toujours « trompeur » et devient aliénant ; car en nous attachant à lui, nous devenons esclaves du moyen qui nous était donné pour l’édification de la famille humaine dans la solidarité. C’est pourquoi « ce qui est prestigieux chez les hommes, est une chose abominable aux yeux de Dieu », car il perçoit, lui, derrière le miroir aux alouettes, le filet caché prêt à s’abattre sur ses enfants.
Ce qu’on attend d’un serviteur, c’est qu’il soit « fidèle », c'est-à-dire cohérent jusqu’au bout avec ses engagements. Par sa foi, le croyant s’est « attaché » au Seigneur Jésus et s’est engagé à marcher dans ses traces. Comme lui il a tout misé sur le Royaume de Dieu son Père ; aussi « détestera-t-il » tout ce qui pourrait le détourner de cette finalité, en particulier l’argent et ce qu’il symbolise à la fois d’attachement à cette terre, et de « mépris » pour les biens du Règne à venir.
Cet enseignement n’est pas facile à entendre ; il provoque sans aucun doute bien des résistances, des « oui, mais… » dans nos cœurs inquiets devant une telle exigence. Pourtant ce n’est qu’en nous engageant résolument dans la dimension du partage, que nous permettrons au Seigneur de nous libérer de notre peur de manquer. Seule la confiance en la Providence (qui est tout autre chose que du providentialisme !) peut nous ouvrir à notre responsabilité face à l’argent et nous faire découvrir qu’il peut être un instrument extraordinaire au service de la charité concrète.
« Dieu subviendra magnifiquement à tous nos besoins selon sa richesse dans le Christ Jésus » (1ère lect.). Prenons appui sur cette Parole ; unissons-nous à la confiance de l’Apôtre, et prenons autorité dans la force de l’Esprit sur toutes nos peurs. Soyons « dignes de confiance avec l’Argent trompeur » en ce monde, afin de nous voir confier dans l’autre « notre bien véritable ».

« “L’homme de bien a pitié, il partage. Son cœur est confiant, il ne craint pas : à pleines mains il donne au pauvre” (Ps 111). Seigneur donne-nous cette liberté intérieure de pouvoir disposer des biens de ce monde conformément aux exigences de ton Evangile de charité. Tu nous reconnaitras alors comme tes enfants, et c’est “en Esprit et vérité” que nous pourrons te prier : “Notre Père, que ton Règne vienne”. »

Père Joseph-Marie.

18:53 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |