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23/11/2007

Vivre, aimer, louer, exulter...

S’en tenant strictement à la Thora, qu’ils considèrent comme seule inspirée, les sadducéens ne croient pas en la résurrection. Pour démontrer l’absurdité de cette hypothèse, ils argumentent qu’en la poussant jusqu’au bout, on arrive nécessairement à des incohérences ; ce qui prouverait qu’elle est fausse.
Mais leur raisonnement s’appuie sur une prémisse erronée, à savoir que la vie de l’au-delà serait en tout point semblable à celle que nous menons ici-bas - ce que Jésus récuse fermement. Certes notre vie naturelle prendra fin ; nous sommes bien obligés de reconnaître que quotidiennement, la mort accomplit en nous son œuvre destructrice. Mais elle n’a pas le dernier mot. Car depuis que « Dieu a ressuscité Jésus de Nazareth en mettant fin aux douleurs de la mort » (Ac 2, 24), « la mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (1 Co 15, 55). Si la mort progresse effectivement de jour en jour, la vie divine ne reste pas inactive : par l’Esprit qu’il nous a donné, le Christ ressuscité vit désormais bien réellement en nous, lui sur qui la mort n’a plus aucun pouvoir.
Il serait cependant vain d’essayer de nous imaginer ce que sera cette vie immortelle. Nous croyons que nous « deviendrons participants de la nature divine » (2 P 1, 4), mais nous ne pouvons pas, dans notre condition actuelle, nous représenter les conditions de la vie glorieuse. L’allusion aux Anges auxquels nous serons semblables suggère une vie totalement consacrée à la louange de Dieu, dans une parfaite communion, et une éternelle action de grâce. Puisque la mort ne fera plus son œuvre, il ne sera plus nécessaire d’assurer la survie de l’espèce : le mariage, en tant qu’institution pour perpétuer la vie n’aura plus de raison d’être. Dès lors le caractère embarrassant de la situation imaginée par les sadducéens disparaît et leur soi-disant réfutation tombe à l’eau. Certes le Seigneur ne séparera pas ceux qu’il a lui-même uni : tout ce qu’il y aura eu d’amour authentique durant notre vie mortelle sera non seulement conservé mais transfiguré. L’homme et la femme seront enfin pleinement à l’image de Dieu dans leur complémentarité voulue par le Créateur comme un appel à l’amour, qui trouvera là son plein épanouissement. L’époux et l’épouse connaîtront Dieu au cœur même de l’amour qui les unira pleinement l’un à l’autre dans une étreinte éternelle. Nous vivrons dans une relation d’amour parfait avec Dieu et entre nous, unis dans le même Esprit, qui nous rendra participants de sa propre fécondité.
La seule chose pertinente que nous puissions dire sur cette « autre vie » qui nous attend - et qui est déjà mystérieusement commencée - c’est qu’elle sera filiale : « Ils sont fils de Dieu » nous dit Jésus. Pour Notre-Seigneur, ces quelques mots disent tout, car il n’y a pas de plus grand bonheur que celui-là : être fils du Père éternel, partageant sa propre vie, réfléchissant sa gloire dans notre être de créature. Vivre, aimer, louer, exulter,… : tous ces verbes renverront vers l’unique réalité d’une existence pleinement unifiée en Dieu, qui sera enfin « tout en tous » (1 Co 15, 28) pour la joie de son Cœur de Père et notre bonheur éternel. Voilà bien l’essentiel de la Bonne Nouvelle : « Dieu nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs, par Jésus-Christ, sous son regard, dans l’amour » (Eph 1, 5).
Mais tout cela n’est promis qu’à ceux qui auront été « jugés dignes » ; cette expression, récurrente chez Saint Paul, sous-entend une mise à l’épreuve dont nous avons à sortir victorieux. Il s’agit de persévérer dans la foi en la Résurrection du Christ, et dans l’espérance en notre participation à sa vie glorieuse, au cœur d’un quotidien qui nous renvoie sans cesse à l’absurdité apparente de nos pauvres vies vouées à la mort. C’est pourquoi nous sommes invités à garder les yeux fixés sur le Christ, afin de ne pas fléchir devant les épreuves : « il est fidèle, celui qui vous appelle : c'est encore lui qui accomplira tout cela » (1 Th 5, 24) ; ceux qui mettent en lui leur confiance, qui s’appuient sur sa Parole et accueillent son Esprit consolateur, ne seront pas déçus : « le pauvre n’est pas oublié pour toujours, jamais ne périt l’espoir des malheureux » (Ps 9).
Oui nous le croyons : ensevelis par le baptême dans la mort du Christ, nous sommes dès à présent ressuscités avec lui ; notre vie « est désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col 3, 3) ». Telle est notre foi et notre espérance ; qu’elle suscite notre charité et nous donne de poursuivre dans la paix notre route sur le chemin de la vie éternelle.

« Seigneur, “tu ne peux m’abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices !” (Ps 15) Oui, j’en ai la certitude : “par ta justice je verrai ta face, au réveil, je me rassasierai de ton visage” (Ps 16). En attendant ma nouvelle naissance à la vie véritable, ne permets pas que “mon pied trébuche”, mais “tiens mes pas sur tes traces ; garde-moi comme la prunelle de l’œil, à l’ombre de tes ailes cache-moi” (Ibid.) ; “conduis-moi à l’amour de Dieu et donne-moi la persévérance finale” (2 Th 3, 5). »


Père Joseph-Marie.

19:32 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

20/11/2007

LA PRÉSENTATION DE MARIE AU TEMPLE.

La fête de la présentation de Marie au temple se réfère à un événement qui n’est pas relaté dans les évangiles canoniques - c’est-à-dire dans les quatre évangiles considérés comme inspirés. Par contre on en trouve un récit détaillé dans un apocryphe intitulé le Protévangile de Jacques, composé probablement en Égypte au milieu du IIe siècle. L’Église n’a pas retenu cet ouvrage en raison de sa datation tardive et du merveilleux qui y foisonne. Il est d’ailleurs peu probable que Marie ait été portée au temple à l’âge de trois ans pour se préparer à sa mission en priant et servant Dieu : on ne trouve en effet aucune trace d’une telle coutume dans les pratiques religieuses juives de l’époque. Malgré son caractère improbable, l’événement a cependant été retenu par la piété populaire et fut célébré liturgiquement en Orient dès le VIe siècle. La fête de la présentation de Marie est même devenue une des douze grandes solennités de la liturgie byzantine.
L’Église romaine fut plus réticente à célébrer cet événement qui n’a pas de fondement évangélique : il faut attendre le XIVe s. pour que le pape Grégoire XI en permette la célébration (1372) et ce n’est qu’en 1585 que le pape Sixte V l’introduira au calendrier liturgique.
Comment justifier qu’un événement incertain, attesté seulement par un apocryphe soit repris dans la liturgie ? N’est-ce pas contradictoire avec l’adage « lex orandi, lex credendi » : la prière enseigne le contenu de la foi ?
S’il s’agissait par cette célébration d’authentifier l’historicité de l’événement, certes la liturgie outrepasserait ses droits. Mais la fête de la Présentation ne fait qu’exprimer sous forme de récit, que Marie a été consacrée à Dieu dès l’aube de sa vie - qu’elle ait vécu cette consécration au temple de Jérusalem ou dans la maison d’Anne et Joachim importe peu. Nous pouvons même soutenir que dès les premiers instants de son existence, Marie a servi Dieu dans le temple de son cœur immaculé, et qu’elle a effectivement rendu ce culte en pleine conscience aux alentours de trois ans. C’est en célébrant Dieu jour et nuit dans son âme illuminée par la grâce, qu’elle se préparait à être Mère du Sauveur.
La liturgie de ce jour, tout en célébrant en premier la Vierge Marie, lève également son regard vers l’humanité entière, rachetée par son Fils. La « fille de Sion » à laquelle s’adresse le prophète Zacharie, représente l’humanité réconciliée avec Dieu et renouvelée dans la grâce : « Je viens, j’habiterai au milieu de toi, déclare le Seigneur » (1ère lect.). Tel est bien le miracle qui s’accomplit pour chacun de nous au baptême : devenus « participants de la vie divine » (2 P 1, 4), nous sommes « temples de l’Esprit », incorporés dans le Christ total dont Jésus ressuscité est la Tête. Voilà pourquoi Notre-Seigneur peut dire : « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux - c’est-à-dire celui qui garde ma Parole et demeure dans la grâce de l’Esprit Saint - celui-là est pour moi - non seulement - un frère, une sœur - mais également - une mère ».

« Vierge Marie, apprends-nous comme toi à “tendre l’oreille” (Ps 44) de notre cœur, afin que nous puissions entendre la voix du Bien-Aimé qui nous appelle. Oubliant les séductions de ce monde nous nous prosternerons alors devant lui, pour recevoir de ses mains la couronne de gloire, et nous laisser conduire au palais du Roi ».


Père Joseph-Marie.

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13/11/2007

Tout s’est dit dans l’échange d’un regard.

Dix lépreux, compagnons de misère, viennent à la rencontre de Jésus. Ils s’arrêtent à la distance que leur impureté impose de respecter, et crient vers Jésus. Ils ne se prosternent pas devant lui, la face contre terre, comme on a déjà vu d’autres lépreux le faire dans l’évangile ; ils ne font pas non plus de longs discours expliquant leurs années de malheur. Ils appellent simplement Jésus « maître », comme le font les disciples. Ils ne lui demandent rien d’autre que sa pitié, ils veulent être regardés par Jésus et pris en pitié.

Cette attitude manifeste une foi digne d’éloges. Ils ont une telle confiance qu’ils n’exigent rien. Ils ne demandent pas à être guéris ou purifiés. Ils désirent seulement être regardés par leur Seigneur. Jésus entend leur prière. Il ne pose aucun geste purificateur, il ne formule aucune prière, il n’ordonne pas non plus à la lèpre de les quitter. Il invite seulement ces hommes à se montrer aux prêtres dans le temple.

« En cours de route ». Luc n’en raconte pas davantage. L’évangéliste ne dit pas comment ils se sont quittés, si les lépreux sont partis en hâte. Ils ont obéi, simplement. Grande est leur foi. Se présenter aux prêtres est en effet, selon la Loi, constater l’authenticité de la guérison. Guérison qui n’a été ni demandée ni promise. Tout s’est dit dans l’échange d’un regard de confiance et de foi.

Et les hommes n’ont pas été déçus. Ils ont été purifiés en cours de route.

L’un d’eux, constatant qu’il est guéri, revient sur ses pas en glorifiant Dieu. Il reconnaît l’intervention de Dieu et lui rend grâce. Il semble désobéir à Jésus puisqu’il ne va pas au temple. Ne jugeons pas trop vite, et disons qu’il ajourne la reconnaissance officielle et réglementaire pour venir glorifier Dieu et se prosterner aux pieds de son sauveur. Pour poser le geste d’adoration qu’aucun des dix compères n’a su poser au début du récit.

Ce n’est qu’à cet instant que nous apprenons de saint Luc que cet homme est un samaritain, un étranger. Jésus s’étonne de ce que les fils de la promesse n’ont pas su rendre gloire à Dieu et reconnaître son initiative, son irruption dans leur vie. Seul cet étranger l’a fait. Il manifeste une autre foi que celle des neuf autres. La foi qui permet d’accéder au salut.

Ainsi la guérison que donne Jésus ne permet pas d’obtenir le salut si elle ne débouche pas vers une authentique action de grâce qui ouvre une relation avec Jésus. Jésus ne nous guérit que pour nous permettre d’être pleinement en relation avec lui, car c’est cette relation que la lèpre de notre péché a rompue, c’est cette relation que Jésus est venu restaurer.

Que le Seigneur nous donne l’Esprit qui permet de reconnaître son action de salut dans nos vies, de glorifier Dieu pour la guérison de notre péché, et entretient en nous la foi qui nous garde unis à notre Sauveur bien aimé.


Frère Dominique.

22:49 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

08/11/2007

La femme aux sept maris.

Mieux vaut mourir par la main des hommes

quand on attend la résurrection

 promise par Dieu." 2 M 7, 1-14


"Que le Seigneur vous conduise à l’amour

 de Dieu et à la persévérance

pour attendre le Christ." 2 Th 2, 16-3, 5


"Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ;

tous vivent en effet pour lui. " Lc 20, 27-38


 

Cet évangile mésestime-t-il le mariage ? Au contraire, il le finalise. Cette malheureuse femme perd successivement ses « sept maris » et les sadducéens veulent savoir de qui elle sera l’épouse à la résurrection. Jésus leur répond en sortant du cadre étroit de la loi : il considère le sens du mariage à partir de la vie éternelle à laquelle tous sont appelés : « Les enfants de ce monde se marient, mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir. » Le but ultime de la vie humaine n’est donc pas de se marier ou de jouir de la vie par la richesse, mais de chercher la véritable mesure de l’amour. Non pas qu’il faille ne pas se marier, mais que le sens du mariage soit à l’image de l’alliance entre Dieu et l’homme. Tel est le sens chrétien du mariage par lequel un époux cherche Dieu dans son épouse, et inversement. Les chrétiens sont les « héritiers » du Royaume et comme les « anges », ils veulent voir Dieu face à face ; ils se savent aussi « fils de Dieu » par pure grâce. Lorsque les époux mourront, leur amour demeurera, mais il s’élargira à la mesure de Dieu lui-même : il sera infini et non plus exclusif.

Prions pour tous ceux qui sont mariés afin que leur amour s’élargisse de plus en plus à la mesure de Dieu lui-même ; qu’ils apprennent pour cela davantage à prier ensemble « le Dieu des vivants ».

 

 

 

P�re Tanguy Marie
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitudes
Auteur du livre : La parole, don de Vie, EDB, 2006


   

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01/11/2007

Zachée rencontre Jésus.

"Ceux qui tombent, Seigneur, tu les

 reprends peu à peu,

tu les avertis." Sg 11, 23-12, 2
"Par sa puissance, que le Seigneur

vous donne d’accomplir

tout le bien que vous désirez." 2 Th 1, 11-2, 2
"Zachée, descend vite :

 aujourd’hui,

 il faut que je demeure chez toi. " Lc 19, 1-10


 

La fête de la Toussaint, que nous avons célébrée jeudi dernier, est comme l’arrière-plan de cet évangile : la sainteté est le fruit de la conversion. Accusé d’être un collaborateur auprès des Romains, traité de « pécheur » par ses voisins, Zachée « désire » voir Jésus. Peut-être par curiosité, mais aussi avec ardeur : « Il courut en avant et monta sur un sycomore. » Interpellé personnellement par Jésus, « Zachée, descends vite ! », il répond « avec joie » au Seigneur qui s’invite chez lui. La joie de sa réponse signifie que Zachée s’est laissé toucher : le Seigneur peut loger chez lui, mais aussi en lui (sens grec de « demeurer »). Jésus, par ailleurs, a dit « qu’il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux » (Mt 19,23) parce que « Dieu seul est capable » de transformer les cœurs de ceux qui se suffisent à eux-mêmes. Le critère vérifiant la conversion de Zachée est l’esprit de partage. Il comprend que la vraie richesse est ailleurs que dans ses biens matériels et qu’elle requiert un sens concret de la justice : « Voilà, Seigneur, je fais au don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

Le chemin de la sainteté n’est pas réservé aux héros, mais à ceux qui se laissent toucher par la présence du Christ. Rejoints par sa grâce, ils répondent amour pour amour en partageant avec les plus pauvres. Demandons au Seigneur de nous aider à faire de même.

 

 

 

P�re Tanguy Marie
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitudes
Auteur du livre : La parole, don de Vie, EDB, 2006


   

 

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« Le Royaume des cieux est à eux »

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      Jésus dit dans l'Évangile : « Mes brebis écoutent ma voix ; je les connais, elles me suivent et je leur donne la vie éternelle » (Jn 10,27). Un peu plus haut, il avait dit : « Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera des pâturages » (v.9). Car on entre par la foi, mais on sort de la foi vers la vision face à face ; passant de la croyance à la contemplation, on trouvera des pâturages pour un repos éternel.

      Ce sont donc les brebis du Seigneur qui ont accès à ces pâturages, car celui qui le suit dans la simplicité du coeur reçoit en nourriture une herbe toujours verte. Que sont ces pâturages des brebis, sinon les joies profondes d'un paradis toujours verdoyant ? La pâture des élus, c'est le visage de Dieu présent, contemplé dans une vision sans ombre ; l'âme se rassasie sans fin de cette nourriture de vie.

      Dans ces pâturages ceux qui ont échappé aux filets des désirs de ce monde sont comblés éternellement. Là, chante le choeur des anges, là sont réunis les habitants des cieux. Là, c'est une fête bien douce pour ceux qui reviennent après leurs peines dans un triste séjour à l'étranger. Là se trouvent le choeur des prophètes aux yeux perçants, les douze apôtres juges, l'armée victorieuse des martyrs innombrables d'autant plus joyeux qu'ils ont été ici-bas plus rudement affligés. En ce lieu, la constance des confesseurs de la foi est consolée en recevant sa récompense. Là se trouvent les hommes fidèles dont les plaisirs de ce monde n'ont pas pu amollir la force d'âme, les saintes femmes qui ont vaincu toute fragilité en même temps que ce monde ; là sont les enfants qui par leur manière de vivre se sont élevés au dessus de leurs années, les vieillards que l'âge n'a pas rendu faibles ici-bas et que la force pour oeuvrer n'a pas abandonnés. Frères bien-aimés, mettons-nous donc en quête de ces pâturages où nous serons heureux en compagnie de tant de saints.


Saint Grégoire le Grand (vers 540-604), pape, docteur de l'Église
Homélie 14 sur l'Évangile ; PL 76,1129 (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 304 rev.)

09:11 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

Qui sont les saints ?

P. Cantalamessa : Que font les saints au Paradis ?

Homélie du jeudi 1er novembre

ROME, Mercredi 31 octobre 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du jeudi 1er novembre, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12a

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent.
Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent :ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux :ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs :ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix :ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.


Qui sont les saints ?

Depuis longtemps les scientifiques envoient des signaux dans le cosmos, dans l’attente de réponses de la part d’êtres intelligents vivant sur une planète perdue. Depuis toujours l’Eglise dialogue avec les habitants d’un autre monde, les saints. C’est ce que nous proclamons lorsque nous disons : « Je crois à la communion des saints ». S’il existait des êtres vivants en dehors du système solaire, la communication avec eux serait impossible car entre la question et la réponse il y aurait des millions d’années. Ici en revanche la réponse est immédiate car il existe un centre de communication et de rencontre commun qui est le Christ ressuscité.

Peut-être aussi en raison du moment de l’année auquel elle a lieu, la Toussaint a quelque chose de particulier qui explique sa popularité et les nombreuses traditions qui y sont liées dans certains secteurs du christianisme. Saint Jean explique pourquoi dans la deuxième lecture : « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » ; nous sommes comme l’embryon dans le sein de la mère, qui aspire à naître. Les saints sont ceux qui sont « nés » (la liturgie appelle le jour de la leur mort « jour de naissance », dies natalis) ; les contempler, c’est contempler notre destin. Alors qu’autour de nous la nature se dépouille et les feuilles tombent, la fête de tous les saints nous invite à lever les yeux ; elle nous rappelle que nous ne sommes pas destinés à nous décomposer dans la terre comme les feuilles.

L’Evangile est celui des béatitudes. Le choix de ce passage a été motivé par une béatitude en particulier : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! ». Les saints sont ceux qui ont eu faim et soif de justice, c’est-à-dire, dans le langage biblique, de sainteté. Ils ne se sont pas résignés à la médiocrité, ils ne se sont pas contentés de demies mesures.

La première lecture de la fête de la Toussaint nous aide à comprendre qui sont les saints. Ce sont ceux qui ont « lavé leurs vêtements… dans le sang de l'Agneau ». La sainteté se reçoit du Christ ; elle ne vient pas de nous. Dans l’Ancien Testament, être saint signifiait « être séparé » de tout ce qui est impur ; dans le sens chrétien, cela signifie plutôt le contraire, c’est-à-dire « être unis », au Christ. Les saints, c’est-à-dire les sauvés, ne sont pas seulement ceux qui figurent dans le calendrier ou l’album des saints. Il y a aussi les « saints inconnus » : ceux qui ont risqué leur vie pour leurs frères, les martyrs de la justice et de la liberté, ou du devoir ; les « saints laïcs », comme quelqu’un les a appelés. Sans qu’ils le sachent, leurs vêtements ont également été lavés dans le sang de l’Agneau, s’ils ont vécu selon leur conscience et ont eu à cœur le bien de leurs frères.

Une question vient spontanément à l’esprit : « Que font les saints au paradis ? La réponse se trouve, ici encore, dans la première lecture : les sauvés adorent, jettent leurs couronnes devant le trône, et proclament : « Louange, gloire, sagesse et action de grâce… ». La véritable vocation humaine, qui est d’être la « louange de la gloire de Dieu » (cf. Ep 1, 14), se réalise en eux. Leur chœur est dirigé par Marie qui, au ciel, poursuit son cantique de louange : « Mon âme exalte le Seigneur ». C’est dans cette louange que les saints trouvent leur béatitude et leur allégresse : « Mon âme exulte en Dieu ». L’homme est ce qu’il aime et ce qu’il admire. En aimant et en louant Dieu, on s’identifie à lui, on participe à sa gloire et à son bonheur à lui.

Un jour, un saint, saint Simon le Nouveau Théologien, eut une expérience mystique de Dieu tellement forte qu’il se dit en lui-même : « Si le paradis n’est que cela, ça me suffit ! ». Mais la voix du Christ lui dit : « Tu es bien médiocre si tu te contentes de cela. La joie que tu as éprouvée, comparée à celle du paradis, est comme un ciel peint sur une toile comparé au vrai ciel ».

09:06 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

25/10/2007

RÉVEILLER NOTRE BON SENS SPIRITUEL.

Depuis que l’homme habite cette terre, il s’est exercé à observer les phénomènes naturels, afin de pouvoir anticiper leur évolution. Cette attitude procède non seulement d’une saine curiosité, mais surtout d’une nécessité souvent vitale : pensons aux milliers de vies que nous pourrions épargner si nous pouvions prévoir l’apparition et l’évolution des tempêtes, cyclones, typhons et autres tsunamis ; ou encore si nous pouvions discerner les lieux où s’annoncent des éboulements, avalanches, etc. Le caractère aléatoire des prévisions atmosphériques montre bien que nous sommes loin de maîtriser tous les paramètres qui entrent en jeu dans ce domaine. Les récentes théories du chaos suggèrent même que la complexité du système atmosphérique est telle qu’il est tout simplement vain de prétendre à des prévisions précises à moyen ou long terme. Pourtant nos chercheurs poursuivent leurs investigations - ô combien légitimes - tant l’enjeu est important.
Jésus a sans aucun doute appris de son papa à « juger lui aussi l’aspect de la terre et du ciel ». Mais ce qui l’étonne, c’est que cette attention tout à fait louable aux phénomènes naturels, ne se prolonge pas dans une préoccupation proportionnée pour notre avenir surnaturel. A vrai dire, la réaction de Notre-Seigneur trahit plus que de l’étonnement : l’invective « esprits faux ! » est une mise en accusation vigoureuse de ses interlocuteurs. Si Jésus leur reproche leur hypocrisie, c’est donc qu’ils feignent de ne pas voir ou entendre les signes des temps qui sont pourtant tout aussi manifestes que les phénomènes météorologiques qu’ils savent si bien décrypter. Le livre de la Révélation leur a bel et bien été transmis, et il n’est pas plus obscur que celui de la nature ! Les prophètes ont annoncé clairement les événements qui marqueraient la venue du Messie et l’irruption du Royaume : pourquoi ne les reconnaissent-ils pas ? Ils sont d’autant moins excusables que Jésus a rappelé ces signes annonciateurs dès le début de son ministère : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordés par le Seigneur » (Lc 4, 18-19). D’où vient alors cette résistance, ce refus de « juger le temps où nous sommes », alors que Jésus multiplie devant leurs yeux, les guérisons, les libérations et autres miracles manifestant la venue du Royaume.
Ne nous trompons pas : le reproche que Notre-Seigneur adresse à ses contemporains s’adresse aussi à nous. Serait-ce qu’aujourd’hui comme hier nous avons peur des exigences qui découleraient de la prise de conscience que nous sommes entrés dans les temps derniers ? La politique de l’autruche n’est pourtant jamais payante : nous ne ferons pas l’économie d’une sincère conversion, si du moins nous voulons entrer dans le Royaume que Jésus a inauguré au matin de Pâques.
Pour tenter de nous arracher à notre aveuglement et réveiller notre bon sens spirituel, le Seigneur nous propose une parabole très simple, qui devrait nous permettre de « juger par nous-mêmes ce qui est juste ». Jésus raconte l’histoire d’un homme menacé d’un procès pour fraude financière - une situation que connaissent bien ceux qui sont plus préoccupés du royaume terrestre que de celui du ciel. Inutile de miser sur la clémence du tribunal : l’issue des débats sera sans surprise. Pour éviter le pire, il ne reste à l’inculpé que la durée du chemin qui le sépare du lieu du procès. Aussi devrait-il logiquement tout mettre en œuvre pour trouver une solution à l’amiable avant d’être pris dans l’engrenage judiciaire. Sa seule issue est de se réconcilier au plus vite avec son adversaire avant qu’il ne soit trop tard.
« Cet homme, c’est toi, nous dit Jésus. Crois-tu que tu puisses transgresser impunément la loi divine sans avoir des comptes à rendre ? Certes, tu as l’intention, demain, d’amender ta vie ; mais “demain” t’appartient-il ? C’est aujourd’hui le temps de la conversion et de la miséricorde. Demain il sera peut-être trop tard : tu ne connais pas la distance qui te sépare du juste Juge. Reconnais donc le temps où Dieu te visite, et hâte-toi d’accueillir la grâce de la réconciliation qu’il t’offre, pour éviter de paraître devant lui chargé d’une dette insolvable ! »

« “Seigneur, apprends-moi à bien saisir, à bien juger” (Ps 118) ; je confesse mon aveuglement coupable, mon inertie spirituelle, mes complicités avec l’esprit du monde qui me murmure sans cesse : “demain, demain tu te convertiras. Aujourd’hui, jouis de la vie !” Au lieu de me prendre en main, de me lever et de te suivre, je reste enlisé dans mes ornières, jugeant de tout et de rien sur l’horizon restreint de la vie ici-bas, au lieu de discerner en fonction de l’éternité qui m’attend. Ne permets pas que je me dérobe une fois de plus à l’exigence de ta Parole, mais accorde-moi de m’engager sincèrement et résolument sur le chemin de conversion qui seul conduit à la vie. »


Père Joseph-Marie.

20:14 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

12/10/2007

DIEU EST MAÎTRE DE LA PAROLE.

La controverse autour de l’exorcisme d’un « démon muet » accompli par Jésus (Lc 11, 14), avait fait ressurgir la question : « d’où lui vient cette autorité ? » Vient-elle d’en-haut comme il le prétend, puisqu’il affirme chasser les démons « par le doigt de Dieu » ; ou vient-elle d’en bas, c’est-à-dire : expulse-t-il les démons « par Béelzéboul, le chef des démons » ? Le très bref passage qui est proposé à notre méditation aujourd’hui s’inscrit dans le prolongement de cette problématique.
« Jésus était en train de parler » : il est maître de la parole, puisqu’il est capable de la rendre à un muet. Mais par le fait même il se révèle « maître en humanité », tant il est vrai que l’homme est avant tout l’« être de la parole ». En rendant la parole au muet, il lui a redonné accès à son humanité ; il l’a fait renaître.
« Une femme éleva la voix pour lui dire » : pour se faire entendre du milieu de la foule, elle doit crier, de manière à dominer la voix de Jésus et l’obliger à s’interrompre pour l’écouter. Son message ne comporte pas d’information particulière : il s’agit plutôt d’une jubilation. Peut-être s’agit-il de la mère du jeune homme muet que Jésus vient de libérer ? Quoi qu’il en soit, il est question dans son intervention de maternité et d’enfantement. Cette femme proclame bienheureuse la mère de Jésus, qui a enfanté un tel fils. Implicitement, elle rapporte donc l’autorité de Notre-Seigneur à sa généalogie terrestre ; auquel cas cette autorité lui viendrait « d’en bas ». Non pas du Prince des ténèbres comme le suggéraient les pharisiens, mais de sa nature humaine, qu’il a reçue de celle « qui l’a porté dans ses entrailles et qui l’a nourri de son lait ».
« Alors Jésus lui déclara » : Notre-Seigneur rebondit sur ce cri d’émerveillement pour poursuivre son effort de révélation à la fois de son identité et de sa mission.
« Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » Le « plutôt » indique clairement que Jésus entend corriger ce que cette femme vient de dire. Il commence par passer du singulier au pluriel : la femme béatifiait sa mère ; Jésus, lui, déclare bienheureux les auditeurs de la parole de Dieu. Notre-Seigneur élargit donc la perspective : il ne nie pas que sa mère mérite d’être déclarée bienheureuse, mais il corrige la raison ; ce n’est pas d’abord en raison de sa maternité charnelle, mais parce qu’elle « entend la parole de Dieu et qu’elle la garde ». Le bonheur ne consiste pas dans le fait d’enfanter un homme disposant d’un tel pouvoir, mais dans la capacité de s’ouvrir à la parole de Dieu, de se laisser recréer par elle, et de demeurer dans sa lumière en la gardant précieusement - c’est-à-dire en la mettant en pratique. Autrement dit : « Bien plus heureux ceux qui renaissent d’en-haut, qui se laissent engendrer à la vie divine par l’accueil de la parole de Dieu, que ceux qui enfantent dans la chair de ce monde ».
Par la même occasion, Jésus réoriente la recherche engagée sur l’origine de son autorité. Par son cri d’émerveillement, cette femme avait interrompu la prédication du Seigneur, trahissant ainsi qu’elle ne l’écoutait pas vraiment, car on n’interrompt pas un Maître qui enseigne. Délicatement Jésus la reprend sur ce point : « Heureux plutôt ceux qui écoutent… » - nous attendions : « …ce que je dis, et qui gardent ma parole ». En déclarant « heureux ceux qui entendent la parole de Dieu », Notre-Seigneur révèle explicitement l’origine de sa parole, et dès lors sa propre origine : sa parole est celle de Dieu parce qu’il est son Fils, son Unique, celui qu’il nous a envoyé pour que nous puissions renaître « non pas de la chair et du sang ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme, mais de Dieu » (Jn 1, 13).

« “Seigneur, Père Saint, tu as semé pour le juste une lumière et pour le cœur simple une joie” (Ps 96) : ta Parole de vie qui fait de nous tes fils en nous unissant à ton Fils unique Jésus Christ, notre Seigneur. Envoie sur nous l’Esprit Saint : qu’il nous introduise dans la vérité tout entière de cette “Parole vivante qui demeure” (1 P 1, 23). Puissions-nous la désirer, comme des enfants nouveau-nés avides de lait pur (cf. 1 P 2, 2), afin que nous puissions “grandir pour arriver au salut” (Ibid.). Nous pourrons alors te rendre grâce tous les jours de notre vie “en rappelant ton nom très saint” (Ps 96). »


Père Joseph-Marie.

23:02 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |

09/10/2007

LA PRIÈRE VERS LE PÈRE.

Dans l’évangile de Luc, il est très courant de voir Jésus prier. Ici, à l’un de ses disciples qui lui demande de lui apprendre à prier, Jésus va donner bien plus qu’un enseignement théorique sur la prière, il va lui livrer ce qui en est l’essence et ce, sous la forme même d’une prière : Le Notre Père.

Il est remarquable que dans cette prière il ne soit jamais fait mention du Fils. A ce titre, la parole qui l’initie, « Père », est révélatrice. Le Père se présente ici comme le terme vers lequel toute prière doit être orientée. Certes, toute prière repose sur la médiation du Christ mais elle doit aboutir au Père. Il s’agit d’atteindre le mystère de Dieu, sans lequel l’humanité du Christ perd son enracinement. Tout don vient du Père. Et le Christ, le suprême don, révélateur de Dieu et médiateur auprès du Père, nous mène à sa rencontre et à sa connaissance dans la prière. La prière chrétienne passe par la Christ mais ne s’arrête pas à lui, même pas à sa nature divine. Elle doit, par lui, rencontrer le « Père qui l’a envoyé ». Le fait même que l’on voit si souvent Jésus prier dans l’évangile atteste cela de façon éloquente. Tout l’être du Christ est constamment tendu vers le Père. Lui qui se donne en nourriture (Pain), nous transforme progressivement en lui et il ne nous relève que pour nous conduire à la Source divine, le Père.

Ce double mouvement à travers le Fils, vers nous et vers le Père, s’effectue dans l’Esprit Saint. Quelques versets plus haut, saint Luc nous montrait Jésus exulter de joie sous l’action de l’Esprit et s’écrier : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange » (Lc 10, 21) !
La prière qui nous oriente vers le Père repose ainsi non seulement sur la médiation du Christ mais aussi sur l’action de l’Esprit Saint, qui prie en nous. La prière nous permet ainsi d’expérimenter en nous la vie trinitaire. Bien plus qu’un concept, le Dieu Trine est une réalité. Il est un mystère vécu, dans lequel le chrétien se situe, se meut, pense, agit et prie.

Nous pouvons alors en toute vérité nous écrier avec Jésus sous l’action de l’Esprit Saint : « Père ». En cet instant, l’Esprit se joint à notre esprit pour attester que nous sommes fils de Dieu ; et ses héritiers, cohéritiers du Christ avec qui nous souffrons mais avec qui nous espérons aussi être glorifiés (cf. Rm 8, 16-17).
C’est ainsi que la prière nous filialise. Par elle, nous sommes transformés à l’image de Celui qui est l’Image parfaite du Père, le Fils unique. Renouvelés spirituellement, nous réfléchissons dès lors sa filiation non par une ressemblance extérieure, mais par une assimilation profonde.

« Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité ! Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos ; que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice. » (Bienheureuse Elisabeth de la Trinité)

Frère Elie.

20:31 Écrit par BRUNO LEROY ÉDUCATEUR-ÉCRIVAIN dans BRIBES THÉOLOGIQUES. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, foi, spiritualite-de-la-liberation, spiritualite, action-sociale-chretienne |  Imprimer | | | Digg! Digg | |  Facebook |