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16/05/2009

L’amour grandit par l’amour.

« Il est urgent, écrivait Jean-Paul II, que le monde redécouvre le christianisme comme la religion de l’amour ». Le Saint Père ne nous invitait pas à nous mettre au diapason du monde, qui confond allègrement amour et convoitise ; mais plutôt à manifester ce que l’Esprit Saint peut réaliser dans la vie des hommes qui s’ouvrent à son action. Car l’amour véritable - l’amour de charité - « vient de Dieu » (2nd lect.) ; il est objet de révélation. Il ne procède pas de la spontanéité de notre nature mortellement blessée par le péché, mais il est un don du Père « qui nous a aimés et a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (Ibid.).

Le verbe « aimer » et le substantif « amour » apparaissent neuf fois dans la seconde lecture et neuf fois également dans l’Evangile. Autant dire qu’ils constituent le fil rouge de la liturgie de ce dimanche. L’insistance est claire : seul le Christ peut nous initier à l’amour de charité ; car seul celui qui est libéré des conséquences funestes du péché peut entrer dans la liberté du don de soi. C’est précisément pour cela que Dieu nous a manifesté son amour « alors même que nous étions encore ses ennemis » (Rm 5, 10) : en « donnant sa vie » pour nous, Jésus nous a aimés d’un amour plus puissant que tous nos refus, que toutes nos ruptures d’alliance. Aussi, le « seul moyen d’échapper à la justice de Dieu, écrit Saint Augustin, c’est de nous jeter dans les bras de sa miséricorde. Ne fuis pas loin de lui, mais réfugie-toi en lui ! » Nous conservons une dette, certes, mais une dette de reconnaissance envers celui qui « nous a aimé et s’est livré pour nous » (Ga 2, 20). Jésus lui- même nous enseigne comment nous en acquitter : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c'est-à-dire dans l’Esprit Saint qu’il a répandu à profusion dans le cœur de ceux qui croient en son nom (cf. 1ère lect.).

« Le sentiment peut être une merveilleuse étincelle initiale, mais il n’est pas la totalité de l’amour », insiste Benoît XVI. L’amour véritable n’est pas une simple passion de l’âme, mais il est le fruit précieux entre tous d’un acte divin, fondateur. Il jaillit de la Croix du Christ, où le don de soi porté à incandescence nous guérit définitivement de nos replis narcissiques, de nos peurs et de nos impuissances à nous livrer. Tout amour véritable doit s’abreuver à cette Source, car seule l’Eau vive jaillissant du Cœur de Dieu peut nous purifier de la lèpre de la convoitise, et nous ouvrir à la gratuité du don sans mesure. La Croix dénonce le mensonge de la cité terrestre où règne « l’amour de soi au mépris de Dieu » (Saint Augustin), et nous oblige à nous situer face à la proposition de l’Evangile, qui nous invite à participer à la construction du Royaume, fondé sur « l’amour de Dieu (et de nos frères) au mépris de soi ». Inutile de chercher un compromis : soit nous idolâtro ns notre individualité et nous méprisons le Crucifié dont la vue nous est insupportable ; soit nous nous convertissons à l’amour, et nous implorons la grâce de mourir à nous-mêmes pour avancer sur le chemin de la vérité et de la vie.

La Croix dressée sur le monde demeure pour tous les hommes de tous les temps, le lieu de « crise » - du grec krinein, discernement - où nous avons à décider du sens de notre vie. Pour celui qui ne ferme pas son cœur, la folie de la Croix oblige ; elle est un appel à nous dépasser, à nous arracher, avec l’aide de la grâce à l’inertie de notre individualisme, pour obéir au précepte de l’amour. Oui, en présence de la gloire de l’Amour crucifié, la charité devient un impératif, car hors d’elle, rien ne vaut. « À l’origine du fait d’être chrétien, écrivait Benoît XVI dans sa première Encyclique consacrée à l’Amour divin, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. Le regard tourné vers le côté ouvert du Christ, dont parle Jean (cf. 19, 37), comprend que “Dieu est amour” (1 Jn 4, 8). C’est là que cette vérité peut être contemplée ; et, c’est en partant de là qu’on doit définir ce qu’est l’amour. C’est enfin à partir de ce regard que le chrétien trouve la route pour vivre et pour aimer. »

L’Amour crucifié est la Source à laquelle nous avons à nous abreuver, afin de pouvoir à notre tour en témoigner au cœur du monde, mettant nos pas dans ceux de toutes les générations de saints qui ont marqués l’histoire de leur empreinte, en incarnant la proposition de l’Evangile. Impossible de ridiculiser ni de récupérer un tel témoignage : il force le respect car il « prouve » la vérité du christianisme de manière plus éloquente que tous les livres de théologie. Certes les chrétiens n’ont pas le monopole de l’amour de charité : l’Esprit Saint se donne à tout homme de bonne volonté qui écoute l’appel de sa conscience. Nous ne pouvons que nous réjouir de voir des fruits de sainteté présents dans d’autres traditions ; mais nous savons qu’ils découlent eux-aussi de la Croix, même là où la seigneurie du Christ n’est pas explicitement confessée. Aussi ces « semences de sainteté » répandues parmi les païens (cf. 1ère lect.) devraient-elles nous stimuler à hâter le pas sur le chemin de l’Evangile, en « donnant notre vie pour nos amis » avec une générosité accrue. « Ce que je vous demande, c’est de vous aimer les uns les autres » ; car « Dieu est amour : celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu » (2nd lect.).

La gloire de la Croix n’illumine pas seulement les manifestations extraordinaires de la charité : elle veut rayonner sur toute action, la plus humble soit-elle, car Dieu s’est fait homme, pour que toute notre réalité humaine puisse passer en Dieu, selon le dessein originel du Père. L’incarnation a rendu caduque la distinction entre le sacré et le profane : la Lumière est venue dans le monde afin d’illuminer notre intelligence, de fortifier notre volonté, et de nous permettre de vivre dans l’amour, c'est-à-dire dans le don de soi, à l’image du Christ qui nous appelle à participer à sa propre vie dans l’Esprit Saint. Pour que la conversion soit aussi radicale et que plus rien de notre vie n’échappe à la lumière transformante de l’Amour divin, nous avons vitalement besoin de revenir sans cesse à la Source. C’est pourquoi, « Jésus a donné une présence durable à son acte d’offrande, dans l’institution de l’Eucharistie. Il anticipe sa mort et sa résurrection en se donnant lui-même à ses disciples dans le Pain et dans le Vin, son Corps et son Sang comme nouvelle manne (cf. Jn 6, 31-33). Dans l’Eucharistie le Fils se fait nourriture pour nous et nous attire dans son acte d’offrande. Nous ne recevons pas seulement le Verbe incarné de manière statique, mais nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande. Une Eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l’amour est en elle-même tronquée. Réciproquement, le “commandement” de l’amour ne devient possible que parce qu’il n’est pas seulement une exigence : l’amour peut être “commandé” parce qu’il est d’abord donné. Ainsi, il n’est plus question d’un “commandement” qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé à d’autres. L’amour grandit par l’amour. L’amour est “divin” parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unif ication, il nous transforme en un “Nous”, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit “tout en tous” (1 Co 15, 28). »


« “Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l’accordera”. Forts de cette promesse, nous te demandons, Seigneur, de nous ouvrir à ton Esprit d’Amour, afin que nous puissions t’aimer plus que tout, et “nous aimer les uns les autres” comme tu nous le commandes. Alors notre vie, transfigurée par l’Esprit, sera un témoignage vivant de la Bonne Nouvelle : “Dieu a manifesté son amour parmi nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui”. »



Père Joseph-Marie.

21:06 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, catholique, spiritualite |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

15/05/2009

Être dans le monde sans être du monde.

Être dans le monde sans être du monde. Ainsi pourraît se résumer la condition du chrétien ici-bas. Dans l’évangile de ce jour, saint Jean nous rappelle que nous appartenons au Christ et non pas au monde en son sens négatif avec ses valeurs qui nous enchaînent plus qu’elles nous libèrent. Nous sommes « chrétiens », c’est-à-dire disciples du Christ. C’est lui qui est notre maître. Il nous a choisis en nous prenant dans le monde pour nous introduire dans une relation privilégiée d’amour avec lui. Dès lors, le fondement de nos actions et de nos paroles ne se trouvent plus dans le monde, dans la pensée commune du moment, mais dans la personne même du Christ.

« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu'il en a eu d'abord contre moi. » Si nous sommes vraiment unis au Christ comme les sarments à la vigne, nous partagerons avec lui le rejet qu’il dut subir de la part de ce monde sous l’emprise du mal et du péché.
La qualité de notre communion au Seigneur se vérifiera donc aussi dans la réaction du monde à notre égard. En effet, on ne peut être à la fois du Christ et du monde. L’esprit du monde ne peut tolérer que quelque chose échappe à son pouvoir, à sa domination : « Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n'appartenez pas au monde […] ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. » C’est la seconde raison donnée par le Seigneur à la haine du monde à l’égard de ses disciples, révélant au passage l’enfermement et le repli narcissique d’un monde marqué par le péché et séparé de Dieu. C’est bien le sens que recouvre ici le terme « monde » : ceux qui demeurent dans les ténèbres parce qu’ils refusent d’accueillir la lumière venue éclairer tout homme (cf. Prologue de saint Jean).

Ces propos de Jésus nous mettent devant le combat spirituel qui habite chacune de nos journées. Car il ne s’agit pas de fuir notre condition humaine au cœur de la cité terrestre. Si Dieu nous a libérés de l’emprise du monde c’est pour qu’à son exemple nous puissions l’aimer en vérité, jusqu’au bout… : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » (Cf. Jn 3, 16) Au deuxième siècle, l’auteur de l’épître à Diognète, en parlant des chrétiens, écrivait : « Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre. Ils manquent de tout et ils surabondent de toutes choses. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie, ils sont justifiés. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. […] Châtiés, ils sont dans la jo ie comme s’ils naissaient à la vie. »

Décidément, comme nous le rappelle Jésus, « le disciple n’est pas au-dessus du maître ». Mais, le disciple sait aussi que le Maître a vaincu le monde. Il sait qu’en Jésus, mort et ressuscité, la vie a triomphé de la mort. Le disciple croit en la Parole de vie et de salut du Maître et n’a pas d’autre plus grand désir qu’elle vienne éclairer ceux dont les cœurs sont encore prisonniers des ténèbres.

« Seigneur, nous connaissons la soif de nos contemporains. Tu nous as fait la grâce de pouvoir nous abreuver à la seule Source capable de désaltérer le cœur de l’homme. Puissions-nous par le témoignage de notre charité jusqu’au cœur de l’adversité la plus violente conduire nos frères et sœurs en humanité à croire en toi et à reconnaître en toi celui qui donne sens à leur vie en ce monde ».



Frère Elie.

22:08 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

12/05/2009

Cet attachement solide au Christ.

« Je suis la vigne véritable et mon Père est le Vigneron ». D’emblée, Jésus identifie les symboles de la vigne et du Vigneron. Quant aux sarments, on comprend rapidement qu’il s’agit ici des disciples et de tous ceux qui à leur suite voudront mettre leurs pas dans ceux du Christ et porter un fruit qui rende gloire au Père.

Le fait que les sarments soient décrits par Jésus comme étant en lui souligne qu’ils n’ont d’existence que dans la vigne. Ainsi le disciple ne vit que dans le Christ. Les verbes « retrancher » et « émonder » qui décrivent l’activité du Vigneron conditionnent la fécondité de la plante. Le Vigneron, le Père, source de toute Parole qui sort de la bouche du Fils, émonde au moyen de celle-ci. C’est ainsi que les disciples, en tant que sarments, ont été émondés par la Parole du Fils et que ce dernier peut leur dire : « Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre ». Mais il dépend d’eux de rester attachés à lui. C’est à eux qu’il revient de « demeurer en » la vigne, c’est-à-dire d’adhérer fermement et fidèlement à la personne du Christ. Le disciple, devenu grâce à la Parole un sarment de la vigne unique, ne demeure tel que par sa fidélité propre, toujours réactualisée.

Si le nouvel être du disciple est celui du Fils en tant qu’il demeure dans le Fils comme le Fils demeure en lui, cela ne signifie pas pour autant qu’il y a fusion ou confusion de Dieu et de l’homme. Si le disciple n’existe plus par lui-même parce qu’il puise sa sève dans la vigne, sa vie nouvelle n’en exige pas moins un consentement personnel, jamais achevé.

L’émondage a pour but de conduire à une synergie toujours plus grande entre la vigne et le sarment, à une communion toujours plus forte entre le Christ et le disciple.
Cette communion se révèle comme l’unique condition pour porter un vrai fruit, un fruit produit tout à la fois par la vigne et le sarment, par le Christ et le disciple : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. »

Si Jésus invite les disciples à demeurer en lui ce n’est pas simplement pour les préserver de leur infidélité ou pour leur rappeler que c’est là l’unique condition pour porter du fruit. C’est aussi pour leur faire comprendre que c’est grâce à eux qu’il peut se rendre concrètement présent aux hommes. Le sens de l’existence du disciple n’est-il pas de permettre au Christ en qui il demeure de se faire tout à tous ?

Solidement attaché Christ, ne faisant plus qu’un avec lui, le disciple est pénétré tout entier de sa vie, animé de ses pensées. Il ne peut donc désirer que ce que désire le Christ. Voilà pourquoi tout ce qu’il demandera lui sera accordé.

Cet attachement solide au Christ manifeste aussi le projet du Père sur chacun de ses enfants : les rétablir comme ses fils dans le Fils unique. C’est là sa Gloire : que ses enfants vivent de sa vie à travers son Fils. « La Gloire de Dieu c’est l’homme vivant », disait saint Irénée. Cet homme vivant, en tant que disciple, manifestera alors l’amour plénier du Père au monde entier et contribuera au rassemblement de tous les hommes par le Fils unique, dans l’unité divine. Cela aussi c’est la gloire du Père : rassembler ses enfants dispersés en un seul corps, celui du Christ qui est l’Église.

« Seigneur, renouvelle-nous dans notre attachement à ta personne. Ramène-nous de toutes nos dispersions pour nous greffer à toi. Que nous puissions vivre de la sève de ton Esprit et goûter ainsi cet amour que tu Partage avec le Père, cet amour dans lequel et pour lequel nous avons été créés. »


Frère Elie.

16:16 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite, catholique |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

10/05/2009

La fidélité du disciple à la parole du Seigneur.

Si jusque là Jésus s’adressait à ses disciples, maintenant c’est vers chacun de nous qu’il se tourne. A la question de Jude qui concerne uniquement les disciples, Jésus répond de façon beaucoup plus large en s’adressant à tous ceux qu’il appelle à le devenir : « Si quelqu’un m’aime… » Les paroles de Jésus nous concernent donc aussi, nous qui avons décidé de mettre nos pas dans ceux du Fils de Dieu. Mais que signifie être disciple du Fils ? Laissons Jésus lui-même nous enseigner à ce sujet.

Le disciple, avant toute chose, aime son maître. Comment pourrait-il en être autrement ! Cet amour, il le manifeste en gardant fidèlement sa parole et ses commandements : « Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime » ; « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole. »
Il y a ici quelque chose de fondamental à comprendre. Les commandements de Jésus et sa Parole ne font qu’un. L’obéissance du disciple aux préceptes extérieurs du Seigneur, n’est que le prolongement d’une obéissance intérieure à une Parole d’Amour qui est venue le transformer et le mettre en marche. Cette Parole, c’est le Christ lui-même, la Parole vivante, le Verbe que le Père a prononcé sur tout homme afin qu’il soit sauvé. Le Fils est la Parole d’Amour du Père et Jésus nous le révèle lorsqu’il nous dit : « La parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé. »

On se rend compte alors que l’amour du disciple pour Jésus n’est en fait que la réponse à l’initiative d’amour du Père. La première épître de saint Jean explicite cela à merveille lorsqu’elle nous dit : « Voici comment s’est manifesté l’Amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Voici ce qu’est l’Amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime pour nos péchés. » (1 Jn 4, 9-10)

La fidélité du disciple à la parole du Seigneur, expression de son amour en réponse à celui du Père, attire en lui la présence du Père et du Fils : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » Nous connaissons toute l’importance chez saint Jean du « demeurer ». Le disciple qui est fidèle à la parole et aux commandements manifeste que le Père et le Fils demeurent en lui. Cette inhabitation divine fait qu’à son tour, il peut lui-même demeurer dans l’Amour du Père et du Fils. Le disciple vit alors de la vie même de Dieu qui est cet Amour tout donné entre le Père et le Fils.

C’est tellement grand que cela peut nous apparaître inaccessible. Et pourtant c’est bien ce qui nous est révélé dans cet évangile. Rappelons-nous aussi que Dieu garde en tout l’initiative. Il nous l’a encore manifesté en nous envoyant son Esprit. Jésus n’étant plus physiquement présent au milieu de nous, c’est maintenant l’Esprit-Saint, Amour commun du Père et du Fils, envoyé par le Père au nom du Fils, qui nous introduit dans ce « demeurer » en Dieu. C’est lui qui nous enseigne ce grand mystère de notre vocation à l’Amour, née de l’Amour même de Dieu pour nous. Ce faisant, il nous configure comme de vrais disciples. Jésus nous le rappelait dans l’évangile d’hier : « Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34-35)

« Père, que ton Esprit ouvre nos cœurs à la Parole d’Amour que tu prononces sur chacun d’entre nous en ton Fils Jésus-Christ. Qu’il nous enseigne à l’actualiser dans le quotidien de nos vies à travers le commandement nouveau que ton Fils nous a laissé et qui nous renouvelle dans ta vie divine chaque fois que nous le mettons en pratique. »


Frère Elie.

20:38 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, spiritualite, foi, catholique |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

07/05/2009

SOIS FORT ET TIENS BON !

Le discours de Jésus après la Cène se poursuit par son enseignement sur la condition des disciples au temps de la séparation, dans l’attente de Pâques, puis dans la période post-pascale que l’on appelle aussi le temps de l’Eglise.

« Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père beaucoup pourront trouver leur demeure… » Cet appel à garder confiance, à ne pas perdre courage, à croire en lui, redit la Parole du Seigneur à son peuple au moment de l’entrée en terre promise : « Ne t’ai-je pas donné cet ordre : sois fort et tiens bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car le Seigneur ton Dieu est avec toi dans toutes tes démarches. » (Jos 1, 9). Jésus présente ainsi sa Passion désormais toute proche comme la porte d’accès à la terre promise de la Maison du Père.
C’est comme si Jésus disait à ses disciples : « Vous avez cru en Dieu, vous avez écouté sa voix ; vos pères ont cru en Moïse et l’ont suivi durant la traversée du désert. Croyez maintenant aussi en moi qui suis l’Envoyé du Père, et suivez-moi sur le chemin que j’ouvre devant vous. Ce chemin conduit à votre véritable Terre de liberté, à la véritable Terre promise qui est la Maison du Père, la vie du Père. »

La demeure où Jésus va entrer préparer une place pour les apôtres avant de les y introduire, c’est la vie du Père : « Là où je suis, vous serez aussi ». Or Jésus est dans le Père. Vers ce « lieu » qu’est le Père Jésus est le passage, le chemin vivant. Par sa Parole de lumière qui est la vérité, il nous conduit au Père qui est la vie. En nous unissant à lui dans la foi, nous accédons à la vie filiale et nous avons dès lors le droit de demeurer avec lui et en lui dans la Maison du Père.

A travers l’évangile de ce jour, Jésus nous invite à nous laisser arracher à nos vies inauthentiques, à tous ces terres, d’Egypte où nous sommes retenus captifs. Pour cela, nous devons accepter que sa Parole vienne faire la vérité et la lumière sur toutes ces complicités avec le mal qui nous aliènent et nous maintiennent dans leurs chaines. Notre Seigneur nous appelle à nous mettre en route sur les chemins de l’Evangile vers la demeure du Père, les yeux fixés sur lui, qui est à la fois le chemin et le terme du chemin en tant que vivant de la vie du Père. Telle est bien la condition du disciple.

« Seigneur, libère-nous de tous ces lieux d’esclavage que ta Parole nous dévoile. Qu’elle nous attire sur l’unique chemin de ton évangile. A travers toutes les obscurités de ce monde, qu’elle soit la nuée lumineuse qui nous permette de ne pas nous égarer et de garder le cap afin qu’un jour, pleinement restaurés en toi dans notre filiation avec le Père, nous puissions goûter sans fin le bonheur de jouir de sa vie divine. »



Frère Elie.

19:37 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite, catholique |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

L’appel à demeurer en Dieu.



©F&L-Dominique Lefèvre

L’enjeu est de taille ! Loin d’être un réflexe de peur et de protection, l’invitation à « demeurer » dans l’intimité du Seigneur est un appel à la vraie Vie. Beaucoup de personnes de bonne volonté s’empressent de se donner aux autres : c’est beau, mais insuffisant. Leur vocation est plus grande que celle d’être un simple acteur social : sans puiser à la source, on finit par s’épuiser ! L’évènement de Pâques a en effet ouvert le Ciel, rendant possible une relation personnelle avec le Dieu vivant. Le Christ ressuscité est réellement passé auprès du Père afin de nous faire participer à la vie divine. La fécondité de toute action est dès lors subordo nnée à la présence agissante de Dieu, comme le souligne l’image du sarment greffé sur le cep. S’il en est séparé, le sarment finit par sécher et n’est alors bon que pour le feu. L’Église garantit ce lien vital : elle est le « peuple de Dieu » et « le corps du Christ » qui vit intimement en Dieu afin d’être uni à lui. Cette unité d’amour se déploie particulièrement dans l’Eucharistie : au chrétien d’accueillir la grâce prévenante de Dieu dans la prière afin que la grâce sanctifiante transforme sa vie et porte du fruit pour lui-même et pour tous les autres.

 

« Sans moi vous ne pouvez rien faire » dit Jésus. La fécondité de la vie spirituelle ne peut exister sans la présence agissante de Dieu. Recherchons-la dans une prière renouvelée sans oublier de « quitter Dieu pour aller à Dieu » en nous donnant aux autres.

 

 

 

 

 

P?re Tanguy Marie
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitudes
Auteur des livres : La parole, don de Vie, EDB, 2006
Libres en Christ, EDB, 2008.

 

 

12:12 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : catholique, christianisme, foi, spiritualite |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

Ne pas séparer foi et charité.

Fortifier notre union avec notre Seigneur Jésus Christ mort et ressuscité pour nous, union dont la qualité et la profondeur apparaîtront au travers des fruits que nous porterons, que ce soit dans nos paroles ou dans nos actes.

Dans la première lecture saint Paul raconte aux apôtres le récit de sa conversion. L’expérience unitive qu’il a faite du Seigneur sur le chemin de Damas l’a conduit à une lecture renouvelée de l’Ecriture qui lui a fait découvrir en elle le plan de salut de Dieu. Désormais, il n’a pas d’autre désir que de prêcher le Christ et ce, malgré les menaces de mort qui pèsent sur lui de la part des juifs de langue grecque. Chez lui, le fruit de son union avec le Christ depuis sa conversion c’est l’annonce incessante de la Bonne Nouvelle du Salut, la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu proposé à chacun : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » !

Saint Jean, quant à lui, dans sa lutte contre la gnose païenne, nous expose que l’amour ne se démontre pas par de belles paroles ou par des illuminations spéciales comme le prétendent les gnostiques mais par les œuvres de charité : « Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous aurons le cœur en paix ». C’est là le propre du christianisme : porter un fruit de charité

Tout chrétien, tout disciple de Jésus, dans sa vie, ne peut séparer foi et charité. Pour celui qui demeure uni au Christ, les deux vont de pair, s’entraînant et se nourrissant l’une l’autre. Jésus, lui-même, illustre cela pour nous dans l’évangile à travers la parabole de la vigne et des sarments. Seuls les sarments unis à la vigne véritable qu’est le Christ peuvent porter un fruit de charité : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. »

Le fait que les sarments soient décrits par Jésus comme étant en lui souligne qu’ils n’ont d’existence que dans la vigne. Ainsi le disciple ne vit que dans le Christ. Les verbes « retrancher » et « émonder » décrivent l’activité du Vigneron qui conditionnent la fécondité de la plante. Le Vigneron, le Père, source de toute Parole qui sort de la bouche du Fils, émonde au moyen de celle-ci. C’est ainsi que les disciples, en tant que sarments, ont été émondés par la Parole du Fils et que ce dernier peut leur dire : « déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre ». Mais il dépend d’eux de rester attachés à lui. C’est à eux qu’il revient de « demeurer en » la vigne, c’est-à-dire d’adhérer fermement et fidèlement à la personne du Christ.
Si le disciple n’existe plus par lui-même parce qu’il puise sa sève dans la vigne, sa vie nouvelle n’en exige pas moins un consentement personnel, jamais achevé. L’émondage a donc pour but de conduire à une synergie toujours plus grande entre la vigne et le sarment, à une communion toujours plus forte entre le Christ et le disciple. Et cette communion se révèle comme l’unique condition pour porter un vrai fruit, un fruit produit tout à la fois par la vigne et le sarment, par le Christ et le disciple.

Une tentation forte durant le parcours d’une vie est la fatigue de s’être adonné pendant un certains temps à faire le bien autour de soi, fatigue pouvant traduire une certaine désillusion face à un résultat peu conséquent à nos yeux en comparaison du combat mené. On se décourage et on finit peu à peu par se replier sur soi.
En réalité, seul Jésus peut nous donner la persévérance sur le chemin du don de nous-mêmes. Il nous faut ici apprendre à compter sur Celui qui est le roc de nos vies et à nous appuyer sur lui. Jésus, lui-même, nous met en garde : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Solidement attaché au Christ, comme le sarment à la vigne, ne faisant plus qu’un avec lui, nous serons alors pénétrés tout entier de sa vie, animés de ses pensées. Nous ne pourrons donc désirer que ce qu’il désire et nous nous verrons alors accorder tout ce que nous demandons !

Mais si Jésus nous invite, comme ses disciples, à demeurer en lui ce n’est pas simplement pour nous préserver de notre infidélité ou pour nous rappeler que c’est là l’unique condition pour porter du fruit. C’est aussi pour nous faire comprendre que c’est grâce à nous qu’il peut se rendre concrètement présent aux hommes. Le sens de l’existence du disciple n’est-il pas de permettre au Christ, en qui il demeure, de se faire tout à tous ? N’est-ce pas une belle manière de porter du fruit que de permettre cette rencontre entre notre Seigneur et les âmes vers lesquelles il nous envoie. Mère Térésa de Calcutta, elle qui était au service des plus pauvres parmi les pauvres, n’hésitait pas à dire : « Le service le plus grand que l’on puisse rendre à quelqu’un est de le conduire à connaître Jésus afin qu’il l’écoute et le suive, parce que seul Jésus peut répondre à la soif de bonheur du cœur humain pour lequel il a été créé. »

Frère Elie.


 

11:37 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite, catholique |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

05/05/2009

Christianisme et Islam.

Il convient d'emblée de préciser de quel point de vue nous parlons de Dieu. S'il s'agit de Dieu avec lequel la créature humaine est en relation par l'acte de foi, la prière, le désir d'accomplir sa volonté, de lui plaire et même de l'aimer (ce qui est vrai dans le courant mystique de l'islam), en tant qu'entité éternelle, créatrice, bienveillante ... christianisme et islam peuvent se reconnaître sans trop de difficulté. De même, une approche métaphysique révèle de nombreuses similitudes.
Mais une convergence aussi apparente, soulignée par le choix des qualificatifs que retient le
Concile, ne peut pas laisser dans l'ombre des différences et même des oppositions radicales. La façon dont chrétiens et musulmans parlent de Dieu est très différente.

- L'islam insiste très fortement sur l'unicité de Dieu et ne peut pas accepter la révélation du christianisme portant sur le fait que Dieu est Père, Fils et Esprit. La notion de
Trinité n'est pas comprise. Elle est refusée au nom du rejet du polythéisme. Le texte du Coran est généralement compris par la tradition musulmane pour estimer que les chrétiens ont altéré, voire falsifié les Ecritures bibliques pour leur faire affirmer la Trinité (Coran 4,171 ; 5,116).
- Non seulement, il ne peut pas y avoir plusieurs personnes en Dieu, mais encore il ne peut pas y avoir d'
incarnation. Celle-ci, pour l'islam, est une atteinte à la transcendance de Dieu. En effet, l'islam estime que Dieu est très proche de l'être humain, mais également d'une nature totalement différente de lui. Les musulmans refusent « d'associer » toute créature à Dieu. Il n'est donc ni possible ni sérieux d'affirmer qu'un être puisse être vrai Dieu et vrai homme (Coran 3,59 ; 5,72 ; 43,59).
Il faut bien dire que l'impression qui émane d'une lecture du Coran par les chrétiens est que son information concernant le christianisme est très pauvre et bien souvent inexacte.
- Le Coran refuse la mort de Jésus sur la croix. En réalité, dit-il, la crucifixion de Jésus fut pour les témoins de la scène une apparence ou une illusion (certains commentateur parleront plus tard d'un sosie qui aurait été crucifié à la place de Jésus, que Dieu a élevé auprès de lui). De ce fait, il n'y a plus de salut qui vienne par le Christ Jésus (Coran 4,157-159). Celui-ci est seulement un grand
prophète, né de la Vierge Marie, qui est venu apporter aux hommes l'Évangile, un message provenant réellement de Dieu, mais qui a été déformé par les chrétiens. Jésus est donc un simple homme.
Pour l'islam, Jésus étant
prophète, subit normalement des épreuves, mais puisqu'il est vraiment un envoyé de Dieu, il ne peut connaître d'échec final.
- L'islam ignore toute médiation et rejette ce qui lui semble être un obstacle entre Dieu et les hommes alors que pour le christianisme le salut est donné par le Christ, le seul médiateur entre Dieu et les hommes.
- Pour l'islam comme pour le christianisme, Dieu parle aux hommes et il existe des Écritures saintes. Mais les conceptions de la révélation sont très différentes : le Coran est le fruit d'une dictée de Dieu à Mohammed, il est la parole de Dieu telle que Dieu lui-même l'exprime et la prononce. On ira jusqu'à dire que le Coran est éternel et incréé. Mais cette position majoritaire est, aujourd'hui, l'objet de débats parmi les savants et croyants musulmans. Certains, parmi eux, n'hésitent pas à parler d'interprétation du Coran. Pour les chrétiens, c'est Dieu qui a inspiré les auteurs bibliques qui ont rédigé les livres de la
Bible en se servant des mots et des formes littéraires de leur temps.
- Pour les musulmans, les affirmations du Coran ont l'autorité de la Parole de Dieu. De ce fait, le dialogue dogmatique est rendu bien difficile sur ces questions essentielles. Sans ignorer ces différences fondamentales, il faut noter que le dialogue est possible sur d'autres domaines de la foi, comme la prière, la vie morale, la création, le sens de l'homme ...


2. Il convient d'approfondir cette question en relevant avec soin des points d'appui pour un vrai dialogue.
Vatican II a cette phrase : « Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (Lumen gentium n° 16).
Cette phrase du
Concile utilise l'expression « adorent avec nous », ce qui montre une relation réelle entre les croyants tournés ensemble vers le Dieu Créateur. Les points communs sont soulignés également dans cette citation lorsqu'elle indique un certain nombre de caractéristiques dans lesquelles chrétiens et musulmans peuvent se retrouver.
Notre perception du
mystère de Dieu n'est pas la même. Pour les chrétiens, l'incarnation du Fils de Dieu a transformé les choses : « Dieu, personne ne l'a jamais vu, le Fils Unique qui est tourné vers le sein du Père, nous l'a fait connaître » (Jean 1,18).
Le dialogue théologique portant sur Dieu se construit dans un climat dans lequel on se livre personnellement dans son intimité. Il demande de la sympathie entre les interlocuteurs. Mais il exige en même temps une réelle clarté de l'identité de la foi chrétienne. Ce que le Christ nous a fait connaître de Dieu est d'une exceptionnelle richesse : contempler la
Trinité et en parler, c'est montrer comment elle est la source de notre vie spirituelle et de notre manière de nous comporter.
Il est bon de renvoyer à l'allocution du Pape Jean-Paul II à Casablanca pour de jeunes musulmans, le 19 août 1985 (voir DC 1985, pp. 942-946). En voici quelques extraits : « Je crois que nous, chrétiens et musulmans, nous devons reconnaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre
grâce à Dieu. Les uns et les autres, nous croyons en un Dieu, le Dieu unique, qui est toute justice et miséricorde ; nous croyons à l'importance de la prière, du jeûne et de l'aumône, de la pénitence et du pardon ; nous croyons que Dieu nous sera un juge miséricordieux à la fin des temps et nous espérons qu'après la résurrection, il sera satisfait de nous et nous savons que nous serons satisfaits de lui. La loyauté exige aussi que nous reconnaissions et respections nos différences. La plus fondamentale est évidemment le regard que nous portons sur la personne et l'œuvre de Jésus de Nazareth. Vous savez que, pour les chrétiens, ce Jésus les fait entrer dans une connaissance intime du mystère de Dieu et dans une communion filiale à ses dons, si bien qu'ils le reconnaissent et le proclament Seigneur et Sauveur. Ce sont là des différences importantes, que nous pouvons accepter avec humilité et respect, dans la tolérance mutuelle ; il y a là un mystère sur lequel Dieu nous éclairera un jour, j'en suis certain » (p. 945).
Enfin, dans son récent voyage apostolique en Turquie, le Pape Benoît XVI a déclaré aux responsables des affaires religieuses du pays : « Le Pape Grégoire VII parlait de la
charité spéciale que se doivent réciproquement les chrétiens et les musulmans puisque « nous croyons et nous confessons un seul Dieu, même si nous le faisons de manières diverses, chaque jour le louant et le vénérant comme créateur des siècles et souverain de ce monde » (Patr. Latine, 148, 451 - cf. D.C. 2007 p. 12).

† Pierre-Marie CARRÉ
Président de la Commission doctrinale

16:48 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite, catholique |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

03/05/2009

Ce bon berger qu’est le Christ.

Jésus définit le Pasteur du troupeau comme celui à qui appartiennent les brebis, qui les connaît et qui les appelle chacune par leur nom : « Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. »

Le pasteur n’est pas un mercenaire car ce dernier n'a pas le sentiment que les brebis sont les siennes. Face à la première difficulté, au premier danger, il les abandonne et il fuit. En revanche, le pasteur qui connaît ses brebis une par une, qui a établi avec elles une profonde relation de familiarité, est disposé à donner sa vie pour elles. Jésus explicitera cela au verset qui fait directement suite au passage évangélique de ce jour dans cette formule que nous connaissons bien : « Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis.

Ce bon berger qu’est le Christ n’a pas d’autre désir pour nous que de nous faire entrer dans la vie véritable, cette vie qu’il a promise à tous ceux qui mettent ses pas dans les siens. Il veut nous libérer de tous les enclos de nos enfermements, de nos prisons intérieures ou extérieures, de tout ce qui nous maintient captif à commencer par notre péché. C’est en ce sens qu’il se présente aussi comme « la porte des brebis ». Il est cette porte qui nous permet de quitter tous ces lieux de notre quotidien qui nous retiennent en esclavage pour accéder à la véritable prairie où nous pourrons aller et venir librement pour paître en toute tranquillité : « Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. »
Cette prairie c’est celle du Royaume dont il est la porte d’entrée et par laquelle il nous invite à passer pour accéder à la vie véritable, à la vie éternelle.

Dans ce passage de saint Jean, Jésus oppose à l’attitude du bon Pasteur celle du voleur et celle du brigand. Ces derniers aussi font sortir les brebis de leur enclos. Mais ce n’est pour leur offrir ni la liberté ni la vie mais la mort : « Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. » Au contraire, Jésus le bon Pasteur est venu « pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance. »

De tous temps, nombreux furent les hommes qui au nom de telle ou telle autorité faussement spirituelle ou de telle ou telle idéologie prétendirent apporter la liberté ! Mais au final, ils ne font qu’emprisonner pour satisfaire leur propre ego voire même pire ils se servent de ceux qu’ils ont aliénés, de leur personne, de leurs biens... Nous sommes ici aux antipodes de l’attitude de notre Seigneur qui se fait le serviteur de ceux qu’ils appellent à sa suite plutôt que d'en faire ses esclaves, qui donne sa vie pour eux plutôt que d’exiger la leur pour lui.

Nous avons quelques critères pour reconnaître la voix du bon Pasteur et ne pas être trompés par ceux qui veulent se faire passer pour nos sauveurs. La voix de notre Seigneur Jésus-Christ est remplie de douceur, de paix et d’amour. Elle invite à aimer et non pas haïr, à œuvrer pour la communion et non pas diviser, elle ouvre au frère, à celui qui est différent. C'est bien elle qu'il nous faut reconnaître.

« Seigneur, fais-nous la grâce, de nous familiariser avec ta voix dans l’écoute de Parole. Qu’au travers de toutes les voix séductrices de notre monde qui veulent nous attirer sur de faux chemins liberté, nous sachions encore reconnaître la tienne pour nous engager à ta suite et passer à travers toi la porte qui nous ouvrira l’accès à la seule véritable liberté. »


Frère Elie.

 

20:56 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, catholique, spiritualite |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

01/05/2009

En lui, ils ne voient qu’un homme.

Le discours du Pain de vie continue son effet : maintenant, ce ne sont plus seulement les juifs qui sont scandalisés par les propos de Jésus mais les disciples : « Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s'écrièrent : ‘Ce qu'il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l'écouter !’ » Les paroles de Jésus sont tellement déconcertantes qu’elles viennent jusqu’à heurter ceux qui sont le plus proche de lui. Cette crise entre Jésus et ses disciples apparaît dans tous les évangiles. Les synoptiques, de leur côté, la situe au cœur de la confession de Pierre à Césarée (Cf. Mc 8, 27-33 ; Mt 16, 13-22 ; Lc 9, 18-22).

En fait, ce qui a choqué la plupart des disciples ce n’est pas que Jésus prétende donner sa chair à manger - au sens propre du terme –. On ne peut les soupçonner d’une interprétation littérale aussi grossièrement matérielle. Ce qui les a heurtés c’est que Jésus prétende être d’origine divine et se présente comme le don ultime et définitif de Dieu.

Ils refusent de reconnaître la filiation divine de Jésus. En lui, ils ne voient qu’un homme. Du coup, la proposition selon laquelle le monde serait vivifié par son sacrifice ne peut que leur paraître absurde.
Ils butent aussi sur un second point. En admettant que la prétention de Jésus à être de condition divine soit vraie, comment le Maître de la Vie pourrait-il être effleuré par l'ombre de la mort ? Comment le salut qui a pour auteur le Dieu de la vie pourrait-il emprunter le chemin de la mort ?

Jésus a bien compris que c’est ici que le bas blesse. Voilà pourquoi il insiste sur sa divinité en se révélant comme celui qui vient accomplir la prophétie du Fils de l’Homme du prophète Daniel (Cf. Dn 3, 14) : « Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ?... C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (versets 61-63).

Jésus pointe bien le lieu de vérité de notre foi dans notre manière de nous situer par rapport à sa personne, plus précisément par rapport à deux points fondamentaux qui constituent le propre du mystère de sa personne : son incarnation et son passage par la mort pour donner la vie.

Derrière les versets de l’évangile de ce jour, nous pouvons reconnaître deux objections majeures que l’on fait souvent au christianisme : Comment imaginer un Dieu qui en s’incarnant se compromettrait avec sa création au point de s'enfoncer dans une chair considérée a priori comme mauvaise ; et un Dieu qui prétendrait donner la vie aux hommes en passant par la mort, n’est-il pas tout aussi impensable ?
En fait, ces deux objections au scandale de l’incarnation ont de tout temps alimenté les thèses gnostiques, ésotériques, anti-chrétiennes, ces dernières reposant sur des visions docètes ou adoptianistes du mystère de la personne de Jésus-Christ. Les premières allèguent que Dieu aurait fait semblant d’assumer une nature humaine. Pour les secondes, Jésus ne serait tout au plus qu’un grand initié ayant été adombré par l’esprit du Christ. Si l’homme Jésus serait bien mort, il n’en serait pas de même du Christ, cette créature purement spirituelle.

Saint Jean nous met ici devant la question fondamentale que Jésus adresse à tous les hommes de tous les temps : « Pour toi qui suis-je ? », interrogation qui appelle de notre part une réponse de foi fondatrice pour notre vie chrétienne et déterminante pour notre salut.

« Seigneur, devant le mystère de ta personne, fais-nous la grâce de confesser avec saint Pierre : ‘nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.’ Nous te reconnaissons pour notre Sauveur, le Fils de Dieu fait homme pour le salut du monde. Nous sommes pécheurs et nous avons besoin de toi. ‘Vers qui pourrions-nous aller ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle !’ »



Frère Elie.


17:32 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : catholique, christianisme, foi, spiritualite |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |