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02/03/2009

La méditation du « Notre Père ».

La méditation du « Notre Père » est inépuisable et pour cause : elle est la prière filiale par excellence qui résume toutes les prières chrétiennes, celles-ci ne faisant toujours qu’expliciter l’un ou l’autre de ses aspects.
L’interprétation suggérée par le rapprochement avec la première lecture de la liturgie de ce jour, nous invite à contempler tout particulièrement la bonté du Père et nous incite, par le fait même, à un acte de confiance.
La psychologie a suffisamment montré que le ministère de paternité s’exerce principalement par la parole. Prononcée comme une invitation à risquer une réponse, elle instaure le dialogue dans lequel l’enfant découvre progressivement sa capacité de réfléchir par lui-même, mais aussi celle de décider librement de soi. La responsabilité personnelle s’annonce ainsi comme une disposition de sa propre vie au cœur du réseau de relations qui en constitue la trame existentielle. Une telle découverte est source de joie, d’enthousiasme, d’émerveillement, du moins si la parole du Père accomplit son ministère, c'est-à-dire si elle éclaire l’intelligence en annonçant le vrai, et libère la volonté en accordant sa confiance. L’enfant a un immense désir de se propulser dans la vie, mais il a un besoin impérieux d’être accompagné dans ses premiers essais hésitants sur le chemin de la responsabilité personnelle.
Ce long développement psychologique n’avait pas d’autre but que de nous permettre de recevoir la première lecture pour ce qu’elle est : la promesse de la fidélité indéfectible de notre Père des cieux, dont la Parole efficace accomplit pleinement le programme que nous venons d’esquisser. En Jésus, le Verbe de Dieu fait chair, c’est le Père lui-même qui nous invite au dialogue. Il nous arrache à notre narcissisme spontané, au repli fusionnel sur notre nature créée, et nous invite à oser entrer dans la liberté et la responsabilité filiales en répondant à son appel et en nous lançant sur le chemin de l’authentique vie personnelle. Jésus est la Parole de vérité qui révèle aux yeux de notre intelligence le chemin de la vie ; et l’Esprit Saint est le Feu divin qui donne à notre volonté la force de nous y engager résolument. « La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 17) nous affirme saint Jean dans le Prologue de son évangile. Le passif renvoie vers la Source qui est au-delà de tout nom, que Jésus nous apprend précisément à nommer « Père ». Prier l’oraison qu’il enseigne à ses proches, c’est entrer dans le cercle de ses disciples : chaque Rabbi résumait en effet sa doctrine dans une brève prière, qui servait de « carte d’identité » et de « signe de reconnaissance » pour ceux qui le suivaient.
Ainsi donc, le chrétien est celui qui, s’appuyant sur la Parole de Jésus dont il a pu expérimenter la vérité, et sur l’Esprit dont il a goûté à la fois la douceur et la force, confesse Dieu comme Père et s’avance vers lui dans un élan de confiance filiale. Les sept demandes qui constituent la prière ne font qu’expliciter une seule requête, formulée dans les deux premiers mots : « “Sois notre Père” que nous puissions vivre comme tes fils, à l’école de ton Fils unique et dans l’Esprit de charité. Nous nous reconnaîtrons alors unis dans une même fraternité sous ton regard, nous pardonnant nos fautes comme toi-même tu nous les pardonnes ».
Réconciliés avec le Père et entre nous, nous pourrons alors entonner avec le Psalmiste l’hymne d’action de grâce :

« Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs il me délivre. Le Seigneur entend ceux qui l’appellent : il est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu » (Ps 33[34]).


Père Joseph-Marie.

22:31 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

26/02/2009

Faut-il jeûner ou manger ?

 La question ne manque pas de saveur en ce premier vendredi de carême… Mais elle ne se pose pas exactement en ces termes.

Dans l’évangile de ce jour, les disciples de Jean-Baptiste viennent trouver Jésus pour savoir comment il est possible que ses disciples ne jeûnent pas. Jésus explique bien simplement : ce n’est pas une question de relâchement, mais une question de cohérence. Tout est dans le sens que l’on donne au jeûne. Pour Jésus, il ne s’agit pas d’un problème d’école théologique ni rituel : le temps de séparation est le temps du jeûne.

Ainsi Jésus ne conteste-t-il pas le jeûne des pharisiens, mais il laisse entrevoir pour ses disciples un jeûne plus dur encore. Il dit en effet : « un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront ». Et non « ils jeûneront comme les pharisiens jeûnent aujourd’hui ». Un jeûne viendra plus tard, mais il ne sera pas la répétition de celui auquel les disciples de Jean-Baptiste font allusion.

Ces derniers en effet ne parlent pas dans les mêmes catégories que Jésus. Ils parlent de « disciples », quand Jésus répond par les « amis de l’époux ». De plus, ils ne sont attachés qu’au fait de jeûner ou pas, sans chercher à expliquer pourquoi ils jeûnent eux-mêmes. Jésus, lui, aborde directement la question du sens et associe la raison du jeûne à un deuil. L’enlèvement de l’époux est en effet synonyme de mort. Le jeûne consiste alors à rendre présent celui qui a été enlevé. Le jeûne dont parle Jésus s’impose à ceux qui le pratiquent. Un événement extérieur, l’enlèvement de l’époux, événement qui n’est pas désiré mais qui survient sans qu’il puisse être évité, commande de jeûner. Les amis de l’époux sont séparés de l’époux sans qu’ils cherchent cette séparation et ils doivent la vivre.

Nous pouvons à présent nous reposer pour nous mêmes la question du début : faut-il manger ou jeûner ? Il faut jeûner, et jeûner sans cesse, car l’époux nous a été enlevé. Cet évangile nous invite à prendre conscience que le jeûne que nous pratiquons aujourd’hui, les privations que nous avons choisies, ne sont pas d’abord un jeûne volontaire, un jeûne que nous choisissons nous-mêmes et qui nous plaît. C’est un jeûne qui nous est commandé par le fait que nous, amis de l’époux, nous sommes séparés de l’époux. Nos pratiques sont dictées par un impératif intérieur de revenir en présence de l’époux dont nous avons été séparés par notre péché. Le jeûne est donc finalement le fruit du désir sincère de conversion, de purification intérieure, une mise en marche vers la maison du Père.

C’est pourquoi il existe un lien si intime entre le jeûne et la prière. Jeûner facilite la prière, car il nous parcourir un itinéraire intérieur à la recherche de Jésus, dont nous goûtons la présence retrouvée dans la prière. Mais à l’inverse, prier est indispensable au jeûne. Sans la prière qui nous montre le but de notre quête, nous le savons bien, le jeûne devient un simple exercice d’hygiène ou d’ascèse.

Seigneur, que cette eucharistie que nous célébrons favorise notre écoute du cœur, pour que nous soyons disponibles à ta volonté divine, que nous sachions accueillir le jeûne qui s’impose à nous dans la douceur de l’Esprit, pour nous mettre résolument et joyeusement en marche à ta rencontre, toi l’époux de nos âmes dont nous nous voulons jamais être séparés.


Frère Dominique.

18:17 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

Carême où seul brille le soleil de Dieu.

Carême. Le temps du désert pour Jésus et pour nous. Le temps de mettre les choses au clair. Le temps de se retirer dans le désert où seul brille le soleil de Dieu.

Il y a bien des mises au point dont nous avons besoin. L’histoire de Noé rescapant avec sa famille du déluge meurtrier fait partie de celles qui laissent un arrière-goût d’amertume. Dieu a en effet envoyé une catastrophe considérable. Dieu a punit durement. Dieu n’est pas commode, s’il n’était pas Dieu on pourrait même dire qu’il se montre dur, à ses heures.

Voilà un des lieux où nous avons à effectuer un retournement radical. Où nous avons à nous convertir. Se convertir ne veut pas dire « se convaincre du contraire de l’évidence pour être en accord avec sa foi ». Se convertir veut dire « regarder le monde avec les yeux de Dieu et se mettre en accord avec ce qui nous a été révélé ». Cela demande du travail, cela demande des efforts, mais c’est pour nous un chemin de liberté.

Dieu en effet n’a pas frappé aveuglément l’humanité au temps de Noé. Il a constaté que l’homme s’était détourné de lui et de sa destinée et qu’il s’était complu dans le mal. L’homme courrait à sa perte et en était pleinement responsable. Mais Dieu a aussi remarqué qu’il y avait des hommes qui persévéraient dans le bien. Noé et les siens. Le Seigneur les a préservé du malheur et les a introduits dans une nouvelle alliance. Quand à ceux qui ont été emporté par la mort, saint Pierre nous rappelle dans la deuxième lecture qu’ils n’ont pas été oubliés de Dieu puisque le Christ les a rejoints pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Personne n’est donc exclu a priori de l’alliance.

C’est le sens du mystère auquel nous nous préparons pendant ce temps de carême. Dieu scelle une nouvelle alliance avec l’humanité, il fait une nouvelle création. Que ferons-nous concrètement pour y avoir part ? Le mot concrètement a son poids. Nous ne choisissons pas de faire des efforts pour échapper à la punition ni pour calmer le courroux de la divinité. Nous sommes venus ce matin parce que nous avons entendu l’appel à une vie nouvelle, à une alliance nouvelle, et nous nous disons prêts à mettre en œuvre tout ce qu’il convient pour y adhérer.

La tâche nous est facilitée par le Seigneur qui nous donne des moyens concrets de nous rappeler notre engagement mutuel. Pour Noé ce fut un arc dans le ciel. Pour nous, ce fut un signe dans le ciel au jour du baptême de Jésus, qui a eu lieu juste à la veille de son retrait au désert.

Voilà qui doit nous remettre en question. Le baptême de Jésus marquait son entrée dans la vie publique. Or, sitôt son ministère inauguré, Jésus s’efface, il se dérobe à notre attente, il part au désert. Jésus nous enseigne ainsi que la solitude est la clé et le tournant de la vie spirituelle. On ne peut en faire l’économie si l’on veut fonder sur de saines bases. Ainsi, au désert, Jésus est seul face à Dieu, seul face à lui-même. Le Verbe de Dieu y fait l’expérience de l’homme, et elle va marquer tout son ministère public.

Certes, il ne faut pas en dire trop, car nous avons peu idée de ce qu’a pu être le désert de Jésus, l’évangile nous le raconte à peine. Mais il est certain qu’il y rencontra le Tentateur, il est certain que Jésus est allé aux confins de lui-même, là où seul l’Esprit pouvait le conduire. Il a ainsi exploré de l’intérieur le fin-fond de notre fragile humanité, il a traversé de part en part tous nos enfermements, et il en a été vainqueur. Jésus a éprouvé la faim du fils prodigue, il a souffert de la terrible angoisse d’être loin de la maison du Père, pour nous y ramener.

S’il reste mystérieux, le désert de Jésus est donc lié au nôtre. Jésus s’est enfoncé dans nos isolements, ceux qui nous séparent de Dieu et de nos frères, pour nous remettre en relation. A nous donc de nous enfoncer en lui car c’est à présent en lui que nous trouvons la porte de sortie de nos impasses. Jésus est notre désert, celui qui nous fait passer de l’isolement à la solitude, celui qui nous fait goûter la joie d’être seul à seul avec Dieu. Notre péché rend nécessaire ce passage au désert, sous peine que ce soit Jésus qui nous déserte. Nous resterions dans nos déserts de désolation alors que nous sommes invités à un désert de plénitude.

Notre péché en effet a dispersé notre âme. La contemplation de Jésus au désert nous aide à l’unifier, à retrouver le sens de l’utile. Nous perdons trop de temps en futilités. Le Tentateur le sait et provoque toujours à des actes gratuits, sans but réel. Jésus, lui, se met en route sans perdre de temps. Pour lui tout est utile, tout sert à sa mission, il ne se laisse pas distraire de son but.

En somme, le passage au désert nous rend enfin capables d’être autrement que pour nous-mêmes. C’est la fin de la promotion de soi et le premier pas vers la filiation, l’apprentissage qu’on ne devient pleinement homme que par humiliation de soi. En somme, exactement ce que l’esprit du monde veut nous faire oublier en nous convainquant que nous sommes des héros ou des demi-dieux. Non, nous ne le sommes pas. Nous sommes des fils dans le Fils.

Ainsi, par la pratique de la prière, du jeûne et de l’aumône, qui sont les ressorts de notre marche vers Pâques, nous nous construisons l’arche de Noé qui fait passer au travers des eaux de la mort. Il s’agit d’une authentique expérience baptismale.

Que l’Esprit qui poussa Jésus au désert s’empare radicalement de nous et nous fasse prendre résolument la direction que Jésus a prise avant nous et pour nous. Que chaque jour de notre carême soit un jour où le Tentateur recule, jusqu’à ce qu’aucune pensée « des hommes » ne nous séduise plus, jusqu’à ce que nous soyons capables de toujours préférer les pensées de Dieu. Parce qu’il est notre Père, parce qu’il a décidé, par amour pour nous, de faire toutes choses nouvelles.



Frère Dominique.

09:19 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

22/02/2009

Une puissante vague d’espérance.

La liturgie de ce jour est soulevée par une puissante vague d’espérance. Nous venons de le reconnaître au début de cette Eucharistie : nous sommes pécheurs, aliénés par nos passions, errants comme des brebis vouées à l’abattoir ; notre folie nous a égarés loin de Dieu dans les ténèbres mortelles. Mais nous croyons que le Seigneur nous fait miséricorde : il nous pardonne nos fautes et nous donne part à sa vie. Aussi pouvons-nous exulter avec le psalmiste : « Seigneur, je suis sûr de ton amour : mon cœur est dans la joie, car tu me sauves ; je veux chanter au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait (Ant. d’ouv.).
Mais comment avoir la certitude que cette « Bonne Nouvelle » de notre réconciliation - motif de notre rassemblement et source de notre espérance - soit autre chose que la mise en scène imaginaire de notre désir le plus profond que nous aurions projeté sur les récits évangéliques ? Les scribes ont raison : « Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Dès lors : ou bien ce Jésus est un imposteur et un blasphémateur, ou bien il est l’Envoyé auquel Dieu a « donné tout pouvoir au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18). Dans le premier cas, la vie n’est qu’une mauvaise nuit dans une auberge insalubre ; seule la seconde solution nous donne des motifs d’espérance. Aussi avons-nous tous à nous confronter tôt ou tard personnellement à l’événement Jésus-Christ, car c’est par rapport à lui que chacun d’entre nous est appelé à décider du sens de sa vie.
Or la certitude que Dieu a accompli sa promesse - « Moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés » (1ère lect.) - cette certitude de foi naît au cœur de tout homme qui contemple le Christ des Evangiles sans a priori. Si nous nous laissons conduire par l’Esprit, nous confesserons nous aussi avec le centurion romain au pied de la Croix : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! » (Mc 15, 39). En lui le « Dieu fidèle n’a pas été à la fois “oui” et “non” ; il n’a jamais été que “oui” » (2nd lect.). Ce « oui » de Dieu, ce salut qu’il nous offre gratuitement en son Fils Jésus-Christ, n’est pas simplement l’annulation de la dette de notre péché, mais notre élévation gratuite jusqu’à la condition filiale, par le don de « l’Esprit qui habite en nos cœurs » (Ibid.). Le Seigneur ne se contente pas de faire de la « restauration » : « A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2, 22) ; « voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » (1ère lect.). C’est précisément pour que nous puissions « voir » le travail secret de la grâce au fond des cœurs, que Jésus « ordonne au paralysé : “Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi” ». De fait, si Notre-Seigneur n’avait pas épousé l’impuissance de notre mort à tous, pour se « lever » vivant au matin de Pâques, il n’aurait eu aucune autorité pour faire « lever » le paralytique - et nous n’aurions que peu de chose pour fonder notre espérance.
Il est clair que Jésus ne « prouve » pas son pouvoir de pardonner les péchés en guérissant le paralytique : les deux actions ne se situent pas sur le même plan. Mais cet homme aurait-il été guéri s’il n’avait pas auparavant accueilli la miséricorde ? On peut en douter. La guérison ne peut en effet manifester le pouvoir de pardonner, que si ce pardon a été effectivement reçu. Ce qui suppose par la même occasion que cet homme se soit reconnu pécheur devant Dieu et devant son Christ. Nous pressentons une mystérieuse complicité entre Jésus et cet homme, dont Notre-Seigneur reconnaît d’amblée la foi. Aussi la parole toute empreinte de tendresse - « Mon fils, tes péchés sont pardonnés » - répond-elle sans aucun doute à la demande implicite du paralytique, plus soucieux de son âme que de son corps. Notre-Seigneur interpelle l’homme en lui signifiant que la paternité divine envers lui est restaurée - « Mon fils » - et explicite le processus qui a conduit à cette réconciliation : « tes péchés sont pardonnés ». En agissant ainsi, Jésus prend la place de l’offensé, c’est-à-dire de Dieu, et parle en son nom, ce qui fait précisément l’objet de la contestation de la part des scribes. La parole de Jésus restaure la relation avec cet homme en prenant autorité sur les obstacles spirituels (les péchés) qui le séparaient de Dieu.
La guérison physique n’est un argument que pour ceux de l’extérieur : le malade savait déjà que Jésus possédait ce pouvoir, car qui peut le plus - pardonner les péchés - peut le moins - relever un paralytique. Aussi n’est-ce pas de l’impertinence de la part de cet homme de partir, son brancard sous le bras, sans un mot de remerciement : tout était déjà dit entre Jésus et lui dans les regards qu’ils se sont échangés dès le premier instant de la rencontre. Sa manière de remercier pour le don de la miséricorde, a été de se prêter à la guérison qui permet d’accréditer le Maître. Sachons nous aussi dire avec le Psalmiste : « Pitié pour moi, Seigneur, guéris-moi car j’ai péché contre toi ! » (Ps 40). C’est précisément en nous laissant réconcilier avec Dieu, que « par le Christ que nous disons “amen”, notre “oui” pour la gloire de Dieu » (2ème lect.). Et la « preuve » que nous sommes réconciliés, c’est que « Dieu nous a fait une première avance sur ses dons : l’Esprit qui habite nos cœurs » (Ibid.) et nous donne à nous aussi de « rendre gloire à Dieu, en disant : “Nous n’avons jamais rien vu de pareil” ».

« Loué sois-tu Dieu notre Père pour ton infinie patience avec nous ! Béni sois-tu de nous avoir recréés par ta Parole toute-puissante que tu prononces sur nous dans ton Souffle d’amour. Loué sois-tu et exalté pour les siècles, toi qui “nous sauve au jour du malheur, qui nous protège et nous garde en vie ; toi qui guérit notre âme et nous rétablis pour toujours en ta présence” (Ps 40). Nous t’en prions : “marque-nous de ton sceau, consacre-nous à ton service, rends-nous solides pour le Christ dans nos relations avec nos frères, afin que par lui, nous te disions “amen”, notre “oui” pour ta gloire”. Fais de nous des témoins d’espérance, des ambassadeurs de ta miséricorde, des prophètes du “monde nouveau qui germe déjà” depuis le matin de Pâques. »



Père Joseph-Marie.

10:13 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

20/02/2009

TRANSFIGURATION.

Jésus est bien au centre de la scène de la Transfiguration. C’est vers lui que convergent deux témoins de la Première Alliance : Moïse le médiateur de la Loi et Elie le prophète du Dieu vivant. La présence de ces deux personnages ainsi que la voix venant du ciel nous montrent clairement que nous assistons à une théophanie, une manifestation de Dieu en son Fils Jésus-Christ venu accomplir la Loi et les prophéties de la Première Alliance. Comment, en effet, ne pas penser ici aux théophanies dont Moïse et Elie furent témoins sur la montagne de Dieu, le Sinaï-Horeb (Ex 19,9s ; 24, 15-18 et 1 R 19, 8-18) !

Jésus apparaît totalement transfiguré par la gloire de Dieu. Les vêtements, chez les sémites, désigne la personne même. Ceux de Jésus resplendissent d’une blancheur hors du commun, le vêtement blanc signalant dans l’Ecriture l’éclat de la gloire divine, que ce soit chez les anges (Mc 16, 5) ou chez les élus (Ap 3, 5).
Cette gloire suscite la frayeur chez les trois disciples ou plutôt cette crainte révérencielle que l’on éprouve en présence de la divinité. Mais elle provoque en même temps la joie de saint Pierre : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ».

Se voit ainsi confirmée la confession de foi de saint Pierre en la messianité de Jésus quelques versets plus haut dans l’évangile : « Tu es le Messie » (Mc 8, 29). Mais la nuée et la voix venue du ciel qui s’ajoutent à la vision attestent également la révélation que Jésus avait faite à ses disciples juste après la confession de Pierre. La nuée renvoie au livre de l’Exode où l’on voyait le peuple élu guidé dans le désert par une nuée lumineuse (Ex 13, 21ss). Jésus commence aussi son exode dont Jérusalem va être le point de départ ; ce passage par la mort, nécessaire à l’entrée dans la gloire. Ainsi, la Transfiguration consacre la révélation de Jésus, Fils de l’homme (Dn 7), souffrant et glorieux, dont la mort et la résurrection accompliront les Ecritures.

D’ailleurs la voix du Père invite à écouter le Fils, à l’écouter lorsqu’il annonce qu’il doit aller à Jérusalem pour y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, y être tué et le troisième jour ressusciter. Jusqu’ici Pierre ne pouvait mettre ensemble la gloire et la souffrance. La Transfiguration lui donne de découvrir que le Fils du Dieu vivant ne pourra entrer dans la gloire et dans le plein épanouissement de sa dignité filiale que par la voie de la souffrance et de la croix.

Cette expérience anticipée de la gloire du Christ sera pour les trois disciples, que nous retrouverons un peu plus tard dans l’évangile sur une autre montagne, le Calvaire, un soutien pour leur foi dans leur participation au mystère de la Croix. N’est-ce pas le même rôle que joue pour nous toute rencontre authentique avec le Seigneur Jésus, en attendant d’être pleinement transfiguré en lui lors de son retour glorieux ?

« Seigneur, que ta Transfiguration jette une lumière éblouissante sur notre vie quotidienne et oriente notre esprit vers le destin immortel que cet événement renferme » !


Frère Elie.

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08/02/2009

Nous placer devant le Dieu créateur.

Cette démarche n’est pas si simple, notre foi en un Dieu créateur étant sans doute un des acquis que l’on explore le moins dans le quotidien de notre vie spirituelle. Essayons…

Commencement du commencement, la Bible commence par la lettre B de l’alphabet hébreu : « bereshit » est le premier mot, il veut dire « au commencement ». C’est une façon pour la Bible de nous dire que ce commencement là n’est pas le début de tout. Il y a avant nous celui qui nous précède, celui qui nous appelle à la vie : Dieu qui crée, Dieu source de la vie, Dieu le Père. Avant toutes choses, il est. Rien n’est plus simple, rien n’est plus complet que cette affirmation : Dieu est. L’explorer est se brûler au feu de sa présence. Le redécouvrir est voir que lui seul est, nous n’existons que par lui et en lui. Cette contemplation n’est pas vertigineuse car Dieu est simple : il prépare soigneusement notre venue, comme une mère son landau. Pour nous, les rideaux brilleront de l’éclat des étoiles.

Avant cela, la terre était « informe et vide », c'est-à-dire « sans limite et sans vie », un espace plongé dans le vague et les ténèbres. Mais le vide appelle la vie, la ténèbre réclame la lumière. Aussi, le « souffle de Dieu planait au dessus des eaux ». Rachi, célèbre commentateur juif du Moyen-Âge, traduit : l’esprit de Dieu « couvait ». L’Esprit de Dieu est à l’origine du jaillissement de la vie, il la protège, il la parfait.

« Et Dieu dit ». Voici comment en quelques mots, la Trinité est évoquée. De manière voilée, allusive, mais évidente. Le Père, l’Esprit, le Verbe, notre Dieu.

« Et Dieu dit ». Le premier attribut de Dieu est la parole. L’expérience de la parole apparaît dès lors comme le lieu de la transcendance, de l’altérité de Dieu. Cette expérience fondamentale est celle de Dieu comme personne. Un autre que moi qui entend ces versets, peut dire « Je ». En prenant la parole, Dieu entre dans la sphère de ma conscience, dans le monde de mes expériences. Il m’oblige à ne plus être spectateur de la création et à me positionner par rapport à lui. Dès ses premiers mots, la Bible nous explique ainsi que Dieu est autre, le tout autre, celui qui se manifeste à nous, celui qui vient. Cette expérience de la parole nous révèle également la dignité, la gravité, la beauté de notre propre parole.

« Que la lumière soit ». Notre Dieu est celui qui fait la lumière. La simplicité de cette remarque dépasse le cadre de ce poème de la création et envahit toute vie spirituelle. Dieu apporte la lumière dans nos vies, dans nos âmes, dans nos épreuves. Dans ce « jour Un », dans ce jour qui annonce ce que seront tous les autres, Dieu nous fait passer des ténèbres à la lumière, de la nuit au matin. Lui seul fait cela. Notre Dieu est celui qui fait passer de la mort à la résurrection.

Et ainsi va la création : elle se déploie peu à peu selon l’ordre prévu par notre Père des Cieux. La terre est asséchée pour y accueillir l’homme. Elle est semée et plantée, pour que les arbres poussent et portent leur fruit. En vue du bonheur de l’homme. En vue du Christ, son rocher, son appui. En préparant au centre du jardin, la place pour l’arbre de la Croix où nous cueillerons le fruit du salut.

Merci Seigneur pour tant de merveilles que tu fis pour nous, avant même l’aurore du premier jour. Tu es la source de toute vie, tu es notre joie : merci de te manifester à nous par ta création. Donne-nous d’habiter notre terre d’une façon qui la respecte, qui te plaise et qui nous permette d’y vivre ensemble, en enfants d’un même Père.



Frère Dominique.

21:36 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

07/02/2009

La vie de l’homme est une corvée !

« La vie de l’homme est une corvée ! ». Ce genre d’affirmation dérange. Parce qu’elle sonne vrai. Parce qu’elle est nôtre. Parce qu’elle est dans la Bible. Parce que la liturgie prétend qu’elle peut nourrir notre prière de ce jour…

Job a le sens de l’image qui touche. Il compare l’homme à un esclave qui ne subsiste que par un travail forcé, qui peine sous la charge sans qu’elle ne lui apporte de sécurité pour l’avenir ni de satisfaction pour le présent. Il travaille pour un autre et sait que dans sa vie, il n’y a plus de place pour le bonheur. Il n’espère même plus la guérison qui le soulagerait de ses maux ni le repos qui apaiserait son sommeil : il sait que la mort emporte bientôt tout cela, tout répit est vain. Bref, une seule solution réaliste : le « zéro espérance » !

Pourtant, au milieu de cette nuit de l’absurde, une lumière jaillit : « Souviens-toi ! », « Souviens-toi, Seigneur » ! Ce sont les premiers mots de la prière d’Israël… « Souviens-toi Israël, le Seigneur est Un ». Ce sont les mots qu’on retrouve dans bon nombre de psaumes. Au cœur de sa détresse, Job tutoie donc Dieu et lui demande de se souvenir de son amour, de son Alliance. « Souviens-toi, ma vie n’est qu’un souffle », c'est-à-dire « Seigneur, vois ma faiblesse, souviens-toi aujourd’hui car demain il sera trop tard ».

Quelle espérance ! Job nous rappelle que le Seigneur est proche, que Dieu est présent au fond de nos abîmes. Il est bon de se le rappeler. En effet, notre souffrance peut être telle que tout le champ de notre conscience soit tout occupé par elle, au point que notre regard sur Dieu est marqué par cette souffrance. Il nous est méconnaissable. Notre souffrance défigure Dieu.

Dans une telle impasse, Job nous révèle qu’il reste toujours une issue, il existe un chemin vers Dieu, dont la porte d’entrée est notre sens inné de l’absurdité de la souffrance. Notre être qui s’insurge contre la souffrance est justement celui que Dieu atteint. Le cœur en révolte contre le mal subi est celui qui a un passé en commun avec le Bon-Dieu et qui peut lui dire dans l’intimité : « Souviens-toi de ton amour ».

Il n’est pas possible en effet qu’il nous laisse sombrer dans le non-sens du mal. Le Créateur a en effet ordonné magnifiquement le monde où nous vivons. Il déborde de sens. Il indique sa source et son terme. Le psalmiste le reconnaît quand il s’écrit : « Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom ». C’est en-soi une vraie bonne nouvelle. L’univers a été par Dieu, et ça change tout. « Alleluia », clame-t-il encore, vive le Dieu qui libère son peuple, vive le Dieu qui « guérit les cœurs brisés et soigne les blessures » ! C’est un cri de victoire et reconnaissance qui fait taire la plainte de la souffrance. Dieu a toujours le dernier le mot, qui est l’amour.

La preuve nous en est donnée dans l’évangile. Jésus se penche vers les malades, et les guérit tous. En les libérant, il montre que qu’il ne veut pas la maladie et la souffrance qui accablent l’homme. Elles ne sont jamais bonnes en elles-mêmes, même s’il est possible d’en faire un chemin de croissance spirituelle.

Le seul état que Dieu désire pour nous est celui de ressuscité. C’est ce qu’atteste la guérison de la belle-mère de Simon. Jésus la prend par la main et la fait se lever, montrant ainsi qu’il veut pour l’humanité malade du péché et de ses conséquences, la gloire de la résurrection. Il nous montre aussi combien Job visait juste. Jésus qui guérit est un Dieu proche. Dans cette scène que nous rapporte saint Marc, pas de grand discours, pas de considérations sur l’origine de la maladie, sur la façon dont elle a pu être contractée. Il n’y a pas, cette fois-ci, de public qui se presse à la porte, il n’y a pas de question qui oppose les témoins, aucun étonnement. Tout est simple et naturel. Dans l’intimité d’une maison, dans le calme d’un foyer, Dieu donne sa réponse aux cris de Job, elle se dit dans le silence de la main tendue de Jésus, qui relève et rend la vie.

Bien entendu, les nouvelles vont vite. Entre amis, entre voisins, on ne se cache pas ces choses-là, au contraire. Aussi, le soir venu, c'est-à-dire lorsque la prescription sabbatique de compter ses pas arrive à son terme, tous accourent, tous demandent la guérison, la fin de leur souffrance. Et, avec la même simplicité, Jésus guérit, Jésus chasse les démons.

Et Jésus impose le silence aux démons qu’il chasse. Il les fait taire parce qu’ils disent que Jésus est le Messie. En effet, en divulguant une information qui pourrait être mal comprise, Jésus pourrait être pris pour un autre. Il ne suffit pas de dire que Jésus est le Messie pour découvrir le Père qu’il révèle, il faut accueillir de lui quel Messie il dit être. Là est la raison profonde de son ordre de silence. Jésus à autre chose à nous dire et il doit être entendu.

Sans faire passer le disciple avant le maître, nous entendons cette détermination de Jésus en écho dans le cri de saint Paul : « Malheur à moi, si je n’annonce pas l’évangile ». « C’est pour cela que je suis sorti » dit Jésus. Les deux expressions sont équivalentes. Jésus n’est pas venu pour attirer les foules autour d’un thaumaturge mais pour les enseigner, les rassembler et les conduire à la maison du Père. S’il fait taire les démons, s’il ne répond pas à l’appel pressant de la foule au petit matin, c’est pour que son propre enseignement soit entendu. Et en se mettant en marche, il nous enseigne que lui, le Dieu qui se fait proche, il est ailleurs. Il est au-delà de nos attentes, car elles sont trop petites pour le contenir.

Au terme de l’évangile, Jésus se remet ouvre un chemin où nous sommes tous invités à le suivre. Là est sans doute le plus grand enseignement à mettre en œuvre pour notre semaine à venir. Tout ce que Jésus a fait est destiné à être imité par ses disciples. Les demandes que nous lui adressons sont sans doute légitimes, notre attente d’être relevés comme la belle-mère de Simon est grande, mais nous ne vivrons de la joie de la résurrection que lorsque nous saurons modeler l’emploi du temps de nos journées sur cette journée ordinaire de Jésus que saint Marc vient de nous raconter. On ne peut pas vivre de lui sans vivre comme lui. Nous n’aurons sans doute pas à marcher à travers le pays ni à résister aux assauts de la ville entière, mais nous reconnaîtrons la présence du ressuscité quand à tout instant de nos journées nous serons tout tournés vers Dieu et vers nos frères, Dieu rencontré dans la prière, nos frères aidés à se mettre debout et à retrouver la dignité des fils de Dieu, la joie de servir notre maître. Car ce dont nous avons le plus besoin n’est pas d’être soulagés de nos souffrances, mais d’être sauvés. Or voici qu’il vient en nos maisons celui qui porte le salut, accueillons-le.



Frère Dominique.

17:05 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

25/01/2009

En cette fête de la conversion de saint Paul.

En cette fête de la conversion de saint Paul, dont, de façon exceptionnelle, la Congrégation pour le culte divin autorise la célébration un dimanche, nous lisons les tout derniers versets de l'évangile de saint Marc. Les exégètes sont unanimes : la section finale du second Évangile - dont notre péricope fait partie - est un ajout postérieur ; elle ne figure d’ailleurs pas dans les manuscrits les plus anciens. L’Église l’a cependant toujours accueillie comme inspirée et somme toute, c’est ce qui compte pour nous.


Au début de leur cheminement à la suite du Maître, celui-ci avait appelé ceux qu’il avait choisis, « pour qu’ils soient avec lui » (Mc 3, 14). Comme l’expiration fait suite à l’inspiration, Notre Seigneur les envoie aujourd’hui, leur enjoignant d’« aller dans le monde entier », de ne pas craindre de se laisser disperser aux quatre coins de l’horizon. Car celui-là même qui un jour les a appelés à partager son intimité, s’engage avec eux dans cette « proclamation de la Bonne Nouvelle à toute la création » - ce dernier terme soulignant la dimension cosmique de l’œuvre d’évangélisation : saint François ne prêchait-il pas aux oiseaux et saint Antoine aux poissons ?
Les conditions du salut, ou encore de la pleine participation aux biens du Royaume sont au nombre de deux : la foi et le baptême, c’est-à-dire l’adhésion au Christ par un engagement résolu, scellé dans l’union sacramentelle à sa Personne.
On pourrait s’étonner du caractère solennel de cet envoi, qui ne s’adresse qu’à une poignée d’hommes - quelques pécheurs du lac de Galilée ! Mais Jésus n’a jamais promis à ses disciples qu’ils seraient nombreux : ce n’est pas en vertu de leur puissance numérique ou de leurs capacités naturelles extraordinaires qu’ils sont envoyés proclamer l’Évangile au monde entier et même à la création toute entière, mais uniquement en raison de leur union sacramentelle au Christ vainqueur de la mort. L’Église constitue tout au long de l’histoire et au cœur de celle-ci, un tout petit peuple, appelé à signifier la promesse faite à l’humanité toute entière, à savoir la réconciliation avec Dieu et le partage de sa vie.
Les signes accompagnant la prédication témoignent probablement de l’expérience de l’Église apostolique : il est facile de vérifier que tous les miracles mentionnés ici se retrouvent dans les Actes des Apôtres. Les premières communautés chrétiennes ont fait l’expérience des charismes et ont vu la réalisation des promesses du Seigneur, que saint Marc mentionne dans le contexte de l’envoi en mission. L’Esprit accréditait la parole des premiers témoins, par des signes qui manifestaient clairement que Dieu était à l’œuvre à travers eux, conformément à la Parole de leur Maître : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père (Jn 14, 12) ». Le même Esprit qui reposait sur le Christ, sur la communauté apostolique et sur l’Église primitive, repose encore aujourd’hui sur ceux qui croient en Jésus, Fils de Dieu Sauveur, et acceptent de témoigner de son Évangile. Il demeure prêt à confirmer, par les dons charismatiques qui ont fleuri sur les pas de Jésus, que c’est bien lui le Maître de la mission.


Peut-être les signes ne sont-ils plus de nos jours tout à fait les mêmes que du temps de la première Église : l’Esprit s’adapte aux besoins et aux circonstances de chaque époque ; mais l’absence de signe devrait nous inquiéter, car la Parole ne ment pas : à ceux qui s’y livrent et la transmettent elle donne de faire l’expérience de la puissance divine, qui libère, guérit et vivifie. Ces pouvoirs hors du commun ne sont pas un but en soi : ils ne sont que des signes ; ils renvoient à la nouveauté inouïe instaurée par la Résurrection au cœur même de la création, qui « enfin libérée du péché et de la mort, peut glorifier son Dieu, par Jésus, le Christ, Notre-Seigneur » (Pr. Euch. n° IV). Par notre incorporation baptismale en Christ, nous participons non seulement à sa filiation divine, mais nous recevons comme des frères, tous les hommes qu’il a récapitulé en lui par son incarnation rédemptrice. Tels sont les deux aspects de la Bonne Nouvelle dont nous avons à proclamer ; tel est le « langage nouveau » que nous avons à répandre, la Réalité nouvelle dont nous avons à témoigner en prenant autorité sur tous les « esprits mauvais » qui divisent les hommes, sur le « poison mortel » de leurs vieux antagonismes, sur les « serpents » insidieux qui pervertissent leurs relations.

 


Faut-il préciser que les charismes ne sont pas forcément pour les autres ? L’exemple de Saint Paul nous rappelle que Dieu est maître de ses dons, qu’il distribue à qui il veut, même à celui qui le persécute (1ère lect.). D’ailleurs nous n’avons pas à nous soucier des signes : ils « accompagnent » la prédication de ceux qui sont « devenus croyants ». Le Seigneur nous demande seulement d’être « pour lui, devant les hommes, témoins de ce que nous avons vu et entendu. Pourquoi hésiter ? » (Ibid.). Dieu n’appelle pas ceux qui sont capables, dignes ou méritants, mais il rend capables, dignes, méritants ceux qu’il appelle. « Levons-nous » donc « en invoquant le nom de Jésus », et « proclamons la Bonne Nouvelle » à la part de la création que le Seigneur nous a confiée.

 



« Seigneur, “ton amour envers nous s’est montré le plus fort : éternelle est ta fidélité !” (Ps 116). Donne-nous l’audace de la proclamer à nos frères qui s’enferment dans un individualisme mortifère. Même s’ils ne semblent pas accueillir la Bonne Nouvelle de ta tendresse et de ta miséricorde, nous sommes sûrs que si nous jetons ta Parole dans leur cœur, ton Esprit lui fera porter en temps voulu son fruit de paix, de joie et d’espérance. »



Père Joseph-Marie.

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06/01/2009

L’aveuglement des disciples et la tendresse de Jésus.

Dans le miracle de la multiplication des pains, le Seigneur a montré qu’il était le créateur de toutes choses. En marchant sur la mer, il montre que sa maîtrise souveraine des éléments va jusqu’à la domination sur la mort. Cet épisode est donc aussi important que celui que nous avons médité et ne saurait en être séparé.

Ainsi, après la multiplication des pains, le Seigneur congédie tout le monde, à commencer par ses disciples qu’il contraint à monter dans une barque, tandis qu’il se charge seul de renvoyer la foule. Voilà qui n’est pas sans nous rappeler notre propre expérience spirituelle : Jésus se révèle avec éclat, ici il multiplie les pains pour nourrir la foule, puis il disparaît et nous laisse seuls, ici il renvoie tout le monde et s’isole sur la montagne. Mais s’agit-il de deux actes distincts ? Faut-il opposer les deux initiatives ? Jésus nourrit la foule puis la renvoie porter du fruit dans son quotidien ; Jésus donne mission à ses disciples de distribuer le pain pour la foule puis les éloigne bien vite de la tentation de s’attirer quelque gloire pour ce service. Il les protège et se charge lui-même de renvoyer tout le monde. Puis il monte sur la montagne dans la même action de grâce qui lui fit lever les pains au ciel. Il est venu pour tout rapporter au Père.

Mais les disciples qu’il a envoyés sur la mer semblent loin de ces préoccupations spirituelles : ils se débattent contre les éléments. Les descriptions précises de saint Marc donnent presque un effet comique à la situation. Les disciples n’ont rien demandé, ils ne cherchaient qu’à rester à terre auprès de leur maître. Mais, obéissants, ils ont pris la mer selon la volonté de Jésus. L’affaire semble mal tourner. Il n’en est rien cependant, car Jésus fait bien tout ce qu’il fait. Il réserve à ses disciples dont l’obéissance les a fait nourrir une foule avec quelques pains et deux poissons, une occasion de découvrir son identité profonde. En les rejoignant sur les flots démontés, Jésus veut leur révéler que sa seigneurie va jusqu’à soumettre les éléments et dominer la mort, représentée par la mer.

Mais les disciples, qui n’avaient pas compris le premier signe, ne comprennent pas non plus le second. La tendresse que Jésus leur manifeste en les invitant à la confiance les rassure mais ne suffit pas à leur ouvrir les yeux. Il faudra encore bien du temps, l’expérience de la résurrection et le don de l’Esprit pour qu’ils découvrent pleinement qui est leur maître.

L’aveuglement des disciples et la tendresse de Jésus à leur égard agissent comme un baume sur nos propres raideurs. Mais elles sont également un vigoureux appel à nous dépasser. En ce temps de Noël, quelques jours après avoir célébré la manifestation de la lumière du Christ aux nations du monde entier, ne sommes-nous pas comme ces disciples qui viennent de participer à la multiplication des pains ? Quitter dans quelques jours la douceur de Noël n’est pas une perspective facile, surtout que l’austérité du carême s’imposera très tôt cette année. Le Seigneur nous pousse pourtant à prendre la mer. La question est donc : avons-nous bien compris ce que nous venons de vivre ? Avons-nous manifesté la même obéissance que celle manifestée par la docilité remarquable des disciples ? L’identité du Christ ne se résume jamais à une formule, elle se dévoile dans une rencontre, elle se donne dans une alliance consentie et choisie.

Enfin, un autre détail de ce texte nous rejoint : en marchant vers la barque, saint Marc précise qu’ « il allait les dépasser ». L’expression est caractéristique des épiphanies. Ainsi, alors que ses disciples « rament », alors que la barque de son Église est malmenée, Jésus se dévoile dans la lumière de sa résurrection, dans la puissance du maître de toutes choses. Si nous avions trop vite associé la révélation de Noël et de l’Épiphanie à la douceur et la naïveté de l’enfance, voilà qui nous rappelle que l’esprit d’enfance de l’Évangile n’est pas jamais dissocié du don fait sur la Croix.

Seigneur Jésus, merci pour ta Parole de Vérité. Merci de nous rappeler par cet évangile que tu viens toujours, dans la lumière de la résurrection, au secours de tes disciples. Apprends-nous à conserver cet enseignement dans nos cœurs afin que nous nous souvenions toujours que c’est dans nos difficultés que nous avons le plus de chance d’abandonner nos idées sur toi et de te découvrir dans la magnificence de ta gloire.

Frère Dominique.

17:11 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

15/12/2008

Comment discerner ?

« Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole ». Il ne sera pas dit que le temps de l’Avent n’est pas un temps de conversion ! D’autant que le « cela » est suffisamment large pour contenir toutes les merveilles que Dieu fit pour nous. Après tant d’égards pour nous, le Seigneur se plaint donc de n’être guère obéit ni suivi… Pire, la violence de ce rappel à l’ordre montre que Jésus n’a pas d’autre moyen que la fermeté pour nous secouer, pour nous inviter à nous remettre en question ! Serions-nous un peuple à la nuque raide ?

Il faut dire qu’il est toujours facile de passer à côté de l’essentiel, surtout qu’il se fait aussi discret qu’un enfant qui va naître. De même, le germe de vie de la parole de Dieu que nous méditons aujourd’hui pourrait rester cacher derrière l’évidence de la morale de la parabole : l’obéissance en acte vaut mieux que l’obéissance en paroles.

Nous nous rallions tous spontanément à cette maxime. L’obéissance, nous tentons de la pratiquer avec plus ou moins de bonheur, mais elle ne nous pose pas question de principe. Elle ne posait pas question non plus au deux fils. Jésus ne les interroge d’ailleurs pas sur cette notion, mais il met en question leurs actes.

L’interpellation d’aujourd’hui porte donc sur les fondements de nos actes. Il ne suffit pas de dire, ni même d’être convaincus, que nous conformons notre vie aux préceptes divins. Cela, nous l’avons en commun avec les personnes que Jésus interpelle sèchement.

Comment discerner ? Quel exemple prendre pour être assuré de dépasser l’illusion ou les stratagèmes de notre volonté propre ? En regardant sur notre frère aîné. Jésus est en effet l’exemplaire unique, le modèle de l’obéissance filiale, celle qui se dit infailliblement en actes conformes à la volonté du Père. Voilà le repère fiable plus que tous les exercices de casuistique. Suspendre le cours des discernements complexes et intérieurs pour contempler le modèle que le Père nous donne. En gardant les yeux fixés sur le Christ, l’obéissance n’est plus un difficile exercice de recul par rapport à ses aspirations profondes, elle devient un dynamisme vital et communautaire. Nous ne sommes plus seuls devant un ordre difficile, nous sommes avec lui en route vers le même but : travailler à sa vigne de la façon qui lui plaît, revenir promptement à la maison du Père.

C’est cela en effet qui fait que l’acte du fils est bon. Il ne va pas à la vigne par intérêt, il n’a d’autre motivation que respecter de la parole de son père. Ce sont là les premiers mots de l’amour filial. L’amour de son père lui a donc fait faire les premiers pas d’un chemin de croissance, d’une sincère conversion.

Pour nous faciliter ce radical retournement de notre façon de penser et d’agir, le Fils se donne à notre contemplation en se faisant enfant. Il attire ainsi plus spontanément le regard. Il montre qu’il ne vient pas en donneur de leçons mais en mendiant de votre amour, car l’obéissance n’existe que dans l’amour. IL n’y a pas plus de rapport de force dans le Royaume qu’entre cet enfant et nous. Uniquement la rencontre personnelle et bouleversante, « convertissante », avec celui par qui nous vient la grâce du salut.



Frère Dominique.

19:50 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |